Bonjour les amis.
Alors voici le chapitre 16, et avec lui, cette fic, qui s'achemine doucement vers sa fin, vient de passer les 100 000 mots.
Sans aucune vanité, c'est un chapitre que j'aime beaucoup. Parce que je le trouve important pour Dean.
On l'a laissé la semaine dernière avec un Castiel très perturbé qui lui indique que ses chaleurs sont sur le point de débuter et cela lui provoque une véritable crise de panique parce que ça lui rappelle tous les mauvais souvenirs de ce qu'il a vécu avec Alastair.
Ce chapitre est classé M, vraiment. Dean est en chaleur, c'est de l'ABO. Je pense que vous savez ce que ça veut dire.
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Bonne lecture à tous. On se retrouve en bas ? ;)
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Chapitre 16:
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Dean se réveilla trempé de sueur allongé dans son lit. Un coup d'œil vers la fenêtre, et les faibles rayons lumineux qui arrivaient à se faufiler entre les interstices des lames de ses volets lui apprirent que le jour s'était levé.
Le mal de crane qui lui vrilla les tempes dès qu'il tenta de se redresser le fit grimacer de douleur, et il se rallongea pendant que les souvenirs affluaient sans pitié à sa mémoire accentuant encore la combustion de ses neurones déjà en feu.
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Dean souleva les draps pour inspecter son corps. C'était devenu une habitude quand il se réveillait après ses séances avec Alastair.
Pour faire l'inventaire des dégâts.
L'idée qu'il doive en faire de même parce qu'il était avec Castiel hier soir, lui fit fermer les yeux de douleur. Et pourtant il ne pouvait même pas lui en vouloir. Aucun alpha ne parvenait à se contrôler devant un oméga en chaleur. Pourquoi Castiel aurait il été différent ?
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En tout cas il était bel et bien en chaleur, il n'y avait plus de doute là dessus maintenant. Son anus dilaté suintait de lubrifiant et la température de sa peau aurait largement suffit pour y faire cuire des œufs au plat.
L'alpha avait eu raison.
Mais contrairement à ce à quoi il s'attendait, il constata qu'il n'était pas nu. On lui avait effectivement retiré son jean, mais il portait toujours son t-shirt et son sous vêtement maintenant complètement trempés.
Dean grimaça quand il remua un peu les fesses. Mais si la sensation poisseuse était franchement désagréable, il ne ressentait pas la moindre douleur.
Malgré le nœud de la taille du Chrysler building dans son estomac, il tenta de relativiser les choses: au moins Castiel ne l'avait pas trop abimé.
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Dean prit le risque de s'assoir sur son lit et respira lentement en attendant que sa migraine prenne des proportions humainement supportables. Ça aussi il y était habitué. La fièvre de ses chaleurs le faisait transpirer abondement, et la déshydratation lui donnait toujours un mal de crâne carabiné. Il devait boire. C'était ça le plus urgent.
Il allait se lever pour se rendre à la cuisine se servir un verre d'eau, ou plutôt un tonneau, lorsqu'il pensa que Castiel était peut être encore dans la maison. C'était probable même. L'alpha devait attendre qu'il se réveille pour remettre le couvert et l'idée lui noua un peu plus les entrailles.
En fait, ce n'était pas l'acte en soi qui lui posait autant problème. Bien sûr il avait déjà imaginé que son étrange relation avec Castiel pourrait prendre un tournant de ce genre. Mais il n'avait jamais pensé que les choses se passeraient de cette façon, alors qu'il était inconscient, sans son consentement et pendant ses chaleurs. Comme avec Alastair.
Il se leva mais uniquement cette fois pour verrouiller d'un tour de clef la porte de sa chambre.
C'était une précaution stupide, il le savait bien. Le verrou ne tiendrait pas longtemps devant la force décuplée d'un alpha en rut. Mais ça le rassurait quand même un peu. Le temps qu'il faudrait à Castiel pour défoncer la porte serait suffisant pour que lui se jette par la fenêtre si nécessaire. Enfin si il était encore lucide quand il serait en présence de l'alpha. Il fouilla dans les poches de son jean posé sur une chaise et fut soulagé d'y trouver les clefs de son impala. Peut être qu'il parviendrait à fuir, du moins si il ne se cassait pas les deux jambes en sautant de l'étage.
Trois coups frappés contre le montant de bois le firent sursauter et se retourner brusquement vers la porte.
- Dean ? Dean tu es réveillé.
