Lorsqu'il se rematérialisa, Théodore jeta des coups d'œil furtifs tout autour de lui pour s'assurer qu'il n'avait pas été suivi. Au bout d'une minute, il dut se rendre à l'évidence que les Aurors n'avaient pas eu le temps de poser une Trace sur lui, ni de le pourchasser. Il était tranquille. Pour le moment. Il retira rapidement son uniforme, qu'il fourra dans une poubelle posée contre un mur de la ruelle qu'il avait choisie pour destination. Vêtu uniquement de sa robe de sorcier, le froid mordant l'assaillit et le tétanisa sur place. C'est avec toute sa conviction qu'il se mit en route au milieu des bourrasques de neige qui balayaient la rue principale de Pré-au-Lard.
Le choix du village sorcier aurait pu paraître complètement absurde, mais il avait été mûrement réfléchi tandis que Potter et sa clique se montraient de plus en plus tranchants. Tout d'abord, il lui était impossible de trouver refuge à son domicile. Le manoir de son père serait le premier lieu que le Ministère irait fouiller. Il ne pouvait pas non plus se dissimuler dans le monde Moldu qu'il connaissait très mal, il se ferait remarquer très rapidement. Il ne lui restait donc plus qu'à trouver un lieu rempli de sorciers. Les Aurors ne s'attendraient pas à ce qu'il se dissimule en plein jour et quoi de mieux que Pré-au-Lard ? Certes, la foule n'y était pas aussi dense que sur le Chemin de Traverse, mais c'était amplement suffisant pour se fondre dans la masse.
Le fuyard avisa rapidement la devanture des Trois Balais et s'y engouffra sans demander son reste. S'époussetant des quelques flocons qui avaient eu le temps de se déposer sur ses épaules, il sinua jusqu'au comptoir où il trouva un tabouret de libre. D'un geste de la main, il commanda du vin d'orties à Madame Rosmerta qui vint lui servir le liquide pourpre quelques secondes plus tard. Théodore but une gorgée, puis une seconde. L'alcool fit tomber l'adrénaline qui le maintenait dans un état excité jusqu'alors, lui permettant de faire le point.
Astoria avait disparu et il était le principal suspect du Bureau des Aurors. Toutes les preuves étaient contre lui et il savait que cela ne servait à rien de les contester. Bien sûr, le fait que le Ministère ait mis les mains sur leur correspondance privée n'aidait pas. Ce n'était qu'une question de temps avant qu'ils ne se rendent dans la demeure de la noble famille Nott et y trouvent la partie manquante. Cela ne ferait que l'accuser d'avantage à leurs yeux. Quelqu'un au courant de ces échanges l'avait piégé, la question était donc de savoir qui et pourquoi.
Théodore but une nouvelle lampée, tandis qu'il essayait de fonder son raisonnement. Astoria avait été vue pour la dernière fois la veille au soir, quittant le Chaudron Baveur pour le Chemin de Traverse. Le jeune homme savait que l'enchanteresse de métaux avait eu un congrès ces derniers jours, qu'elle était excitée de dévoiler ses travaux. Sa présence dans la taverne en début de soirée était logique, sans doute pour célébrer la fin de la convention. Mais pourquoi se rendre dans la rue commerçante à une heure aussi tardive, alors que toutes les boutiques étaient fermées ?
Elle aurait pu vouloir profiter de l'occasion pour lui faire une surprise, mais elle n'était jamais venue à la boutique. C'était une des premières, elle n'aurait pas mis tant de temps pour la rejoindre. Pas plus d'une minute. Et Astoria ne s'était pas faite enlevée dans l'intervalle, Théodore aurait entendu l'activité depuis la réserve. À moins que cela ne se soit passé extrêmement rapidement, mais là aussi, il ne se souvenait pas avoir entendu un transplanage à ce moment. Et les clients du Chaudron Baveur auraient sans aucun doute repéré une silhouette transportant une personne inanimée.
