Bonjour tout le monde, vous allez bien ?
Un peu dur, le chapitre précédant, n'est ce pas ? Celui ci devrait passer un peu mieux.
Pas de Warning particulier cette fois, mis à part émotions violentes et langage parfois grossier, mais si vous avez survécu jusqu'ici, ça devrait aller tout seul.
.
Comme d'hab je répond aux reviews en guest:
- Guest: excuse moi de t'appeler comme ça, mais il n'y avait pas de nom associé à ta review. Merci beaucoup, je suis contente que ça te plaise. En fait je croyais l'avoir bien expliqué, je mets en début de chapitre des warnings généraux pour donner le ton du chapitre, mais je rajoute à la fin des warnings plus détaillés quand le chapitre est particulièrement difficile. C'est pour que les personnes qui en éprouvent le besoin sachent ce qui va se passer et décident de lire ou pas. Mais je le mets en bas de chapitre car sinon, ceux qui ne veulent pas savoir seraient spoilés. Mais tous ces warnings concernent bien le chapitre du jour. Désolée pour la confusion.
- Claire: Once again thank you. I really like your "ooooooo" which shows that you felt something while reading. Exactly what I wanted. I hope this chapter will please you too. ;)
.
Bonne lecture les amis.
.
Chapitre 6:
.
Le lendemain matin, c'est le froid plus que la faible lueur du levant qui tira Dean de son sommeil agité. Il passa la main dans ses cheveux en bataille et, hagard, se redressa sur son siège, regardant autour de lui pour s'orienter.
Immédiatement une voiture noire garée devant la maison de Castiel attira son attention. Pendant quelques secondes, encore englué dans les brumes du sommeil, Dean observa deux hommes qui entraient et sortaient de la maison, emportant dans le coffre du véhicule une valise et quelques cartons.
Castiel déménageait ?
Cette fois en une fraction de seconde, Dean se sentit parfaitement réveillé. Les douleurs qui envahissaient son corps et son âme la minute précédente passèrent au second plan, complètement éclipsées par l'angoisse et la panique que cette idée venait de faire naitre.
Dean sortit de l'impala sans même y réfléchir et se dirigea d'un pas décidé vers l'entrée de la maison de son voisin.
.
Sur le seuil, il s'immobilisa, scrutant l'intérieur de la bâtisse, alors que leurs odeurs respectives le renseignaient sur le genre des deux hommes. Alphas, tous les deux.
- Castiel ?
Un des deux, un grand blond aux yeux d'un bleu limpide, sortit la tête du coffre de la voiture derrière lui et le dévisagea, puis malgré la distance qui les séparait fronça le nez. Alors seulement Dean réalisa à quel point son odeur devait en dire long sur ce qui lui était arrivé ces sept derniers jours. Il ne s'était pas encore lavé, il devait empester les chaleurs et le sexe, le sang aussi surement, mais sur l'instant, il n'aurait pu s'en foutre davantage.
Il entra d'un pas dans la maison en bousculant presque le second alpha, noir plus petit qui en sortait avec un autre carton.
- CASTIEL ?!
- Il n'est pas là.
Dean se retourna lorsqu'il vit du coin de l'œil le plus grand monter les quelques marches du perron derrière lui puis venir se caler contre le chambranle de la porte d'entrée, envahissant délibérément son espace personnel.
- Alors où est il ? Et qu'est ce que vous foutez chez lui ?
L'alpha croisa les bras sur sa poitrine et Dean eut la furieuse envie de lui faire ravaler son sourire narquois à grands coup de poings. Stupidité ou inconscience, et sans bien comprendre pourquoi il réagissait aussi violemment, il attrapa au collet l'alpha dont le sourire s'agrandit encore lorsque Dean approcha le visage du sien.
- Écoute moi bien connard. Je sais pas qui tu es, mais je te donne exactement dix secondes pour me répondre avant de te coller une raclée et d'appeler les flics. Dis moi où est Castiel!
- Lucifer. Pas connard. Lucifer, c'est mon nom, répéta t'il devant l'air d'incompréhension de Dean.
L'alpha consentit enfin à abandonner son air narquois et regarda Dean en étrécissant les yeux. Ses narines frémirent et pendant une seconde l'oméga craignit que les pupilles qui le fixaient se soient dilatées sous l'effet de l'excitation que la plupart des alphas auraient ressenti à son odeur. Pourtant, lorsque l'alpha parla, ce n'était pas le désir qui déforma sa voix, mais bien la colère.
- Castiel est gravement blessé. On ne sait pas encore si il va s'en sortir. On est venu lui chercher quelques affaires, parce que de toute façon, il va pas revenir ici de sitôt. Mais corrige moi si je me trompe, c'est plutôt une bonne nouvelle pour toi, non ?
