Second chap écrit pour les Nuits du FoF, en environ 1h15 hors correction, sur le thème : ensemble.
Notes : Chers lecteurs/lectrices, j'ai cafouillé et je suis désolééée : je pensais au départ ne faire qu'un seul chapitre (et laisser la fin en suspens à la façon de certaines nouvelles d'horreur), mais j'avais complètement oublié de mettre la fic en complete. Puisque j'ai reçu plusieurs demandes pour une suite, j'ai finalement profité de la Nuit pour en écrire une. Même si c'était un peu short pour raconter tout ce que je voulais, et que du coup leur relation évolue assez vite, j'espère que ça vous plaira:) !
(Je n'ai pas eu le temps de faire corriger ce chapitre, si vous voyez de vilaines fautes, n'hésitez pas à les signaler!)
Le sourire d'Hannibal fit frissonner Will, mais il conserva son sang-froid et tenta même de jouer les amis inquiet, en sachant que ce serait sans doute inutile.
― Tout va bien, Hannibal ? Tu t'es blessé récemment ?
― Allons, William...Je sais très bien que tu as compris qui je suis réellement.
― Je croyais que ce n'était que légendes, dit Will sur un ton sarcastique malgré son inquiétude.
― Te dire la vérité était assez délicat, tu en conviendras.
― Qu'est-ce que tu es venu faire ici ? Me tuer ?
― Est-ce vraiment nécessaire ?
Will rit, sans pouvoir s'en empêcher. La conservation, la situation était surréaliste. Il tenait le serial killer de la région, sans rien pouvoir faire contre lui parce que ce dernier était à la fois son meilleur ami et une créature légendaire.
― Non, ça ne l'est pas : même si je décidais de dire ce que je sais, personne ne me croirait. Hum...j'ai de nombreuses questions, est-ce qu'on peut discuter ?
― Bien sûr, répondit Hannibal, puis il s'assit en grimaçant légèrement, sa jambe le faisant souffrir.
― Tu m'as reconnu, dans les bois ? demanda Will, en se servant du whisky et en préparant du café sans le quitter des yeux.
― Oui. Lorsque je me transforme, les instincts prennent le dessus, celui de chasser en premier lieu, mais je savais qui tu étais. Je ne t'aurais pas fait de mal.
― Je suppose que non. Après tout, si tu avais voulu me tuer, je pense que je serais mort. Tu es très rapide quand tu es sous ta forme de...Wendigo. Est-ce que tu en as toujours été un ? On peut naître Wendigo ?
― Non, ça se transmet uniquement par la salive et le sang. J'ai été mordu, enfant, par le Wendigo qui a tué ma sœur, Mischa. Je l'ai retrouvé, bien des années plus tard, je l'ai affronté, et je l'ai vaincu. Mais la malédiction, si on peut appeler ça de cette façon, n'a pas disparu pour autant. J'ai fait de nombreuses recherches, et une chose est certaine, cette chose est, et restera en moi jusqu'à ma mort.
Will hocha la tête, songeur. Il pensait à tous les petits mensonges d'Hannibal (comme celui à propos de sa sœur, soit disant morte dans un accident de voiture) sans parvenir à lui en vouloir pour autant. Il comprenait qu'il n'avait pas pu lui révéler un tel secret plus tôt.
― Cela ressemble un peu au mythe du loup-garou...Est-ce qu'il y a d'autres victimes, que nous n'avons pas encore retrouvées ?
― Oui, celle que j'ai tuée hier. Et on ne la retrouvera pas de sitôt. Plus le temps passe, et plus je me contrôle. J'ai volontairement peu enfoui la troisième victime, parce que...je voulais que tu la trouves. Que tu puisses voir une part de moi, même si je savais que cela t'atteindrait. Je savais que je pourrais t'aider à gérer le traumatisme par la suite.
― Trop aimable. Pourquoi est-ce que tu voulais que je sache ? Le secret était trop lourd à porter ?
― Non, j'ai l'habitude, je vis avec depuis bien longtemps.
― Tu veux dire que ton apparence physique ne correspond pas à ton âge réel ?
― Les Wendigos vieillissent très lentement et se régénèrent lorsqu'ils mangent de la chair humaine. J'espace mes meurtres, sinon j'aurais l'air d'un jeune homme. Et aussi parce que je contrôle mieux la faim : au début, elle est dévorante, insatiable, et après, avec du temps, elle quitte le devant de la scène et devient comme une sorte de bruit de fond.
― Mais tu as tout de même besoin de tuer, même si ce n'est que tous les trois ans. Est-ce que tu éprouves de la culpabilité ?
― Est-ce que le loup ressent de la culpabilité lorsqu'il tue une biche ? Je ne suis plus humain, même si je peux en avoir l'apparence.
― Tu ressens bien de l'amitié pour moi. Et tu aimes l'art, la musique, la littérature, qui sont des créations humaines.
― Car tout cela procure des émotions positives. La culpabilité ne m'apporterait rien, surtout que je n'ai pas d'autres choix. Est-ce que tes sentiments à mon égard diffèrent, à présent que tu sais tout ?
Will haussa les épaules, hésitant, puis répondit avec honnêteté :
― Pas vraiment. Le...Hannibal que je connaissais n'a pas disparu. Je lui ai juste découvert une facette de plus, que je ne sais pas trop comment appréhender. Nous pourrions juste faire comme si cette conversation n'avait jamais eu lieu, mais je n'en ai pas envie.
― Pourquoi ?
