Enfin, le voilà ce chapitre ! Pfiouh ! Il a été difficile à écrire celui là ! J'ai toute l'histoire de Mélisse dans ma tête, de DAO à DA Inquisition et c'est difficile de revenir aux origines quand la seule chose que je veuille écrire soit DAI ! Mais je vais bien me tenir et continuer cette histoire !
Alors je dévie tout doucement de la trame du jeu. Tous les évènements arriveront mais Mélisse se fera pas partie de tous (ce n'est pas elle le héros de Férelden après tout ! :p ), elle va donc voir d'autres choses et rencontrer d'autres personnages. J'espère que ça vous plaira toujours !
Plein de merci à mes reviewers, particulièrement Anael Scott (toujours présente j'espère !) et Srda (invité (e) donc je n'ai pas pu te répondre !) pour vos encouragements ! Ce sont vos petits messages qui me poussent à écrire quand la motivation n'est plus là donc merci !
N'hésitez pas à commenter et à me donner votre avis ! Sur ce bonne lecture à tous et à toutes !
7. Chacun sa route
- Attendez !
Mélisse tourna la tête pour voir le guerrier remonter les docks au pas de course. Elle traversa la planche qui menait du bateau au quai pour aller à sa rencontre, Raki la suivant en trottinant.
- J'avais peur que vous ne soyez déjà partie, fit-il en reprenant son souffle, mains sur les hanches. Vous n'êtes pas du genre à vous reposer visiblement !
Mélisse secoua la tête, la gorge serrée :
- L'envie ne m'en manque pas mais l'on m'a fait comprendre qu'il valait mieux que je parte au plus vite.
Et disant cela, elle jeta un regard par-dessus l'épaule du guerrier pour voir si Dame Cousland le suivait. Mais non, il était venu seul. Elle se détendit immédiatement, un soupir passant ses lèvres. Et ne put s'empêcher de rosir quand elle se rendit compte qu'il avait suivi la moindre de ses réactions de ses yeux dorés. Face à son trouble, il sourit tristement :
- Je sais que Mara peut être un peu…
Il fronça les sourcils, cherchant ses mots. De nombreuses suggestions vinrent en tête à Mélisse mais la bienséance l'empêchait de les prononcer, tout comme la crainte sourde de cette femme, même si elle était absente à ce moment là. Son influence sur elle était toujours colossale même après des années. Pathétique. Ce fut Raki qui rompit le silence par un grognement irrité et le guerrier dénommé Alistair éclata de rire.
- Oui, je crois que c'est le mot que je cherchais ! déclara-t-il avec un large sourire alors que le mabari remuait la queue, content de son effet. Fin diplomate le bonhomme !
- Meilleur que moi à n'en pas douter, répondit Mélisse avec un sourire tendre en posant la main sur la grosse tête ronde. Je m'excuse de mon comportement tantôt. Je n'aurais pas du m'immiscer dans la conversation comme ça et encore moins vous espionner. Ce n'était pas mon intention.
Elle fut surprise de voir ses yeux dorés s'écarquiller d'étonnement :
- Vous plaisantez j'espère ! Heureusement que vous avez tendu l'oreille ou nous aurions déjà…
Un masque sombre tomba sur son visage à la simple pensée de ce à quoi ils venaient d'échapper. Et le cœur de Mélisse se serra dans sa poitrine. C'était un homme bien. Il n'avait jamais eu la moindre intention de lever la main sur cet enfant. Cependant comme Dame Cousland allait le faire, et qu'il faisait partie de son ordre, il en aurait également endossé la responsabilité. Rares étaient les hommes droits en cette époque ravagée. Rares et précieux. Le contact froid du médaillon contre son cou la fit hésiter de nouveau, pour au moins la dixième fois depuis le début de leur entrevue. Elle n'avait pas eu le temps de délivrer son message aux Gardes des Ombres ni son précieux fardeau. Et pour être franche, elle ne faisait guère confiance à Dame Cousland. Désormais Garde des Ombres, qui sait ce qu'elle ferait de l'information et du pendentif. Elle tournerait la première à son avantage et jetterait le second dans la poubelle la plus proche. Non. Elle voulait donner tout cela à quelqu'un de confiance. Et Ser Alistair semblait quelqu'un de bien. Il releva à ce moment là les yeux vers elle pour lui adresser un gentil sourire :
- Ne laissez jamais personne vous dire que la curiosité est un vilain défaut. La vôtre va surement sauver la vie d'un gosse.
Elle hocha la tête, les joues rosées sous le compliment. Elle n'avait décidément pas l'habitude que l'on s'adresse à elle de cette manière. Comme à une personne de chair et de sang et non pas une imbécile dont la vie ne valait rien. Serrant soudain les poings, elle prit sa décision.
