Bonjour les amis, vous allez bien ?

Voici le chapitre 8. Un chapitre qui sera plus paisible que le précédent, émotionnellement parlant, ça va faire du bien non ? Pas de Warning particulier.

Une petite pause avant... Bref vous verrez bien. ;)

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La semaine dernière, Dean a appris pour sa grossesse et Castiel s'est réveillé. On les retrouve à cet instant.

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Avant de vous laisser avec ce chapitre, réponses aux reviews en Guest comme d'habitude:

- Claire : Thank you so so much. I 'll try. XD

- Carmin: J'ai tellement adoré ta review ! J'étais hyper frustrée de ne pas avoir pu te répondre en message perso, déjà parce que tu me fais de supers compliments et que je voulais te remercier. Et puis aussi parce que j'ai ressenti ton enthousiasme et ça m'a touchée. Et enfin parce que tu as remarqué certains points importants et je voulais te répondre là dessus, mais impossible de le faire ici sans spoilier les autres lecteurs. Alors je te dirais juste merci merci merci ! Recevoir ce genre de message fait vraiment super plaisir ! :))

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Et voila, bonne lecture à tous et bonne semaine. ;)

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Chapitre 8 :

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- Chuuut. Ca va aller...

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Dès que Dean releva le visage, la main de Castiel posée sur sa tête retomba lourdement sur le lit. L'alpha tenta de la lever vers son propre visage pour retirer par réflexe la sonde entrant dans sa narine, mais Dean l'en empêcha.

- Non, faut pas y toucher. Tu vas te faire mal. Attends, je vais les appeler. Ils vont te l'enlever.

Il ne s'éloigna que le temps d'attraper le fil qui pendait au mur et actionna la sonnette, puis très vite reprit sa position initiale, la main de Castiel pressée entre les siennes comme si il avait peur que l'alpha ne s'en aille à nouveau.

Dean ferma les yeux savourant le soulagement intense qui l'inondait tout à coup après tant d'angoisse.

- T'imagine même pas comme ça fait du bien de te revoir Cass.

L'alpha leva son autre main avec difficultés cette fois vers le visage de Dean et vint essuyer du pouce la trace de larme sur sa joue. Il tenta de parler mais grimaça, la gorge probablement aussi douloureuse que sèche. Son deuxième essai fut un peu plus concluant même si sa voix était rauque et à peine audible.

- J'ai senti que tu avais besoin de moi.

Malgré sa joie, le regard de Dean devint fuyant, alors que tout son corps se crispait de nouveau.

- Est ce que... t'as entendu ce que l'infirmière a dit ?

Castiel fronça les sourcils sans parvenir à se remémorer ce dont Dean parlait. A moins que cela ne soit à cause de la vague acide des phéromones d'angoisse qui émanaient de nouveau de l'oméga. Confus, il porta sa main à son front.

- Non, je... je sais pas... j'ai pas les idées claires. Qu'est ce qu'elle a dit ?

Nouveau looping extrême dans le grand huit émotionnel qui menaçait d'avoir raison du peu de santé mentale qui lui restait ce soir, le soulagement infini que Dean ressentit ne dura qu'un instant. Le suivant son cœur s'écrasa sur le sol lorsqu'il se rappela que d'ici peu, quelques jours, une semaine tout au plus, son odeur proclamerait au monde entier qu'il était un oméga fécondé.

Il regarda Castiel dans les yeux, parcouru son visage, ses cheveux en bataille, chacun de ses traits, son expression si concentrée et sérieuse. Il voulait tout mémoriser, tout garder, archiver chaque détail précieusement dans un coin de sa mémoire, l'affection, la chaleur, la douceur, pour toujours. Parce il savait déjà qu'il allait tout perdre.

Alors peut être ferait il mieux de crever l'abcès tout de suite, de tout lui dire pour son contrat, Alastair, sa grossesse, affronter sa colère et son mépris maintenant, et ensuite repartir, reprendre le cours de la vie merdique à laquelle il était habitué et faire comme si ils ne s'étaient jamais rencontrés.

Oui, il allait faire ça. C'était le mieux dans sa situation. Pour tous les deux.

Allez vas y, un peu de courage Winchester, tu peux le faire. Tu dois le faire !

- Rien. Elle a rien dit. Juste des conneries. Elle avait peur que tu te réveilles jamais.

Un lâche ! Un putain de lâche, voilà ce qu'il était !

