"Je t'écoute Sherlock", tout avait si bien commencé, comment ça a-t-il pu finir de cette façon ? J'avais pourtant l'impression d'avoir gagner son pardon, je sais qu'il n'était pas d'accord avec tout les choix que j'avais pris ces derniers temps, mais je pensais avoir regagner sa confiance.
"Que s'est-il passé ?"
Encore une fois, je réfléchi à haute voix, comme si personne d'autre ne se trouvait dans la pièce en ce moment. Je me rappelle que c'est quelque chose qui agaçait beaucoup John d'ailleurs, avant.
"Oui Sherlock, c'est la question que je ne cesse de te poser depuis des heures. Vas-tu enfin te décider à me répondre ? Que s'est-il passé dans cette pièce ?"
Mycroft est là ? Depuis combien de temps ? Je ne l'avais pas remarqué, tout comme cette horrible salle d'interrogatoire dans laquelle je dois sûrement me trouver depuis longtemps. Mycroft veut à tout prix savoir comment nous en sommes arrivés là, mais comment lui expliquer quelque chose que je ne comprends pas ?
"Après que John m'en ai donné l'autorisation, j'ai tenté de lui expliquer mes intentions durant les semaines qui viennent de passer, et, du moins je le croyais à ce moment-là, il avait en quelque sorte réussi à me pardonner. Je ne sais pas comment les choses ont pu autant déraper."
Tout a commencé il y a quelques jours, quand John a pu sortir de l'hôpital. Je me rappelle que ça n'avait pas été une journée très facile, sa première fois dans un fauteuil roulant, sa première fois en tant qu'handicapé. Mais rien ne pouvait nous empêcher de rejoindre notre foyer à Baker Street, même pas les marches nous permettant de rejoindre notre appart, j'avais fait installé une de ses chaises qui permet de monter des escaliers sans avoir à le faire. Et même s'il ne l'apprécie pas, je suis sûr qu'il est heureux de l'avoir, ou du moins, pour les quelques temps durant lesquelles il sera encore paralysé, parce que oui, selon son médecin, il a de fortes chances de retrouver l'usage de ses jambes.
Quand nous sommes arrivés en haut, nous avons décidé avec John qu'il prendrait provisoirement ma chambre, la sienne se trouvant à l'étage. Puis nous sommes en quelque sorte retourné à notre routine habituelle, John écrivant nos dernières aventures sur son blog, et moi faisant des expériences dans la cuisine. Tout était redevenu normal, banal et ennuyant. Mais pour une fois ce n'était pas si mal, je sais que mon meilleur ami n'était pas encore prêt à reprendre les enquêtes, et je respectais son choix, aussi dur qu'il soit. Et encore plus quand je voyais a quel point ça le stressais de raconter de vieilles affaires. Je suis sûr que s'il le pouvait, en ce moment il serait en train de faire les cents pas, ranger l'appart ou un truc du genre que les personnes normales font pour évacuer leur stresse. Mais malgré qu'il soit comme ça depuis plusieurs jours maintenant, je ne m'inquiète pas plus que ça, je sais qu'il va réussir à surmonter son SSPT, après tout, ce n'est pas la première fois.
Plus tard dans la journée, nous reçûmes la visite de Lestrade. C'était un peu étrange de ne plus entendre Mme Hudson lui parler avant de nous prévenir de sa visite. J'ai encore du mal avec sa mort, encore plus sachant que c'était à cause de moi, mais je vais bien devoir fini par m'y habituer. Non ! C'est tellement horrible ce que je viens de penser, je ne veux pas m'y habituer, je ne veux pas l'oublier. Et je ne veux encore moins effacer cette culpabilité que je ressens, je la mérite, c'est ma punition.
"Sherlock, vous êtes avec nous ?"
Je regardais Lestrade dans l'incompréhension, comment est-il arrivé aussi vite sur cette chaise ? Il était à l'entrée il y a encore quelques secondes. Mais heureusement, il compris ma gêne.
"Ce n'est pas grave, vous savez. Je comprends parfaitement, après tout ce qui vous est arrivé…
- Ne dites pas ça ! Je ne suis pas une victime et je vais très bien !
- Sherlock !"
C'est bon John, je suis calme. Mais pourquoi réagi-je comme ça ? Ça ne me ressemble pas, comme beaucoup de choses que je fais ces derniers temps. Vais-je un jour retrouver mon esprit ?
"Je suis désolé Greg, vous disiez ?"
Lestrade est étonné mais un sourire s'affiche sur son visage, c'est la première fois que je l'appelle par son prénom, mais je ne sais pas, ça m'est venu comme ça.
"Euh...rien de particulier Sherlock, c'est juste que vous aviez l'air absent, nous étions inquiets. Vous savez, si vous avez besoin de parler…
- Je sais, mais je vous assure que ça va."
Je ne pourrai jamais lui avouer à lui ou à John comment je me sens réellement, jamais.
"Bon, quelqu'un veut un café ?"
John était déjà en train de partir vers la cuisine.
"Oh non, pas moyen. Restez-là, je vais m'en occuper.
- Pourquoi dites-vous cela ? Vous croyez que je ne suis pas capable de faire marcher une machine à café ! Je ne peux pas marcher mais je peux encore utiliser mes mains !"
Lestrade et moi étions en état de choque, nous n'avions jamais vu John comme ça. Mais après tout, je ne peux que le comprendre, j'ai eu la même réaction il y a quelques minutes.
"Je suis désolé John, je me disais juste que ça serait plus facile pour vous…
-Comment voudriez-vous que ça le soit ? Je suis en fauteuil roulant et je suis obligé de partager un appartement avec la personne qui m'a rendu comme ça ! Je suis dans un cauchemar !"
Je restais choqué sans bouger ni parler, vient-il de dire que cela était horrible pour lui de vivre avec moi ? Et que c'était moi qu'il l'avait mis dans cet état ? Je sais que tout ce qui est arrivé était de ma faute, mais ce n'est pas moi qui lui ait fait ça, c'était Moran ! Sous les ordres de Moriarty ! Je n'ai pas cessé de vouloir le protéger, mais j'ai fait tout le contraire. J'ai complètement détruit sa vie. Il a raison, tout est à cause de moi !
"Je... Je suis désolé John... tu n'es pas obligé de rester ici si tu en a pas envie...je ne veux pas t'y obliger..."
Quelque chose était bizarre, John avait vraiment l'air en colère, mais je ne pense pas que c'était sincère, il y avait quelque chose d'autre dans ses yeux.
"Qu'est-ce qu'il se passe John ? Pourquoi fais-tu semblant ? Tu n'est pas réellement énervé contre moi, mais par contre tu es triste et... tu as peur. Pourquoi ?
- Je suis tellement désolé Sherlock, j'ai essayé de ne pas revenir ici, de rester à l'hôpital, mais tu as tellement insisté auprès de mon médecin. Et après, cette chaise dans les escaliers, je ne m'y attendais vraiment pas, je ne pensais ne jamais pouvoir remonter dans cet apart. Pourquoi as-tu fais tout ça ? Pourquoi as-tu toujours besoin de tout contrôler ?"
John était en pleure, mais pourquoi réagi-t-il de cette façon ? Que me cache-t-il ?
"Parle moi John, qu'est-ce qu'il se passe ?"
Il ne répondit pas tout de suite, il était terrifié. Je commençais vraiment à sérieusement m'inquiéter, et je pouvais lire la même chose sur le visage de Lestrade.
"L'appartement... va exploser."