Le regard de l'alpha était devenu dur. Dean y voyait de la rancœur et un certain mépris. Mais le jugement que cet alpha portait sur lui était bien le dernier de ses soucis pour le moment. Un frisson glacé dévala son dos, qui n'avait rien à voir avec les températures fraiches de ce milieu de mois d'octobre. Il lâcha enfin l'alpha et prit une grande inspiration qu'il relâcha lentement. A vrai dire, il n'était pas sûr de pouvoir encaisser quoi que ce soit de plus après tout ce qu'il venait d'endurer ces derniers jours, mais il devait savoir.
- Qu'est ce qui s'est passé ?
Lucifer toisa Dean une seconde du regard puis reporta les yeux sur Uriel qui avait suivi leur échange de plus loin et venait de les rejoindre, un dernier carton sous le bras après avoir soigneusement verrouillé la porte de la maison de Castiel.
- C'est bon, t'as tout? Alors on y va.
Sans lui accorder la moindre attention, les deux alphas se dirigèrent vers la voiture. Le blond referma le coffre d'un coup sec après que l'autre y ait déposé son fardeau.
Comprenant qu'ils allaient partir sans lui donner de réponse, sans réfléchir, Dean se précipita, attrapa l'alpha noir par le coude et le força à se retourner vers lui.
Il jouait un jeu dangereux, il le savait. Il n'était pas de taille contre deux alphas, et même sans son comportement ouvertement agressif, l'odeur qu'il portait sur lui aurait pu suffire à les déchainer. Mais l'angoisse de ce que ce Lucifer lui avait annoncé supplantait toute prudence élémentaire. Castiel était blessé. Gravement.
- Hé ! Réponds moi. Qu'est ce qui s'est passé ?
L'alpha fit volte-face et, en une seconde, le plaqua face contre la carrosserie avant même que Dean n'ait eu le temps de réagir.
- Qu'est ce que ça peut bien te foutre, oméga ? Depuis quand tu te préoccupes de Castiel ou de ce qui peut bien lui arriver ?
Il tenta de se cabrer pour le déloger de son dos, mais l'alpha avait saisi son poignet gauche et le remontait déjà à hauteur de ses omoplates. Il avait l'impression que son épaule allait se disloquer de nouveau. Bordel si tous ces enfoirés pouvaient un peu changer de côté !
- Lâche le, Uriel.
Lucifer contourna le véhicule et vint placer une main apaisante sur l'épaule de son ami.
- Lâche le. Tu sais très bien qu'il ne voudrait pas que tu le blesses.
Visiblement à contre cœur, l'alpha relâcha sa prise et se recula d'un pas. Son visage exprimait ouvertement toute la colère et le mépris qu'il ressentait. Il détailla de haut en bas et avec un dégout affiché l'oméga qui s'était retourné et se massait l'épaule.
- Tu empestes le foutre. Comment peut il tenir à toi ?
Si habituellement ce genre de remarque glissait sur lui comme de l'eau sur les plumes d'un canard, cette fois Dean reçut ses paroles avec la violence d'un train le percutant à grande vitesse. Parce que cet alpha avait raison, il n'était rien pour que Castiel se préoccupe de lui. Moins que rien même. Juste le défouloir et le vide-couilles d'un alpha cinglé.
Le mélange de honte et de stupeur qui l'inonda brutalement lui donna le vertige et il dut s'appuyer contre la voiture pour garder contenance.
Parce que tout avait changé à présent.
Si Castiel tenait effectivement encore à lui malgré ce qu'il avait vu et senti sur son corps le premier soir et malgré la façon dont Dean s'était ensuite comporté à son égard, c'était avant qu'Alastair ne l'ait probablement engrossé. Castiel aurait peut être pu pardonner tout le reste, mais ça, aucun alpha ne pourrait l'accepter.
Dean releva la tête et lorsqu'il put de nouveau respirer, se décolla de la voiture. Il regarda les deux alphas bien en face, les défiant presque de lui balancer ouvertement à la figure toutes les insultes qu'il pensait déjà de lui même.
Mais avaient ils vraiment besoin de parler ? Leurs pensées s'inscrivaient au néon au dessus de leurs visages parfaitement explicites.
Il rassembla les miettes de ce qui lui restait de courage à défaut de dignité, et se dirigea d'un pas moins assuré qu'il ne l'aurait voulu vers sa maison.
- Alors c'est tout, hein ? Tu renonces. Si facilement.
La voix de Lucifer était aussi caustique que sarcastique. Il poursuivit dans son dos alors que Dean se figeait.
- Tu le mérites vraiment pas.
L'oméga fit volte-face alors qu'une nouvelle banderille se plantait profondément dans sa chair.
Mais bordel, à quoi est ce qu'ils jouaient ?
L'alpha s'adossa contre la carrosserie rutilante et planta un regard perçant dans le sien furieux.