C'était bien la voix de Castiel, mais elle était comme lointaine, étouffée. Malgré lui son corps d'oméga en chaleur réagit à la voix alpha et Dean sentit une bouffée de chaleur le submerger et une coulée de lubrifiant descendre le long de sa cuisse.
Il eut un rire amer.
Pas étonnant que tous les conservateurs du pays affirment que le viol n'existait pas pour les omégas. Castiel l'avait probablement déjà baisé toute la nuit et ce matin son corps en redemandait encore. Il se dégoutait lui même.
- Je t'ai apporté de l'eau et de la nourriture. Tu dois avaler quelque chose.
Castiel tenta d'actionner la poignée de la porte, mais curieusement n'insista pas en s'apercevant qu'elle était verrouillée.
- Dean, tu m'entends ? Est ce que ça va ?
La voix de l'alpha était restée la même, peut être un peu plus rauque, un peu étouffée. Mais le ton était inquiet, comme si Castiel se préoccupait encore réellement de lui, même après ce qui venait de de lui faire. Dean se dit que le problème venait peut être de lui finalement. Après tout si même un alpha comme Castiel considérait normal de le baiser pendant qu'il était inconscient, juste parce qu'il était en chaleur, c'est surement qu'Alastair avait raison. Il ne devait vraiment servir qu'à ça.
Mais dès que l'idée traversa son esprit, Dean la rejeta avec violence. Il était un être humain, un homme, pas juste un putain de trou dont on pouvait se servir dès qu'on en avait envie. Le pire c'est qu'il n'était même pas en colère, pas vraiment, juste frustré de sa propre stupidité. Parce qu'il avait cru Castiel différent. Bon sang qu'il avait été con !
- Va t'en, Castiel ! Je plaisante pas. Tire toi !
Le silence s'installa un long moment, puis Dean entendit le souffle rauque de l'alpha derrière la porte.
- D'accord, je vais m'en aller maintenant que tu es réveillé. Mais je laisse tout ça derrière la porte. Il faut que tu boives d'accord ?
Dean fronça les sourcils, méfiant. Castiel avait l'air si sincère, si inquiet.
Est ce qu'il allait vraiment partir ou est ce que c'était juste une ruse pour lui faire ouvrir la porte?
Dean approcha de quelques pas, avec prudence, comme si le montant de bois pouvait voler en éclat à n'importe quelle seconde.
Mais malgré ses craintes, maintenant qu'il ne se sentait plus directement menacé par la présence de Castiel ou plutôt par ses phéromones sexuelles trop alphas, et que la panique qui l'avait saisi la veille commençait à refluer, Dean parvenait à réfléchir un peu plus clairement et à entendre cette petite voix dans sa tête qui tentait de lui parler de confiance.
En fait, il jugeait Castiel coupable juste parce qu'aucun autre alpha n'aurait même essayé de résister. Mais aucun autre alpha ne l'aurait tenu dans ses bras pendant qu'il pleurait la perte du bébé d'un autre. Aucun autre alpha ne serait venu passer tant de soirées chez lui sans jamais avoir le moindre geste déplacé ou la moindre remarque équivoque à son égard. Combien d'alphas seraient venus pour lui, auraient affronté Alastair sans rien lui demander en retour ?
Dean repoussa ses peurs qui lui disaient que l'alpha s'était probablement payé directement en nature cette nuit. Parce que non, ça aussi c'était stupide, si Castiel avait vraiment voulu le baiser, il n'aurait pas eu besoin d'attendre qu'il soit inconscient pour le faire. Ça n'avait pas de sens.
En fait Castiel lui avait donné tellement de raisons de croire qu'il était différent, que même si c'était naïf et idiot et qu'il allait probablement amèrement le regretter, ce stupide espoir refusait de mourir complètement.
- Cass, tu es toujours toi ?
Une nouvelle inspiration suivie d'un souffle étouffé fut sa seule réponse. L'alpha mit tellement longtemps à parler que Dean pensa qu'il était peut être déjà parti.
- C'est difficile, mais je me contrôle.
Dean s'approcha encore un peu de la porte. Même avec cette séparation entre eux, il percevait dans le ton de sa voix, les efforts que Castiel faisait pour se maitriser.
La certitude que c'était toujours Castiel, l'alpha à qui il devait la vie, celui qui l'avait délivré d'Alastair, qui l'avait aidé et soutenu pendant sa fausse couche commença doucement à s'insinuer en lui. Il hésita, il voulait lui faire confiance comme avant, mais c'était tellement difficile. Sa nature, toutes ses précédentes expériences, et en fait sa vie entière lui avaient enseigné la méfiance. Ne jamais faire confiance à personne. Jamais. Encore moins à un alpha.