Dean écarta une mèche de cheveux noirs sur le front de Castiel puis laissa ses doigts glisser le long de sa tempe. Il descendit jusqu'à la joue râpeuse puis effleura ses lèvres. Elles avaient l'air sèches, légèrement craquelées et pourtant elles étaient si douces. Dean se souvenait parfaitement de la sensation incroyable qu'il avait éprouvé quand il y avait posé les siennes.

Castiel tiqua puis releva la main vers son visage et toucha ses propres lèvres à son tour, imitant le geste de Dean une seconde auparavant. Son regard se fit interrogateur et Dean lui répondit par un sourire. Apparemment, si l'alpha ne se souvenait plus des mots, certaines sensations avaient su trouver leur chemin dans le brouillard de son coma.

Le regard bleu se fit doux et Dean eut envie d'y voir l'invitation qu'il ne méritait pas.

Il allait se pencher pour les gouter une seconde et probablement dernière fois lorsque... Trois petits coups sur la porte et elle s'ouvrit.

- Vous avez appelé monsieur Winchester ?

Mais dès que le regard de l'infirmière se reporta sur le lit...

- Oh, monsieur Novak, vous êtes réveillé ! Quelle bonne nouvelle !

Elle s'approcha tandis que Dean se redressait brusquement et reculait de deux pas sous le regard à présent brulant de Castiel. Sans s'apercevoir de l'intensité de l'échange entre les deux hommes, l'infirmière approcha du lit, posa les doigts sur le poignet de son patient pour sentir son pouls puis lui prit la tension.

- Comment vous sentez vous ?

Castiel reporta enfin son regard sur elle et fit un geste vers son nez.

- Je crois qu'il aimerait qu'on lui retire ce truc, répondit Dean à sa place d'une voix encore bouleversée.

- Oui, je comprends, ça n'a rien d'agréable. Mais il faut d'abord que je demande au médecin. Je vais l'appeler tout de suite. Je reviens !

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Dès qu'elle quitta la pièce, les yeux de Castiel revinrent se poser sur Dean. Ses narines frémirent et une lueur d'inquiétude passa sur son visage, mais Dean secoua la tête.

- On aura le temps d'en parler plus tard. Pour le moment, tout ce qui compte c'est que tu ailles mieux.

Dean ferma les yeux, tentant de reprendre le contrôle de ce qu'il ressentait et de ses phéromones beaucoup trop bavardes. Comment pouvait on éprouver en même temps autant de joie et un tel désespoir ? Il y avait de quoi devenir cinglé. Il rouvrit les paupières, tombant directement dans le regard de Castiel qui le fixait beaucoup trop intensément.

- Tu sais, j'ai vraiment cru...

La gorge nouée, il se rapprocha du lit et lorsque leurs deux mains se joignirent, une fragrance purement divine se rependit dans la pièce, les surprenant tous les deux. Elle ne provenait ni de l'alpha, ni de l'oméga, mais du mélange unique de leurs phéromones respectives qui se mêlaient, se répondaient et se complétaient parfaitement.

Les deux hommes se regardèrent en silence un long moment, tandis que leurs odeurs conversaient là où les mots auraient échoué.

Douleur et soulagement. Inquiétude et réconfort.

Et quelque chose d'autre aussi, quelque chose qui n'était qu'eux, un mélange de brise printanière, de miel et de cuir, de pomme et de cannelle, une fragrance parfaite, irrésistible, qui leur donnait envie de se fondre l'un dans l'autre. Sans y réfléchir davantage Dean vint s'assoir sur le lit, se pencha en avant et Castiel, se souleva pour venir à sa rencontre. A quelques centimètres l'un de l'autre, ils s'arrêtèrent, s'interrogèrent, incertitude mutuelle pour des motifs tellement différents. Mais ni l'un ni l'autre n'avait envie de résister. Au diable les complications, les implications et le monde lui même, il n'y avait qu'eux dans cette chambre et leurs odeurs envoutantes, témoignage de leurs émotions mutuelles.

Enfin leurs lèvres se joignirent.

Tout comme leurs fragrances, elles semblèrent se reconnaitre et se retrouver plutôt que se découvrir. C'était doux, hésitant, un peu maladroit aussi à cause de cette fichue sonde scotchée contre sa joue et qui les gênait tous les deux mais, étrangement puisque c'était leur premier véritable baiser, cela avait le goût de la maison retrouvée après des années d'errance.

Le contact ne dura que quelques secondes, puis, doucement, ils se séparèrent sans dire un mot, sans se quitter des yeux, dans la complète incertitude de ce qui allait bien pouvoir suivre. Le silence s'installa, étrangement confortable, alors que leurs non dits parlaient bien mieux qu'eux même.

