Bonjour tout le monde, j'espère que vous allez bien.
Voici le chapitre 13.
Il y a eu peu de retours sur le précédent alors que vous êtes de plus en plus nombreux à suivre cette histoire. Est ce qu'il vous a déplu ? Vous pouvez aussi me le dire, vous savez, si c'est le cas. ;)
Je me suis dit que vous aviez peut être été déçus parce que Dean et Castiel ne se sont pas immédiatement mis ensemble après que Castiel l'ait délivré. Je comprends, ça fait longtemps que vous attendez, je le sais bien. Mais Dean ne peut pas se remettre si vite de toutes ces années de torture, de ses trois mois de captivité et de sa fausse couche, vous ne croyez pas ?
Il lui faut du temps pour réapprendre à vivre normalement. C'est d'ailleurs le sujet de cette seconde partie, réapprendre à vivre.
Ne perdez pas espoir...
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Pas de warning particulier cette semaine.
Bonne lecture à tous. XD
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Chapitre 13 :
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Parle lui, c'est tout ce que je te demande. Juste ça. Fais le pour moi.
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Couché sur le dos sur une planche à roulette, sous une vieille Lincoln Continentale blanche qui avait connu des jours meilleurs, Dean se sentait revivre. L'odeur de cambouis et d'essence n'était peut être pas le plus subtile des parfums mais pour lui il arrivait facilement sur le podium.
Et pourtant la vieille lady lui donnait du fil à retordre depuis des heures et Dean commençait à transpirer et à jurer comme un chartier. Les doigts maculés de graisse, il ne parvenait pas à défaire un boulon particulièrement mal placé et que les outils modernes à sa disposition ne lui permettaient pas d'atteindre.
La clef avec laquelle il forçait dérapa brusquement et il s'entailla profondément le pouce sur une arête métallique du moteur.
- Et merde !
Il appliqua son vieux chiffon crasseux sur la plaie saignante et se dégagea de sous le véhicule en tenant son doigt blessé.
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Assis dans son vieux fauteuil défoncé, Bobby avait levé la tête lorsqu'il l'avait entendu crier et le fixait au travers de la grande vitre qui séparait son bureau du reste du garage.
Le vieil homme aimait avoir son espace. C'était le sien, chaque chose y était à sa place, et même si la première impression était qu'une bombe avait explosé dans l'endroit, gare à ceux qui osaient mettre du bordel dans son bordel ! Le désordre ambiant était en fait une stratégie de rangement très organisée. Ou du moins c'était ce qu'il aimait à faire croire.
Le bêta releva la casquette sur sa tête et se gratta le front lorsque Dean passa devant sa porte pour se rendre à la petite cuisine attenante. Enfin c'était peut être légèrement exagéré de qualifier de cuisine cette pièce aussi noire de cambouis que le reste du garage, mais il y avait une table et des chaises, un frigo, un évier et même une petite armoire à pharmacie. Largement tout ce dont Dean avait besoin à la minute.
Il ouvrit le robinet et réprima un sifflement de douleur lorsque sa plaie entra en contact avec le jet froid. Le sang mélangé à l'eau colora rapidement le fond du bac et une seconde Dean se revit dans une autre pièce, devant une autre mare de sang. Il se sentit pâlir, sa main valide se crispa sur son ventre alors que les images d'un fœtus expulsé de son corps envahissaient son esprit sans qu'il ne puisse rien y faire.
- Tout va bien, Dean ?
Sorti par surprise de ses pensées, Dean se retourna si rapidement qu'il rependit du sang et de l'eau partout sur le sol et ses vêtements. Il avisa un torchon de vaisselle et l'appliqua rapidement sur la plaie pour limiter les dégâts.
- Ouais. Ouais, ça va. Juste une entaille. J'aurais dû faire plus attention.
- Ca a l'air de saigner pas mal pour une petite entaille.
- C'est rien. J'en ai vu d'autres.
Bobby se racla la gorge, avança vers le frigo et en sortit deux bières fraiches.
- Oui, je sais, fils. D'ailleurs si tu veux en parler...
Dean leva les yeux au ciel et soupira d'agacement. Il se retourna face à l'évier et entreprit de savonner sa plaie et ses mains en entier. Ca piquait, mais l'eau froide commençait déjà à ralentir le saignement. Il examina son doigt après l'avoir rincé, la blessure était profonde et il se demanda si il ne lui faudrait pas quelques points de suture. Mais merde, pas question, il avait suffisamment fréquenté les médecins et les hôpitaux pour toute sa vie, et même peut être la prochaine. Il allait se débrouiller tout seul.