Mais là ce n'était pas n'importe quel alpha, c'était Castiel.
Dean se sentait littéralement écartelé entre peur et envie d'y croire.
Il posa le front sur le battant de bois et entendit Castiel souffler contre ce qui lui sembla être du tissu peut être. Il ferma les yeux et se concentra sur les bruits qui provenaient de l'autre côté.
Prononcer les mots le laissa écorché, l'âme à vif, jamais il ne s'était senti aussi vulnérable et pourtant...
- Cass, j'ai besoin de savoir, est ce que tu m'as pris ?
La réponse fusa immédiatement.
- Non, Dean, je te le jure! Je n'aurais jamais pu te faire ça. Pas comme ça.
La vague de soulagement qui déferla en lui le submergea en un instant et malgré le poids qui venait de se retirer de ses épaules, Dean sentit ses genoux plier sous lui.
Parce qu'instinctivement il savait qu'il pouvait croire ce que Castiel venait de lui dire. Une part de lui le savait déjà d'ailleurs, mais elle avait été complètement étouffée par la peur primale qui s'était emparée de tout son être à l'idée que Castiel ait pu le trahir, que l'enfer qu'il avait connu avec Alastair soit sur le point de recommencer.
Et pourtant, son corps lui même le lui confirmait, ainsi que son odorat maintenant que son angoisse régressait et qu'il arrivait à se focaliser sur ses propres perceptions.
Pas de sang, pas de sperme. Juste l'odeur de ses chaleurs et de son lubrifiant qui devaient faire vivre un enfer à l'alpha.
- Dean, je t'en prie, il faut que tu me croies.
Le front toujours appuyé contre le battant de bois, l'oméga reprenait son souffle. Une nouvelle vague de chaleur se rependit dans son corps tout entier. Il sentait le combat que menait Castiel pour rester maitre de lui même et savait que lui non plus ne tiendrait plus longtemps. Il sentait déjà ses phéromones d'appel émaner de lui sans qu'il ne puisse rien y faire. Tout son corps tremblait de l'envie d'ouvrir cette fichue porte et de se mettre en position devant l'alpha dont la voix lui envoyait des frissons d'excitation dans tout le corps. Dean soupira et tenta de contrôler les inflexions de sa voix.
- Je te crois, mais il faut vraiment que tu partes maintenant.
C'était la deuxième fois qu'il le lui demandait, mais cette fois, ce n'était plus un hurlement de panique. C'était une demande, presque une supplique pour que, puisque l'alpha avait résisté jusqu'ici, s'il y avait une première fois entre eux un jour, cela ne se passe pas de cette façon, dans la perte de contrôle animale que ses chaleurs provoqueraient fatalement si ils n'étaient plus séparés même par ce si dérisoire obstacle.
Malgré les tourments qu'il devait endurer, Castiel sembla saisir le message.
- Je sais. Je vais m'en aller. Est ce que ça va aller pour toi ?
Dean acquiesça avant de réaliser qu'évidemment Castiel ne pouvait pas le voir.
- Ouais, je vais me débrouiller.
- J'ai vraiment laissé de l'eau et à manger juste derrière la porte. Prends les. Et si tu as besoin de quoi que ce soit, je ne bougerai pas de chez moi. Appelle moi au téléphone, d'accord ?
- Je le ferai.
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Le souffle court et le corps en feu, Dean écouta les pas de Castiel décroitre dans les escaliers.
Avant qu'il ne soit sorti, il se précipita vers la fenêtre et ouvrit ses volets. Il referma les carreaux justes à temps pour voir l'alpha sortir de la maison et retirer le foulard qu'il avait noué autour de son visage pour limiter l'exposition à ses phéromones d'oméga en chaleur.
Dean n'arrivait pas à y croire.
Que Castiel ait pu passer la nuit entière à côté de lui inconscient alors que ses chaleurs débutaient et qu'il ait réussi à se maitriser était un véritable exploit. Pourtant il avait vu l'excitation dans ses yeux hier soir, senti ses phéromones alpha qui hurlaient leur désir de le posséder. Et il la connaissait cette fièvre, il savait ce qu'elle signifiait pour l'avoir vue bien trop souvent dans d'autres yeux. C'était bien ce qui l'avait fait disjoncter d'ailleurs. Et pourtant il ne s'était rien passé. Il n'en revenait pas.