Castiel lui sourit et Dean eut envie d'oublier tout le reste, de rester juste là, assis sur ce lit, à se noyer volontairement dans ce regard. Il avait toujours aimé le regard de Castiel. Un regard qui semblait le voir lui, sans le juger, sans rien attendre de sa part. C'était si agréable, si reposant. Et même si c'était juste un putain de mensonge et que celui que Castiel croyait voir n'existait pas réellement, et bien parfois se mentir faisait du bien.

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La porte de la chambre s'ouvrit en grand, sans avertissement, les faisant sursauter tous les deux.

- Monsieur Novak, bon retour parmi les vivants ! Vous nous avez fait peur vous savez !

L'alpha qui venait d'entrer portait un pantalon gris de bonne coupe et un simple T shirt col en V sous sa blouse blanche ouverte. Il était blond assez grand et mince avec un fort accent français et avait investi la chambre comme si elle lui appartenait, les mains dans les poches. Derrière lui, l'infirmière referma la porte.

Le médecin jeta un coup d'œil ambigüe à Dean lorsqu'il sentit le parfum qui emplissait la pièce, mais il se ressaisit rapidement et reporta bien vite son regard vers Castiel, évaluant l'état de son patient d'un œil professionnel.

Après un rapide examen, il se retourna vers l'infirmière.

- Veuillez retirer la sonde gastrique de monsieur Novak. J'autorise son alimentation. Uniquement texture mixée et eau gélifiée pour aujourd'hui. Sa gorge a souffert de l'intubation et des sondes et nous ne voulons pas qu'il fasse une fausse route, n'est ce pas ? Et j'ordonne également un bilan sanguin complet, EEG et scanner cérébral. Les précédents étaient normaux, mais monsieur Crowley a été formel: rien ne doit être négligé pour remettre sur pieds le héros qui a sauvé son oméga.

L'alpha frappa dans ses mains puis les frotta l'une contre l'autre avec un air d'intense satisfaction.

- Bien, y a t'il autre chose que je puisse faire pour vous monsieur Novak ? Non? Excellent ! Et bien je repasserai vous voir lorsque j'aurai tous les résultats de vos examens. Passez une bonne journée messieurs.

Et il quitta la chambre, sous le regard stupéfait de Dean et de Castiel qui se retournèrent vers l'infirmière. La jeune femme haussa les épaules d'un air résigné.

- Vous connaissez la différence entre Dieu et un médecin ? Demanda t'elle avec amusement à voix basse après que le médecin eut disparu.

Devant l'air interrogateur des deux hommes elle reprit.

- Et bien Dieu, lui, ne se prend pas pour un médecin !

Elle pouffa à sa propre blague puis se rapprocha de Castiel.

- Bien, maintenant nous allons pouvoir vous retirer votre sonde.

Avec précautions, elle détacha l'adhésif de la joue de Castiel.

- Prenez une grande inspiration, monsieur Novak. Ce n'est pas très agréable, mais cela ne prendra qu'une seconde. Vous êtes prêt ? Allez y, soufflez fort maintenant.

Enfin, l'encombrant dispositif quitta sa narine et, après que sa quinte de toux se soit calmée, elle l'invita à prendre une première gorgée d'eau gélifiée.

- Ça vous fera du bien.

Dean jeta un coup d'œil dans le gobelet qui contenait une espèce de gélatine translucide et vibrante, et sa grimace parla pour lui.

- T'es vraiment sûr de vouloir avaler ça ?

Il se saisit du gobelet et l'agita légèrement.

- Non mais regarde, ça bouge tout seul, on dirait que ce machin est encore vivant. Mec, t'as qu'un mot à dire et je te ramène de la vraie nourriture pour humain, genre des frites, un burger et de la tarte en dessert. Ça, c'est un menu pour requinquer un homme! Alors que ta gelée d'méduse là ...

D'abord amusée, l'infirmière ouvrit deux grands yeux horrifiés.

- Oh non non non, il n'en est pas question ! Le docteur Balthazar en ferait une attaque ! Pour aujourd'hui, monsieur Novak va avoir droit à une délicieuse purée de légumes et un peu de pudding. Je vais vous chercher ça tout de suite.

Dean regarda Castiel en secouant la tête d'un air désolé et l'aida à se redresser pour manger.

Mais malgré l'attitude peu encourageante de son garde malade, lorsque l'infirmière fut de retour avec son repas, en patient obéissant, Castiel avala tout ce que contenait son plateau. Sa gorge était douloureuse et l'eau, fut elle gélifiée, y glissa comme une pluie douce sur un sol aride.