Bobby s'assit à la table et le regardait faire sans rien dire. Et si Dean aimait le silence, il n'appréciait guère celui là. Celui qui attendait qu'il parle. Bordel, mais pour dire quoi ?!
- Tu vas pas t'y mettre aussi, Bobby. Pas toi.
Jusqu'ici Dean avait vraiment apprécié l'attitude de son patron et presque père qui ne lui avait pas posé la moindre question sur ce qui lui était arrivé. Il se doutait bien que Sam lui avait raconté les grandes lignes, et le vieil homme l'avait juste accueilli comme si il était parti la veille. Il l'avait même engueulé dix minutes après son arrivée pour être venu le déranger avec une question stupide sur les dernières commandes de matériel pourtant affichées en évidence sous son nez. Paradoxalement, Dean n'aurait pu rêver mieux.
Bobby lui tendit une des bouteilles fraiches que Dean appliqua immédiatement sur son doigt douloureux. Le regard des deux hommes se croisa une seconde et Bobby prit une gorgée de bière avant de designer du goulot la vieille Lincoln.
- C'est quoi le problème ?
Dean aurait pu lui sauter au cou de soulagement. Enfin, façon de parler.
- Le problème c'est que les outils adaptés pour travailler sur ce genre de modèle n'existent plus. Les moteurs ne sont plus du tout pareils sur les nouveaux. Va falloir que je démonte tout le moteur juste pour pouvoir changer les courroies. Tu peux dire au proprio qu'elle sera pas prête ce soir. Me faudra au moins une journée de plus, peut être deux.
Bobby s'enfonça dans sa chaise.
- Balls ! Rufus est un vrai emmerdeur.
Dean haussa les épaules devant l'air dépité de son ainé. Il décapsula sa bouteille et en vida la moitié d'une seule rasade, alors que Bobby en soupirait de contrariété.
- Bon,ben pas le choix, je vais l'appeler. Mais je suis sûr que je vais en avoir pour une demi-heure à écouter ses jérémiades. Deux jours, t'es sûr ?
- Deux jours. Pas un de plus, mais sûrement pas moins. Mais je peux rester plus tard ce soir, si tu veux. De toute façon, j'ai pas mal d'heures à rattraper et ...
Un geste impérieux de la main arrêta ses explications.
- Dis pas n'importe quoi, t'as rien à rattraper. T'es là maintenant, c'est tout ce qui compte. Tu vas me faire le plaisir de retaper au plus vite la vieille caisse de cet emmerdeur de Rufus et y a rien à dire de plus.
Cette fois c'était sûr Dean allait vraiment lui sauter au cou !
Il eut un petit rire intérieur en imaginant la tête du vieil homme, aussi friand de démonstrations d'affection que lui, si il l'avait réellement fait. Mais il se contenta de lever sa bouteille pour saluer ce qui venait d'être dit et d'espérer que son regard transmettait toute la gratitude qu'il ressentait à cet instant.
- Bon allez, j'y retourne. C'est pas tout ça mais ce moteur va pas se démonter tout seul.
Dean se levait déjà de sa chaise, il avisa son pouce dont la plaie avait fini de saigner mais restait bien ouverte.
- Y a toujours du sparadrap dans la boite à pharmacie ?
- Si tu y a pas touché, y en a surement.
- C'est pas moi qui m'esquinte le plus d'habitude. D'ailleurs en parlant de lui, Benny ne bosse pas aujourd'hui ?
- Non, je lui ai donné quelques jours de congé, il a fait pas mal d'heures sup ces derniers temps.
Momifiant son doigt dans l'adhésif qu'il venait de sortir de la boite à pharmacie, Dean garda les yeux sur son pansement de fortune alors que la boule montait de nouveau dans sa gorge.
- Ouais, j'imagine. Bon allez, je m'y remets.
Lorsqu'il passa à sa portée, Bobby assena une tape réconfortante sur son épaule. Pas de mots. Juste ce dont il avait besoin. Merci Bobby.
- Et moi, je vais passer ce fichu coup de fil. Bon sang je m'en réjouis d'avance !
- Pas facile d'être patron. Où sont les kleenex ? J'ai déjà les larmes aux yeux.
Dean repartit vers le garage en rigolant.
