Voilà la suite ! Merci beaucoup Theevilmetalbear pour ta review, j'espère que la suite te plaira!
Annonce importante : j'ai décidé de déclarer cette fic AU vu que je vais changer certains évènements et relations entre personnages par la suite. Considéré le monde comme très proche de celui de DAO mais légèrement différent quand même.
Sur ce, bonne lecture !
3. Tenir ou mourir
Face à la Chantrie, le chaos régnait. Les villageois avaient allumé de grands feus pour éclairer la place du village et voir l'ennemi approcher. Dans toute son horreur. Les engeances glapissantes déferlaient sur les lignées de braves soldats et quelques templiers qui résistaient avec courage. D'un coup d'œil expert, elle sut immédiatement qu'elle se trouvait au meilleur poste pour un archer, là, sur les marches de la Chantrie. Les autres archers étaient dispersés n'importe où, tirant des flèches d'un air paniqué. Un manque d'efficacité impardonnable. Mais elle n'avait pas le temps de s'en préoccuper. Car là bas, juste derrière les palissades, un émissaire arrivait, ses yeux morts lançant des éclairs pourpres. Elle souffla deux coups secs dans son sifflet et Raki se lança à l'assaut, se faufilant à toute vitesse entre les combattants, tel un projectile qui savait où se trouvait sa cible. Elle banda son arc. La flèche atteint l'émissaire dans l'épaule. Il tituba en arrière sous l'impact. Et aussitôt ses petits yeux morts se posèrent sur elle. Elle savait qu'il s'apprêtait à lancer un sort pour la réduire en poussière. Il n'en eut pas le temps. Le mabari lancé à pleine puissance lui sauta à la gorge, lui arrachant la moitié du cou sous son élan. Les engeances qui escortaient l'émissaire voulurent se tourner contre lui. Elles furent criblées de flèches. Elle sifflait en permanence, dans cet étrange code que possédaient les guerriers cendrés, chacun ajoutant ses propres signaux créant une relation unique avec son mabari. L'animal faisait des ravages dans le camp adversaire alors qu'elle le couvrait de ses flèches, l'envoyant protéger les hommes. Ces derniers le remarquèrent aussitôt, jetant des regards à la jeune femme, et reprenant courage. Après quelques minutes, elle siffla longuement. Raki disparut du champ de bataille et, quelques secondes plus tard, vint se presser contre sa jambe. Elle cessa un instant de tirer pour flatter son encolure puis reprit son arc en mains. Elle sentait la respiration rapide de l'animal contre sa jambe, ses muscles trembler de fatigue et de rage et son envie de retourner au combat. Mais elle ne le renvoya pas tout de suite. Elle ne voulait pas qu'il se fasse tuer parce qu'il était trop fatigué pour esquiver un coup. Elle savait qu'elle n'était probablement pas un « bon » guerrier cendré. Elle aurait du penser à sauver les hommes avant de sauver son chien. Mais elle n'y arrivait pas. Son instructeur lui avait souvent reproché de trop gâter son chien, de trop le traiter comme une personne et non comme une arme de guerre. Elle n'y pouvait rien. Raki était le seul à la comprendre. Il était le seul à la retenir dans ce monde de fous. Elle refusait de le perdre.
Un nouvel émissaire apparut et, de nouveau, elle siffla deux coups. L'animal bondit aussitôt. Alors qu'il se jetait sur l'engeance, une autre créature apparut prête à frapper l'animal. Un garde l'en empêcha, décapitant l'engeance avant qu'elle n'ait pu blesser le mabari. Raki aboya un remerciement avant de retourner vivement vers sa maîtresse qui le rappelait. Et ils continuèrent ainsi de longues heures. Elle l'envoyait désormais abattre une cible et le faisait revenir. Une flèche tueuse à la puissance de trois hommes. Un bouclier infaillible qui apparaissait juste à temps pour sauver des vies. Une foudre de guerre.
Les rayons du soleil pointèrent à l'horizon et les engeances cessèrent d'affluer jusqu'à disparaître totalement. Les hommes restèrent tendus une longue heure durant, aucun n'osant faire de bruit ou parler. Et quand le soleil apparut au dessus des toits des maisons, les inondant de sa lumière, ils n'eurent même pas le courage de hurler leur joie d'être en vie. Ils s'affaissèrent tous sur le sol, certains riant tels des déments, d'autres sanglotant en silence.