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Lorsqu'il eut terminé son repas, il s'affala sur les oreillers, épuisé de ce simple effort après des jours d'immobilité complète et reporta son regard sur Dean qui s'était assis sur une chaise à ses côtés. L'ambiance dans la chambre était silencieuse et paisible, il s'apprêtait à s'endormir lorsque des coups frappés à la porte le firent sursauter.

- Mais regardez moi qui est réveillé !

Immédiatement trois hautes statures envahirent l'espace autour de son lit et commencèrent à le féliciter bruyamment, le tirant sans ménagement de sa torpeur.

- Tu nous as fait peur mon salaud !

Gabriel frappa Uriel dans l'épaule et lui tendit sa main paume levée.

- Aboule le fric !

Dean fronça les sourcils et c'est Lucifer qui le renseigna.

- Gabe avait parié avec grincheux, ici présent - il désigna Uriel du pouce - que tes " bons soins " allaient réveiller notre bel endormi. Faut croire qu'il avait raison.

- Comme toujours, ajouta l'alpha triomphant. Alors Deano, tu nous expliques comment tu t'y es pris au juste ?

Dean eut une vraie grosse envie de frapper quelqu'un, lui même probablement, lorsqu'il sentit une intense chaleur se répandre sur ses joues.

Ne pas regarder Castiel. Surtout ne pas regarder Castiel !

Lucifer ricana en le fixant d'un air beaucoup trop perspicace et Uriel sortit un billet de sa poche et le claqua dans la paume tendue de Gabriel avec une mauvaise grâce manifeste. Il jeta un regard noir à Dean qui haussa les sourcils, interrogateur.

- Tu m'as fait perdre cent dollars, oméga.

- C'est toujours Dean, trouduc ! Et tu m'en vois très heureux ! grogna t'il plus pour retrouver une contenance que vraiment par colère.

L'alpha noir approcha de lui, le visage fermé. Il leva la main et instinctivement Dean se tendit, prêt à encaisser l'impact et à riposter. Mais au lieu du coup attendu, il sentit la main se poser sur son épaule dans un geste aussi amical que brutal, alors qu'un sourire d'une blancheur éclatante illuminait brusquement le visage de l'alpha à la peau sombre.

- Moi aussi, Dean, j'en suis heureux. Crois moi, moi aussi.

Deux tapes sur son épaule, puis Uriel s'éloigna de lui pour s'approcher de Castiel. Il serra la main de l'alpha dans la sienne un moment.

- Heureux de te revoir mon ami.

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En quelques heures, la chambre d'hôpital paisible et immaculée de Castiel s'était transformée en un véritable capharnaüm.

Lucifer avait pris possession du fauteuil grinçant et plastifié qui trônait dans le coin de la pièce, l'avait rapproché du lit de Castiel sur lequel il avait posé ses pieds croisés, et se chamaillait avec Gabriel pour la possession de la télécommande et le choix du programme télé.

Des dizaines de ballons multicolores gonflés à l'hélium et ornés de messages de bon rétablissement occupaient toute une partie de l'espace au plafond, grâce à ce même Gabriel qui s'était occupé de redécorer l'endroit façon garderie pour enfants sous acide. L'adaptable de Castiel était presque invisible à présent, complétement dissimulé par un monticule de gâteaux, bonbons et autres sucreries en tout genre auxquels le malheureux patient n'avait pourtant pas le droit de toucher.

Uriel leva un œil au-dessus de la revue qu'il avait empruntée dans la salle d'attente lorsque Dean en fit la remarque à Gabriel, mais l'alpha lui rétorqua sans complexe que c'était pour lui et non pas pour Castiel qu'il avait apporté tout ça. L'alpha et l'oméga partirent dans une discussion véhémente et Uriel leva des yeux désabusés au ciel, puis reprit sa lecture.

- Elle t'irait comme un gant ! Commande là, ils ont peut-être ta taille.

Lucifer sourit d'une oreille à l'autre sous le regard d'abord interrogateur puis soudainement noir de Uriel lorsqu'il lui désigna la magnifique robe de mariée blanche et duveteuse qui ornait la couverture du magazine qu'il était en train de parcourir. Uriel rétorqua d'un majeur levé bien haut et Lucifer, sans le quitter de son regard narquois, croqua dans une sucrerie sous les protestations de vol de Gabriel.