La seule conclusion logique, c'est qu'Astoria s'était rendue autre part sur le Chemin de Traverse. Mais où ? Et pourquoi s'y serait-elle rendue seule si elle savait qu'elle encourait un danger ? Elle n'était même pas passée par la boutique pour prévenir Théodore, ce qui signifiait qu'elle devait se sentir en confiance pour ce rendez-vous mystérieux. Le jeune homme terminait son verre, lorsqu'il réalisa quelque chose : une seule personne aurait pu forcer Astoria à traverser la rue commerçante sans passer par le Magasin d'accessoires de Quidditch. Il devait en avoir le cœur net. Il laissa les deux Mornilles de sa boisson puis retourna à l'extérieur. En passant, il subtilisa la cape d'un des clients et s'en recouvrit. Elle était un peu grande pour lui, mais ça conviendrait. Une fois dehors, il pivota sur lui-même et disparut dans un tourbillon de neige.
Il se rematérialisa devant un portail qu'il n'avait vu qu'une fois au cours de sa vie, lorsque son père l'y avait conduit au cours de l'année des Ténèbres. Rien n'avait changé depuis le temps. Il s'était toujours demandé l'impression que devait ressentir Astoria de vivre entre ces murs maudits, mais cette simple vision lui rappela qu'il n'avait aucune envie de faire la même expérience. Lorsqu'il s'approcha du portail, celui-ci refusa de s'ouvrir. À la place, une silhouette encapuchonnée apparut au loin et s'approcha rapidement. Très rapidement, Théodore reconnut les yeux gris et les mèches blondes du propriétaire des lieux.
« Qu'est-ce que tu fais là ? lui cracha celui-ci.
— Potter et sa clique ont débarqué à mon travail pour m'accuser de l'enlèvement d'Astoria.
— C'est qu'ils ont de bonnes raisons de te croire suspect.
— Ils ont tort ! protesta Théodore. Je ne ferai jamais de mal à Astoria et tu le sais très bien !
— Je ne sais pas, Théodore, répliqua Drago. Peut-être que oui, tu en es capable, vous étiez proche et elle est allée sur le Chemin de Traverse.
— Tu crois ces Snargaloufs ? Je pensais que tu me connaissais mieux que ça.
— Si Potter te considère comme le principal suspect, j'ai envie d'en faire autant. C'est peut-être un type prétentieux, mais il est le seul capable de bien faire son job dans ma situation. Donne-moi une raison de ne pas les prévenir sur le champ ?
— Déjà, si tu me croyais coupable, tu l'aurais déjà fait quand je me suis pointé, souligna Théodore. Ensuite, je pourrais avoir des informations qui détourneraient leurs regards vers un suspect beaucoup plus logique. »
Pendant un instant, Drago tenta de le dévisager pour tenter de deviner le sous-entendu. Il ne sembla pas le comprendre immédiatement, puis soudain, ses yeux s'agrandirent et il partit dans un rire à gorge déployée. Ce n'était cependant pas un rire joyeux, mais plutôt empreint de mélancolie et de tristesse.
« Moi ? Tu penses que c'est moi qui aurais fait le coup ? Mon pauvre Théo, c'est toi qui devrais mieux me connaître. Jamais je ne serais allé pleurer dans les jambes de Potter si le but était qu'il finisse par me tomber dessus.
— Au contraire, ça me semble être un plan tout droit sorti de la manie des coups tordus de ta famille, assura Théodore.
— Laisse ma famille en dehors de ça ! rétorqua Drago. J'aime Astoria plus que tout. Nous vivons heureux avec Scorpius, je n'ai aucun intérêt à détruire tout ça. Qu'est-ce qui te fait dire que c'est moi ?
— Parce qu'Astoria s'est rendue sur le Chemin de Traverse sans passer par la boutique. Elle n'aurait pas quitté ses amis sans une bonne raison, elle devait donc rencontrer quelqu'un. Je suis certain qu'elle n'a pas été enlevée dans la rue, je l'aurais entendue. Par conséquent, c'est lors de son rendez-vous que ça s'est passé.
— Hum… Je te suis, mais je ne vois toujours pas en quoi cela m'accuse.
