Nous restons dans cette position, chacun dans les bras de l'autre pendant encore plusieurs minutes. Jusqu'à ce que nous entendîmes des applaudissements.

- Bravo Sherlock, très beau discours.

Je me retire de John et me rend compte que mon frère est dans la salle, comment est-il entré sans que l'on n'entende rien ?

- Comment as-tu pu faire ça ? L'enfermer dans cette cellule était cruel, même pour toi !

- Tout de suite les grands mots, ce n'est pas une cellule, c'est une chambre...

- Où il est enfermé, nous sommes dans une prison !

- J'ai fait ça pour vous protéger.

J'espère qu'il rigole là, nous protéger ! J'avance rapidement vers lui, l'attrape par sa chemise et le colle contre le mur.

- Ce n'est pas comme ça que l'on protège les gens Mycroft ! Tu n'as aucune idée de ce qu'il a vécu ici, tout seul, pendant ces derniers jours.

Mon frère me regarde avec les yeux grands ouverts, comme choqué par mon comportement, mais pas seulement, effrayé aussi. Et cela me fait beaucoup de bien.

-Sherlock, stop ! Lâche-le.

Je me retourne vers John et retrouve le même regard que celui de mon frère, mais moins lâche.

-S'il te plaît, ne laisse pas tes émotions te contrôler, ce n'est pas toi.

Il a raison, tout cela ne me ressemble pas. Qu'est-ce qu'il m'arrive ? Je croyais être redevenu moi-même, mais ce n'est pas le cas. Mes émotions restent encore incontrôlables, je suis donc toujours aussi faible. Je laisse tomber mon frère qui semble vraiment soulagé.

- JeJe suis désolé Mycroft.

- Tu vois ce que je veux dire ? Tu n'est pas dans ton état normal, tu souffres de SSPT et tu as besoin d'aide, tu n'as certainement pas besoin de partir dans une chasse à l'homme. Tu devrais me remercier au lieu de m'attaquer.

Je sens la colère monter de nouveau en moi, mais je sers les poings et ne dit rien.

-Mycroft, arrêtez de vous en prendre à lui ! Donnez-nous la raison de votre visite plutôt.

Merci, John. Je suis vraiment content qu'il soit là pour les situations comme celle-ci. Je me retourne vers lui, et lui montre ma reconnaissance avec mon visage et un petit signe de tête.

-Très bien. Je sais que je viens de dire que je voulais t'en protéger, mais ton aide me serait utile pour capturer les mercenaires de Moriary. Bien sûr, je pourrais très bien m'en sortir tout seul, mais c'est assez urgent, et un deuxième cerveau comme le mien pourrait nous permettre de résoudre tout cela plus rapidement.

Enfin ! Je ne pouvais plus supporter toute cette passivité qui m'avait été imposée. Les choses sérieuses vont finalement pouvoir recommencer. Mais je dois d'abord m'assurer de quelque chose.

- Premièrement, mon cerveau n'a rien à voir avec le tien. Et ensuite, si je décide de t'aider, je veux que John récupère sa vie d'avant. Ce qui signifie que tu vas le libérer et faire en sorte que le 221b Baker Street soit de nouveau habitable. On est d'accord ?

-Je ne vois pas de raison de ne pas l'être, ton horrible appart n'est pas très endommagé de toute façon.

-Stop !

Nous nous retournons tous les deux vers mon meilleur ami, un peu surpris par sa réaction.

-Ce n'est pas croyable. Tout les deux, vous prenez des décisions comme ça, mais je pense avoir moi aussi mon mot à dire quand elles me concernent.

- Tu as raison John, nous t'écoutons.

Par ma faute, et sans qu'il ne puisse faire quoique se soit pour l'en empêcher, d'horribles souvenirs vont rester gravés dans sa mémoire pour toujours, sans oublier ses jambes paralysées. Je ne dois plus diriger sa vie, c'est devenu trop dangereux.

-Merci, Sherlock. Mais réfléchi un peu, tu penses vraiment que je vais te laisser te faire embarquer dans une histoire pareil en solitaire ? Arrêtes de vouloir me protéger à tout prix parce que tu te sens coupable. Rien n'est de ta faute, j'ai choisi de t'aider à traquer Moriarty, comme je choisis maintenant de t'aider à traquer ses disciples. Et rien ne pourra me faire changer d'avis.

Je n'arrive pas à croire qu'il souhaite toujours m'aider dans mes enquêtes, j'avais si peur de l'avoir perdu ces derniers temps. Mais je ne peux quand même le laisser prendre une telle décision.

-John, je suis touché, mais c'est beaucoup trop dangereux...

-Sherlock ! Qu'est-ce que je viens de dire ? Arrêtes ! Je sais très bien ce que je risques. Mais je sais aussi que pour toi, Sherlock Holmes, le grand détective-consultant qui n'a pas peur de la mort, tout cela est encore plus dangereux. Alors je dois t'accompagner.

Je suis si heureux d'avoir un ami comme lui, je ressens de la pitié pour mon frère qui ne connaîtra sûrement jamais une telle relation.

Pouvez-vous garder vos grands discours pour plus tard ? Le temps presse, alors Sherlock prend une décision qu'on en finisse.

Mon frère a raison, je dois me dépêcher. Je sais que tout cela risque d'être dangereux, et c'est pourquoi je n'ai pas envie que John soit mêlé à toute cette histoire. Mais je sais aussi que je vais avoir beaucoup de mal à l'en dissuader. Je ne pense pas avoir le choix, je dois accepter.

- C'est d'accord John, tu peux m'aider, mais à une condition. Mycroft, que ce soit à Baker Street ou ailleurs, je veux que tu mettes John sous la protection de tes meilleurs hommes, et ce n'est pas négociable.

- Sherlock, je ne peux…

-D'accord, dans ce cas-là, je te souhaite bonne chance avec cette chasse à l'homme.

-Attends ! Je vais faire de mon mieux.

Je savais qu'il allait accepter, il a beaucoup trop besoin de moi.

-John, tu es d'accord avec ça ? Je sais que tu aurais préféré aller sur le terrain, mais dans ton état actuel...

- C'est bon, je comprends.

Il semble un peu agacé, mais je suis sûr que cette situation ne durera pas. Après tout, selon les médecins, il devrait rapidement retrouver l'usage de ses jambes, et nous pourrons enfin reprendre notre vie d'avant.

-Maintenant que tout le monde est d'accord, pouvons-nous enfin quitter cet endroit ?

Cela ne le dérange pas d'enfermer quelqu'un ici plusieurs jours, mais passer quelques minutes dans cette pièce lui est insupportable. Je reconnais bien le snobisme de mon frère là.

-Bien sûr, cher frère. Que la chasse commence !