On se retrouve donc aujourd'hui avec un couple plus classique (pour moi en tout cas. Et c'est là qu'on voit que mes goûts sont étranges n'est-ce pas ? ;p). Le fluff avec ces deux-là, c'est compliqué. Alors on va dire que c'est du fluff à leur manière quoi ;).

Attention, ce texte contient des spoil jusqu'au chapitre 160.

Je vous souhaite une bonne lecture !


Jour 4 : Balade en forêt

Dabi & Shigaraki

Dabi s'appuya contre l'arbre le plus proche, l'air ennuyé. Il ne pouvait pas dire que leur nouvelle planque lui plaisait beaucoup. Le fait qu'elle soit entourée d'une forêt n'était pas une si une mauvaise idée en soi. Au moins ici, ils ne risquaient pas d'être découverts par des regards indiscret. Mais vu que la bâtisse semblait littéralement tomber en ruine, Dabi savait qu'il n'aurait clairement pas fait ce choix-là si on lui avait demandé son avis. Mais lui demandait-on son avis, hein ? Non, jamais. Shigaraki devrait y penser quelques fois.

L'intérieur de la planque était encore pire que l'extérieur. Tout semblait cassé ou, du moins, fortement abimé. Sans parler de l'horrible odeur de renfermé que dégageait l'endroit. Non, Dabi préférait clairement se poser un peu à l'écart de tout ça. D'autant plus qu'il avait du mal à supporter le bruit incessant que faisaient les autres. À croire que c'était trop demandé d'avoir un peu de calme. Dire qu'il revenait vers eux après deux semaines d'absence et qu'ils l'agaçaient déjà.

Il était donc très bien là où il était, à l'entrée de la forêt, respirant l'air frais qui l'entourait. Ça lui faisait du bien de pouvoir se poser un peu. Il n'avait cessé de déambuler dans les rues, ces derniers temps, à la recherche de nouveaux membres pour la Ligue. Ce qui s'était, à chaque fois, soldé par un échec. Il pouvait encore sentir l'odeur tenace de la chair brûlée... Quand est-ce que cette situation allait prendre fin ? Ça faisait un bon moment que la Ligue n'avait plus frappé un grand coup. Les autres se contentaient de vols minables pour avoir un peu d'argent. C'en était presque pathétique. Si Dabi n'avait pas besoin d'eux pour ses propres plans, peut-être serait-il déjà parti. Même si, au fond de lui, il avait une raison supplémentaire de rester dans la Ligue...

Tomura Shigaraki. Un homme qu'il avait détesté au premier abord. Enfin, peut-être que détesté était un mot fort. Disons plutôt qu'il l'avait jugé répugnant. Dabi afficha un sourire narquois à cette pensée. C'était tout à fait ça. Mais, avec le temps, il s'était mis à trouver l'autre homme fascinant. Sa façon de parler, de se comporter, de penser, ... Dabi avait senti qu'il avait bien plus de connexion avec lui qu'avec Stain. Et c'était intéressant, il voulait bien le reconnaître... D'ailleurs, en parlant de Shigaraki, ce dernier ne devrait pas tarder à arriver. Il lui avait bien signifié qu'il voulait lui parler, un peu plus tôt. Et, tant qu'à faire, Dabi préférait le faire ici, plutôt qu'à l'intérieur. L'odeur du moisi et la présence des autres, très peu pour lui.

Patientant, Dabi posa sa tête contre le tronc de l'arbre et ferma les yeux. Il ne dirait pas non au confort d'un vrai lit. Il se sentait fatigué. Et c'était sans doute là la réelle raison qu'il le poussait à ne pas se joindre aux autres lorsqu'ils faisaient leurs petites missions ridicules. Il n'aimait pas se presser. Il voulait suivre son propre rythme et, surtout, faire ses propres choix. Il avait trop longtemps vécu en suivant uniquement le bon vouloir de quelqu'un d'autre. Depuis qu'il était parti de chez lui, il s'était donc fait la promesse de ne plus jamais se forcer à faire quelque chose qu'il ne voulait pas. Alors s'il était fatigué, il n'allait certainement pas aider les autres. Qu'ils se démerdent donc sans lui.