- Uriel a raison, tu schlingues. Va prendre une douche. On t'attend ici.
.
wwwwwwwwwwwwwwwww
.
Dean ne prit pas le temps de soigner ses blessures, d'ailleurs, comparé à sa dernière séance, il n'en avait pas beaucoup. Cette fois Alastair ne l'avait pas entaillé. Pas par bonté d'âme, bien au contraire, mais il ne voulait pas le faire trop saigner et que cela nuise à ses... "projets".
Il avait eu recours à d'autres méthodes qu'il affectionnait presque autant: immobilisation en positions douloureuses, humiliation, et bien sûr il l'avait noué encore et encore, dans toutes les positions possibles pour être bien certain, comme il le disait lui même, de le remplir de sa semence jusqu'à en faire éclater son putain d'utérus.
Il avait voulu un oméga dompté, silencieux et docile, et il avait fini par l'obtenir. Personne ne pouvait résister éternellement. Surtout quand vous utilisiez le bon moyen de pression. Et Alastair savait toujours sur quel ultime bouton appuyer pour le faire plier. Sam. Son frère avait toujours été et resterait à jamais sa plus grande force, mais aussi sa plus terrible faiblesse.
Dean évita son reflet dans le miroir tout comme il avait voulu éviter la vue du petit sac orange placé sur son lit comme il s'y attendait. Mais un reste d'espoir insensé lui avait tout de même fait ouvrir le paquet.
Et si Alastair avait changé d'avis?
Et si il lui avait finalement donné les contraceptifs qu'il lui avait refusé cette fois ci. Dean ne savait même pas si cela aurait encore pu fonctionner mais il n'eut pas à se poser longtemps la question. Le sac ne contenait que des compresses, du désinfectant et de la pommade antiseptique.
L'estomac au fond de la gorge, il fila directement dans la salle de bain, se déshabilla en laissant tomber ses vêtements en un tas informe au sol, puis ouvrit le jet d'eau et se glissa dessous sans même attendre que l'eau ne chauffe.
Savonnage, ou plutôt étrillage, puis rinçage ne lui prirent que quelques minutes sous une eau à présent presque bouillante qui rougissait sa peau déjà à vif par endroits.
Il se lava également les cheveux, les dents, récura ses ongles, ses parties intimes. Pas un centimètre carré de peau ne fut épargné, ainsi que toute partie interne qu'il put atteindre. Si il avait pu, il se serait retourné lui même comme un gant pour parfaire le travail. Mais il n'était qu'un être humain, pas une malheureuse chaussette qui, elle au moins, serait ressortie propre de la lessive.
Parce que Dean ne se sentait plus jamais propre. Jamais complètement. Et même si il avait pris mille douches à l'eau de javel, il aurait toujours senti cette souillure sur lui, tellement incrustée en lui à présent qu'il était lui même devenu souillure.
D'ailleurs c'est bien ce que percevaient tous ceux qui le croisaient, n'est ce pas? Il voyait bien cette étincelle de dégout, de mépris ou de pitié dans leurs regards.
Sauf avec Castiel.
Castiel lui le regardait dans les yeux et Dean n'y avait jamais vu autre chose que de la sincérité et de l'amitié. Parfois un peu plus.
Enfin à part la fois où il lui avait dit qu'il était consentant pour ce qu'Alastair lui faisait subir. Ce jour là, Castiel l'avait regardé comme les autres. Comment lui en vouloir ?
.
Dean se sécha rapidement et enroula la serviette autour de ses hanches.
Il passa les doigts sur la boursouflure encore rouge et douloureuse qui ornait à présent sa poitrine.
Le dernier "cadeau" d'Alastair.
Là, juste sur son pectoral gauche, l'alpha l'avait marqué au fer rouge d'un A majuscule. L'initiale de son propriétaire. Comme du bétail.
"Pour que tu n'oublies plus jamais à qui tu appartiens !"
Il fouilla dans sa petite armoire à pharmacie et en sortit un vieux tube de pommade entamé en appliqua une bonne couche sur sa peau et recouvrit toute la zone d'un large pansement, plus d'ailleurs pour la dissimuler que réellement la soigner. Il aurait pu utiliser le matériel qu'Alastair lui avait fourni. Il le faisait d'habitude. Mais pas aujourd'hui. Dérisoire geste de rébellion après tout ce à quoi il s'était soumis.
Enfin, il sortit de la salle de bain en évitant de nouveau de croiser son regard dans le miroir. Il n'avait pas besoin de voir à quel point le mec dans la glace le méprisait.
.