Au milieu de ce joyeux bordel, dans son lit, Castiel restait silencieux. Un petit sourire flottant sur les lèvres, il se contentait d'écouter les chamailleries de ses camarades alors que son regard passait sans cesse de l'un à l'autre mais revenait toujours se fixer sur Dean. L'ambiance était détendue, bruyante mais bon enfant et joyeuse. Il savourait le moment.

Il savourait surtout sa chance insolente d'avoir une fois de plus survécu et de se retrouver au milieu des personnes qu'il aimait et qu'il considérait comme sa famille. Une nouvelle fois, son regard revint se poser sur Dean. L'oméga, le visage songeur, fixait toujours le magazine qu'Uriel avait encore entre les mains, parfaitement inconscient de l'examen minutieux dont il faisait l'objet. Et malgré les cernes noires sous ses yeux, malgré ce je-ne-sais-quoi qui l'entourait comme une ombre et qui faisait tiquer Castiel, jamais l'alpha ne l'avait trouvé plus magnifique.

Toujours perdu dans ses pensées, Dean passa une main sur son visage et se gratta la joue.

- Mon frère va bientôt se marier.

Les trois autres regards rejoignirent celui de Castiel sur l'oméga qui venait de parler et qui releva les yeux vers eux, avec un petit haussement d'épaule embarrassé que Castiel trouva tout simplement adorable.

Le silence s'installa, seulement rompu par les rires et les bruits d'applaudissements provenant d'un talk-show dans le téléviseur.

- Il s'appelle Sam. Il vient de finir ses études de droit. Major de sa promotion.

La fierté qui s'entendait dans les paroles de Dean faisait écho à l'affection qui se lisait maintenant sur son visage.

- C'est un vrai génie.

L'oméga tourna la tête vers Uriel et lui jeta un regard d'avertissement.

- Non, mec, pas besoin de demander. C'est bien mon frangin, il a pas été adopté !

L'alpha leva les mains en signe de reddition, un sourire sur les lèvres.

- Il a bossé dur pour en arriver là, il le mérite, continua Dean. Et maintenant il va se marier.

L'oméga secoua la tête, un air incrédule sur le visage. Il semblait à la fois heureux pour son frère mais aussi un peu abasourdi que pour une fois quelque chose d'heureux puisse arriver dans sa vie. Et peut être même un peu grâce à lui en plus.

Il passa les yeux sur les quatre hommes qui le dévisageaient toujours et se racla la gorge un peu mal à l'aise de ses confidences. Il passa une main derrière sa nuque et se mit à rire.

- Alors tu vois, si tu as des conseils chiffons à lui donner, Uriel, je suis sûr que sa Jessica sera preneuse. Je parie que t'as un goût très sûr pour les robes en dentelle!

Dean eut juste le temps de se baisser pour esquiver la revue qui vola dans les airs en direction de sa tête.

- Loupé !

Gabriel leva les yeux au ciel.

- De vrais gamins ces deux là !

- Franchement c'qui faut pas entendre.

- Quoi ? protesta l'alpha outré.

Et le joyeux tapage reprit.

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A sept heures tapantes, le repas du soir arriva et les trois alphas furent sommés de quitter les lieux. Le patient avait besoin de se reposer selon les instructions formelles de l'infirmière qui fronça les sourcils, mains sur les hanches, lorsqu'elle avisa le désordre de la pièce, les sucreries sur la table et les bouteilles de bière vides dans la poubelle.

Elle secoua la tête d'un air aussi amusé qu'exaspéré lorsque Gabriel tenta de se justifier, argumentant que le moral des troupes était un élément primordial dans toute guérison. Il se trouva pourtant éconduit comme les autres.

Dean allait les suivre quand il sentit la main de Castiel attraper la sienne. L'oméga releva vers lui un regard interrogateur, et si l'alpha ne dit pas un mot, Dean comprit parfaitement le message. En silence, il s'assit à ses côtés signifiant son intention de rester et personne ne fit de commentaire, sauf Gabriel bien sûr qui les désigna tous deux du doigt d'un air entendu.

- Soyez sages, les enfants. Pas de galipettes cette nuit, hein Dean, souvient toi qu'il est encore convalescent.

L'infirmière poussa littéralement tout le petit groupe hilare dehors et referma la porte sur les commentaires plus ou moins graveleux qu'échangeaient Lucifer et Gabriel. Elle haussa des sourcils amusés lorsqu'elle se retourna vers les deux hommes.

- Et bien, ils sont...

Elle ne termina pas sa phrase mais son expression était parlante.

- Oui, c'est le moins qu'on puisse dire, en effet confirma Castiel en riant.