Castiel s'arrêta en plein milieu du chemin qui séparait leurs deux maisons. Dans la lumière crue du matin, l'alpha avait l'air totalement épuisé et pourtant Dean le trouva magnifique. Il se retourna, leva les yeux vers la fenêtre de la chambre de Dean et agita le portable qu'il venait de sortir de sa poche. Dean alla chercher le sien, le lui montra également puis acquiesça.
Un petit signe de la main dans sa direction et l'alpha rentra simplement chez lui.
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Jusqu'ici Dean avait toujours détesté ses chaleurs, mais celles qu'il était en train de vivre étaient en passe de changer ça.
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Il les avait toujours détestées parce que dès la première fois où son corps s'était enfiévré, il avait compris que sa vie d'avant venait de se terminer.
Il l'avait tout d'abord constaté dans le regard horrifié de son père qui voyait s'envoler sa certitude que son fils ainé soit un alpha. Puis les traits de l'homme s'étaient modifiés, et la déception que Dean y avait lu lui avait broyé le cœur.
Et il l'avait constaté ensuite dans le regard de la plupart des alphas qu'il croisait dès qu'il mettait un pied hors de chez lui. Sous la fine couche de civilisation et de lois pro-oméga, la plupart d'entre eux ne voyaient plus en lui qu'une belle gueule ou un cul à baiser. Avec ou sans son consentement d'ailleurs. Pour certains la notion était très accessoire.
Toutes les années qui avaient suivies et où Dean avait continué à vivre avec son père, John l'avait traité comme si il était un bêta. C'était le mieux qu'il pouvait faire et il n'avait jamais voulu entendre quoi que ce soit au sujet des besoins particuliers de son fils. Dean avait dû lui même se rendre au drugstore acheter le faux nœud qu'il cachait soigneusement dans son placard et dont il se servait, calfeutré dans sa chambre, quand ses chaleurs le prenaient.
John, lui, faisait comme si ces jours n'existaient pas.
Par contre l'adolescent qu'il était avait parfaitement reçu le message lorsque son père lui avait assené encore et encore qu'un homme, un vrai, ne se faisait jamais baiser. Se faire enculer, c'était pour les lopettes, les faibles et un Winchester n'était pas faible.
Alors Dean avait multiplié les conquêtes féminines. Après tout, en dehors de ses chaleurs, son genre n'était pas gravé sur son front et les jeunes femmes béta qu'il ramassait dans les bars ne pouvaient pas le deviner. Il était fort, grand, sûr de lui, alpha. Elles s'accrochaient à son bras en minaudant et se glissaient dans son lit sans jamais rien soupçonner.
Mais ces plaisirs-là ne lui suffisaient pas. Son corps et sa nature brulaient d'une autre forme de possession. Alors il avait trouvé l'enfer de Dante pour assouvir ces besoins là.
Avant de découvrir l'enfer tout court.
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Et pourtant en ce temps là, pas plus qu'il ne parvenait à détester son père, Dean ne regrettait vraiment d'être un oméga. C'est sûr que sa vie aurait été plus simple et surement moins douloureuse si il avait été un alpha ou même seulement un bêta. Mais passer son temps à pleurnicher sur ce que l'on était n'était pas dans sa nature. Ça ne servait pas à rien. Il fallait faire avec et avancer malgré tout.
Et puis il y avait le sexe. Avant Alastair, Dean avait adoré ça. Il fallait dire qu'être un oméga offrait des possibilités dont les alphas ne pouvaient que rêver. Enfin, non, sûr qu'ils n'en rêvaient pas parce que la société leur avait inculqué que leur rôle était de prendre et non d'être pris. Mais ils ne savaient pas ce qu'ils manquaient.
Dean, lui, aimait le sexe, sous toutes ses formes, le bon, celui qui donnait du plaisir mutuel, qui faisait oublier tout le reste et même jusqu'à son propre nom. Il avait adoré pénétrer ces corps féminins qui se tordaient de plaisir sous ses assauts. Et même si il avait plus de mal à le reconnaitre - merci John - il avait aussi aimé sentir la brulure d'une queue alpha qui le dilatait délicieusement et lui faisait hurler ses orgasmes.