La douche n'avait pris que quelques minutes, mais Dean se précipita pourtant dans sa chambre, et jeta rapidement un coup d'œil par la fenêtre pour s'assurer que les deux alphas l'attendaient toujours. A son plus grand soulagement, ils étaient toujours là et semblaient même avoir une discussion animée à côté de la voiture. Il imagina sans peine la teneur de leurs propos. Ce Uriel ne lui inspirait qu'antipathie. Il était froid, méprisant, sûr de lui et de son bon droit. Un père la morale comme Dean en avait si souvent croisé. Il lui faisait penser à ces traditionalistes qui affirmaient que la place d'un oméga n'était que dans une cuisine ou dans un lit.
Lucifer, lui était fait d'une autre étoffe. Lucifer... Dean eut une pensée émue pour le gamin qu'il avait dû être. Et dire qu'il pensait avoir eu des problèmes avec ses parents. Comment pouvait on prénommer son enfant ainsi ? Sérieusement ! En tout cas sous des apparences d'arrogance et de désinvolture, il avait perçu quelque chose chez ce gars qui le rendait plus humain que son compagnon. Il pensait même qu'il aurait pu lui accorder sa confiance à défaut de son amitié, si ils s'étaient rencontrés en d'autres circonstances.
.
Il enfila rapidement sous-vêtements, jean, t-shirt et chemise. Il ne savait pas combien de temps il serait absent alors il en fourra un autre jeu dans un petit sac de voyage avec sa brosse à dents et son savon bloqueur de phéromones.
Il dévala les marches aussi rapidement que ses jambes flageolantes le lui permettaient, enfila ses chaussures et sortit de chez lui en attrapant au passage sa veste en cuir accrochée à la pater de l'entrée.
.
Le voyage fut aussi pesant qu'il l'avait imaginé. Dean avait été parqué à l'arrière du véhicule alors que les deux alphas étaient montés à l'avant. Une glace isolait les deux parties de la voiture et, avec les vitres teintées de noir, il ne manquait plus qu'une cagoule sur sa tête pour parfaire l'image du mauvais film d'espionnage.
Il s'avança et tapa au carreau qui coulissa sans un bruit dans ses glissières. Uriel se retourna alors que les yeux de Lucifer qui conduisait rencontraient son regard dans le rétroviseur.
- Dites les gars. C'est pas que j'apprécie pas le voyage et votre charmante compagnie, mais et si vous en profitiez pour me dire ce qui s'est passé et comment va Castiel.
- Tu sauras ce que l'on voudra que tu saches au moment où nous le déciderons, oméga.
Uriel remonta la vitre avant que Dean n'ait pu rétorquer un seul mot. Il frappa donc de nouveau calmement au carreau jusqu'à ce que l'alpha ne le rouvre en lui jetant un regard furibond.
Cette fois il passa les bras dans l'ouverture pour la bloquer et posa les mains sur les dossiers des sièges avant. Il s'approcha autant que la séparation le lui permettait et regarda Uriel droit dans les yeux.
- Alors on va éclaircir un point. Moi, c'est Dean, trouduc. Je comprends que ce soit un peu difficile à retenir pour toi, mais compte sur moi pour te le répéter aussi souvent que nécessaire.
Les yeux de Lucifer se plissèrent de malice dans le rétroviseur et même Uriel, pourtant en apparence furieux, se retenait visiblement de sourire.
- Tu ne sais vraiment pas quand t'arrêter, hein ? Je commencerais presque à t'apprécier... Dean.
.
Dean se rassit au fond de son siège. Le voyage se poursuivit dans le silence, mais la vitre resta baissée.
.
wwwwwwwwwwwwwwwwww
.
Trois heures plus tard, Dean n'avait qu'une envie, c'était que ce voyage prenne fin. Il n'en pouvait plus de ce silence, des questions qui tournaient en boucle dans sa tête. Et il avait la nausée.
Mais uniquement parce que pour une fois ce n'était pas lui qui conduisait, n'est ce pas ?
Sauf qu'il n'avait jamais été malade en voiture auparavant, même quand Sam conduisait. Dean ferma les yeux et refoula au plus profond de son esprit toute autre explication. Il était malade parce qu'il ne conduisait pas. Point final.
Et aussi parce qu'il s'inquiétait pour Castiel.
Ses pensées se focalisèrent sur l'alpha.
A défaut d'obtenir les informations qu'il voulait, il tenta de réfléchir au peu qu'il savait de son voisin. Aux raisons qui auraient pu expliquer son état dont il ignorait presque tout sauf qu'il était grave.
Castiel lui avait dit avoir été soldat. Mais aujourd'hui il ne combattait plus, n'est ce pas ? Depuis presque deux ans que Castiel avait emménagé dans la maison d'à côté, et mis à part quelques courtes absences, il n'était jamais parti. Il avait même plutôt une vie casanière et paisible et Dean ne savait d'ailleurs pas comment il la gagnait. Peut être sa pension d'ancien combattant était elle suffisante? A vrai dire, trop occupé par la nécessité de maintenir l'alpha à distance, Dean ne s'était jamais vraiment posé la question.