- Connaitriez-vous une certaine Alice ? s'enquit-elle d'une seule traite.
Alistair haussa les sourcils, prit de court, puis se mit à réfléchir, sa grattant la tête du bout de ses doigts gantés :
- Alice, Alice…Non ça ne me dit rien, désolé. Quelqu'un de votre famille ?
- Pas vraiment non, commença-t-elle.
Elle s'interrompit vivement, tous ses muscles se tendant comme la corde d'un arc. A ses côtés, Raki fit de même, ressentant son trouble et gardant tous ses sens en alerte pour repérer la menace. Venant vers eux sur les quais de bois, Dame Cousland. Ses yeux ambrés étaient braqués sur elle, durs et mauvais. Mélisse fit instinctivement un pas en arrière alors qu'Alistair suivit son regard, intrigué de sa réaction. Voyant qui venait à leur rencontre, il se retourna de nouveau vers elle et elle vit l'incompréhension sur son visage. Bien sûr. Comment pouvait-il comprendre ? La noble dame était sans doute tout sourire avec lui, cachant sa véritable nature comme elle savait si bien le faire. Elle n'en prit cependant pas la peine à ce moment là lorsqu'elle s'arrêta au niveau du guerrier, ses yeux posés sur la jeune archère qui lui faisait face :
- Que fiches-tu encore ici ? lâcha-t-elle d'un ton cinglant.
Voyant Mélisse accuser ses mots tel un coup de poing, Alistair leva les mains en signe d'apaisement :
- Elle allait partir, c'est moi qui l'aie retenue.
- Tiens donc ? dit Dame Cousland en haussant un sourcil. Pourrais-je savoir pourquoi ?
- Pour délivrer un message… Ce que je n'ai toujours pas fait d'ailleurs, réalisa-t-il d'un air penaud. Wynne m'a envoyé pour vous dire qu'elle sera juste derrière vous, rapporta-t-il alors à Mélisse. Elle comptait prendre le même bateau que vous mais Bann Teagan a besoin de soins supplémentaires. Elle devrait prendre le prochain bateau qui partira d'ici quelques jours, une demi-lune tout au plus, et vous retrouver là bas.
- Je vois…souffla Mélisse, n'osant pas relever les yeux de peur de rencontrer le regard dur de la noble dame. Merci Messer.
- Je vous en prie, balbutia-t-il en agitant ses mains devant lui, gêné. C'était le moins que je puisse faire. Et puis appelez-moi Alistair. Je ne suis personne d'important.
A cela, Dame Cousland se mit à rire doucement et Mélisse vit le guerrier lui jeter un regard en biais, la défiant de dire un mot. Étonnamment la noble dame ne dit rien, se contentant de sourire au guerrier qui sembla se dégonfler instantanément. Mélisse se sentit soudain mal à l'aise. Elle ne connaissait que trop bien cette situation. Cela tournait toujours au vinaigre pour elle. Arrivant sans doute à la même conclusion, Dame Cousland lui jeta un regard chargé de rancœur avant de tourner les talons. Mélisse fit un geste vers elle, incapable de retenir son bras :
- Attendez !
La noble dame se figea et tourna lentement, très lentement son regard ambré vers elle. Mélisse dut s'y reprendre à deux fois avant de pouvoir parler tant sa bouche était sèche. Le poids de Raki contre sa jambe et, étrangement, la présence d'Alistair à ses côtés lui donna le peu de courage nécessaire pour prononcer ces mots d'une voix tremblante :
- Avez-vous…Avez-vous des nouvelles de Roland ?
Elle vit une lueur briller dans les prunelles d'ambres avant qu'elle ne soit étouffée par un éclat vipérin :
- Roland, l'homme ? Ou le chien ?
Mélisse sentit comme un bloc de glace tomber dans son estomac. Elle ne vit même pas l'air choqué sur le visage du guerrier à côté d'elle. Comment pouvait-elle être aussi cruelle ? Elle savait bien qu'elle parlait de l'homme, et non du mabari de son frère Fergus. Le souffle court, le cœur sanglant, Mélisse força les paroles hors de ses lèvres :
- L'homme…Noble dame, je vous parle de mon frère…
Dame Cousland garda un instant le silence, la dévisageant. Puis elle se détourna, reprenant son chemin :
- Mort, lâcha-t-elle par-dessus son épaule. Andrasté ait son âme.