― Parce que je souhaite que tu puisses tout me dire...Je ne veux pas perdre ce que nous avons. Je tiens à toi, osa avouer Will.
― Je sais. J'éprouve la même chose pour toi.
Le chirurgien sourit au policier qui prit quelques couleurs et regarda ailleurs. Ce fut le moment qu'il choisit pour fondre sur lui, et pour le mordre à la gorge. Will se débattit, et Hannibal le lâcha immédiatement, reculant pour lui montrer qu'il n'avait plus aucune intention violente à son égard. Le mal était fait de toute façon : il l'avait infecté, et le brun en était bien conscient.
― Tu n'aurais pas dû...Je ne pourrais pas faire ça. Je suis policier, Hannibal, mon boulot c'est d'aider les gens ! s'exclama le blessé, dont le sang coulait faiblement le long de la gorge.
― Crois-moi : tu en seras parfaitement capable, les instincts prendront vite le dessus. Je te promets que tu ne seras pas déchiré entre ton sens de la morale et ce que tu vas devenir. Ton point de vue va se transformer, tout comme ton corps.
― On ne risque pas d'avoir des ennuis si les meurtres se multiplient ? demanda Will, pragmatique.
Après tout, il n'y avait rien qu'il puisse faire pour revenir en arrière. Il aurait pu être paniqué, furieux, angoissé, mais il n'était rien de tout ça. Il se sentait étrangement calme, et avait l'impression que sa vue se faisait plus nette, et son odorat et son goût, plus prononcé. Le café était prêt, et il servit Hannibal tout en écoutant ce dernier lui répondre :
― Je ferai disparaître les corps, et si nécessaire, nous partirons. J'ai des habitations partout dans le monde, et j'aurais grand plaisir à te faire visiter l'Europe...
― La transformation est douloureuse ?
― De moins en moins, avec l'habitude.
Après avoir bu son café, et avoir fourni quelques informations supplémentaires au policier sur sa future condition, il lui annonça qu'ils devaient se rendre dans la forêt.
― Quoi ? Pourquoi maintenant ?
― Parce que tu vas te transformer, et que tu auras besoin d'espace. Tout ira très bien Will. Je serai avec toi, aussi longtemps que tu le souhaiteras.
Will prit une longue inspiration. Il ne pensait pas que la première transformation se ferait aussi vite, et avait même vaguement espéré qu'il pourrait en choisir le moment, mais il ne pourrait se contrôler qu'avec la force de l'habitude. Il suivit le médecin dehors, pas vraiment surpris lorsque Winston resta dans sa niche et gronda un peu à son approche.
― Il s'y fera, lui assura Hannibal, puis il monta dans la voiture de son ami et prit le volant.
Ils entrèrent dans les bois par un chemin que Will ne connaissait pas, puis s'arrêtèrent dans une cabane en apparence abandonnée. Ils s'y déshabillèrent tous les deux pour éviter que leurs vêtements se déchirent lors de la transformation, et s'observèrent discrètement l'un l'autre. Will n'était pas franchement à l'aise, mais l'ensemble de la situation était si étrange que le fait d'être nu en compagnie d'Hannibal était presque secondaire. Ce dernier se transforma le premier, pour que Will puisse voir comment cela modifiait son corps et ce qui l'attendait, et aussi pour ne pas risquer de devenir une proie pour lui. La transformation du policier commença par ses doigts, qui s'étirèrent tandis que ses ongles devenaient épais et tranchants. Il avait l'impression que l'ensemble de ses os et de ses muscles le tiraillaient, et que sa peau devenait de plus en plus chaude et sombre. Malgré sa maigreur une fois la transformation achevée, il ne sentait plus les effets du froid extérieur, et il avait de toute façon autre chose que son confort à l'esprit. La faim lui retournait l'estomac, et si Hannibal n'avait pas été plus grand et plus fort, et l'homme qu'il aimait sans se l'avouer, il aurait sans doute tenté de le mordre tant ses nouveaux instincts le poussaient à tuer pour se nourrir.
Après lui avoir fait signe de le suivre, le grand Wendigo s'avança en courant à quatre pattes dans les bois. Will s'élança à sa suite, s'émerveillant de la vitesse que son nouveau corps lui permettait d'atteindre, et salivant en sentant l'odeur du sang. Lorsqu'ils s'arrêtèrent, ils creusèrent pour déterrer la quatrième victime, entière. Will comprit que son ami avait prévu tout ce qui était arrivé jusqu'alors, mais cela l'indifférait. Il n'était pas en colère. Il n'était rien d'autre qu'affamé, et il rongea le cadavre jusqu'à l'os avec Hannibal avant d'affirmer :
― Il m'en faut encore...
― Je sais. Nous trouverons bien l'un ou l'autre touriste imprudent, ne t'inquiète pas.
Will n'était pas inquiet, et avait la confiance la plus totale en Hannibal. Il pouvait sentir que ses intentions n'étaient pas mauvaises, et il s'approcha de lui afin de lécher le bas de son visage couvert de sang. Il n'aurait jamais osé faire ça sous sa forme humaine, mais les choses étaient bien plus simples à gérer en tant que Wendigo. Hannibal frotta légèrement ses bois contre les siens, avec affection. Ces quelques gestes suffisaient à ce qu'ils sachent où ils en étaient l'un par rapport à l'autre. Lorsqu'ils retrouveraient une apparence humaine, une certaine gêne entre eux persisterait sûrement un moment avant qu'ils ne puissent se rapprocher de cette façon, mais cela viendrait. Ils avaient toute l'éternité devant eux.