L'alpha était souriant, mais son visage pâle et ses traits tirés en disaient long sur son degré de fatigue. L'infirmière déposa devant lui son plateau, pendant que comme un peu plus tôt dans la journée, Dean l'aidait à se redresser et le calait avec les oreillers.

- Vous devriez manger un peu monsieur Novak et vous avez besoin de vous reposer. Nous allons apporter un lit d'appoint pour monsieur Winchester dans un instant.

Mais lorsque les deux hommes se retrouvèrent seuls, un silence pesant s'installa. Une fois passée la douce euphorie qui les avait saisit lorsque Castiel avait ouvert les yeux, ni l'un ni l'autre ne savait vraiment comment se comporter. Après tout, même si ils se connaissaient depuis deux ans, auparavant ils vivaient dans des maisons côte à côte sans pratiquement se parler. Et voila que maintenant ils se retrouvaient ensembles, seuls dans cette chambre d'hôpital, comme le couple qu'ils n'étaient pourtant pas même si leurs phéromones s'évertuaient à proclamer le contraire.

- Cass, écoute, je sais pas où tout ça va nous mener.

- Je sais. Ne te sens pas obligé de rester si ce n'est pas ce que tu veux.

La voix de l'alpha était basse, ses yeux le fixaient intensément alors que sa main toujours agrippée à la sienne contredisait les mots que ses lèvres venaient de prononcer.

Dean soupira et releva le regard dans les prunelles azures qui semblaient elles aussi s'accrocher à lui comme à une bouée de sauvetage. Le nœud dans sa gorge se serra un peu plus alors que la réalité de sa situation se rappelait amèrement à son bon souvenir. Sa voix se brisa tandis que ses phéromones dégageaient de nouveau cette fragrance acre que Castiel ne saisissait pas complétement mais qu'il ne pouvait se résoudre à lui expliquer.

- Rien n'a changé, tu sais, fut tout ce qu'il parvint à prononcer.

Castiel tiqua, le regard braqué dans celui de Dean qui détourna les yeux. Un élément lui échappait, il en était bien conscient, quelque chose dont Dean avait honte et qui donnait à Castiel l'envie, non, le besoin de l'assurer de son affection et de son estime, du fait qu'il voulait de lui maintenant et encore plus que jamais. Ca ne pouvait être qu'une seule chose.

- Si tu veux parler de ton contrat, je suis au courant. Lucifer m'a tout expliqué.

Il resserra la pression de ses doigts sur la main de Dean qui fuyait toujours son regard.

- Et ça n'a pas la moindre importance pour moi. On trouvera un moyen de te libérer. Parce que tu te trompes, tout a changé. Je peux le sentir, pas toi ?

Dean releva subitement un regard inquiet. De quoi est ce que Castiel voulait parler ? Est ce qu'il était déjà capable de détecter sa grossesse ?

Mais le ton de l'alpha était doux, presque fervent. Non, de toute évidence il ne parlait pas de ça.

Castiel tira doucement sur sa main, l'incitant à se rapprocher davantage et Dean se laissa faire. Il savait qu'il n'aurait pas dû. Que plus il se rapprochait de l'alpha et plus l'inévitable séparation serait difficile pour l'un comme pour l'autre, mais il se sentait si fatigué. Il avait tellement envie pour une fois de se laisser guider, de ne plus être celui qui décide, celui qui assume. Juste se laisser aller. Juste une fois.

Il s'allongea sur le lit, le plus près possible du bord pour laisser de l'espace entre leurs deux corps, mais Castiel enroula un bras autour de sa poitrine pour le rapprocher davantage. L'alpha tiqua lorsqu'il sentit l'épaisseur du pansement sur son pectoral gauche et son regard posa la question qui ne franchit pas ses lèvres, mais il n'insista pas quand les phéromones de Dean trahirent son malaise. Il posa simplement la tête à côté de celle de l'oméga alors que ses doigts retraçaient les contours du pansement que l'on devinait sous son T-shirt, et Dean ferma les yeux pour contenir la brûlure qu'il ressentit alors dans sa poitrine et qui n'avait vraiment rien à voir avec la plaie qu'il dissimulait.

Le silence se prolongea un moment, simplement rythmé par le bruit de leurs respirations respectives. Castiel s'était immobilisé, la main posée sur le torse de Dean. Il releva le visage vers l'oméga qui, lui, fixait le plafond.

- Tu me diras pourquoi un jour ?