Même avec Alastair, parfois, à sa plus grande honte, il avait éprouvé du plaisir. L'alpha savait parfaitement en jouer d'ailleurs pour l'avilir plus encore. C'était même devenu sa torture favorite. A cette pensée tout son corps se crispa alors que les souvenirs et les sensations affluaient à son esprit. Car même si sa nature, la façon dont il avait été élevé et les aléas de la vie l'avaient probablement en partie guidé vers la douleur et la soumission, il y avait des limites à ce que un oméga, même aussi abimé que lui, pouvait accepter d'endurer.
Dean ferma les yeux en passant les doigts sur chacune des cicatrices qui couvraient son torse et son abdomen. Sauf sur le A marqué au fer rouge et qui ornait désormais sa poitrine.
Ça, il ne pouvait pas.
D'ailleurs la plupart du temps il le couvrait encore d'un pansement, bien que la plaie ait cicatrisé depuis longtemps.
Mais le reste il parvenait à l'accepter. Ses cicatrices, son passé avaient fait de lui ce qu'il était aujourd'hui. Débarrassé d'Alastair et de son contrat, mais aussi de la mainmise de son père sur ses pensées, il se sentait plus libre que jamais. Y compris de trouver enfin la sexualité qui lui conviendrait.
A trente ans, ce n'était pas trop tôt quand même, si ?
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Une nouvelle vague d'excitation s'empara de son corps. Il écarta les cuisses et comme il l'avait fait des dizaines de fois au cours des trois derniers jours, Dean caressa sa peau rendue hyper sensible par ses chaleurs puis descendit sa main sur son sexe tendu posé sur son abdomen. Oui, il détestait ses chaleurs avant, il détestait la façon dont elles rendaient son corps affamé et son esprit docile. Il détestait perdre le contrôle, devenir la chienne obéissante et quémandante qui justifiait les actes du démon. Mais Alastair n'était pas là aujourd'hui, il était seul, il n'y avait ni chaines, ni phéromone alpha pour le contraindre et lui faire perdre la tête.
C'est lui qui avait le contrôle et qui allait satisfaire les besoins naturels d'un corps dont il ne voulait plus avoir honte. Et même si le nœud de silicone qu'il venait d'introduire dans son anus ne ferait pas complètement illusion, ça valait toujours mieux que les autres options.
D'autant plus que si nécessaire, son imagination pouvait faire le reste.
Dean fit aller et venir le jouet dans son corps au même rythme que sa main sur sa verge tandis que ses pensées se concentraient une nouvelle fois sur un alpha aux yeux bleus et à la chevelure noire indisciplinée. Il se cambra dans son lit, chavirant d'un côté à l'autre du matelas au fur et à mesure de la monté du plaisir.
Il en était au troisième jour de ses chaleurs. Le dernier, le plus intense. Mais aussi celui où son corps commençait à comprendre que si la fécondation lui avait été refusée jusque là, il devait soit mettre les bouchées doubles pour convaincre, soit abandonner jusqu'au mois prochain. Dean passait alors par des alternances d'accalmies où il pouvait enfin se reposer un peu, et de tempêtes où ses hormones déchainées l'obligeaient à se pénétrer lui même jusqu'à s'en faire saigner parfois.
Comme maintenant.
Il poussa une dernière fois le godemiché dans son entrée maintenant hypersensible et l'orgasme le saisit, mélange de plaisir et de douleur mêlés.
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Lorsque les derniers spasmes s'apaisèrent, Dean retira le jouet en grimaçant et essuya sa main souillée sur des draps qui l'étaient plus encore.
Dans quelques heures, tout serait fini.
Il en était soulagé car son corps ne pourrait probablement pas en supporter beaucoup plus, mais aussi étrangement un peu déçu. Parce que malgré son absence physique et sans même le savoir, Castiel l'avait aidé à traverser ces chaleurs. Les premières qu'il passait seul depuis plus de huit ans.
Dans son esprit enfiévré, c'est l'alpha qui avait caressé son corps, l'avait pénétré encore et encore et rempli de sa semence. C'est lui qui avait murmuré les paroles apaisantes qui l'avaient aidé à tenir dans les moments les plus douloureux.
Réalité du passé et fantasmes du présent s'étaient étroitement mêlés dans son esprit survolté et Dean n'avait pas eu de mal à imaginer les mains de l'alpha sur lui, son sexe en lui et ses phéromones envoutantes tout autour de lui.
Et alors que d'habitude ses chaleurs n'étaient synonymes que d'avilissement et de douleur, cette fois il s'était senti protégé, aimé, même si il était conscient que tout n'était qu'imaginaire.
