Question d'honneur

- Je peux savoir où tu étais passée ?

- Tu m'as vue, pourquoi tu me poses la question ? répondit Xiaoyu en retirant ses chaussures.

Jin était appuyé près de la fenêtre, comme la dernière fois, les bras croisés et le regard en feu. Xiaoyu ne s'en formalisa pas, prit ses affaires pour se coucher et se rendit dans la salle de bain. Elle revint quelques instants plus tard et le retrouva debout au milieu de la pièce.

- Tu te bats contre Kazuya demain.

- Oui, je sais. Ça ne me gêne pas, je commence à être habituée à me faire sortir au troisième tour. Où est Panda encore ? Elle est tout le temps dehors en ce moment… Bref, tu me rappelles pourquoi tu es ici ? Je croyais que tu ne devais plus revenir.

- Qu'est-ce que tu as ?

- Oooh, merci de poser la question, fit-elle sur un ton ironique. Vraiment. Merci.

- Ne me dis pas que tu me fais une crise à cause de Nina.

- Oh, ce n'est pas à cause de Nina, juste à cause de toi. J'adore me faire traiter de "ça" et de "rien". C'est gratifiant. C'est vrai, ce n'est pas comme si je n'étais pas habituée à être rabaissée et ignorée. Je le savais pourtant, je savais que la situation changerait à la seconde où je révèlerai ce que je savais, mais je ne pensais pas que ça redeviendrait comme avant. Voire pire.

- J-

- Oh, et pitié, épargne-moi. Ne me dis pas que c'est pour me protéger car c'est encore plus humiliant. Tu en es incapable, lança-t-elle, rouge de colère en ravalant le plus possible ses larmes qui montaient. Si tu pouvais me protéger, une bombe n'aurait pas manqué de me tuer, Kazuya n'aurait pas manqué de m'enlever deux ou trois fois, et je n'aurais pas eu cette intéressante conversation avec lui juste après qu'il ait massacré Baek. Etrangement, j'ai survécu à tout ça sans que tu interviennes une seule seconde, mais tu continues de penser qu'une simple conversation en public avec moi pourrait me tuer. Ou même une conversation dans une cage d'ascenseur, pas la peine d'être trop gourmand, hein ?

- Tu as terminé ?

- Oui. Je crois. Sauf si tu as des choses à dire, répondit Xiaoyu en soulevant les couvertures du lit. Quoique non, ne dis rien, fais comme d'habitude. Tu peux prendre la porte si tu veux pour regagner ta chambre – oui, parce qu'apparemment, tu as omis de préciser que tu fréquentais le même hôtel que moi. Par contre, si je te fais toujours autant honte, tu peux passer par la fenêtre.

Elle se glissa sous les draps et ne dit plus un seul mot. Quelques secondes plus tard, elle entendit la porte claquer.


- Tu as vraiment débité tout ça ? s'étonna Miharu alors qu'elles pique-niquaient dans le parc de l'hôtel. Tout d'un bloc ?

- Ouais. A peu près. Mais j'étais un peu énervée.

- Ben dis donc… Je préfère pas imaginer les jours où t'as tes règles, lança Hwoarang allongé derrière elles sous un arbre, accueillant chaleureusement le regard noir de Xioayu. Enfin, c'est tout bénèf pour moi.

- Pourquoi ça ? demanda Miharu.

- Mon prochain match est contre Jin, ce soir. Maintenant qu'elle l'a bien mis en colère, je vais peut-être pouvoir me battre contre lui.

- Aaaah ! Xioayu ! s'exclama-t-elle soudain en pointant quelque chose au loin. Asuka, Asuka !

Hwoarang leva un œil pour voir de qui elle parlait.

- Cette fille ? Elle a perdu contre Dragunov hier. C'était plutôt gore il paraît.

- Hwoarang. Chope-la, ordonna Xiaoyu.

- Hein ?

- Hein ? renchérit Miharu, choquée.

- Tu veux dire… Là, maintenant, devant tout le monde ?

- Qu'est-ce qu- Tu es immonde ! s'offusqua la petite chinoise. Vous êtes immondes ! Vous croyiez quoi ?

- Ben, si t'utilisais pas des mots ambigus toi aussi… s'excusa-t-il. Je fais quoi alors ?

- Tu te jettes sur elle, tu la prends sous ton bras, et tu l'amènes à Lars.

- Genre, comme ça ?

- Il y a de fortes chances qu'elle se débatte, mais oui, c'est l'idée.

- Et en échange j'ai… ?

- Tu pourras te vanter d'avoir sauvé le monde à la place de Jin.

