Menace
Il avait plus toute la nuit mais ça n'avait pas empêché Xiaoyu de dormir comme une masse. Ces derniers jours avaient été assez éprouvants et elle subissait clairement le contre coup. Quand elle ouvrit les yeux, elle se retrouva toute seule dans son lit. La matinée était déjà bien avancée et elle se maudit un instant d'avoir encore gâché le peu de temps qui lui était permis de retourner à Yakushima.
Les cheveux lâchés et emmêlés sur ses épaules, elle se leva difficilement dans le t-shirt froissé qui lui servait de chemise de nuit et chercha Jin dans toute la maison. Elle le trouva dehors, en train d'enseigner quelques mouvements de combat à deux jeunes qui vivaient dans le village le plus proche. Elle s'en amusa au début mais son sourire s'effaça quand elle se rendit compte qu'avec ses exigences ces enfants perdraient aussi quelqu'un d'important pour eux. Jin leva les yeux vers elle et libéra les enfants pour la journée avant de la rejoindre.
- Qu'est-ce que tu as ? demanda-t-il en notant son air triste.
- Rien, sourit Xiaoyu. Je suis encore un peu fatiguée, c'est tout.
Il l'embrassa doucement sur le front :
- Tu peux retourner te coucher tu sais, ça ne me dérange pas.
- Non, non, ça va. Si je me rendors maintenant le réveil sera encore plus difficile ! Si jamais, je pourrais faire une sieste cet après-midi…
- Bien. Fais comme tu le sens, fit-il en lui caressant la joue. Je vais me doucher.
- Mmh…
Il entra puis se retourna subitement vers elle.
- Tu viens ?
Xiaoyu sourit légèrement au rictus que Jin lui lançait, puis saisit la main qu'il lui tendait et le suivit.
- J'aimerais bien savoir comment je me suis retrouvée dans cette situation, grommela Asuka alors qu'Hwoarang trônait juste au-dessus d'elle, un sourire en coin.
- Bravo ! Quel talent ! s'exclama le père d'Asuka non loin d'eux.
Hwoarang se releva tranquillement du tatami et proposa sa main à Asuka qu'elle refusa sans aucune surprise.
- Je ne maîtrise pas trop ce style de combat mais je l'ai toujours trouvé impressionnant ! s'approcha le père d'Asuka.
- Sa tête est déjà assez grosse, n'en rajoute pas, grogna Asuka en s'étirant le dos.
- Asuka, la jalousie c'est très laid sur le visage d'une fille. Si tu ne veux pas te retrouver à terre, entraîne-toi plus.
- C'est quoi cette réflexion ? Il a triché ! Tu l'as vu en plus !
- Les petits pièges font partie du jeu, Asuka-chan, sourit Hwoarang.
- Va crever !
- Tu devrais être reconnaissante qu'il t'apprenne des choses, réprimanda son père. Bon, je vous laisse, je dois aller en ville. Vous n'avez qu'à continuer à vous exercer…
D'un simple signe d'adieu, il referma les portes du dojo.
- Quelle est la vraie raison ? fit Asuka d'un ton hargneux vers Hwoarang.
- La raison de quoi ? soupira-t-il en ramassant une serviette pour s'essuyer le visage.
- La raison de ta venue ici. La raison pour laquelle tu restes. Tu aurais dû déjà partir avec l'argent qu'on t'a prêté. Argent qu'on ne reverra sûrement jamais…
- Ne t'inquiète pas pour ton argent. Je vous le rendrais.
- Ça ne répond pas à ma question.
Hwoarang balança sa serviette et se rapprocha dangereusement d'elle. Méfiante, Asuka recula de quelques pas mais il fut plus rapide et la rattrapa par le poignet pour l'en empêcher.
- Tu sais très bien pourquoi je suis ici, souffla-t-il doucement.
- Hein ? rougit-elle subitement.
- Dis-moi…
Il se rapprocha encore doucement, sa bouche à quelques centimètres de son oreille. Asuka savait que le fait qu'il soit si prêt ne présageait rien de bon mais elle restait paralysée.
- Dis-moi… où est Kazama.
Toute rougeur sur le visage d'Asuka s'envola dans la seconde. D'un un grand vacarme, Hwoarang traverse le dojo dans les airs et atterrit contre le mur d'en face.
- T'es venu que pour ça ? hurla-t-elle.
- Quoi d'autre ? sourit-il en se relevant, massant son postérieur sans aucune gêne.
- Je… Je sais pas ! rougit Asuka. Et je ne sais pas où est Jin ! Personne ne sait, même pas moi ! Tu ne demandes pas à la bonne personne !
- Je ne suis pas arrivé à contacter Xiaoyu, et Miharu me hait trop pour me dire quoique ce soit, alors j'ai pensé que tu finirais par me le dire…
- Eh bien je n'en sais rien ! s'énerva-t-elle. C'était quoi tout ce cinéma depuis hier ? Tu aurais dû me le demander dès le début !