Castiel avait surement dû avoir un accident. Mais pas en ville. Sioux falls était une petite ville, il en aurait forcément entendu parler.
Tout son corps se crispa soudainement à la pensée que si l'alpha avait eu un accident ici, c'est probablement Alastair qui l'aurait opéré. L'image de Castiel allongé inconscient sous le scalpel de l'alpha fit jaillir malgré lui des phéromones d'angoisse et de panique qui saturèrent le véhicule en une seconde.
- Tout va bien derrière ?
Les yeux de Lucifer le scrutaient dans le miroir et Dean se força à hocher la tête, mais il détourna rapidement le visage vers la vitre fumée à sa gauche.
- Ouais, ouais, ça va. Ça ira encore mieux quand on sera arrivé.
.
Au terme de ce qui lui sembla être une vie, voire même deux, la voiture s'immobilisa et Lucifer coupa enfin le contact. Dean s'avança pour regarder où ils se trouvaient mais ne vit que les murs bétonnés d'un parking sous terrain. Il entendit le bruit de la sécurité des portières qui se déverrouillaient et les deux alphas sortirent de véhicule. La main sur la poignée, il prit une grande inspiration et sortit du véhicule comme on se jette à l'eau.
.
Lucifer et Uriel le précédèrent dans des couloirs blancs éclairés de néons, ils montèrent des escaliers puis prirent encore d'autres couloirs identiques aux premiers. Ils passèrent devant les bureaux des infirmiers de ce qui semblait être une clinique dernier cri. Le personnel les regardait progresser, mais personne ne les arrêta, ni ne leur demanda quoi que ce soit.
Enfin, le trio stoppa devant la porte vitrée du sas d'accès d'un service de soins intensifs.
Uriel sonna et recula d'un pas lorsqu'il vit une infirmière en tunique verte, se retourner vers lui, le dévisager au travers de la vitre et se lever de son bureau pour venir leur parler.
Lorsqu'elle ouvrit la porte, le bruit léger et régulier de moniteurs de surveillance se fit entendre derrière elle. Une alarme se déclencha alors qu'elle allait leur parler et elle se retourna et consulta son écran de contrôle.
- Comment va t'il aujourd'hui ?
- Un instant s'il vous plait. Je reviens.
L'inquiétude dans la voix de Lucifer était palpable, mais elle s'éloignait déjà vers l'un de ses patients en détresse.
.
Du couloir, Dean n'apercevait qu'une toute petite partie de la salle, au travers du sas d'entrée qui permettait aux visiteurs de se préparer. Il ne vit pas l'homme tout au fond qui se leva en se frottant le bas du dos, d'une chaise posée à côté d'un lit où un corps immobile était allongé sous des draps blancs. Il le sentit avant qu'il n'arrive dans son champ de vision et, comme tout oméga le faisait instinctivement sans même le vouloir, identifia immédiatement son genre, alpha. Mais un alpha qui portait sur lui l'odeur de Castiel.
Dean reporta alors toute son attention sur le nouveau venu qui passa une main sur son visage fatigué puis s'adressa à eux.
- État stationnaire. C'est ce qu'ils arrêtent pas de répéter.
Les yeux de l'alpha étaient rougis par le manque de sommeil, mais son regard se fit plus intense lorsqu'il se reporta sur Dean.
- Vous l'avez ramené finalement. C'est bien.
Lucifer haussa les épaules.
- Bah, je me suis dit que tu avais peut-être raison. Si la médecine ne peut pas l'aider, alors...
- Est ce que quelqu'un va enfin se décider à me dire ce qui se passe ici et comment va Castiel ?!
Dean avait modéré sa voix parce qu'il se trouvait dans un hôpital, mais aucun des autres hommes ne manqua sa colère et sa frustration. Le nouveau venu avança vers lui et même si il était de plus petite taille, l'intensité de son regard mit l'oméga mal à l'aise.
- Ce qui se passe c'est que Castiel est dans le coma. Il s'est pris une balle dans le ventre. Les médecins l'ont opéré et la lui ont retirée, mais depuis il se réveille pas. Les toubibs ne savent pas pourquoi et ils ne peuvent rien faire de plus pour lui.
Dean écarquilla les yeux sous l'afflux d'informations qui venaient de saturer son cerveau resté bloqué sur l'un des premiers mots: coma. Castiel était dans le coma. Et les gens dans le coma pouvaient parfois s'en réveiller mais ils pouvaient aussi mourir. Dean avança sans même s'en rendre compte mais deux mains le retinrent par les épaules.
- Et tu crois aller où comme ça ?