Dean savait pertinemment que Castiel parlait de son contrat bien sûr. De quoi d'autre ? L'alpha voulait savoir pourquoi il endurait tout ça, pourquoi il l'avait signé, et une seconde l'envie de se soulager d'une partie de son fardeau en partageant son secret fut si forte qu'il faillit se trahir. Mais cela faisait si longtemps maintenant qu'il se taisait que c'était devenu une seconde nature. Ce secret régentait sa vie depuis tant d'années et surtout il concernait Sam. Dean doutait d'être un jour capable de suffisamment accorder sa confiance à quiconque pour le révéler. Même à Castiel.

- Je sais pas.

Ce n'était pas la réponse que Castiel attendait et Dean en était bien conscient mais à cet instant c'était la seule suffisamment honnête qu'il pouvait lui donner. Il reporta le regard sur l'adaptable sur lequel le diner de Castiel refroidissait.

- Tu devrais manger un peu.

Comme toujours les phéromones de Dean en disaient infiniment plus long que l'oméga lui même sur ce qu'il ressentait et en ce moment elles parlaient de honte, de culpabilité et de regrets. Castiel n'insista pas. Il tenta de se redresser un peu pour soulever la cloche qui recouvrait son assiette. Lorsqu'il découvrit une nouvelle sorte de purée, verte cette fois ci, et un flan jaunâtre, il grimaça et Dean sourit devant son air penaud.

- Attends, je crois que j'ai mieux.

L'oméga se retourna et tendit le bras vers la table de nuit dans laquelle il avait dissimulé deux sacs en papier qui dégageaient une odeur merveilleuse de nourriture aussi grasse que calorique.

- Un cadeau de Gabriel. Mais faudra rien dire à l'infirmière Ratchet, il parait que son boss en ferait une attaque.

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Deux heures du matin, et Dean aurait bien voulu que l'on mette devant lui l'imbécile qui avait dit que la nuit portait conseils.

Il lui aurait expliqué sa façon de penser. A grands coups de poings.

Allongé contre l'alpha, Dean regardait le profil du visage endormi de Castiel qu'il pouvait seulement deviner dans la pénombre et déglutit la bile amère qui remonta dans sa gorge tandis que ses pensées prenaient des chemins de plus en plus sombres et torturés.

Pourtant, la soirée avait si bien commencé.

Après leur repas et malgré le lit de camp que l'équipe soignante avait apporté, les deux hommes s'étaient simplement allongés l'un contre l'autre dans le lit de Castiel, sans autre intention que celle de savourer la chaleur de leurs deux corps et les fragrances de contentement que tous deux dégageaient. Celles qui s'exhalaient de chaque pore de la peau de l'alpha exprimaient son bien-être et sa satisfaction de tenir dans ses bras celui qu'il considérait désormais de toute évidence comme son oméga. Toute son odeur parlait de réconfort, d'appartenance et d'affection.

Et comment aurait il put en être autrement ?

Castiel s'était réveillé de son coma pour trouver Dean à ses côtés, penché sur son lit, en proie à de violentes émotions et il en avait déduit qu'elles lui étaient destinées. Que Dean s'était inquiété pour lui. Qu'il était venu pour lui. Et même si il percevait encore nombre de non-dits dans l'attitude de l'oméga, cela ne pouvait signifier qu'une chose non ? Qu'il l'aimait et voulait lui appartenir. L'alpha en lui en rugissait littéralement de contentement. Et Dean n'avait rien fait pour le détromper. Ses phéromones non plus d'ailleurs.

Simplement parce que c'était la stricte vérité.

Sauf que lorsque l'alpha s'était endormi, les pensées de l'oméga avaient pris un tout autre chemin alors que la réalité de sa situation était revenue le hanter.

"Félicitations monsieur Winchester ! Vos analyses sont formelles, vous attendez bien un heureux évènement !"

La boule dans sa gorge accentua son impression d'étouffer et Dean ferma les yeux, attendant que la panique qui menaçait de le submerger ne reflue un peu.

Il était enceint. Il portait le bébé d'Alastair.

Pour la première fois, dans le silence assourdissant de ses pensées, Dean parvint à prononcer les mots dans sa tête. Un putain de miracle qu'il savait dû à sa nature oméga qui le poussait petit à petit à accepter cette grossesse et à chercher la solution qui lui permettrait d'assurer la sécurité de son futur petit.

Comme un animal.

Et à sa plus grande honte, pendant une épouvantable seconde dont il se souviendrait avec dégout jusqu'à la fin de ses jours, Dean envisagea de manipuler Castiel. Il savait que si il le voulait il pourrait pousser l'alpha à coucher avec lui et à lui faire croire que ce bébé était le sien. C'était peut être la solution. Sa seule chance de s'en sortir sans le perdre.

