Et voilà le chapitre 2 ! Notre guerrière cendrée commence son long chemin à la poursuite du mystérieux Alis ! Mais qui est-ce donc ? p

Bonne lecture !

Chapitre2 : Sur le chemin de Golefalois

- Un vrai massacre, pour sûr ! Il y a que ces barbares de Gardes des Ombres pour faire une chose pareille !

La jeune femme leva vivement la tête des herbes qu'elle avait ramassées pour écouter la conversation des deux commères. Voilà quatre jours qu'elle se reposait à Lothering, petite bourgade perdue au milieu de nulle part, peuplée de gens désespérés, terrifiés et affamés. Elle avait été ramassée par une troupe de templiers qui faisait chemin vers la Tour du Cercle. Après l'avoir remis au bon soin de la Chantrie, ils avaient continué leur route, visiblement pressés par quelques évènements secrets. Avec l'aide des guérisseurs, la guerrière s'était rapidement sentie mieux et depuis, elle rendait des petits services aux villageois pour payer sa dette comme chasser des bandits ou ramasser certaines plantes médicinales. Mais elle restait surtout là pour recueillir des informations. Et voilà la première intéressante depuis des jours !

Elle se leva rapidement et retint une grimace de douleur alors que ses os nouvellement ressoudés de ses jambes se rappelaient à elle, tout comme ses côtes anciennement brisées. Heureusement pour elle aucun organe interne n'avait été touché ce qui avait permis à la magie de diffuser sans dommage et d'accélérer la guérison. Quant à Raki, il se portait désormais comme un charme. Après l'avoir lavé du sang qui le recouvrait, la jeune femme avait découvert avec effroi qu'il avait été brûlé sur une grande partie de la tête et du poitrail. Un grand morceau de son oreille droite avait été arraché. Son œil était demeuré intact, par chance. Néanmoins, aucune de ces blessures ne semblait le faire souffrir et il était toujours pétillant d'énergie. L'avoir à ses côtés était un atout considérable pour son moral. Sans lui, elle n'aurait jamais eu le courage de s'accrocher à la vie. Ni de tenter de mener à bien cette mission impossible !

Ravalant sa douleur, elle se redressa et s'avança vers les deux hommes, son mabari à ses côtés. Ce fut plus l'approche de la bête que de la jeune fille qui attira leur attention. Comme toujours lorsque les gens voyaient un mabari, leurs yeux se teintaient de crainte et recherchaient aussitôt du regard le maître de l'animal. Cela ne manqua pas cette fois-ci. Les deux hommes semblèrent soulagés de la voir là et lui adressèrent même un petit signe de la tête. Elle retint un sourire. Première règle d'or en présence d'un chien de guerre : être amical avec le guerrier cendré qui l'accompagnait. Le moindre mot de travers, la moindre intonation de voix un peu agressive et c'était la fin.

- Pardonnez-moi, fit-elle en s'arrêtant à côté d'eux. J'étais assise là bas et j'ai entendu votre conversation. Vous avez parlé de Gardes des Ombres ?

C'est ça ! Ils sont passés par ici mais ce qui est sûr c'est qu'ils sont partis aussi vite qu'ils étaient arrivés ! lança l'un des hommes avec un rire gras. Ils ont compris qu'ils n'étaient pas les bienvenus ! Surtout pas après ce qu'ils ont fait à notre bon roi à Ostagar !

Son compagnon acquiesça vivement. La jeune fille retint une remarque cinglante. Sentant son trouble, Raki se tendit à ses côtés, prêt à faire taire ces imbéciles crédules, mais elle posa sa main sur sa tête, effleurant la fourrure pour le rassurer. Elle ne savait toujours pas ce qu'il s'était passé à Ostagar. Après tout, elle avait été assommée pendant presque toute la bataille. Mais ce qui était certain, c'était que le chef du Garde des Ombres était mort en essayant de protéger le roi, tué par l'ogre. Cela, elle en était certaine. Elle ne croyait pas en cette histoire de traîtrise. Et comprenait encore moins comme elle pouvait se répandre aussi vite alors que tous les soldats présents à Ostagar avaient rejoint le Créateur. Enfin, apparemment tous sauf ces gardes des Ombres qui étaient passés par Lothering. Il fallait absolument qu'elle les retrouve. Ils pourraient lui expliquer ce qui s'était vraiment produit durant la bataille et, qui sait, lui donner plus d'information sur cete mystérieuse « Alice ».