Des bruits de pas se firent alors entendre, lui faisant rouvrir les yeux. Il tourna légèrement la tête pour voir Shigaraki s'approcher de lui. Un petit sourire satisfait vint alors étirer ses lèvres. Shigaraki n'avait pas la main de son père sur son visage. Ça faisait d'ailleurs un moment qu'il la portait de moins en moins. Dabi aimait ça. C'était bien plus agréable pour lui de l'observer de cette manière. Il se contenta alors de le regarder marcher vers lui, sans bouger d'un millimètre. Lorsque Shigaraki fut à sa hauteur, Dabi se dit que lui aussi aurait bien besoin du confort d'un lit. Avec la lumière du jour et – il fallait bien l'avouer – en faisant plus attention à lui que tout à l'heure, il aperçut ses cernes qui semblaient plus marqués que la dernière fois. Il vit également une éraflure sur sa joue.

« C'est nouveau ça ? demanda-t-il d'un ton nonchalant tout en désignant la blessure.

— Juste un type qui s'est approché un peu trop près, répondit Shigaraki en haussant simplement les épaules, peu soucieux de ce détail.

— Il a fini en poussières ?

— Evidemment. »

Dabi ricana. Il voyait d'ici la scène. D'un geste, il s'éloigna de l'arbre et lança un long regard à Shigaraki.

« Toujours aussi négligé à ce que je vois, se moqua-t-il. Tu n'as toujours pas trouvé la douche dans la planque ?

— Et c'est toi qui dis ça ? grommela Shigaraki. Tu ressembles à un sale rat. »

Dabi se moqua de sa réponse. C'était tellement habituel entre eux de se parler de cette façon que ça en était devenu une sorte de jeu.

« Bien, qu'est-ce que tu voulais me dire, au juste ? »

Dabi attendit tranquillement que Shigaraki lui réponde, mais ce dernier resta silencieux. Dabi l'interrogea alors du regard. Toujours aucune réponse. Shigaraki finit par se remettre en marche, s'éloignant de la planque. Dabi comprit qu'il s'attendait à être suivi. Il le rejoignit donc, d'un pas trainant. Les arbres qui les entouraient étaient tellement hauts qu'ils cachaient la luminosité du jour. Au plus ils s'enfonçaient dans la forêt, au plus Dabi avait l'impression que le jour faisait place à la nuit.

« Où étais-tu ? finit par marmonner Shigaraki.

— Je recrutais des nouveaux membres, je te l'ai dit avant de partir.

— Oui et tu as aussi dit que tu n'en avais que pour quelques jours ! »

Dabi sentait l'énervement de Shigaraki monter. Il sourit alors, moqueur.

« Quinze jours, quelques jours, c'est du pareil au même. »

Il observa avec satisfaction le visage furieux de Shigaraki se tourner vers lui. C'était tellement facile... Enfin, non. Il devait bien reconnaître que ça l'était de moins en moins. Si Shigaraki était en train de murir, il fallait donc bien qu'il en profite jusqu'au bout.

« J'avais besoin de toi ici.

— Pour voler de l'argent, le railla Dabi. Non merci, j'ai mieux à faire que ça.

— Pas pour ça, idiot ! »

Shigaraki semblait encore plus en colère. Mais sur ce coup-là, Dabi n'était pas sûr d'en comprendre la raison.

« Tu es vraiment stupide. »

Shigaraki surenchérit encore, avant de lever l'une de ses mains pour gratter son cou. C'était une vieille habitude dont il avait encore beaucoup de mal à se défaire. Dabi l'observa, se demandant s'il fallait qu'il réagisse ou non. Mais avant qu'il n'ait pris sa décision, Shigaraki s'arrêta de lui-même et recommença sa marche. Il allait un peu plus vite que Dabi et ne prit pas la peine de regarder derrière lui lorsqu'il reprit la parole.

« Je n'ai toujours pas réussi à joindre le docteur, râla-t-il. Sans Kurogiri, on est clairement désavantagé. Comment cet imbécile a réussi à se faire capturer ?! »

Dabi resta silencieux, dans son dos. Les états d'âme des autres ne l'intéressaient pas en général, mais ceux de Shigaraki retenaient toujours son attention, même s'il se gardait bien de le montrer.

« Si on ne trouve pas ce fichu docteur, on ne pourra pas tirer profit de ce qu'on a volé à Overhaul. Kurogiri aurait dû y penser ! Ce n'était pas le bon moment pour faire des recherches de son côté !