- Mais l'avantage c'est qu'on peut botter le cul de ses employés irrespectueux. L'oublie pas!
- J'entends plus rien, cria Dean depuis le fond du garage en se rallongeant sur sa planche à roulette.
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De retour dans son bureau, Bobby s'assit de nouveau dans son fauteuil mais resta un long moment, le téléphone décroché à la main, à regarder Dean glisser souplement sous la carrosserie de la vieille voiture et reprendre le travail ainsi que rapidement ses jurons.
Il secoua la tête, soulagé plus qu'il n'aurait su le dire que son garçon soit de retour. Il avait vraiment cru ne jamais le revoir. Pas sûr que cette fois il aurait supporté une nouvelle perte.
Son regard se porta sur le portrait d'une jeune femme qui lui souriait sur le cliché posé sur son bureau. Tendrement il passa ses doigts sur le contour de son visage. Sa Karen lui manquait tellement.
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Un nouveau juron retentissant venu du garage le sortit de ses rêveries et il composa le numéro de son correspondant sur le cadran de son vieux téléphone des années 90.
- Rufus, j'ai une mauvaise nouvelle pour toi, vieux débris...
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La journée était passée en un clin d'œil. Et même si Dean avait mal partout lorsqu'il prit sa douche et enfila ses habits propres, cela faisait une éternité qu'il ne s'était pas senti aussi bien.
A l'extérieur, la nuit était tombée depuis longtemps. En se dirigeant vers la sortie, il jeta un coup d'œil au moteur en pièces détachées posé sur une table, puis passa une main affectueuse sur la carrosserie blanche de la vieille Lincoln.
- T'en fais pas ma belle, bientôt tu ronronneras comme un gros chat, parole de Winchester.
Un signe de la main à Bobby qui lui répondit d'un hochement de tête et Dean se dirigea vers la porte qu'il verrouilla soigneusement derrière lui. Bobby passerait par la celle de derrière, comme d'habitude.
Dean se souvenait très bien du jour où le bêta lui avait donné les clefs du garage.
" Comme ça, quand je voudrais, je pourrai faire la grasse mat pendant que toi, tu commenceras à bosser."
C'est ça, comme si le vieil homme avait l'habitude de trainer au lit! Il était toujours le premier arrivé au garage et le dernier parti. D'ailleurs, si il ne s'était pas si souvent rendu chez lui, Dean aurait même pu douter qu'il ait réellement une maison. Sauf que la maison en question était vide depuis que sa femme adorée était morte emportée par un cancer à même pas trente-cinq ans. Et ceci expliquait sans doute cela.
Ce jour là, Bobby lui avait juste remis le trousseau sans en faire tout un plat, mais le regard qu'il lui avait jeté signifiait beaucoup plus. Dean avait compris que le garage lui reviendrait quand Bobby déciderait de prendre sa retraite, parce qu'il le considérait comme son fils, et il s'était senti touché au delà des mots. Une espèce de testament tacite, parce que certaines évidences n'avaient pas besoin d'être verbalisées.
Bon sang si tout pouvait être aussi simple !
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"Parle lui, c'est tout ce que je te demande. Juste ça. Fais le pour moi."
Les mots de son frère raisonnèrent pour la millième fois dans sa tête et Dean se crispa. Il leva les yeux vers la voute étoilée. Il faisait beau et encore relativement doux en cette fin octobre. Dean espéra qu'ils n'auraient pas un hiver trop froid. Il détestait le froid.
L'idée le fit frissonner et remonter le col de sa veste de cuir malgré la température clémente.
Puis il se dirigea vers son impala et s'installa au volant.
Premier tour de clef, le moteur se mit à grincer et il grimaça
- Allez ma belle, pas ce soir d'accord ?
Deuxième essai, guère plus concluant, le moteur toussota puis s'arrêta alors qu'un peu de fumée sortait du pot d'échappement.
- Fais pas la gueule bébé, faut bien que je bosse. Tu sais que cette vieille Lincoln ne représente rien pour moi.
Troisième essai et immédiatement, la voiture démarra dans un ronronnement qui lui arracha un sourire triomphant. Dean caressa le volant sous ses doigts. Qu'on vienne encore lui dire que sa Chevrolet n'était qu'une voiture. Non, sa Baby était une vraie nana, capricieuse et jalouse. La seule à qui il soit toujours resté fidèle d'ailleurs.