La jeune femme se laissa elle aussi tomber sur les marches de la Chantrie posant son arc à côté d'elle. Ses doigts étaient en sang après avoir tant tendu la corde et ce malgré ses gants de cuirs souples. Ses bras lui faisaient mal à en pleurer. Et pourtant, elle se sentait bien. Car elle était en vie et Raki avec elle. Il était allongé de tout son long à ses côtés, sa lourde tête reposant sur sa cuisse. Il donnait des coups de langue paresseux aux doigts sanglants de sa maîtresse alors qu'elle caressait doucement sa tête couverte de sang poisseux. Elle plongea une main dans une des petites sacoches qu'elle portait à la ceinture et en sortit une petite fiole. Elle saisit le museau du mabari et ce dernier ouvrit la gueule, habitué, pour recevoir quelques gouttes de la potion sur la langue. Une fois cela fait, elle le flatta abondamment. Cette potion avait un goût horrible, elle le savait pour y avoir goûté. C'était son instructeur qui la lui avait donnée à Ostagar, juste avant la bataille. Elle avait été préparée à partir d'une fleur des marais et devait empêcher la souillure de toucher les animaux. Cela avait l'air de marcher plutôt bien pour Raki et elle espérait de tout cœur que les effets dureraient aussi longtemps que nécessaire.
-Tu as été magnifique, lui murmura-t-elle tout en essuyant avec ses manches le sang qui le recouvrait. Magnifique. Un vrai champion. Bien meilleur que Teron et je n'exagère pas. Un héros, voilà ce que tu as été. Fabuleux.
Le mabari gronda son approbation, incapable de faire autrement avec la fatigue qui l'assaillait. Elle savait qu'il en aurait pour la journée pour s'en remettre. Et elle aussi d'ailleurs.
Des pas lourds s'approchèrent et elle leva les yeux pour rencontrer ceux d'un homme épais arborant une énorme moustache brune. Il avait l'air excessivement fatigué, comme tous les autres guerriers, mais elle vit dans son regard une lueur qu'elle avait aperçue dans peu d'autres. Et elle sut immédiatement qu'il était quelqu'un d'important pour ce village.
- Ma Dame, c'est le Créateur qui vous envoie ! déclara-t-il avec un bon sourire. Tous les deux, ajouta-t-il en posant ses yeux noisettes sur le mabari.
Ce dernier ne bougea pas, exténué, se contentant de relever ses oreilles pour écouter. La jeune femme esquissa à faible sourire :
- Pardonnez nous de ne pas nous lever. Le voyage et la bataille nous ont vidés de nos forces.
- Je vous en prie, je vous en prie, fit aussitôt l'homme en lui faisant signe de rester assise. Je me présente, Murdock, maire de Golefalois.
La jeune femme sourit en serrant la main tendue :
- Mélisse Gilmore, Guerrier Cendré. Et voici Raki, fils d'Heltor et d'Inas. Mais je suis sûre que ça ne vous dit rien.
- En effet, fit Murdock en se grattant la tête. Mais je ne doute pas qu'ils s'agissaient d'excellentes bêtes.
- Ce n'étaient pas les meilleurs, avoua-t-elle en caressant la tête de l'animal qui poussa un petit soupir d'aise. Loin de là. Mais je ne pourrais pas imaginer meilleur compagnon que Raki.
Elle sentit le regard brun du maire sur elle et se sentit soudain idiote d'avoir autant parlé. Personne ne pouvait comprendre le lien qui unissait un guerrier cendré à son mabari et essayait de l'expliquer faisait souvent passer ces mêmes guerriers pour de pauvres types complètement gagas de leur chienchien. Aussi, elle fut surprise lorsqu'elle regarda l'homme de le voir sourire gentiment :
- Son pedigree m'importe peu vous savez, déclara-t-il en croisant les bras. Il a sauvé nombre de vies la nuit dernière. Ca me suffit pour savoir qu'il est un brave guerrier.