- J'ai peut-être menti pour la moto et la raison de ma venue, mais je n'ai pas menti sur le fait que je n'avais pas d'argent et pas de toit. Si je n'avais pas trouvé une bonne raison vous ne m'auriez pas laissé dormir ici. Je me suis entraîné dur pendant ces deux années, et j'ai l'intention de tester mes nouvelles techniques sur lui…
- Pff…
Hwoarang sourit et s'avança à nouveau vers elle.
- C'est quoi ça, Asuka-chaaan ? Serait-ce un soupçon de déception ?
- J-
- Asuka ! retentit la voix de son père au-dehors. J'y vais, tu n'as besoin de rien ?
- Une seconde !
Elle lança un regard noir à Hwoarang qui n'en fut que peu perturbé, ramassa ses tongs laissées à l'entrée et sortit du dojo. Le rouquin ricana légèrement pour lui-même et partit prendre une douche.
- Tss… Qu'est-ce qu'elle fait là celle-là ? pensa tout haut Raven.
Il était assez éloigné du site où avait été enterré Kazuya mais ses puissantes jumelles purent lui montrer l'état exact de la situation. Anna supervisait l'ouverture d'une explosion dans la roche pour sans aucun doute récupérer ce qu'il restait du demi-démon. Il savait cependant qu'il avait encore un peu de temps. Le sceau qu'il avait fait poser par Zafina devrait les empêcher d'atteindre leur but pendant un long moment encore, mais il y avait de fortes chances qu'il finisse par céder un jour ou l'autre si Anna y mettait les moyens nécessaires. Qu'elle y parvienne ou pas, aucun risque ne devait être pris et il décida qu'il était temps d'intervenir en force.
- Tu le sens quand je fais ça ? demanda Lars couché sur un coude sur le grand canapé de son bureau, passant doucement un doigt dans le bas du dos d'Alisa, allongée devant lui.
- Evidemment que je le sens, rit-elle. Pourquoi je ne le sentirais pas ?
- Je ne sais pas.
Il soupira et se mit sur le dos. Son idée d'instaurer une sieste en plein milieu de l'après-midi lui avait semblé une bonne idée, mais maintenant qu'il faisait une pause, il avait à nouveau du temps pour penser aux choses qui le tracassait.
- Quelque chose ne va pas ? s'inquiéta-t-elle en tournant légèrement la tête.
- Je suis juste très fatigué, répondit-il en se massant le front.
Elle se retourna complètement et le regarda.
- Peut-être… Peut-être que tu te poses trop de questions, lança-t-elle. Tu devrais être plus instinctif.
- Comme Jin ? Probablement. Quand il dirigeait tout ça il n'avait pas l'air aussi crevé que je le suis. En même temps, le connaissant, peut-être qu'il se donnait juste un genre…
- Je ne parlais pas de l'entreprise.
Il cligna des yeux et la regarda, intrigué.
- De quoi parles-tu alors ?
- Je… Je suis comme un bébé. Je ne me rappelle pas de ma vie avant d'avoir été… améliorée. J'ai les bases, mais pour comprendre ce que représente chaque chose il faut l'avoir vécu dans le passé… Et ce n'est pas mon cas. Du coup, je m'aide en observant les autres et ce qu'ils ressentent pour essayer de définir ce que moi je ressens.
- Je ne suis pas sûr de comprendre où tu veux en venir.
- Jin… Jin se posait aussi beaucoup de questions. D'après ce que j'ai vu, il s'empêchait volontairement d'être éperdument amoureux parce qu'il avait encore trop de questions sans réponse dans son esprit. Mais à la seconde où il a arrêté de se les poser, tout est devenu si beau… Et… je ne comprends pas. Je ne comprends pas pourquoi toi tu ne fais pas pareil. Nous sommes supposés tirer des leçons de ce que nous vivons et de ce que nous voyons, c'est comme ça que j'arrive à… remplir ma tête. Mais je ne comprends vraiment pas pourquoi tu ne fais pas pareil, finit-elle en le regardant gentiment. Suis-je repoussante ?
- Je… Quoi ? Non, non, évidemment que non. Tu es loin de l'être, sourit-il.
- Alors je ne comprends encore moins. Lee dit que quand un homme est attiré par une femme, ils doivent fai-
- Il faut que tu arrêtes définitivement d'écouter ce que te raconte Lee sur ce genre de choses. C'est un pervers. Il n'est vraiment pas l'exemple à suivre, crois-moi.
- Oh… Bien, dit-elle doucement.
- Lee n'a aucune expérience en matière de relation. Il traite les femmes comme des objets. Il est plus respectueux envers son stupide tas de ferraille de Combot.