- Ca c'est une bonne fille !
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Dean consulta sa montre, passa la marche arrière et tout en commençant à manœuvrer, considéra ses options.
Il pouvait rentrer directement chez lui, se retrouver face à Sam qui l'interrogerait sans doute sur sa journée et tenterait encore une fois de le psychanalyser. Ou faire un crochet par le Road House pour y boire quelques bières en espérant que son frangin soit couché avant qu'il ne rentre.
Dean grimaça. Il n'était vraiment pas sympa avec Sam qui avait tout laissé tomber pour s'occuper de lui. Non, il allait plutôt lui proposer de le rejoindre au bar. Ca faisait une éternité qu'ils n'avaient pas passé une soirée sympa entre frangins autour d'une bière à mater un match ou faire une partie de billard. C'est exactement ce dont il avait besoin. Ce dont ils avaient besoin tous les deux.
Il décrocha son téléphone d'une main, l'autre sur le volant.
- Sam, tu me rejoins au Road House dans vingt minutes. Ce soir je te mets minable au billard !
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Le road House.
Dès que Dean poussa la porte du bar, les odeurs de tabac, d'alcool et de cire assaillirent immédiatement ses narines et le firent grogner de plaisir.
Bon sang ça faisait des années qu'il n'y avait pas mis les pieds et pourtant il le reconnaissait comme si il y était venu la veille. Faut dire qu'il y passait la plupart de ses soirées et y claquait une bonne partie de sa paye. Avant...
Dean secoua la tête, refusant que sa bonne humeur du moment ne soit gâchée par des idées sombres. Il avait décidé de faire la fête ce soir et il comptait bien en profiter.
Il se dirigea comme en terrain conquis vers le comptoir, ignorant les sifflets des quelques alphas présents et déjà un peu éméchés. Ca, il savait gérer. Ses poings avaient déjà cassés pas mal de nez un peu trop insistants. Les alphas avaient peut être la force mais lui avait la rapidité et l'effet de surprise. En règle générale, ces connards bourrés et trop sûr d'eux ne s'attendaient pas à ce que leur proie se rebiffe. Et si la propriétaire de l'établissement n'avait pas trop changé, il savait que si besoin était, un fusil chargé se trouvait juste sous le comptoir, prêt à tenir en respect n'importe quel fouteur de merde. Des fois, ça pouvait servir.
- Dean Winchester ! Un revenant parmi les vivants.
Ellen Harvelle était une des personnes qui lui avaient le plus manqué quand il avait cessé de venir. La propriétaire des lieux avait sa façon un peu rude et bien à elle de vous exprimer son affection, mais le sourire qu'elle lui réservait toujours, lui donnait une idée de ce que devait être l'amour maternel.
- Heureux de te revoir aussi Ellen. T'as pas changé.
Ellen posa sur son épaule le torchon avec lequel elle essuyait des verres la seconde précédente et le dévisagea un instant, les poings sur les hanches, pendant qu'il s'asseyait sur l'un des tabourets de comptoir. La gorge de Dean se serra un peu. Non pas que la matriarche lui fasse réellement peur, même si son regard noir avait tenu en respect plus d'un poivrot, mais son jugement, le fait qu'elle l'accepte de nouveau chez elle après tout ce temps passé sans donner de nouvelles, avait de l'importance pour lui.
- Les flatteries ne te mèneront nulle part Winchester. Qu'est ce que je te sers ?
Le regard sérieux et le ton un peu revêche de la voix ne lui donnaient aucun indice sur ses pensées. Elle le faisait mijoter, il le savait, et après tout il le méritait bien.
- Une bière... s'il vous plait madame.
Dean suivit attentivement chacun de ses gestes lorsqu'elle se pencha pour attraper la bouteille dans une caisse à ses pieds, se releva pour la poser sur le comptoir et la décapsuler. Mais quand elle posa sa consommation devant lui, Ellen recouvrit sa main de la sienne en le fixant droit dans les yeux.
- Contente de te revoir Dean. Tu m'as manqué.
Immédiatement toute la tension qui l'avait envahi se relâcha d'un coup et Dean lui sourit.
- Moi aussi Ellen. Moi aussi, si tu savais.
- Et je ne suis pas la seule. Mais là, ça risque d'être un peu plus coton.