Et puis était ce totalement imaginaire d'ailleurs ? Parce qu'une autre idée, plus réaliste, était aussi venue rajouter à son plaisir et lui provoquer les orgasmes les plus intenses qu'il ait jamais connu. Celle que peut être, à quelques mètres seulement de là, enfermé entre les murs de sa propre maison Castiel ait pu lui aussi se donner du plaisir en pensant à lui.
Est ce que ces pensées étaient compatibles avec ses nouveaux idéaux de liberté et d'indépendance ? Peut-être que non. Mais si c'était le cas, il emmerdait ceux qui auraient pu y trouver à redire. Qu'ils aillent se faire torturer pendant huit ans par un alpha psychopathe et ensuite ils reviendraient lui donner des leçons sur ce qu'il avait le droit de fantasmer ou même avec qui. Castiel avait été son choix pendant ses chaleurs et il ne le regrettait pas un seul instant. Sauf qu'après l'avoir imaginé se démenant entre ses cuisses trois jours durant, il se demandait un peu si il arriverait à regarder l'alpha dans les yeux la prochaine fois qu'il le rencontrerait.
Dean soupira alors qu'une nouvelle et, il l'espérait, dernière vague de chaleur l'envahissait à cette pensée. Son lit n'était plus qu'un champ de ruines et ses draps cartonnés de lubrifiant et de sperme plus ou moins séché. Il grimaça et décida qu'une douche mettrait peut être fin à la brûlure, ou au moins lui redonnerait l'impression d'être humain.
Il tenta de se lever et le premier pas qu'il fit hors du lit le projeta littéralement contre le mur, mais il parvint à redresser le cap avant de s'effondrer au sol. Décidément, passer autant de temps allongé sur le dos n'était pas bon pour la santé.
En équilibre précaire, il parcouru les quelques pas qui le séparaient de son placard, attrapa les premières affaires propres qu'il trouva et se dirigea vers la salle de bain en s'appuyant contre ses meubles.
Le coup d'œil qu'il jeta à son reflet dans le miroir le fit grimacer. Il avait une mine de déterré, les joues creuses et le teint gris. C'était le revers de la médaille. Passer ses chaleurs seul vidait littéralement le corps d'un oméga. La nature voulait qu'alpha et oméga s'accouplent pour procréer pendant cette période, et lui résister se payait forcément. Mais il ne se faisait pas de soucis, il récupèrerait vite, dès que ça s'arrêterait. Ce qui n'était de toute évidence pas encore le cas.
Dean sentit une nouvelle vague de chaleur le submerger et les muscles de son corps se tendirent, le forçant à se pencher en avant contre le lavabo. Il passa les doigts sur son orifice en feu, mais ne les poussa pas plus loin. Les pénétrations étaient douloureuses maintenant et le jouet de silicone ne faisait plus illusion maintenant que la matière, aussi douce soit elle, avait fini par irriter ses muqueuses infiniment plus qu'un véritable sexe alpha ne l'aurait fait. Mais ce n'était pas grave, Dean avait l'habitude de souffrir à cet endroit là.
Dès qu'il le put, il se redressa et entra dans la cabine transparente. Une main posée contre la faïence il attrapa la pomme de douche et ouvrit l'eau puis amena le jet froid directement au dessus de ses fesses. La sensation de brulure intense qu'il ressentit immédiatement quand le jet froid cascada sur son anus en feu le fit se cambrer de douleur mais aussi de plaisir mêlé.
Son sexe pourtant tout aussi malmené que le reste de son intimité, se redressa rapidement. Non, apparemment, ce n'était pas encore terminé.
Résigné, il s'assit au fond du bac, posa au sol le jet maintenant tiède en le braquant sur son orifice enflammé et se pénétra d'un seul doigt. Son autre main s'activa immédiatement sur sa verge turgescente et il rejeta la tête en arrière. Ça brulait, il ne produisait plus assez de lubrifiant à présent et malgré l'eau, piètre substitut, la douleur était presque plus présente que le plaisir, mais il ne pouvait pas s'en empêcher.
Comme il l'avait fait tant de fois au cours de ces trois jours, il invoqua la main de Castiel sur son sexe, son doigt en lui qui se mouvait et trouvait invariablement sa prostate pour lui procurer ces décharges de plaisir qui le parcourait depuis son intimité si sensible jusque dans son corps tout entier. Dean garda les yeux obstinément fermés. La main de Castiel remonta sur son gland, et son pouce en massa l'extrémité, juste comme il aimait, sur la fente qui laissait déjà perler un liquide transparent, prémices de sa future délivrance.