— Ce n'est pas si grave, répondit Dabi, toujours aussi nonchalant.

— Pas si grave... Pas si grave... Ah... Ne parle pas de ce que tu ne comprends pas ! »

À nouveau, comme si c'était plus fort que lui, Shigaraki se remit à gratter son cou. Du sang s'échappa de sa peau lorsqu'il finit par éloigner ses ongles. Les épaules baissées, il s'arrêta en plein milieu du sentier. Dabi le rejoignit en quelques pas lents. Il jeta alors un regard derrière lui. Ils étaient assez éloignés de la planque maintenant et personne ne les avait suivis. Bien...

Il s'approcha de Shigaraki et ne fut bientôt plus qu'à quelques centimètres de lui. D'un geste assuré et confiant – après tout ce n'était pas la première fois qu'il faisait ça – il glissa l'une de ses mains dans les cheveux emmêlés de Shigaraki, dégageant ainsi son visage. Il comprenait. Bien sûr qu'il comprenait, même s'il n'en disait rien. Kurogiri lui manquait. Ce dernier avait toujours eu une grande importance dans la vie de Shigaraki après tout. Il s'en était occupé, sans doute bien mieux que ce Sensei qui n'inspirait aucune confiance à Dabi.

« On arrivera à le libérer. Nous allons détruire tout ce que tu détestes, affirma-t-il avec une légère lueur de folie brillant dans les yeux, et la prison en fait partie, non ?

— La brûleras-tu pour moi, Dabi ? » demanda Shigaraki.

Sa voix monta un peu dans les aigus, signe de son excitation. Dabi afficha un large sourire à cette question.

« À ton avis ? se moqua-t-il.

— Tu ferais mieux de le faire si tu veux enfin t'impliquer. »

Ah, ils y revenaient... Dabi se contenta d'hausser les épaules. Il n'avait pas l'intention de se justifier sur ses actions et encore moins sur ses absences. Shigaraki l'attrapa alors par le bras, faisant bien attention à ne le toucher qu'avec quatre doigts. Sa poigne n'était pas douloureuse, mais Dabi pouvait sentir sa détermination. Il n'allait pas le laisser se défiler cette fois-ci.

« J'ai besoin de pouvoir compter sur tout le monde. »

La voix de Shigaraki était basse, comme s'il craignait que quelqu'un d'autres ne les entende, malgré l'endroit où ils se trouvaient. Dabi l'observa un instant, n'essayant même pas de se dégager.

« Tu peux compter sur moi.

— Bien sûr, ironisa Shigaraki. Sauf que tu n'es jamais là. Et quand tu daignes te montrer, tu fais les choses à ta façon ! »

Ce n'était pas faux. Dabi avait son propre objectif. Il avait surement l'air moins investi dans la Ligue que les autres, mais... ça ne signifiait pas qu'il l'était pour autant.

« Si je m'en fichais, je serais déjà parti. J'en ai rien à faire de votre petite collecte d'argent, mais pour les trucs importants, je serai là.

— Et je dois te croire sur parole, c'est ça ?

— Oui. »

La réponse de Dabi était simple et sans appel. Il allait falloir que Shigaraki apprenne à lui faire confiance parce qu'il ne comptait pas changer son état d'esprit là-dessus. Face à lui, les sourcils de Shigaraki se froncèrent. Il n'avait pas l'air sûr de vouloir le croire aussi facilement que ça.

« Pourquoi avais-tu besoin de moi ces derniers jours ? demanda alors Dabi.

— J'avais besoin que tu sois là, c'est tout. »

Shigaraki se borna. Il n'avait clairement pas envie d'expliciter plus que ça sa réponse. Dabi sourit de son attitude et se pencha vers lui. Lorsque leurs fronts se rencontrèrent en douceur, Dabi ferma les yeux.

« Je suis là maintenant. »

Sa voix était à peine plus élevée qu'un murmure. Il inspira profondément, profitant de la présence de Shigaraki à ses côtés. Cela faisait bien longtemps qu'ils n'avaient pas eu droit à ce genre d'intimité. Il saisissait enfin la colère que Shigaraki lui avait manifestée un peu plus tôt. Mais ils ne pouvaient pas s'avouer qu'ils s'étaient manqués aussi facilement. Ce n'était pas dans leurs habitudes d'exprimer ouvertement leurs émotions. Eux, ils étaient plus doués pour les non-dits.