Le nouvel alpha désigna sa propre tenue, une blouse à manche longue en papier jaune transparente qui recouvrait ses vêtements, des protections par dessus ses chaussures et un masque qui pendait maintenant dans sa main puisqu'il l'avait retiré pour venir leur parler.
- On rentre pas ici comme ça.
- Effectivement messieurs, Monsieur Loki à raison. Il y a une procédure à suivre et un règlement à respecter.
L'infirmière était revenue et observait leur altercation les mains sur les hanches et le regard faussement désapprobateur. L'alpha se retourna vers elle, lui prit délicatement la main qu'il porta à ses lèvres.
- Appelez moi Gabriel, très chère. Je vous en prie.
Il se retourna vers ses camarades en haussant un sourcil.
- Elle est folle de moi, ajouta t'il à voix basse.
Puis il reprit plus haut.
- Je suis complètement claqué, alors maintenant que vous êtes là, je vais rentrer et essayer de dormir quelques heures. Luc, je te laisse le briffer, d'accord ? Uriel, tu veux bien me ramener ?
L'alpha noir acquiesça, mais avant de partir il dévisagea Dean, comme si il doutait pour le moins du bienfondé des espoirs de son camarade. Il approcha de lui et posa un doigt sur sa poitrine.
- Et toi, tu vas aider Castiel, on est bien d'accord ?
Ce n'était pas une question mais bien un ordre et l'oméga lui renvoya un regard stupéfait. Mais qu'est ce qu'ils attendaient tous de lui ? Il n'était pas chirurgien, bordel, juste mécano! Les seules entrailles dans lesquelles il avait jamais plongé les mains baignaient dans l'huile de vidange et le cambouis.
Les deux alphas s'éloignèrent et Dean resta un moment à les fixer puis il se retourna vers l'infirmière qui le regardait avec compassion. Elle était une béta, mais apparemment elle n'avait pas besoin de sentir ses phéromones pour saisir son malaise et son angoisse.
- Vous connaissez la procédure, n'est ce pas ? en s'adressant à Lucifer.
L'alpha acquiesça et commença à retirer sa veste, sa montre et à relever les manches de sa chemise. Un regard incitatif à Dean et l'oméga l'imita. Tous deux enveloppèrent leurs chaussures de plastique, puis se savonnèrent soigneusement les mains et les avant bras jusqu'au coude. Toute cette procédure était impressionnante. Dean avait l'impression qu'il allait rentrer dans un bloc opératoire pour assister à une opération à cœur ouvert. Voire pour la pratiquer si il avait bien compris ce qu'Uriel lui avait dit. Il termina de se sécher les mains et l'infirmière leur tendit à chacun une blouse à usage unique puis un masque.
- Voilà, comme ça c'est parfait. Vous êtes équipés.
Elle ouvrit finalement la porte et ils entrèrent dans la grande salle où des lits étaient alignés. Trois contre le mur de droite. Autant contre celui de gauche.
Au dessus de chaque lit, une tablette supportait un moniteur où des courbes et des chiffres clignotaient en différentes couleurs. Tout autour de ces lits, des fils et des tuyaux reliaient les corps étendus à des machines plus ou moins imposantes.
Dean parcouru chaque corps du regard mais ses yeux revinrent sur le troisième lit, celui le plus au fond à droite, vers la fenêtre.
- C'est lui, n'est ce pas ?
Tout à l'heure il était prêt à entrer sans autorisation mais maintenant ses pieds semblaient faits de plombs et refusaient de bouger. Les odeurs autour de lui saturaient ses narines et le déstabilisaient, il avait de nouveau la nausée. L'infirmière posa la main sur son bras et le geste pourtant léger le fit sursauter.
- Ca va aller. Ça fait toujours ça la première fois qu'on rentre dans une réa. Venez. Approchez, je vais tout vous expliquer.
Gentiment elle le conduisit vers le lit de Castiel tandis que Lucifer les suivait un pas en arrière.
Un regard vers l'alpha et elle commença à parler.
- Monsieur Novak est arrivé chez nous vendredi soir avec une plaie par balle à l'abdomen et un important traumatisme crânien. Son état était très critique. Il avait déjà perdu beaucoup de sang et a dû être immédiatement opéré pour arrêter l'hémorragie. Il a fait deux arrêts cardiaques pendant l'intervention, mais les chirurgiens ont réussi à le réanimer et à retirer la balle qui s'était logée juste à côté de sa colonne vertébrale. Ils ont également pu réparer les dégâts sur ses intestins même si, pour ce faire, ils ont dû lui retirer la rate.
Dean écoutait attentivement et en silence, sans vraiment tout comprendre ni d'ailleurs saisir pourquoi cette infirmière lui donnait autant de détails. Il voulait juste savoir comment allait Castiel.