- Mais… Je suis un objet. Et je suis aussi un tas de ferraille…
Lars ne répondit pas tout de suite, bien conscient des questions qu'elle devait se poser elle aussi.
- Attends une seconde… lança-t-il enfin, tirant un peu abruptement son épaule vers lui pour qu'elle lui fasse face. Il ne t'a rien fait ? Dis-moi qu'il ne t'a rien fait !
- Heu… Je ne saurais pas trop te dire, réfléchit-elle. Qu'est-ce que tu entends par là ?
- Il t'a touchée ?
- Oh oui, souvent.
- Hein ? se leva-t-il soudainement sur ses fesses. Quand ça ? Il t'a fait quoi ?
Alisa le regarda pendant quelques secondes, hébétée et ne sachant quoi répondre. Puis elle comprit enfin et se mit à rire d'une façon si adorable que Lars en fut très perturbé.
- Lars, dit-elle enfin entre deux hoquets, je sais faire la différence entre réparation et copulation.
Le visage du leader s'adoucit en la voyant continuer à rire, et il se maudit un instant pour sa bêtise.
- Je m'en serais voulu si ça n'avait pas été le cas, dit-il doucement.
- Je sais, répondit-elle en essayant d'arrêter ses soubresauts, une larme perlant au coin de ses yeux.
Ce détail ne lui échappa et d'un geste doux il récupéra la larme sur le bout de son doigt. Elle le regarda faire, enfin calmée, et fut surprise quand il déposa ses lèvres sur les siennes. Ce moment ne dura pas longtemps car ils furent interrompus par une la sonnerie du téléphone du bureau. Lars se leva dans un grognement vers son fauteuil et mit le haut-parleur.
- Qu'y a-t-il ?
- Un appel sur votre ligne privée Monsieur, répondit une voix masculine. C'est urgent.
- Bien. Transmettez-le-moi.
Un long bip se fit entendre pendant que Lars observait Alisa se relever doucement du grand canapé avant de le rejoindre. Une voix grave qu'il connaissait bien le sortit rapidement de sa rêverie.
- C'est Raven. J'ai des mauvaises nouvelles.
- Xiao, tu n'as pas dit un mot de toute la journée… soupira Jin en rentrant dans sa chambre, la voyant regarder au dehors. Tu n'as pratiquement pas mangé non plus, et tu ne t'es toujours pas habillée…
- Ah, oui… Je fais du lard, sourit-elle, ses yeux restant absents.
Elle tourna à nouveau son regard vers l'extérieur, les yeux rivés vers le ciel qui s'assombrissait à nouveau.
- Qu'est-ce que tu as ? souffla-t-il doucement à son oreille après l'avoir rejointe et l'avoir entourée de ses bras.
- Peut-être que tu devrais rester ici finalement.
- C'est quoi ce revirement ?
- Ces enfants… Ils ont besoin de toi non ?
Il la lâcha et commença à changer les draps du futon.
- Ils n'ont pas besoin de moi.
- Mai-
- Ils n'ont pas besoin d'apprendre à se battre Xiao, coupa-t-il. Plus maintenant. Pour nous, à leur âge, c'était différent. Le monde était différent, on n'a pas eu le choix. Je suis certain que si ma mère l'avait eu, elle se serait contentée d'une vie paisible d'"ermite" au lieu de m'apprendre ce genre de choses.
Xiaoyu sourit à la référence mais elle n'ajouta rien, reprenant son observation.
- Tu t'inquiètes pour rien, fit-il enfin en posant de nouveaux draps sur le lit.
- Je sais… Mais j'ai une mauvaise impression.
- De quel genre ? demanda-t-il en arrêtant ce qu'il était en train de faire et en plissant les yeux.
- Ce n'est rien, je dois encore me faire des films, sourit-elle.
- De quel genre ?
Xiaoyu se retourna doucement vers lui, des larmes coulant de ses yeux malgré elle.
- Ma cicatrice me fait mal…
Jin ouvrit de grands yeux et lâcha le tissu qu'il avait en main.
- Depuis quand ?
- Quelques heures, sanglota-t-elle en le voyant se précipiter sur elle. Je suis désolée, j'aurai dû le dire, mais je pouvais pas, je pouvais pas…
Jin la serra fort dans ses bras et les pleurs de la jeune fille purent enfin sortir. Il la rassura comme il put en lui disant que sa douleur était peut-être due au changement climatique, mais il savait qu'en réalité cela ne pouvait dire qu'une seule chose…
Voilou !
Pour le truc du changement climatique, je ne sais pas si vous avez déjà connu ça mais c'est mon cas, et il arrive parfois que mes vieilles blessures se réveillent dès qu'il fait subitement froid ou lors d'une forte pluie. Ça le fait aussi pour les articulations chez certaines personnes.
Mis à part ça, je ne suis pas chez moi de toute la semaine prochaine, alors il va falloir que vous soyez patients pour la suite ! Kiss and Review !