Shigaraki attrapa alors sa chemise et redressa la tête. Il l'entraina ensuite dans un baiser exigeant. Dabi lui répondit, avant de mêler sa langue à la sienne. Dieu qu'il aimait ça. Etre aussi proche de lui le faisait vibrer comme jamais. Shigaraki parvenait à réveiller en lui des émotions qu'il avait cru ne plus jamais pouvoir ressentir. Ils se comprenaient sans peine, sans doute parce qu'ils étaient tous deux désaxés de la société. Aujourd'hui, il n'y avait plus que le désir de destruction qui les animait. Ça... et leur relation...

Shigaraki finit par s'éloigner un peu et lui lança un long regard pénétrant.

« C'est vraiment important ce que tu fais pour toi quand tu n'es pas là ? »

Le ton de sa voix était dur. Il n'accepterait clairement aucun mensonge en réponse à sa question.

« Oui.

— Mais tu seras là à chaque fois que je t'appellerai ?

— Oui. »

Dabi répéta ce simple mot sur un ton blasé. Pourtant, ce n'était pas des paroles en l'air. Il le pensait sincèrement. Et il espérait que Shigaraki parvienne à le comprendre. Dabi n'était pas fait pour se contenter de suivre les ordres. Il avait besoin de sa liberté d'action. Il ne pourrait plus supporter d'être entravé par qui que ce soit, même par Shigaraki.

« Très bien. Je vais tâcher de te faire confiance, concéda ce dernier dans un grognement. Fais ce que tu veux de ton côté, tant que je peux compter sur toi. »

Dabi savait qu'il faisait un effort. Il sourit alors et prit son poignet avec le plus de douceur dont il était capable. Il le releva ensuite jusqu'à son visage. Sous le regard intrigué de Shigaraki, Dabi se pencha et embrassa sa paume. Shigaraki se tendit un peu, peu habitué à ce qu'on touche ses mains dangereuses. Mais Dabi ne semblait pas y faire attention, continuant de poser des baisers rugueux sur sa peau.

« Je vais finir par croire que tu es fétichiste, lui lança Shigaraki au bout d'un moment.

— Et c'est toi qui dis ça. »

Le sourire de Dabi s'étira sur ces mots. Il pouvait lire le trouble dans le regard de Shigaraki. C'était encore nouveau pour ce dernier tous ces rapprochements tactiles. Dabi embrassa alors une dernière fois sa paume avant de relâcher sa main.

« Rentrons. » déclara ensuite Shigaraki qui en avait fini avec ce qu'il souhaitait lui dire.

Dabi ne répondit pas, se contentant de le suivre. Le chemin du retour fut étrangement beaucoup plus long. Aucun des deux n'avançait vite, comme s'ils voulaient tous deux profiter jusqu'au bout de l'intimité que leur offrait cette forêt. Shigaraki frissonnait sous l'effet des températures qui commençaient à baisser. Sans hésitation, il se rapprocha de Dabi pour profiter de sa chaleur naturelle. Ce dernier le laissa faire, affichant un léger sourire.

Quelques minutes plus tard, ils furent de retour dans la planque et avaient repris leurs distances. D'un point de vue extérieur, il était impossible de savoir à quel point ils étaient réellement proches. Dabi, qui connaissait bien Shigaraki, pouvait aussi aisément remarquer qu'il était plus détendu à présent.

Cette petite ballade en forêt leur avait fait du bien et leur avait permis de mettre certaines choses au clair. Shigaraki parvenait à lui faire confiance. S'était-il rendu compte à quel point c'était important pour Dabi qu'il accepte de le laisser agir comme il le souhaitait ? Ce dernier n'en était pas sûr. Mais qu'importe. Dans tous les cas, Shigaraki le laissait être libre de ses mouvements. Il le considérait réellement comme un allié et non comme un vulgaire pion. Alors, pour rien au monde, Dabi ne l'abandonnerait... Même s'ils ne devaient finir par n'être plus qu'à deux, Dabi savait qu'il suivrait jusqu'au bout Shigaraki dans ses désirs de destruction...


Merci de m'avoir lue ! On se retrouve demain avec un autre couple sur lequel je n'ai jamais écrit ! Le premier (et seul, je dois bien l'avouer) couple hétéro de ce recueil !

A bientôt :)