— Si elle n'est pas passée me voir, c'est qu'elle devait sans doute rencontrer quelqu'un en qui elle avait une confiance absolue et ne nécessitait pas ma présence…
— Comme un mari à qui on cache un amant… C'est donc un aveu ? » s'exclama Drago en pointant sa baguette droit sur la poitrine de Théodore.
Celui-ci resta déconcerté quelques instants, ne comprenant pas la réaction de son ancien condisciple à Poudlard. Pourtant, l'éclat dans le regard de ce dernier ne prêtait à aucune confusion : on y lisait une satisfaction sauvage mêlée à une folie vengeresse. Puis lorsque Théodore eut réalisé ce que Drago venait de lui dire, ce fut à son tour d'éclater de rire.
« Un amant ? Drago, tu te fourvoies complètement. Je ne suis pas un amant d'Astoria. Je ne l'ai jamais été et je n'ai pas l'intention de l'être.
— C'est ce que toute personne dans ta situation répondrait.
— Tu l'as dit toi-même, Drago, vous formez un couple heureux. Les gens à l'extérieur ne le voient peut-être pas et continuent à te harceler à cause de ton passé, mais cela n'empêche pas Astoria et toi de vivre heureux avec Scorpius. Dis-moi, Drago, tu crois vraiment que cela serait possible si Astoria ne t'aimait pas autant que toi tu l'aimes ? Tu crois sincèrement qu'un tel bonheur peut être atteint dans une relation à sens unique ? Ouvre les yeux ! Un tel bonheur n'est atteint que si l'amour est réciproque. Tu peux me croire quand je te dis qu'Astoria t'aime profondément. Le fait même que tu puisses en douter montre à quel point tu ne t'en rends pas compte.
— Qu'est-ce que j'en sais moi ? s'emporta le parjure. Vous vous écrivez à longueur de journée et je le découvre alors qu'elle a disparu ! Pourquoi elle me l'a caché ?
— Peut-être parce qu'elle craignait ta réaction. Qu'elle avait senti ton insécurité vis-à-vis de votre relation. Qu'elle ne voulait pas te faire de la peine et que tu saches que notre amitié allait bien au-delà des échanges cordiaux au cours de nos rencontres. Pourquoi penses-tu qu'elle ait suggéré mon nom comme parrain de Scorpius ?
— Parce que tu es un bon ami de la famille.
— Tout comme Blaise, Tracey ou Pansy, sans oublier Daphnée. Et pourtant, c'est moi qu'Astoria a choisi, parce que je suis celui en qui elle a confiance.
— Ce qui ne t'empêche pas d'être aussi son amant, objecta Drago. Ce sont de belles paroles que voilà, mais cela n'explique pas pourquoi tu ne serais pas son amant et pourquoi elle m'aurait caché votre relation tout ce temps. »
Théodore garda les yeux fixés sur la baguette que Drago n'avait toujours pas rabaissée. Cependant, la lueur dans son regard avait disparue pour laisser place à une profonde incertitude. Il ne fallait rien brusquer, mais cela s'avérait nécessaire.
« Tu ne t'en es toujours pas rendu compte ? Astoria ne te l'a jamais dit ?
— Quoi ?
— Son erreur vient peut-être de là. Mais c'est vrai que c'est un sujet qu'on évite généralement, notamment chez les Sang-Purs.
— Quoi, tu t'es entiché d'un Veracrasse ?
— Non, Drago. Actuellement, pour le moment je suis célibataire. Mais non, aucun Veracrasse n'est impliqué. Certains pourraient considérer ça tout aussi pire.
— Pire qu'épouser une goule ?
— Je suis gay, Drago. »
L'ancien Serpentard parut déstabilisé pour la première fois, sa baguette commençant à trembler dans ses mains avant de légèrement s'affaisser.
« Gay ? répéta-t-il.
— Oui. Tu n'as vraiment jamais remarqué le nombre de fois incalculable où j'ai dû rembarrer Pansy parce qu'elle voulait sortir avec moi ? Tiens, pas plus tard que la semaine dernière, elle est encore venue me voir après sa rupture avec Miles Bletchley.
— Si tu es gay… cela veut dire que… que tu n'aimes pas Astoria ?