Le doigt en lui changea d'angle et Dean se cambra un peu plus alors que le plaisir l'envahissait enfin. L'envie d'écarter davantage les cuisses le tenaillait et malgré ses courbatures, il les ouvrit aussi largement que l'espace exigu le lui permettait.
Il se laissa glisser et maintenant couché au fond du bac, il prit appuis avec ses pieds contre les parois pour s'ouvrir encore davantage.
Dans sa tête, l'alpha entre ses jambes voyait tout de lui, son sexe congestionné, ses bourses gonflées et son anus qui se dilatait et se contractait compulsivement autour du doigt qui le possédait. La position était indécente, obscène même, mais sous le regard de Castiel, Dean ne se sentait pas avili. Bien au contraire. Il se sentait juste lui, un oméga qui s'offrait à son alpha, sans pudeur inutile ni retenue, pour leur plaisir mutuel.
La main sur son pénis accéléra ses va et vient. Il tenta de faire pénétrer un second doigt dans son orifice sensible mais la douleur le fit presque sortir de son illusion, alors il y renonça.
L'eau qui coulait toujours dans le bac le long de ses flancs lui apportait la fraicheur que son corps en feu lui refusait depuis des jours. Dean aurait voulu rester ainsi, les doigts de Castiel en lui et sur lui jusqu'à la fin des temps ou du moins la fin de ses chaleurs. Mais trop vite, ou pas assez, tout dépendait du point de vue, son plaisir atteignit son apogée. Il se cambra au fond du bac alors que des jets nacrés maculaient son ventre et ses doigts et qu'un peu de lubrifiant était expulsé de son corps.
C'était la fin, cette fois il le sentait. Son corps épuisé n'en exigerait pas davantage.
Dean retira son doigt de son intimité et s'assit en grimaçant alors que la douleur reprenait le dessus sur la vague de plaisir qui venait de l'emporter.
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Il ouvrit les yeux et attrapa le pommeau de douche pour rincer les preuves de son dernier orgasme, mais tout son corps était maculé de secrétions collantes et il leva le jet au dessus de sa tête pour s'asperger tout entier.
Après tout, il était initialement venu ici pour prendre une douche, non ?
Il tendit le bras et attrapa son gel moussant. Lorsque la senteur parfumée envahit ses narines Dean soupira de contentement. Sa propre odeur combinée à celle de Castiel donnait peut être le mélange le plus parfait qui soit, mais la sienne seule avait fini par devenir écœurante et il était heureux d'enfin s'en débarrasser.
Se savonner tout le corps lui procura un plaisir aussi inédit qu'inattendu. Parce que pour la toute première fois depuis des années, il n'éprouvait pas le besoin de s'étriller jusqu'à avoir la peau à vif après ses chaleurs. Il était certes dégoutant de sperme, de sueur et de lubrifiant, mais pourtant il ne se sentait pas souillé. Et ça c'était nouveau et foutrement agréable !
Dean se rinça, toujours assis dans le bac de douche et ne se releva que pour laver correctement son intimité. Debout, il replaça le pommeau dans son emplacement et apprécia quelques minutes supplémentaires le jet chaud qui tombait sur son crâne et dégoulinait le long de son corps douloureux.
Finalement, presque à contre cœur, il tourna le robinet et enroula une serviette autour de ses hanches trempées.
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Lorsqu'il sortit de la salle de bain, séché et habillé de ses vêtements propres, il se sentit un autre homme. Il n'aurait pas su l'expliquer correctement, mais même si il se sentait épuisé, il avait surtout l'impression que cette douche, et plus encore ces chaleurs même, avaient lavé quelque chose qui le salissait depuis vraiment très longtemps.
Dean retourna dans sa chambre, mais se figea en passant le seuil de la porte, les yeux écarquillés et le souffle bloqué. Pendant une seconde son estomac se révulsa lorsqu'il crut voir sur la table de chevet l'éternel sac en plastique orange qu'Alastair lui faisait toujours parvenir après chacune de leurs séances. Mais non, il n'y avait rien, juste un mauvais tour de son imagination.
Le soulagement l'envahit aussi rapidement que venait de le faire son accès d'angoisse et un vertige le saisit.