Une incontrôlable nausée s'empara de tout son corps et Dean eu du mal à retenir le contenu de son estomac. Il respira lentement et profondément pour reprendre le contrôle de son corps qui voulait physiquement régurgiter la noirceur de cette pensée abjecte.

Une respiration. Puis une autre.

La brulure dans sa gorge et dans son cœur était toujours cuisante, mais son esprit s'apaisa un peu. Non il s'était peut être vendu à un monstre, il n'y avait peut être plus rien de bon ou d'honorable en lui, mais jamais il ne ferait une chose pareille. Castiel ne méritait pas ça. Ce bébé et Alastair était son problème, à lui de le résoudre, même si il n'avait pas la moindre idée de la façon de s'y prendre.

Incapable de trouver le sommeil, Dean se concentra sur la respiration régulière de Castiel pour garder le contrôle de ses émotions tandis que ses pensées prenaient des allures de film d'horreur. Dans un effort titanesque il parvint à se calmer, à se forcer à considérer la question sous tous les angles, froidement, comme si tout ceci arrivait à un autre.

Et ainsi détaché de toute émotion, la conclusion s'imposa à lui comme une évidence. Il devait rentrer chez lui avant de faire du mal à Castiel. Ou pire encore, avant qu'Alastair ne lui fasse du mal si il venait un jour à découvrir toute la vérité. Bien sûr l'alpha savait déjà qu'il était parti et il y avait le risque qu'il en soupçonne la raison. Mais peut être parviendrait il à inventer une bonne excuse à lui donner pour justifier son absence, lui dire qu'il était parti rendre visite à son frère. Si il se montrait suffisamment convainquant, si il se pliait à toutes les exigences de l'alpha, si il lui disait enfin les mots qu'il attendait depuis si longtemps, alors le châtiment devrait être supportable. Alastair lui ferait payer sa petite escapade, certes, mais il ne le tuerait surement pas, pas tant qu'il portait son enfant en tout cas.

Dean frissonna alors qu'une sueur glacée dévalait son dos. Est ce que sa nature oméga irait jusqu'à le forcer à accepter Alastair comme son alpha parce qu'il était le géniteur du bébé qu'il portait ? Certes, l'alpha l'avait clamé de nombreuses années auparavant, alors il était déjà techniquement son alpha, mais les circonstances et la haine qu'il lui portait avaient fait qu'il ne l'avait jamais considéré comme tel.

Sa seule victoire.

La seule chose sur laquelle le démon n'avait jamais pu le faire céder. Son corps lui appartenait certes, mais il n'avait jamais réussi à totalement le briser et à posséder son âme.

Sauf que là Dean était enceint. Son corps était une bombe chimique qui le modifiait aussi bien physiquement que mentalement pour le préparer à donner naissance. Est ce que c'était vraiment pour sauver Castiel qu'il parvenait à envisager aussi froidement de retourner auprès de ce monstre ? Ou est ce qu'il commençait à le considérer comme son alpha, son véritable compagnon ?

Mais l'idée ne le tortura qu'un instant. Il suffit qu'il ressente en lui la joie intense qui l'envahit lorsqu'il s'imagina en train de tuer l'alpha, de refermer ses doigts sur son cou jusqu'à voir ses yeux se voiler comme ceux d'un poisson mort pour qu'il comprenne que ce n'était pas le cas. Non, le bébé était innocent, mais même sa nature oméga ne pouvait le forcer à accepter Alastair comme alpha. Cette ordure était un salopard répugnant qui méritait de crever de la pire des façons, et si c'était de ses propres mains, cela n'en serait qu'encore mieux.

Combien de fois en avait il rêvé d'ailleurs au cours de ses huit années ? Probablement des milliers. Mais jusqu'ici, il avait toujours considéré que c'était impossible, trop dangereux. Parce qu'il y avait Sam...

Sauf que maintenant il y avait aussi Castiel.

Les yeux grands ouverts dans la quasi obscurité de la chambre, Dean sentit une résolution nouvelle l'envahir. La situation ne pouvait plus rester en l'état. Parce que Castiel avait raison, tout avait changé à présent.

Malgré l'angoisse qui lui serrait les entrailles, Dean sourit dans la nuit.

Bientôt il serait délivré, d'une façon ou d'une autre.

Parce qu'il ne savait pas encore comment il allait s'y prendre pour que Sam reste malgré tout en sécurité mais aujourd'hui il allait tuer Alastair.

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Alors à votre avis... comment Dean va t'il s'y prendre ?

Bonne semaine à tous. A mardi prochain.