- Cependant, continua t'elle, malgré tous nos soins et sans que nous ne comprenions réellement pourquoi, monsieur Novak ne se réveille pas. Sa blessure se referme normalement, les antibiotiques ont réussi à juguler l'infection. Les scanners nous ont révélé que la commotion cérébrale liée à sa chute se résorbe de façon satisfaisante. Nous avons même pu lui retirer le respirateur et toutes les drogues de sédation, mais il n'a pas l'air décidé à revenir parmi nous.
Elle se retourna vers Dean et lui adressa un sourire chaleureux.
- Mais je suis sûre que tout va s'arranger maintenant que son oméga est là.
Dean se figea puis se retourna, les yeux écarquillés, vers Lucifer derrière lui. Il comprenait mieux maintenant pourquoi elle lui avait donné tous ces détails. Elle croyait que Castiel et lui étaient... ensembles. Il déglutit avec difficultés la boule qui lui obstruait la gorge.
- Approchez, monsieur... ?
- Dean. Je m'appelle Dean.
Même lui ne parvenait pas à reconnaitre sa propre voix, hésitante, hachée. Il obéit cependant et approcha d'un pas réticent vers le lit.
Castiel était blanc comme la mort.
Il portait une blouse d'hôpital à petits pois bleus sous les draps qui le recouvraient jusqu'à la poitrine. Avec ses bras le long de son corps immobile on avait l'impression qu'il dormait, mais lorsqu'on relevait les yeux vers son visage, c'est bien d'un cadavre qu'il se rapprochait le plus.
Comment pouvait il être aussi pale ? Il donnait presque l'impression que les draps blancs étaient plus colorés par contraste.
- Approchez Dean, prenez lui la main. N'ayez pas peur. Je sais que tout ceci est très impressionnant, mais tout est là pour l'aider.
Elle désigna un tube translucide qui reliait une poche de liquide à une aiguille plantée dans son bras droit.
- Ça, c'est sa perfusion. Ça nous permet de l'hydrater et de lui apporter de l'eau, du sucre et des nutriments puisqu'il ne peut pas manger tout seul. Et ce tuyau ci, elle désigna un autre tube qui lui entrait par une narine, va jusque dans son estomac. Jusqu'ici, il nous permettait de maintenir son estomac complètement vide et au repos, pour que les lésions de son tube digestif puissent guérir. Mais maintenant, il va nous servir à le nourrir également, parce que la perfusion ne peut pas lui apporter tout ce dont son corps a besoin. Et ce tuyau ci - elle désigna cette fois une poche qui sortait de sous les draps et pendait sur le côté du lit presque au sol - c'est sa sonde urinaire...
L'infirmière continua sa description de tout l'équipement qui entrait et sortait du corps de Castiel, mais Dean ne l'entendait presque plus. Il avait les yeux rivés sur le visage de l'alpha aux paupières closes.
Lentement, il avança la main et effleura celle de Castiel du bout des doigts. La sensation de froid la lui fit presque retirer par réflexe. Mon Dieu, il était gelé. Il releva les yeux vers l'écran du moniteur. La ligne continuait à se briser à intervalles réguliers pour former cette petite pointe si rassurante qui ponctuait chaque battement de cœur. Dean reporta les yeux sur la poitrine qui se soulevait lentement puis s'abaissait. Castiel respirait, et son cœur battait. Malgré la froideur et la pâleur de sa peau, il était bien vivant.
Immédiatement Dean eut l'envie presque irrépressible de coller son corps contre le sien pour lui apporter sa propre chaleur, d'insuffler sa propre vie dans le corps immobile. Il tourna le visage. L'infirmière et Lucifer le regardaient tous deux comme si ils attendaient un miracle alors il s'assit simplement sur la chaise et prit la main de Castiel dans la sienne, entrelaçant leurs doigts
Doucement, presque avec la crainte chevillée au corps qu'une maladresse de sa part ne rompe le fragile équilibre qui maintenait l'alpha en vie, Dean porta le poignet de Castiel à son visage et en respira longuement l'intérieur. L'odeur de Castiel était tellement dissimulée sous toutes celles des désinfectants, de la lessive industrielle et des médicaments que Dean la percevait à peine. Il passa son nez sur la peau douce. Il aurait voulu aller directement à la source dans son cou là où elle serait la plus puissante et si ils avaient été seuls, probablement qu'il l'aurait fait. Mais ce n'était pas le cas, alors Dean se contenta de son poignet. Bien que ténu, il retrouvait cet arôme incomparable de pluie après l'orage, de brise et d'herbe fraiche qui caractérisait l'alpha. Mais il n'y avait rien d'autre, aucune des senteurs qui accompagnaient les émotions et les pensées. Le corps de Castiel était bien présent, étendu sous ces draps, mais son esprit lui était ailleurs.