- Savez-vous où sont-il partis ? demanda-t-elle d'une voix calme.

- Je crois que l'un d'eux a mentionné Golefalois. Ou le lac de Calenhad je ne me souviens plus.

- Pourquoi, vous voulez les retrouver ? s'enquit le deuxième, l'air légèrement inquiet. Vous ne devriez pas, ce sont des assassins de roi, des brutes sanguinaires. Qui sait ce qu'ils vous feront.

- J'ai un bon garde du corps, sourit-elle en tapotant la tête de Raki qui lança un aboiement sonore faisant sursauter toutes les personnes présentes. Merci de votre aide.

Elle reprit la direction de sa table, le cœur plus léger. Enfin une piste !

- Allez Raki, fit-elle avec un sourire. Allons porter ces herbes à la Chantrie et en route !

oOo

Golefalois était plus proche que le lac de Calenhad, ce serait donc sa première destination. Durant tout le trajet, ils furent en compagnie de réfugiés. Les gens fuyaient le sud de Férelden espérant trouver de l'aide à la capitale. Elle vit l'ampleur des conséquences de la défaite d'Ostagar. Et elle se sentit coupable. Si elle s'était mieux battue…Si elle avait un peu résisté…Qui sait ? Un homme suffisait parfois pour faire pencher la balance. C'était ce qu'avait dit le roi Cailan une fois. Et elle l'avait cru. Elle s'était promis de mettre son arc, ses flèches et son arme la plus mortelle, Raki, sous ses ordres, et de les protéger au péril de leurs vies, lui et ses idéaux. Seulement voilà, le roi était mort et ses idéaux avec lui. Ses gens se retrouvaient jetés sur les routes comme des miséreux, fuyant l'ombre terrifiante qui menaçait de tous les massacrer sans aucune pitié. Elle était en partie responsable de cela. Aussi elle se promit de faire son maximum pour retrouver la dénommée Alice et tenir sa promesse.

Golefalois était en état de siège lorsqu'elle arriva. Le jour tombait lorsque la ville apparut enfin à son regard. Elle avait quitté la route principale depuis longtemps, restant seule avec Raki sur ce large chemin de terre. Elle s'était étonnée de ne voir personne la suivre. Pire, plusieurs réfugiés avaient tenté de la dissuader de se rendre à Golefalois. D'étranges choses s'y passaient et cela faisait de semaines que l'on n'avait plus de nouvelles du bon Iarl Eamon, dirigeant de la ville. Intriguée, et légèrement apeurée il fallait l'avouer, elle s'était donc engagée sur cette route, se demandant ce qu'elle allait trouver. Alors que les premiers toits se découpaient en contrebas, elle aperçut les immenses palissades s'élever un peu partout sur le terrain, bloquant la plupart des accès. Alors qu'elle s'arrêtait, étonnée, un hurlement parvint à ses oreilles. Là, en contrebas, un homme lui faisait de grands signes avec une torche qu'il tenait :

- Venez ici ! Vite ma dame ! Venez par ici! Ils arrivent!

