Je me réveille doucement, je suis de nouveau à l'hôpital. Je regarde autour de moi, la chambre est vide. Je suis rassuré, j'avais peur de voir Mycroft et d'être obligé de l'écouter me faire la morale. D'ailleurs, je suis étonné de l'avoir vu dans mon espèce de rêve, peut-être qu'une partie de moi, vraiment très profonde, le considère un minimum comme un frère. Mais bien sûr, c'est quelque chose que je ne lui dirai jamais.

Repenser à ce que j'ai vu, me rappelle que j'ai une chose beaucoup plus importante à faire que rester dans ce lit d'hôpital en ce moment, je dois aider John. Et peut-être qu'être à l'hôpital n'est pas si mal finalement, ça me permet de rester proche de lui. Bon, assez réfléchi, je dois y aller. J'essaye de me lever, mais quelque chose m'en empêche. Évidemment, tout cela aurait été beaucoup trop simple si mon frère ne m'avait pas fait attacher au lit avec des menottes. Mais comment m'en libérer ? Je crois avoir regardé une vidéo qui pourrait m'aider justement il y a quelques semaines, malheureusement ça montrait surtout comment détacher quelqu'un, pas soi-même. Mais je dois quand même essayer. Je tire sur ma main proche de la table pour essayer de la libérer, ça fait tellement mal ! Mais au bout de plusieurs minutes, je peux enfin bouger mon bras. Je saigne un peu, mais je m'occuperai de ça plus tard, pour le moment je dois m'occuper de mon autre main. J'arrive à attraper un couteau avec une lame assez fine et m'en sers pour mettre en pratique ce que j'ai vu sur YouTube.

C'est bon ! Je suis libre ! Je fouille dans les tiroirs pour trouver un bandage et me l'entoure autour de ma main blessée. Puis je remets mes vêtements poser sur une chaise et me dépêche de sortir de la chambre, je reconnais aussitôt ce couloir, la chambre de John doit se trouver au bout. J'essaye de marcher rapidement tout en ne paraissant pas plus suspect que d'habitude, je ne dois pas attirer l'attention sur moi. Je regarde les numéros sur les portes: 206...207...208... . Vais-je finir par atteindre la 222 ? Je n'avais jamais réalisé à quel point cet hôpital était grand. Stop ! Je dois arrêter de me focaliser sur des choses aussi insignifiantes, je dois me concentrer sur John. John, John, John... Je finis par arriver devant sa porte mais hésite à entrer. La dernière fois que je suis venu ça ne s'est pas très bien passé, et je n'ai aucune envie que ça se reproduise aujourd'hui. Peut-être que je devrais retourner à ma chambre, après tout il a dit qu'il ne voulait plus jamais me voir, je ne pense pas que c'est quelque chose qu'on dit à la légère.

"Sherlock ! Qu'est-ce que vous faites ?"

Je reconnais cette voix, Molly ! Mais elle a l'air beaucoup plus froide que d'habitude, elle n'a pas dû apprécier ce que j'ai fait. Je ne pensais pas qu'elle m'aimait autant, mais surtout je ne comprends pas pourquoi, je me dégoute tellement.

"Je suis venu voir John...enfin...il m'a dit qu'il ne voulait plus me voir mais je ne sais pas...je...

Pourquoi bégaye-je autant ? Je n'ai jamais eu de mal à m'exprimer pourtant. Comment Moriarty a-t-il pu si facilement me briser ? Je me sens tellement faible.

"Ne vous inquiétez pas, je comprends. Et je suis certaine qu'il ne pensait pas ce qu'il a dit."

Elle parle d'une voix plus douce, je lui fais pitié. Ça ne m'était jamais arrivé avant, et c'est tellement douloureux.

"Ne faites pas ça s'il vous plaît, je sais que ce que j'ai fait dans cette prison était un acte pitoyable, lâche et faible, mais ne montrez pas que vous le pensez aussi.
-Non Sherlock, je vous jure que ce n'est pas le cas. Je suis en colère contre vous c'est vrai, et j'admets ne pas approuver tout vos choix de ces dernières semaines, mais jamais je ne pourrai penser cela de vous. Vous êtes tout le contraire de ça Sherlock, vous êtes vraiment quelqu'un d'incroyable."

Je suis un peu choqué par ce que Molly vient de dire, ça ne lui ressemble pas vraiment. De plus, personne ne m'avait jamais parlé de cette manière. Je ne sais pas quoi répondre, alors je reste silencieux. Elle comprend mon embarras et change de sujet.

"Je... Je pense qu'on devrait rentrer dans cette chambre maintenant, vous ne croyez pas ? Et ne vous inquiétez pas, ça va bien se passer."

Et maintenant elle me rassure, mais que lui arrive-t-elle ? Peut-être cherche-t-elle juste à rester forte pour cacher ses sentiments ? Ou pour...m'aider ? Ça serait assez étrange que ça soit vraiment le cas. Pourquoi ne puis-je pas arrêter de tout analyser ? Je suis tellement fatigué.
Elle entre à l'intérieur, je la suis tête baissée. John est éveillé, j'aurais préféré que ce ne soit pas le cas, je ne sais pas si je suis prêt à l'aider finalement, mais il en a besoin, et moi aussi. En me voyant, son visage change. J'aperçois un mélange de colère, de tristesse mais aussi de...soulagement. Mais pourquoi ? A-t-il appris ce que j'ai fait ? Et pourquoi serait-il soulagé ? C'est peut-être étrange, mais j'aurais pensé que ça lui aurait fait plaisir que je meurs, ou du moins, que je finisse dans le coma.

"Sherlock, que fais-tu ? Je pensais avoir été clair la dernière fois, je ne veux plus te voir !"

Maintenant je ne vois que de la colère sur son visage, mais je ne pense pas qu'il soit autant énervé qu'il veut le faire croire, sinon il n'aurait pas réagi comme il l'a fait quand je suis entré.

"John, s'il te plaît, laisse-moi m'expliquer. Je sais que ce que j'ai fait est impardonnable et je m'en voudrai toute ma vie, mais je voulais juste nous protéger, te protéger."

Pourquoi ai-je dis ça ? Ça ne me ressemble tellement pas de réagir aussi émotionnellement, c'est si faible et banale. Depuis Moriarty, j'ai de plus en plus l'impression d'avoir perdu mon esprit, et j'ai tellement peur de ne jamais le retrouver.
John a l'air d'hésiter quelques minutes, mais la colère sur son visage diminue progressivement. Celui de mon rêve avait raison, il va me pardonner, je ne mérite tellement pas un ami aussi bon que lui.

"D'accord, je t'écoute Sherlock."