Sans réfléchir, Dean posa la main de Castiel sur sa joue. Initialement si froide, elle se réchauffa doucement au contact de sa propre chaleur, mais il ne sentit aucun mouvement, pas le plus petit tressaillement qui aurait pu indiquer que Castiel était conscient de sa présence. Les yeux de l'alpha restaient désespérément clos.
Il regarda de nouveau l'infirmière et Lucifer, espérant ne pas voir dans leurs yeux la déception que le miracle attendu ne se soit pas produit.
Mais qu'est ce qu'ils croyaient franchement ? Il n'était rien, même pas son oméga, contrairement à ce que l'infirmière croyait. En tout cas, il n'avait rien d'un putain de prince charmant, et Castiel n'était pas la belle endormie. Il n'avait aucune chance de le réveiller d'un baiser.
Il prit la main de Castiel entre les deux siennes et faillit la porter à son cœur, mais se souvint juste à temps de ce qui se trouvait à cet endroit là, caché sous le pansement et il eut un petit rire amer. Non il n'était pas son oméga. Son véritable propriétaire lui avait apposé sa marque. C'est à lui qu'il appartenait.
Le petit rire s'amplifia dans sa gorge jusqu'à devenir incontrôlable. L'ironie de la situation le submergea d'un seul coup. Ils étaient là tous les deux à le fixer, à espérer que Castiel sorte du coma par magie, juste parce que lui, Dean, un oméga sans valeur, une simple pute qui appartenait à un autre, était là à lui tenir la main. Ils ne comprenaient pas. Ils ne comprenaient rien.
Dean riait toujours, complètement hors de contrôle, et les larmes coulaient maintenant sur ses joues et se perdaient dans son masque.
Aussi brusquement qu'il était arrivé son fou rire cessa, et brutalement il manqua d'air. La pièce pourtant spacieuse sembla se rétrécir et se resserrer autour de lui. Il reposa en tremblant la main de Castiel sur le lit, et chercha la sortie d'un regard paniqué.
Sans un mot, il se releva, les dépassa et se précipita vers la porte. Il fallait qu'il sorte.
Toutes ces odeurs. Leurs yeux sur lui.
C'était trop.
Il ne pouvait plus respirer.
Dans le sas, Dean arracha littéralement la blouse en tissus et le masque qui lui recouvrait le visage et accentuait encore sa sensation d'étouffement. Il les jeta dans la poubelle près de l'entrée, mais lorsqu'il voulut sortir la porte refusa de s'ouvrir devant lui. Il la regardait de haut en bas, cherchant la poignée inexistante. Lorsque Lucifer arriva derrière lui, il eut la sensation d'être pris au piège.
L'alpha allait l'attaquer, forcément.
Instinctivement il se mit en position de défense, mais au lieu de ça, Lucifer poussa un bouton que Dean n'avait même pas remarqué et la porte se déverrouilla. Immédiatement l'oméga poussa le battant, dévala le couloir et l'escalier, suivant les panneaux "exit", et ce n'est que lorsqu'il arriva dehors qu'il se plia en deux, les mains posées sur les genoux, reprenant son souffle comme si il avait couru un marathon.
De l'air. Enfin.
Lucifer le rejoignit rapidement mais resta à distance, alors que Dean tentait de parler entre deux inspirations laborieuses.
- C'est pas moi... je peux pas... trouvez vous quelqu'un d'autre. Je suis pas assez fort.
Les larmes qui coulaient à présent sur ses joues n'avaient plus rien à voir avec le fou rire qui l'avait secoué quelques instants auparavant.
L'alpha ne dit rien. Il ne tenta pas de l'approcher ou de le réconforter. Il resta debout à ses côtés, droit comme un I, puis au bout d'un moment sortit un paquet de cigarettes de sa poche et lui en tendit une. Dean leva la main pour décliner l'offre, déjà parce qu'il ne fumait pas et puis en plus, il était peut être...
Il releva le visage vers le ciel, une grimace douloureuse déformant ses traits déjà crispés. Quelle ironie qu'il se préoccupe de la santé d'un futur hypothétique bébé alors que même dans son esprit il ne parvenait pas à prononcer le mot "enceint". Dean secoua la tête. Il se trouvait pathétique. Un oméga pathétique, voilà tout ce qu'il était. Comment tous ces gens pouvaient ils espérer qu'il vienne en aide à un alpha comme Castiel ?
- C'est pour ça que tu m'as amené là, hein. Parce que tu croyais que ça allait le réveiller ? Et ben désolé que ça n'ait pas marché.
L'alpha haussa un sourcil en le regardant.
- C'est toi qui as voulu venir.
Puis il alla s'assoir sur un banc à deux mètres de là.
- Dis moi, pourquoi tu as voulu venir, Dean ?
L'oméga le dévisagea, interloqué. Ça, c'était vraiment une excellente question...
.