— Je l'aime comme une sœur, corrigea Théodore. Et c'est pour cela que je ferai tout pour la retrouver. Quelqu'un m'a piégé, c'est évident. Quelqu'un qui savait que j'étais proche d'Astoria et que cela pouvait être mal interprété.
— Et ces runes bizarres dans les notes d'Astoria ?
— Quelles runes bizarres ?
— J'ai trouvé des runes étranges dans ses documents de travail, révéla Drago. Je ne les ai pas reconnues et les Aurors non plus. Je crois qu'ils pensent que c'est en lien avec de la Magie Noire…
— L'Ordre de Sargon ! s'exclama Théodore. Mais bien sûr ! Ça doit être ça !
— Attends, tu veux dire qu'Astoria est mêlée à cette bande de fanatiques ?
— De la part d'un ancien Mangemort, drôle d'expression. Tu les connais ?
— Pas la peine de me le ressortir à chaque fois, répliqua Drago. Je continue de payer mes erreurs. Oui, j'en ai entendu parler. Ils sont venus me voir il y a un moment, pour me recruter.
— Te recruter ?
— Étant un des rares Mangemorts en liberté, ça les intéresse fortement. Mais comme je te l'ai dit, je paye mes erreurs. Je les ai renvoyés. Astoria était présente.
— Et tu n'as pas prévenu le Ministère ?
— Pour me faire arrêter ? Ils auraient été capables de prendre mon témoignage comme un aveu de retomber dans mes vieux travers.
— Bon, très bien. Je vais essayer de m'occuper de ça.
— Non, les Aurors sont là pour ça.
— Comme je te l'ai dit, je ferai tout pour protéger Astoria, affirma Théodore d'un air déterminé.
— Laisse-moi t'accompagner.
— Je suis un fugitif, Drago. Il ne vaut mieux pas qu'on nous voit ensemble. Au revoir. »
Sans attendre de réponse, Théodore transplana de nouveau, prenant cette fois-ci la direction de Londres. Il apparut dans un bosquet au milieu de Hyde Park. L'immense parc était l'un des rares lieux Moldus où le jeune homme aimait se rendre. La botanique avait toujours été sa matière préférée à Poudlard et il trouvait une sorte de sérénité parmi les plantes qui lui donnaient l'impression de pouvoir se fondre dans le paysage. De plus, les passants le laisseraient tranquille, trop perdus dans leurs propres préoccupations pour faire attention à lui. Il se trouva un banc épargné de la neige par les branches d'un immense chêne.
Les Moldus déambulaient face à lui, la plupart chargés de paquets obtenus au marché de Noël. Des couples profitaient de l'après-midi pour une balade romantique, certains s'adonnant même à cette étrange pratique de glisser sur le lac gelé. Pendant un instant, Théodore sentit ses épaules libérées du poids de l'inquiétude qui l'animait depuis que Potter lui avait appris la nouvelle. Il était de plus en plus persuadé que quelqu'un l'avait piégé en tendant une embûche à Astoria. Les réelles motivations d'un tel acte lui échappaient, mais il était certain d'une chose : c'était quelqu'un de proche.
En effet, une telle mise en scène témoignait d'un aspect personnel dans l'exécution. Le but du ravisseur étant sans doute que Théodore et Drago s'entretuent suite au malentendu que l'ancien Mangemort pourrait avoir sur la relation entre sa femme et son ami. C'était un mouvement ingénieux, mais cela ne faisait que confirmer que la personne responsable gravitait autour de l'entourage du groupe d'anciens Serpentard, voire en faisait partie. Théodore tenta de voir si un des collègues d'Astoria pouvait être l'instigateur de ce coup monté, mais il écarta rapidement cette possibilité. Lui-même ne les fréquentait pas et ne les connaissait que très vaguement et c'était réciproque. Pourquoi un confrère s'en serait-il pris à lui si Astoria en était la cible ?
Le jeune homme se bascula en arrière contre le dossier du banc, le regard perdu vers les branches de l'arbre. Il n'était pas enquêteur de formation, mais il n'était pas complètement stupide. Il comprenait les gens, talent plus que nécessaire dans sa situation et dans son univers. Son raisonnement partait d'un constat simple : il était la véritable cible. Cependant, mis à part les accusations de Potter, quels éléments avait-il pour soutenir cette hypothèse ? Aucun. Les soupçons des Aurors pourraient n'être qu'une coïncidence malheureuse et il les avait confirmés en prenant la fuite.