Dean se retourna pour suivre son regard et avisa Joe, la fille d'Ellen, qui s'était figée lorsqu'elle l'avait aperçu depuis la porte menant à l'escalier de la cave d'où elle venait de remonter une caisse dans les bras. La jeune bêta le dévisagea comme si elle avait vu un fantôme. Dean lui fit un petit signe de la main et Joe sembla sortir de son immobilité. Elle posa lentement la caisse au sol et avança vers lui d'un pas décidé.
Dean s'était préparé à tout en venant ici ce soir, à ce qu'elle lui saute au cou ou lui flanque une gifle, mais surement pas à ce qu'elle le dépasse et quitte la pièce sans se retourner.
Il resta un moment sans réaction, fixant la porte que Joe venait de claquer puis reporta un regard triste sur Ellen.
- Ca n'a pas été facile pour elle. Laisse lui du temps.
Dean hocha la tête, tiraillé par l'envie de la rattraper pour lui expliquer. Sauf que comme pour tous les autres, il ne savait pas ce qu'il aurait bien pu lui dire. Comment aurait il pu s'excuser d'être parti du jour au lendemain. De ne pas avoir donné de nouvelles pendant plus de huit années? De l'avoir envoyée promener quand elle avait essayé de reprendre contact au début, alors que pour lui il était juste inconcevable de continuer à la voir après qu'il se soit vendu pour sauver son frangin. Et pourtant ils n'étaient même plus réellement ensembles quand il avait signé le contrat. Ils étaient redevenus juste des amis après avoir tenté le coup pendant quelques mois mais s'être rapidement rendu compte qu'ils n'étaient pas vraiment faits pour être en couple. Ils avaient continué à se voir pendant quelques temps après leur rupture, et même à coucher ensemble de temps en temps quand l'envie les prenait, mais chacun menait sa vie de son côté. Des sexfriends, comme ils disaient et ça leur convenait très bien.
Sauf qu'après Alastair, plus rien de tout ça n'avait été possible. Dean aurait eu l'impression de la souiller si ils avaient continué à se voir et jamais il n'aurait pu lui faire ça. Sans compter que ce psychopathe ne l'aurait surement pas permis.
Dean eut un rire amer lorsqu'il réalisa que l'alpha avait été le seul dans sa chienne de vie à obtenir de lui une aussi longue exclusivité. Huit ans. Bordel, quelle ironie !
Une main masculine se posa sur son épaule et Dean se retourna pour accueillir son frère.
- Alors mon joli, on cherche de la compagnie ?
Il se figea de surprise en avisant l'alpha debout derrière lui qui lui souriait largement en le déshabillant de ses yeux d'un jaune étrange.
Dean évalua rapidement la situation. De toute évidence le mec ne craignait plus le gel, vu l'odeur d'un mélange de whisky et de bière qui supplantait celle plus écœurante encore qui lui appartenait en propre.
D'un mouvement rapide, il attrapa la main toujours posée sur son épaule et tordit le pouce selon un angle étudié, lui arrachant un cri.
- Si tu veux pouvoir continuer à te servir de cette main, tu la poses ailleurs ok ? Je cherche pas les emmerdes, j'attends juste mon frangin. Alors sois gentil et fous moi la paix.
Dean le lâcha et se retourna vers le bar sans plus lui prêter attention mais l'alpha vexé revint à la charge.
- Espèce de sale petite pute, si tu crois que...
Dean s'était déjà retourné, les poings levés en position d'attaque, mais le canon du fusil d'Ellen pointé dans sa direction dissuada l'homme de terminer sa phrase.
- Il a dit qu'il était pas intéressé, t'es sourd ?
L'alpha leva les mains en l'air puis recula. Ses phéromones hurlaient sa colère et sa frustration, mais Dean soutint son regard furieux sans ciller.
- Tu n'es plus le bienvenu ici, Azazel. Vaudrait mieux que tu t'en ailles avant que je me fâche.
Ellen arma son fusil et l'argument parut convaincre l'alpha qui se dirigea vers la porte en proférant insultes et menaces. Dans sa colère, il failli presque percuter Sam qui entrait comme lui sortait, puis il disparut dans la nuit.
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Sam traversa le bar et s'assit sur le tabouret à côté de son frère. Il fit un signe de tête à Ellen qui lui rendit sa salutation d'un sourire et qui, après avoir remis son fusil à sa place sous le comptoir, retourna de l'autre côté du bar où un client l'avait appelé.
- Ben dis donc, y a de l'ambiance ici, en désignant la porte du pouce.