Elle ne se retourna pas pour vérifier ce qu'il disait. La terreur dans ses yeux lui suffit. Aussi, sans même une seconde d'hésitation, elle quitta la route et se jeta dans la pente, Raki sur ses talons. Elle courrait aussi vite qu'elle le pouvait, ses muscles lui faisant mal tout comme ses os, son cœur battant sourdement dans sa poitrine. La pente était raide, le terrain meuble, elle glissait sans cesse, manquant de se rompre le cou mais elle ne s'arrêta pas. Elle avait les yeux fixés sur l'homme qui avait ouvert une petite porte dans la palissade et qui semblait prêt à la refermer à tout moment. Elle voyait d'autres visages derrière cette entrée. Tous étaient terrifiés, les yeux hagards et le teint pâle. A chacun de ses pas, elle sentait la terre trembler. Et elle savait que ce n'était pas une impression. Mais elle ne se retourna pas. Raki la dépassa en trombe pour passer la porte en premier. Plus que quelques mètres. Ce furent alors que les premières flèches vinrent se planter dans la palissade juste devant elle, sifflant à ses oreilles. Derrière la porte, l'homme lui lança un regard désolé. Et elle sut qu'il allait refermer. Dans un dernier effort qui lui arracha un hurlement de douleur, elle sprinta et se jeta dans l'ouverture, roulant lourdement au sol de l'autre côté. Elle n'eut pas le temps de reprendre son souffle. Des mains puissantes la saisirent pour la soulever de terre et la trainèrent sans ménagement sur plusieurs centaines de mètres. Ils passèrent de nombreuses palissades, tout n'était que cris et agitation autour d'elle, quand enfin ils la laissèrent tomber sur le sol. Le claquement d'une porte puis le silence, entrecoupé de sanglots.

Elle se redressa avec un gémissement, massant ses bras sanglants par la chute. Une jeune fille accourut vers elle, pansant ses plaies sans un mot. Sur ses joues rondes, coulaient des larmes silencieuses. A peine eut-elle terminée qu'elle s'éclipsa. La jeune femme jeta un regard autour d'elle. Elle était visiblement dans une Chantrie. Le bâtiment avait été aménagé comme une infirmerie de fortune. Partout, des corps sanglants, amputés, des râles de douleur et des sanglots étouffés. Et cette odeur…cette odeur poisseuse de sang qui lui rappelait…Une truffe mouillée vint se planter dans son cou et elle sourit, caressant Raki qui se tenait à côté d'elle.

- Je vais bien ma petite flèche, fit-elle en lui grattouillant la tête. Je suis contente de voir que tu as retrouvé toutes tes forces. Moi en revanche…

Elle se releva en grimaçant sous les yeux bruns inquiets de l'animal :

-…c'est pas encore ça. Je me traîne comme une vieille grand-mère.

Raki jappa un encouragement et elle sourit, posant la main sur la tête duveteuse.

- Tu as raison. Même en pleine forme, la course n'a jamais été mon truc.

De nouveau elle regarda autour d'elle. Nul doute que ces gens n'étaient pas sortis depuis longtemps. Est-ce que les engeances attaquaient en continu Golefalois ? Comment se faisait-il qu'elle n'en avait vu aucune sur la route ? C'était comme si elles avaient jailli de nul part derrière elle. Tapotant la tête du mabari, elle se dirigea vers les portes, saisissant son arc et vérifiant son carquois. S'il y avait une bataille, elle n'avait pas à rester là. Deux gardes de fortune à l'entrée lui barrèrent le passage :

- La nuit est tombée, déclara l'un d'eux. On ne sort plus.

- D'ailleurs, la première vague est déjà arrivée, fit le second d'une voix tremblante.

Elle montra son arc et posa la main sur la tête de Raki qui poussa un puissant aboiement :

- Je suis un guerrier cendré, annonça-t-elle alors qu'elle n'en avait nullement besoin après la démonstration du mabari. Croyez moi, nous serons plus utiles dehors que dedans.

Les deux hommes se jetèrent un regard.

- C'est que…On ne sait pas ce qu'il se passe dehors. Si on ouvre…

Si les engeances ont le dessus, elles n'attendront pas que vous ouvriez les portes pour entrer. La Chantrie sera envahie de toute façon. Laissez-moi sortir que je puisse aider à protéger ces gens.

L'un des gardes hocha la tête et, les mains tremblantes, leva le loquet. La jeune femme leva le sifflet en os à ses lèvres et plaça une flèche sur son arc. Ça y était. Voilà sa deuxième chance qui arrivait. Cette fois-ci, elle ferait la différence. Et ces pourritures d'engeances retourneraient sous terre. Aussi, à peine l'ouverture fut assez grande pour lui permettre de passer, elle siffla un coup sec et se jeta au dehors à la suite du mabari hurlant.

A suivre…

Chapitre 3 : Tenir ou mourir