Enlèvement

- Il n'est pas très coopératif, soupira Bosconovitch.

- Evidemment qu'il ne l'est pas, s'énerva Heihachi.

Les deux vieux hommes s'étaient emmitouflés dans de gros manteau à poils, le climat de la froide Russie ne les accommodant pas. Ils avaient beau se trouver dans les couloirs d'un laboratoire souterrain, ils n'en avaient pas plus chaud pour autant. De la buée sortait sans cesse de leurs bouches dès qu'ils parlaient et de leurs nez dès qu'ils respiraient un peu fort.

- Tss, même à moitié mort, ce gosse me casse toujours autant les pieds. Heureusement que j'ai pris mes dispositions…

- Je ne suis pas sûr que le chantage affectif marche sur lui…

- Bien sûr que ça marchera. Pour une fois je suis bien content qu'il ait pris de sa mère.

Heihachi ouvrit une porte en fer gardée par deux soldats, ils entrèrent dans l'immense laboratoire russe. Au milieu de la pièce, entouré de diverses machines, se trouvait un tube géant contenant un liquide vert. A l'intérieur, Jin était immobile mais tout de même enchaîné, respirant par un masque.

- Il fait moins le malin, maintenant. Une fois qu'on aura ce qu'on veut, il faudra vite déguerpir d'ici et se débarrasser de ses sales rouges.

- Ne croyez-vous pas qu'ils pensent la même chose que nous ?

- Si, mais il faudra juste être plus rapides. Il leur restera toujours leur chose dans la glace de toute façon.

La porte en fer s'ouvrit de nouveau, et cette fois-ci elle laissa entrer Sergei Dragunov. Heihachi se retourna pour le regarder arriver, alors que Bosconovitch s'était lancé dans l'étude d'un document.

- Aucun changement, répondit le docteur à sa question muette.

- Faisons ça de suite, fit Heihachi en reposant son regard sur Jin. J'ai attendu assez longtemps.

Dragunov rouvrit la porte et fit quelques gestes. Un instant plus tard, deux soldats dans leurs uniformes marron amenèrent leur prisonnière en larmes, bâillonnée. Heihachi se retourna vers elle.

- Non, ça ne va pas être possible finalement.

Dragunov lui lança un regard qui signifiait qu'il perdait patience. Bosconovitch leva les yeux de ses documents pour la regarder, et hésita à répondre à l'officier :

- Disons que… Il y a comme un problème…


- Comment ça, Miharu a disparu ?

- Elle devait ouvrir à ta place et rester toute la journée, mais quand je suis arrivée tout était fermé !

Yukie, la jeune officier qui avait été chargée de ramener Xiaoyu, sortit instinctivement son téléphone portable pour prévenir son supérieur. Après une brève conversation, elle se tourna vers le gérant du restaurant :

- Vous avez des caméras, non ?

- Oui, une dans la salle et une autre derrière la caisse. Mais il y avait tellement de monde qui attendait que je ne m'en suis pas préoccupé.

- J'aurais besoin de les voir tout de suite.

- Je ne sais pas s-

- C'est bon, laissez-la regarder, coupa Xiaoyu. Il est peut-être arrivé quelque chose de grave à Miharu et c'est notre seule piste.

Après quelques grognements, le gérant finit par accepter leur requête. Leur recherche fut productive car les vidéos montrèrent Miharu se faisant enlever par cinq soldats en uniforme marron.

- Oui, ce sont bien eux, confirma Yukie au téléphone. Bien.

Elle raccrocha et se tourna vers Xiaoyu.

- Il faut que tu viennes avec moi, dit-elle à Xiaoyu.

- Et Panda ?

- Elle ne risque rien, ta maison est surveillée. Allez, on y va de suite.

Elle saisit le bras de Xiaoyu et l'embarqua hors du restaurant, la jeune femme ayant à peine le temps de dire au revoir à son patron qui grognait encore.


La nuit tombait quand Xiaoyu arriva enfin au quartier général des rebelles, à l'extérieur de Tokyo. Lars était en grande discussion avec des sous-officiers, en train d'examiner des plans. Il se retourna à son entrée.

- Ah, vous voilà. Yukie, tu peux aller remettre ton uniforme.

- Bien, fit la concerner en s'éclipsant.

- Je ne pensais pas vous revoir si vite, dit Lars en Xiaoyu d'un sourire désolé.

- Personne ne pouvait prévoir que des russes enlèveraient Miharu. Franchement, elle en rate pas une…

- Il est plutôt clair que c'est vous qu'ils voulaient, fit Raven qui entra à son tour.

- Ah, je ne pensais pas te revoir si vite non plus, lui lança Lars.

- Les données ont changé. Ils vont bien se rendre compte qu'ils se sont trompés de fille à un moment ou à un autre. Si on veut sauver son amie en même temps, il va falloir partir tout de suite.

- En même temps que quoi ? demanda Xiaoyu.

- On… avait déjà prévu d'infiltrer la base des personnes qui ont pris ton amie, hésita Lars. Mais il va falloir avancer la mission.

- Et elle est où cette base ?

- Disons… Au nord.

- Oh. Et on part quand ?

- Xiaoyu…

- Quoi ? Osez me dire que vous comptiez me laisser ici, fit-elle en fronçant les sourcils. Si vous ne vous attendiez pas à ça, il fallait me laisser à Tokyo.

- Je sais ce que vous ressentez, mai-

- Si vous le savez, vous savez aussi qu'il n'y a absolument aucune chance que vous m'empêchiez de monter dans votre hélico. Je ne suis pas une de vos subordonnées, ajouta-t-elle, et je sais me défendre, ce qu'apparemment ces russes ignorent, sinon ils auraient envoyé bien plus que quatre hommes pour venir me récupérer.

- J'étais dans la Tekken Force, je sais très bien de quoi vous êtes capable, sourit-il.

- Alors vous savez qu'à quinze ans j'ai botté les fesses de vos collègues sans avoir aucun scrupule, et que, sans me vanter, j'ai énormément progressé depuis. Donnez-moi une seule raison valable de ne pas venir, si vous en trouvez une, mais de toute façon, je viendrai quand-même.

Lars regarda Raven pour chercher de l'aide, mais celui-ci, toujours caché derrière ses lunettes, semblait peu enclin à la coopération. Il fallait prendre une décision rapidement de toute façon.

- Bien. C'est d'accord, fit-il en revenant sur Xiaoyu.

- Alors c'est décidé. Et arrêtez de me vous vouvoyer, personne ne le fait jamais.

- Tu ne dois pas avoir l'habitude qu'on te respecte, n'est-ce pas ?

- Il faudrait y aller, intervint enfin Raven. Le temps presse.

- Oui. Je vais me préparer. Va voir Yukie, elle te donnera des vêtements chauds.

Xioayu approuva et sortit. Lars sortit à son tour, suivi de Raven.

- Tu ne lui parles pas de Kazama ?

- Si je l'avais fait elle nous aurait déjà piqué un hélico par elle-même. Et je ne veux pas lui créer de faux espoirs. Surtout en ce moment.

- Elle en aurait peut-être besoin, justement.

- Je ne suis pas sûr que retrouver Jin à l'état de légume soit une bonne nouvelle pour elle, conclut Lars.