L'image d'un mec debout au bord d'un précipice s'imposa à son esprit et il s'adossa au mur derrière lui, dans un besoin physique de se raccrocher à quelque chose de matériel. Parce que ce mec c'était lui en fait. Il avait l'impression de se tenir debout sur une étroite bande de terre, avec de chaque côté un précipice qui ne demandait qu'à l'aspirer, mais devant lui la possibilité d'avancer vers quelque chose de nouveau, quelque chose de meilleur. C'était fou. C'était génial. C'était aussi incroyablement flippant.
Il prit une grande inspiration, rouvrit les yeux et constata que la réalité autour de lui avait heureusement cessé de tanguer. Il parcourut sa chambre des yeux et se mit à rire, en passant une main sur son visage pour essuyer ses yeux qui le piquaient un peu trop. C'était con, hein, le monde autour de lui était resté le même, c'est juste lui qui se sentait putain de différent.
Lorsqu'il fut à peu prés certain de tenir sur ses jambes flageolantes, il se dirigea vers la fenêtre qu'il ouvrit en grand, appréciant un instant la fraicheur de l'air pur qui pénétra immédiatement dans la pièce et dans ses poumons. Puis il avança vers son lit, en retira les draps dont il fit une boule. Il les descendit dans la buanderie et il les plaça dans la machine à laver.
Il fit tout ça calmement, sans se presser. Il n'avait aucune urgence, rien à dissimuler, ni à lui même, ni aux autres. Tout comme son corps l'avait été, ses draps étaient sales effectivement, mais ils n'étaient pas souillés. Et il savourait toute l'importance de cette nuance subtile.
Son téléphone portable se mit à sonner.
Dean lança la lessive avant de décrocher. Il n'avait pas regardé son écran, mais il savait déjà qui l'appelait et pourquoi, et c'est lui qui parla en premier un fin sourire dans la voix et sur le visage.
- Ça y est, c'est fini.
Castiel et lui avaient communiqué plusieurs fois durant ces trois jours, le plus souvent par SMS, lorsqu'ils avaient pris conscience de la torture que la voix de l'autre leur infligeait même à distance. Mais là celle de Dean était apaisée et il entendit clairement le soupir de soulagement que Castiel poussa dans le combiné.
- J'ai fait des courses pour toi. Tu as faim ?
Le sourire de Dean s'agrandit et il se sentit saliver. L'immense dépense d'énergie que demandait ses chaleurs lui avait fait dévorer tout ce que contenait ses placards et il était crevait littéralement la dalle !
- Castiel, si tu m'as pris de la tarte, je t'épouse !
Et merde !
Dean réalisa un peu tard ce qu'il venait de dire, mais le petit rire dans le combiné le rassura rapidement.
- J'arrive.
L'oméga regarda autour de lui. Le rez de chaussé de sa maison était à peu près en ordre mais l'odeur de chaleurs et de sexe qui régnait partout dans la maison ne laissait pas de doutes sur ses activités des trois derniers jours.
- Attends Cass, c'est pas une bonne idée. Ma maison est une bombe atomique de phéromones omégas.
Castiel soupira.
- Dean, tu sais que tu peux me faire confiance, je pourrai me contrôler. Mais si tu préfères je viens juste te déposer les sacs et je repars.
Dean hésita, il n'avait aucun envie de donner à Castiel l'impression de douter de lui encore une fois. Vraiment, il ne méritait pas ça.
Et puis il ne fallait pas se mentir, il avait envie de retrouver l'alpha. Mais pas ici.
- Ou alors, c'est moi qui viens ?
Une brève hésitation à l'autre bout du fil lui fit froncer les sourcils, mais finalement la voix grave se fit entendre.
- D'accord. Viens, je t'attends.
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Et voila... j'espère que ce chapitre vous a plu.
Je me dis que peut être certains d'entre vous sont déçus que Castiel ne soit pas resté au début du chapitre quand les chaleurs de Dean débutent. Mais, dans ma vision des choses, Dean n'était pas en état de réfléchir, ni de consentir. La panique l'avait submergé et si Castiel l'avait pris quand même, pour moi, ça aurait été du viol, ni plus ni moins. Et c'était juste pas possible.
Ici Dean se réapproprie son corps. Un corps dont il a été dépossédé pendant des années. Un corps qui a été abimé physiquement et souillé. Et là, il le lave physiquement et métaphoriquement. C'est une étape de plus vers la guérison.
Et aussi une étape de plus pour refaire confiance, justement parce que Castiel ne l'a pas forcé.
Enfin, du moins, c'est comme ça que je le vois.
je serai curieuse d'avoir votre avis.
A la semaine prochaine. ;)