Dean haussa un sourcil désabusé.
- Rien de nouveau sous le soleil.
Les deux frères fixèrent un moment l'écran de télévision dans l'angle du mur, où un joueur des Soxs venait d'atteindre la quatrième base. La moitié des personnes présentes dans la salle hurla sa joie, alors que l'autre, fan des Dodgers semblait revenir de l'enterrement de leur grand-mère.
Lorsque le volume sonore redevint humainement supportable, Sam fit un signe à Ellen qui lui apporta une bière puis il se tourna vers son frère.
- Alors, comment s'est passée ta journée au boulot? Bobby t'a accueilli avec une hache ?
Dean leva un regard interrogateur vers Sam qui désigna son pouce.
- Oh, ça? Non, je me suis battu avec le moteur d'une Lincoln. Mais j'ai gagné, il est en pièce détachées sur une table !
Sam rit un peu puis prit une gorgée de sa bière.
Le silence s'installa entre eux, pesant, seulement rompu par la cacophonie des autres habitants du bar qui hurlaient leur joie ou leur peine alternativement lorsque leur équipe marquait ou manquait un point.
- Alors, on la fait cette partie ?
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Si il avait pu, Castiel se serait fondu dans la banquette du siège sur lequel il était assis lorsqu'il avait vu Dean entrer dans le bar.
Il savait que se laisser trainer ici par Gabriel était une mauvaise idée, mais il n'avait pas imaginé à quel point jusque là. Si Dean était venu chercher de la compagnie ici ce soir, il n'était pas sûr de pouvoir le supporter.
L'oméga, lui, ne l'avait pas vu, ni senti, ce qui n'était guère étonnant au milieu de la foule du samedi soir et de la multitude d'odeurs qui empestaient les lieux déjà saturés de fumée de cigarettes et de vapeurs d'alcool. Malgré tout, l'alpha ne put réprimer le pincement qu'il ressenti à cette idée. Lui l'avait bien perçu immédiatement dès qu'il était entré.
De sa place, il l'avait observé avancer vers le bar, discuter un moment avec la propriétaire puis entamer sa bière.
Lorsque cet alpha visiblement ivre l'avait accosté il avait dû se retenir pour ne pas foncer sur l'homme et arracher cette main qu'il avait osé poser sur Dean avant de faire subir la même chose à sa gorge.
Encore une fois Castiel s'était surpris à avoir ce genre de réaction. Et pourtant, il aurait du y être habitué maintenant. Dès que Dean était concerné il avait un mal fou à se maitriser.
A vrai dire, il allait perdre le contrôle et intervenir quand Dean avait saisi la main de l'impudent et la lui avait tordu d'un geste expert. L'alpha en lui en avait rugi de fierté. Son oméga était une force de la nature, aucun doute la dessus. Enfin Dean, se corrigea t'il lui même avec regret... Dean était une force de la nature.
Mais quand même, combien d'omégas se seraient défendus de la sorte face à un alpha ?
Il s'était de nouveau assit sur son siège, malgré tout prêt à intervenir en une seconde si la situation dégénérait. Il avait grondé de colère et de frustration en voyant l'ivrogne revenir à la charge et ce n'est que lorsque la patronne du bar avait sorti son fusil, qu'il avait réussi à désincruster de ses paumes, les ongles qu'il avait plantés dans sa peau tellement il avait serré fort les poings.
Jamais Castiel n'avait pu comprendre l'attitude de ses congénères. Qui leur avait arrogé le droit de penser que tous les omégas leur appartenaient et devaient se plier à leurs moindres désirs ? Où était il écrit que les alphas étaient supérieurs ? La nature qui avait fait émerger les classes dans ce passé lointain où les femmes n'avaient plus été capable d'enfanter n'avait pas appris de ses erreurs. Concentrer autant de testostérone, de force et d'animalité dans un même corps n'aurait jamais dû être considéré comme une évolution souhaitable de l'espèce.
Mais si on le voulait il était possible de se maitriser. Il était bien placé pour le savoir, lui qui en faisait tous les jours l'expérience, plus encore depuis ces deux dernières années où il avait vécu à côté de Dean sans pouvoir l'approcher.
Et pourtant, tous ces mois ne l'avaient pas préparé à l'enfer qu'il venait d'endurer ces derniers jours. Savoir son oméga, son âme sœur, de retour chez lui, à quelques mètres seulement de sa maison, mais faisant comme si il n'existait pas avait été ni plus ni moins qu'une véritable torture.
