Je me réveille dans une autre salle, plus sombre que mon ancienne chambre. Je suis encore un peu confus, et ma vision met du temps à se stabiliser, mais je pense tout de même reconnaître la personne qui ne cesse de me fixer.

- John ? Que fais-tu là ?

- Je te retourne la question Sherlock. Je suis enfermé ici depuis je ne sais combien de temps sans aucun contact, et voilà qu'il y a quelques heures un garde t'emmène, complètement dans les vapes.

Comment mon frère a-t-il pu lui faire quelque chose d'aussi cruel ? L'isolé dans une cellule aussi horrible... Sans oublier qu'il sait très bien que la solitude n'est pas bonne pour John depuis qu'il est revenu de la guerre.

- Je suis désolé pour ce qu'il se passe, j ai essayé d'expliquer à mon frère que...

- Arrête Sherlock ! J'essaye d'être compréhensible avec toi depuis que j'ai perdu mes jambes, alors ne fais pas ça ! Dis-moi juste les faits.

Les faits ? J'ai beaucoup foiré ces derniers temps, mais ça je peux le faire.

-Greg est toujours dans un état critique à l'hôpital, mon frère semble persuadé que tu as joué un rôle dans ce qu'il s'est passé avec la bombe, ce qui est complètement absurde...

-Attends, pourquoi ton frère penserait-il que je suis un complice de Moriarty ? Ça n'a aucun sens.

Mon frère a parfois des réactions si étranges que je n'avais pas vraiment réfléchi à la raison pour laquelle il pense cela, mais John n'a pas tort. Les caméras de surveillance de l'hôpital, ainsi qu'une analyse de son téléphone ont sans doute confirmé que son histoire était vraie, et, même s'il aurait sans doute dû me dire la vérité avant d'arriver à l'appart, mon frère sait très bien qu'il a commis cette erreur en croyant me protéger.

- Tu as raison, il sait sûrement que tu es innocent. Oh ! Comment a-t-il pu ?

- Sherlock, tu partages ?

- C'est évident, non ? Il voulait que mon esprit soit focalisé sur toi.

Il ne semble pas comprendre un mot de ce que je viens de dire, mais il ne connaît toujours pas tous les faits alors je ne peux pas lui en vouloir.

- Écoute, tout à l'heure tu ne m'as pas laissé terminer, mais Moriarty avait des mercenaires qui s'en sont pris à Molly, et qui veulent sûrement terminé le travail avec toi et Greg. Or, Mycroft devait se douter que si rien d'autre ne m'occupait l'esprit, je l'aurais compris il y a longtemps et je les aurais chassé. C'est pourquoi il m'a enfermé et m'a fait croire que tu allais passer le reste de tes jours derrière une cellule.

Très bien, mais pourquoi m'enfermer aussi alors ?

Ne comprend-il vraiment pas ? La réponse est si simple pourtant.

-John, sérieusement ? Ne réfléchis-tu jamais avant de parler ?

Oh ! C'était peut-être un peu dur, il ne vas pas aimer.

-Sherlock ! Je suis content que tu redeviennes toi-même, mais peux-tu te contenter de m'expliquer ce que je fais là ?

-Mon frère ne voulait pas que tu te mettes en travers de ses plans en tentant de me contacter ou en essayant de me faire sortir. Et comme il ne fait même pas confiance à son personnel, il a préféré éviter tout sociabilisation de ta part avec l'un d'eux.

Je n'arrive toujours pas à croire qu'il ait élaboré un plan comme celui-là juste pour me protéger, est-il complètement fou ? Ce qui est sûr, c'est qu'il a intérêt à être bien entouré quand on sortira d'ici, parce que je ne compte pas le laisser s' en tirer aussi facilement.

-Sherlock ? Tu es avec moi ?

Je cligne des yeux et regarde John.

-Oui, excuse-moi. Tu disais ?

-Je te demandais ce que tu comptais faire maintenant.

Bonne question, mais je ne pense pas qu'il y ait beaucoup de réponses possibles.

-Nous devons attendre, il n'y a rien d'autre à faire.

-C'est une blague, c'est ça ? Tu es la première personne que je vois depuis que je suis ici, que veux-tu attendre ? Personne ne va revenir.

Je suis choqué par le John qui est devant moi, si en colère et sans espoir. Comment a-t-on pu en arriver là ?

John, tu dois te calmer. Nous n'allons pas rester ici infiniment, crois moi.

Mycroft ne ferais jamais un truc pareil, en revanche, il pourrait très bien nous faire attendre ici plusieurs jours. Ce qui serait vraiment cruel, en particulier pour mon ami.

-Je n'ai plus envie de te faire confiance Sherlock. La dernière fois, ça m'a coûté mes jambes et la vie de Mme Hudson.

Je ne dis plus rien, il a raison. Mais cette fois c'est différent, on parle de mon frère après tout, il ne s' en prendrait jamais à lui. Ou du moins, physiquement. Pour le point de vue psychologique, j' ai bien peur que ce soit déjà trop tard. John semble réellement brisé, en partie par ma faute certes, mais ces quelques jours tout seul n'ont sans aucun doute rien arrangé. Ce qui est sûr, c'est que quand tout cela sera enfin terminé, il aura besoin d'aide, et il peut être sûr que je serai là pour lui. Parce que quoiqu'il arrive, je serai toujours là pour lui. C'est ce que font les amis après tout. Mais je dois d'abord corriger quelque chose.

-John ?

Il se retourne vers moi.

-Je sais que nous en avons déjà rapidement parlé à l'hôpital, mais je ne me suis jamais réellement excusé...

-Arrête Sherlock, s'il te plaît.

-Non ! Je n'arrêterai pas, parce que toi John Watson est la plus incroyable personne que je connaisse, et tu ne méritais certainement pas ce que je t'ai fais. Alors, comme je te l'ai déjà dit, je ne pourrai jamais me le pardonner, et je comprendrais très bien que ce soit ton cas aussi. Mais sache que quoique qu'il arrive maintenant, je promets de tout faire pour t'aider à te remettre de tout ça, et surtout pour te rendre heureux, parce que tu le mérites plus que qui que ce soit sur cette planète.

Des larmes coulent sur son visage, pourquoi ?

-John ?

-Tais-toi et viens là.

Je m'approche de lui et il me prend dans ses bras. Et, à mon plus grand étonnement, je sens moi aussi un liquide couler sur mes joues.

-Je suis tellement désolé John.