Quelques secondes plus tard, alors que les deux amies finissaient leurs sandwiches, elles entendirent les vociférations – et insultes – de la jeune fille qui se faisait porter comme un sac de patates par Hwoarang.

- Je vais aller avec lui, fit Xiaoyu en gobant sa dernière bouchée.

- Il y aura sûrement Jin, tu es sûre de vouloir le confronter à nouveau ?

- Tu parles, avec Hwoarang dans les parages, il ne me remarquera même pas. Au pire, ça lui fera les pieds de me voir avec lui. A toute !

La jeune fille se leva et gambada vers Hwoarang qui semblait avoir du mal à maîtriser son colis.


Le même colis s'écrasa sur le sol de la chambre d'Alisa un petit moment plus tard, en poussant des hurlements.

- Xiao m'a dit de vous livrer ça, lança simplement Hwoarang en regardant tour à tour Lars, Jin et Nina qui étaient dans la pièce.

Son regard se posa sur Alisa qui était dans un coin.

- Oh, bonjour, continua-t-il sur un ton charmeur. On se connaît, non ?

- Tu le fais exprès ou quoi ? retentit la voix de Xiaoyu qui arrivait tout juste derrière lui.

- Bon… J'imagine que ça règle quelques uns de nos problèmes, fit Lars en aidant Asuka à se relever. Vous allez bien ?

- Je viens de me faire enlever ! Non, je vais pas bien ! hurla Asuka.

- Enlever, tout de suite les grands mots… grommela Hwoarang.

- T'as pas trouvé un autre moyen ? lança Jin au rouquin.

- Oh, mais c'était pas mon idée, répondit-il en montrant Xiaoyu du pouce.

- Toi ! s'exclama Asuka en pointant à son tour la jeune fille du doigt. T'es la fille qui m'a renversé avec son ours la dernière fois !

- Mon ours ? Quel ours ? Je ne t'ai jamais vue de ma vie, rétorqua Xiaoyu.

- Je crois qu'elle parle de Panda, intervint doucement Alisa.

- T'as déjà vu un ours noir et blanc ? lança-t-elle à Asuka. Et puis, Panda renverse souvent des gens, si je devais m'arrêter à chaque visage… Tu n'avais qu'à pas traîner au milieu du chemin.

- Espèce d-

- Bon, sur cette intéressante conversation… commença Nina.

- Oh, pas de commentaires, hein ? répliqua Xiaoyu. Je viens de faire votre boulot je vous signale.

- Comment tu… ? s'étonna Lars.

- J'ai beau avoir des nattes et un ours noir et blanc, je ne suis pas aussi stupide qu'on le pense ! Allez, Hwoarang, on y va, fit-elle en le tirant par le bras.

- Et c'est tout ? demanda celui-ci. Je sauve le monde juste comme ça ?

- Ouais. Dingue, hein ?

- En fait, c'est plutôt Jin que vous venez de sauver, fit Lars.

Sur cette nouvelle information, le rouquin fut celui qui tira Xiaoyu par le bras cette fois alors qu'elle tentait de s'éclipser.

- Oy. Tu m'aurais pas encore entubé par hasard ?

- J'y peux rien si tu es un homme si crédule. Sur ce…

- Xiaoyu, appela Lars en la coupant subitement dans son élan. A propos de ton match de tout à l'heure…

- Oui ?

- Il serait peut-être plus sage d'abandonner…

- Hors de question.

- Tu vas te faire tuer.

- Peut-être. On a tous pris ce risque en s'inscrivant ici et je ne suis pas différente de vous. Mais honnêtement, je ne pense pas qu'il tuera une deuxième fois dans un même tournoi.

N'en supportant pas davantage, Jin prit enfin la parole.

- Xiao, si tu cherches à prouver quoique ce soit, un match contre Kazuya n'est vraiment pas la meilleure des idées.

- Je t'arrête tout de suite, Jin. Ce n'est pas à propos de toi, ou à propos de moi. Cet homme a balancé une bombe sur la tête de mon grand-père. Tu connais assez bien ce sentiment pour savoir que tu n'as pas le droit de me demander d'abandonner. Et aussi farfelu que cela puisse vous paraître à tous ici, je suis moi aussi un combattant. J'ai donc moi aussi mon honneur. Et j'ai tout comme vous le droit de le défendre. Au prix de ma vie si nécessaire.

Voyant que personne n'avait rien à répondre, elle put enfin se retirer. Hwoarang défia Jin du regard, lui faisant comprendre que le soir même ils règleraient leurs comptes, quand la voix d'Asuka s'éleva dans la chambre :

- Quelqu'un peut me dire ce que je fous ici, exactement ?