Après ce qu'ils avaient partagé, Castiel avait pensé que les choses seraient différentes entre eux.
Bien sûr il ne s'attendait pas à ce que Dean lui tombe dans les bras après ce qui lui était arrivé. Il comprenait parfaitement qu'il ait besoin de temps pour se remettre, tant physiquement que mentalement, et était parfaitement prêt à le lui accorder. Mais il ne s'attendait pas à ce néant qui lui donnait l'impression de se mouvoir dans une sorte de brouillard épais et compact qui entravait chacun de ses gestes et engourdissait ses pensées.
La seule idée qui se détachait du lot et hurlait dans son crane au point de le faire physiquement souffrir était que son oméga ne voulait pas de lui. Rien ne pouvait être plus douloureux que ça.
C'était un sentiment de perte et de rejet d'une intensité insupportable, d'autant plus inexplicable qu'ils n'avaient en réalité jamais vraiment été ensemble.
On ne pouvait pas perdre ce que l'on avait jamais possédé, n'est ce pas ?
Et bien dans ce cas ni son corps, ni son esprit ne semblaient être au courant, parce que la douleur qu'il ressentait à ces deux niveaux était, elle, bien réelle.
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Castiel leva les yeux vers Gabriel qui revenait des toilettes et se réinstallait sur le siège face au sien.
L'air satisfait sur le visage de son ami finit de le convaincre qu'il ne devait pas demander ce qui avait bien pu le retenir aussi longtemps.
- Mais qui je vois là bas ?
Gabriel s'était adossé à sa banquette, les bras écartés sur le dessus du dossier et avait suivi son regard qu'il ne parvenait pas à détacher de Dean alors que l'oméga se penchait au dessus de la table de billard pour attraper et rassembler toutes les boules dans le triangle.
- Intéressant point de vue.
Sans pouvoir s'en empêcher Castiel grogna en avertissement, face au ton trop admiratif de l'autre alpha, fut-il un de ses meilleurs amis, qui se permettait de reluquer ouvertement le postérieur de Dean.
Gabriel se mit à rire et reporta son regard sur Castiel qui rougit de se sentir percé à jour sous son regard trop inquisiteur.
- T'inquiète pas, Cassy. Chasse gardée, j'ai parfaitement saisi. De toute façon, il est pas mon genre, je les préfère plus grands. Quel dommage que son frangin soit un bêta. On est vraiment sûr qu'il est hétéro ? Si ça se trouve, cette histoire de mariage, c'est juste une couverture.
Le regard choqué que Castiel lui lança le fit glousser.
- Oh Castiel, c'est si facile de te faire marcher! Relaxe mon ami. Je ne toucherai ni à ta propriété, ni à son frangin. Mais je donnerais cher pour pouvoir me balader là dedans juste maintenant, dit il en tapotant du doigt la tempe de Castiel.
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Gabriel leva les yeux au ciel devant le manque flagrant d'attention que Castiel lui accordait depuis que Dean était entré dans le bar. Ca ne l'avait pas gêné au début puisque cela lui avait évité l'habituel sermon que l'alpha n'aurait pas manqué de lui servir quand il avait voulu suivre dans les toilettes ce petit oméga à l'odeur délicieuse.
Sauf que là, l'attitude de toutou éploré de Castiel depuis qu'ils étaient de retour commençait franchement à lui taper sur les nerfs.
- Tu me fais de la peine, Cassy. Je te reconnais plus. Arrête de baver comme un ado devant son parfum de glace préféré et va déguster ton cornet ! Allez, un peu de courage mon ami. Tu es un soldat que diable! Tu as affronté l'ennemi. Une humiliation publique si jamais tu prends un râteau, c'est vraiment rien à côté.
- Je ne jardine pas Gabriel. Tu devrais le savoir. D'autant que ce n'est pas la saison.
Gabriel dévisagea Castiel d'un air circonspect puis décida que non, son ami n'était pas en train de se foutre de sa gueule. Gabriel soupira en secouant la tête de dépit.
- T'es vraiment un cas toi ! Bon et bien puisque c'est comme ça, il va encore falloir que je fasse tout le boulot.
Gabriel se leva de son siège et se dirigea d'un pas décontracté vers la table de billard avant que Castiel n'ait eu le temps de le retenir.
- Hé, salut vous deux ! Une partie à quatre ça vous tente ?
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