Juste avant de transplaner, il se souvenait que le « Survivant » avait tenté de l'arrêter. Sur le coup, Théodore pensait que c'était simplement dû aux célèbres réflexes de l'ancien Attrapeur et qu'il tentait d'éviter que son suspect ne lui file entre les doigts. Désormais, avec le recul, l'ancien élève de Serpentard réalisait que la réaction de l'Auror donnait plus l'impression qu'il voulait lui éviter de commettre une bêtise. En avait-il commis une ? Peut-être, mais il ne la regrettait pas.
Astoria était toujours disparue et Théodore savait à quel point il était crucial d'agir vite. Il n'avait aucune idée des méthodes de l'Ordre de Sargon, mais il se souvenait du temps où son père participait à ce genre de méfaits et, en général, la personne enlevée ne restait pas vivante bien longtemps. Certes, Celui-Dont-On-Ne-Dois-Pas-Prononcer-Le-Nom avait des tendances meurtrières qui réduisaient davantage l'espérance de vie de la personne concernée, mais cela ne changeait pas le point. Plus les Aurors tarderaient à retrouver Astoria, plus elle avait de chance d'y passer. Or, le Ministère allait perdre du temps à essayer de le retrouver à présent. Il pourrait se rendre et tenter de s'expliquer, mais cela ne ferait que gaspiller encore plus de minutes précieuses.
Théodore devait retrouver Astoria par ses propres moyens. Il devait donc commencer par le début : l'enlèvement sur le Chemin de Traverse. Quelqu'un avait tendu un piège à Astoria, en se faisant passer pour une personne proche. La jeune femme venait de quitter un groupe d'amis avant de se rendre sur la rue commerçante. Apparemment, elle n'avait pas précisé aux autres sorciers de la convention qui elle devait rejoindre car, après les avoir interrogés, les Aurors ne semblaient pas certains qu'Astoria était venue voir Théodore.
Un éclair de lucidité jaillit alors dans l'esprit du jeune homme. Il y avait une personne présente ce soir-là à qui Astoria aurait pu révéler ses raisons de se rendre sur le Chemin de Traverse à une heure si tardive. Il se leva précipitamment, manquant de bousculer un homme d'une cinquantaine d'années dont le chien se mit à aboyer. Sans s'excuser, le sorcier se dirigea vers le bosquet le plus proche, ses chaussures s'humidifiant dans l'épaisse poudreuse. Une fois assuré que personne ne regardait dans sa direction, il pivota sur lui-même et se rematérialisa devant un petit cottage au milieu de la campagne du Worcestershire.
Il resta dissimulé derrière une haie quelques instants, observant attentivement par la fenêtre donnant sur le salon. Sa patience fut récompensée au bout de quelques minutes lorsqu'il vit une silhouette mince traverser rapidement la pièce, sa queue de cheval châtain se balançant au rythme de ses pas. Vérifiant une nouvelle fois qu'il n'était pas épié, Théodore sortit de sa cachette et s'avança vers la porte d'un pas prudent.
Un bonhomme de neige grossièrement érigé se tenait dans le jardin et semblait accueillir les invités avec bienveillance. Une fois arrivé sur le seuil, il donna trois coups rapides. Quelques instants plus tard, le battant s'ouvrit pour laisser place une jeune femme de taille moyenne dont les yeux chocolat passèrent de l'étonnement à la joie lorsqu'ils se furent habitués à la clarté extérieure.
« Théo ! Quelle surprise ! Mais entre, entre. Avant que tu ne rejoignes l'œuvre de Debby.
— Merci Tracey, remercia le jeune homme en époussetant la cape empruntée alors qu'il franchissait le pas. Est-ce que Miles est là ?
— Non, il est toujours occupé avec cette affaire d'agression de loup-garou à Liverpool. Qu'est-ce qui t'amène ici ? Tu veux du thé ? Un café ?