Mélisse hocha la tête, touchée. Le visage de l'homme se rembrunit alors qu'il tournait la tête vers le reste du village. Les sœurs de la Chantrie et les femmes du village étaient sorties de leur abri et venaient en aide aux blessés. Les sanglots et gémissements emplissaient l'air ainsi que les cris de désespoir face à la découverte du corps inanimé de l'être aimé. A ces sons, le cœur d'Mélisse se serra dans sa poitrine. Elle avait fait son devoir mais, une fois encore, elle avait l'impression qu'elle aurait pu mieux faire. Tuer plus vite, sauver plus d'hommes. Raki avait fait sa part mais elle ? Bien sûr ses bras étaient douloureux et ses doigts en sang mais était-elle vraiment allé jusqu'au bout de ses forces ?...Elle l'avait cru jusqu'à quelques instants auparavant. A présent, elle en doutait. Après tout, elle avait encore l'énergie de rester assise. L'épuisement total l'aurait empêché de bouger ne serait-ce qu'un doigt…Et combien de pères de famille, d'époux, de frères seraient encore debout à cet instant ?...
Une main lourde se posa sur son épaule, la tirant brutalement de ses sombres pensées. Les yeux bruns du maire étaient braqués dans les siens, francs et sincères :
- Vous avez fait tout ce que vous avez pu. Ne soyez pas trop dure envers vous-même.
Elle hocha la tête, décontenancée par ses paroles. C'étaient les premières paroles de reconnaissance qu'elle recevait depuis…depuis bien longtemps. Peut-être même les premières depuis le début de sa formation de guerrier cendré. Elle ne savait pas quoi dire, ni comment réagir. Heureusement Murdock n'y fit pas attention, déjà préoccupé par autre chose :
- Il vous faut reprendre des forces pour la nuit prochaine. Elles vont remettre ça.
- Avez-vous besoin d'aide ? demanda-t-elle rapidement en faisant un geste pour se lever.
Ses jambes ne supportèrent pas son poids et elle retomba lourdement sur son postérieur, légèrement sonnée par sa faiblesse. Raki releva vivement la tête vers elle et lança un petit gémissement inquiet. Elle lui flatta la tête d'un air absent, essayant d'oublier la douleur qui irradiait dans son corps. Ce fut alors qu'un bras puissant passa autour de sa taille et elle sentit qu'on la remit sur ses pieds et qu'on la soutenait.
- Je crois que vous avez besoin de quelques bonnes heures de sommeil, déclara le maire. Vous pourrez m'aider après avoir dormi, ajouta-t-il d'un ton ferme en la voyant ouvrir la bouche pour protester.
Mélisse obéit, se sentant étrangement penaude, comme une gamine prise en faute par son père. Un gémissement attira vivement son attention et elle tordit la tête en arrière pour voir Raki ramper pathétiquement sur le sol pour la rejoindre.
- Bouge pas bonhomme, lui dit gentiment Murdock. Je m'occupe d'elle et je reviens te chercher.
Le mabari posa sa lourde tête sur le sol entre ses pattes antérieures, ses petits yeux noisettes larmoyants posés sur sa maîtresse. Cette dernière lui adressa un sourire pour le rassurer et se laissa guider à l'intérieur de la Chantrie. L'immense bâtisse s'était transformée en infirmerie, les gémissements de douleur résonnant sur les murs de pierre glacée. Le maire l'installa sur une paillasse et soudain la fatigue l'envahit. Elle ne protesta pas quand une sœur l'aida à retirer son plastron de cuir ni quand elle lui fit avaler une potion au goût de boue séchée. Elle vit à peine la silhouette du maire revenir vers elle, portant avec difficulté l'énorme corps de Raki. Il déposa l'animal à ses côtés sur la paillasse et ce dernier se blottit avec difficulté contre elle, blottissant sa tête tout contre son cou, lui donnant un coup de langue las sur la joue. Ce ne fut qu'une fois qu'elle sentit la chaleur de l'animal diffuser contre son flanc qu'elle se laissa sombrer dans un sommeil lourd et emplis de rires à glacer le sang.
A suivre...
Chapitre 4 : Mauvaises rencontres
Tadaaa ! Notre guerrier cendrée est une Gilmore ! Hihi ! J'ai hâte d'écrire la suite ! J'essaierai de faire un chapitre plus long. A très bientôt !