— Du thé, ça ira, merci.
— Bouge pas, je vais t'en préparer. »
Tracey Davies laissa son invité s'installer sur l'un des confortables fauteuils du salon, tandis qu'elle prenait la direction de la cuisine. Elle revint quelques secondes plus tard, les bras chargés d'un plateau sur lequel étaient posées deux tasses et où des cuillers touillaient lentement le liquide brûlant. Elle le posa sur une table basse devant eux.
« Biscuit ? Du sucre ?
— Du sucre, merci. »
Un coup de baguette magique plus tard, un plateau de cookies apparut de nulle part tandis que deux morceaux de sucre sortirent d'une boîte pour sauter allégrement dans la tasse que Tracey tendit à Théodore. Au loin, un rire d'enfant attira rapidement le regard du jeune homme et il vit Deborah et sa petite sœur, Kassidy, reconnaissable à ses cheveux bouclés.
« Alors, tu ne m'as toujours pas dit ce qui t'amenait ici ? s'enquit Tracey, rompant le silence.
— Je… Oui… Est-ce que tu sais que…
— Astoria a disparu, oui je sais. Le Bureau des Aurors est venu m'interroger en fin de matinée. C'est terrible. Je n'imagine pas dans quel état se trouve Drago.
— Disons qu'il tient encore debout.
— Tu es allé le voir ? s'étonna la jeune femme.
— Je devais. Je suis certain que quelqu'un a piégé Astoria.
— Piégé ? Mais comment ? Qui ? Pourquoi ?
— Je ne sais pas, mais je devais être sûr que ce n'était pas Drago.
— Il l'a découvert ?
— Non, il l'ignorait jusqu'à ce que je lui dise, révéla Théodore. Je ne comprends toujours pas pourquoi Astoria voulait lui cacher ça. C'est son mari, par la barbe de Merlin.
— Elle devait avoir ses raisons, calma Tracey. Tu sais que Drago a toujours eu du mal à réaliser ce qu'il lui arrivait depuis qu'elle lui a demandé de sortir ensemble.
— Oui, je sais. En tout cas, les choses sont claires maintenant. Et j'ai la certitude que ce n'est pas lui qui a fait le coup.
— Tu as une idée de qui ça peut être ?
— Non, sans doute quelqu'un proche d'Astoria. C'est pour ça que je viens te voir. Tu étais avec elle hier soir, c'est ça ? s'enquit Théodore.
— Oui, confirma la jeune femme. On a voulu fêter la fin de la convention. Astoria a été extraordinaire, comme toujours. Son nouveau sortilège est sans doute l'un des plus grands succès de notre équipe depuis des années, ça va nous faire beaucoup de bien. On a déjà reçu des commandes pour expérimenter sur une production à grande échelle. Astoria était aux anges, d'autant plus qu'elle a reçu le prix de la Baguette d'or.
— As-tu une idée de pourquoi elle est allée sur le Chemin de Traverse si tard ?
— Il n'était pas tard, à proprement parler. Gringotts et quelques boutiques étaient encore ouvertes, car j'ai vu des gens en revenir après son départ. Mais non, elle n'a rien dit. Ce qui nous a un peu surpris, vu que c'était la star de la soirée. Mais Finnigan a proposé de boire pour deux en son honneur.
— Ça ne t'a pas paru bizarre ? Elle ne t'a rien dit sur qui elle rencontrait ?
— Si, bien sûr que j'étais surprise, répliqua Tracey sur la défensive. Je pensais qu'elle voulait simplement acheter un truc pour Drago, histoire de fêter ça entre eux plus tard. Elle a dit qu'elle devait rencontrer quelqu'un, mais je pense que ce n'était qu'un prétexte. Après tout, le Chemin de Traverse n'est pas un coin très branché pour un rendez-vous.
— Elle aurait pu venir me voir ?
— Tu étais encore là-bas ? Si j'avais su, on t'aurait proposé de nous rejoindre ! affirma-t-elle avec une pointe de déception. Je l'ai proposé à Pansy d'ailleurs, quand elle est passée devant nous, mais elle a refusé. »
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