Le monde disparut pour Mélisse. Un voile passa devant ses yeux alors que le mot maudit bourdonnait à ses oreilles. « Mort ». Roland était mort. Elle ne vit pas la guerrière s'éloigner ni Alistair la regarder avec douleur, tentant d'exprimer ses condoléances. Elle n'entendit rien, ni les couinements plaintifs de Raki ni la voix désolée du guerrier. Elle se contenant d'hocher la tête, de faire demi tour et de monter sur le bateau. Là, elle se dirigea droit vers la proue puis, se laissant tomber derrière une caisse qui se trouvait là, elle entoura ses jambes de ses bras et plongea son visage contre ses genoux. Son mabari vint auprès d'elle, la poussant d'un petit coup de museau humide, en vain. Il ne comprenait pas pourquoi elle était secouée de sanglots ni pourquoi elle dégageait autant de souffrance alors qu'ils n'étaient pas allés au combat. Alors Raki fit la seule chose qu'il savait. Il se pelotonna contre elle, glissant son museau au plus près de son visage que possible, et demeura là, immobile. Sentinelle protectrice. Gardien vigilant. Toujours.
oOo
La traversée dura plusieurs jours. A vrai dire Mélisse passa le plus clair de son temps prostrée à la proue, le regard sur le lac qui s'étendait devant elle. Elle avait pleuré jusqu'à l'épuisement le premier jour, dormant à peine et recommençant le lendemain. A présent, elle était vidée. Sans forces, sans but, elle se contenait de laisser les images venir à son esprit tout en perdant ses doigts dans la fourrure rêche de Raki. Des souvenirs l'envahissaient, enserrant son cœur à la faire hurler de douleur, mais plus une larme ne pouvait passer ses yeux rouges et gonflés. Elle petite, suivant Roland partout dans le manoir du Bann Gilmore même si parfois il était méchant avec elle. Elle se souvenait ses crises de colère, ses larmes et toujours, toujours Roland qui revenait vers elle, l'air désolé et un peu perdu face à sa tristesse. Il lui prenait la main et la tirait derrière lui, elle reniflant pitoyablement, lui silencieux, pour lui montrer un trésor qui lui rendrait le sourire. A cinq ans, après qu'elle ait été violemment malmenée par Mère, il l'avait emmené secrètement dans les écuries pour voir une portée de chiots mabari. A quinze ans, quand elle eut le cœur brisée pour la première fois par le fils du forgeron, il l'emmena en haut de la tour de la Chantrie de Hautecime au coucher du soleil pour lui montrer les rayons du soleil étincelants sur les vitraux colorés importés d'Orlaïs. A vingt ans, quand elle fut humiliée publiquement par Dame Cousland pour la énième fois, il lui fit gravir les remparts du château au lever du soleil et sous leurs yeux le lac s'était enflammé de rose et de bleu. Elle s'était sentie revivre alors que la nature s'éveillait autour d'eux et elle se souvint de son sourire radieux alors qu'il voyait la tristesse quitter son visage. Roland Gilmore était un homme bon, un soldat loyal et valeureux, un frère attentionné et aimant. Elle ne pouvait croire qu'il soit mort. Elle l'avait vu se battre durant les premières années de son instruction avant qu'elle ne s'engage sur la voie des Guerriers Cendrés dans le but de quitter Hautecime le plus vite possible. Il avait tenu tête à Fergus Cousland et s'était défendu correctement face au maître d'armes. Dans sa dernière lettre, il lui avait même dit qu'un Garde des Ombres l'avait contacté pour venir l'évaluer. Sa lettre débordait de joie et de fierté et elle se rappelait avoir sourit en remarquant que son écriture était moins appliquée que de coutume, ayant surement été rédigée sur le coup de l'excitation. Elle ne pouvait croire que plus jamais elle ne verrait ses mots couchés sur le papier. Que cette lettre, perdue quelque part sur le massacre qu'était Ostagar, était la dernière chose qu'elle recevrait de son frère. Qu'elle était désormais la dernière Gilmore. A ces pensées, les larmes revinrent, traitresses et insidieuses, et une nouvelle fois, ses épaules furent secouées de sanglots. Les muscles endoloris, la tête lourde, elle se pelotonna sur le sol auprès de son mabari et laissa silencieusement court à sa douleur.
oOo
La Tour du Cercle apparut face à elle un petit matin, noyée dans la brume du lac Calenhad. Elle se dressait, froide et sinistre, telle une lance prête à déchirer le ciel de sa pointe acérée, silhouette fantomatique semblant la toiser de toute sa hauteur. Et pourtant jamais telle vue ne procura à Mélisse un tel soulagement. Enfin quelque chose à faire. Enfin quelque chose d'autre auquel penser. Ces jours sur le bateau n'avaient été qu'une longue, interminable torture, à revivre sans cesse les moments joyeux passés avec Roland, à revoir son sourire dès qu'elle fermait les yeux et entendre son rire dans ses rêves…jusqu'à ce que les cauchemars reviennent. Qu'elle le voit assommé par une masse, embroché par une épée ou égorgé par une dague. Et toujours, toujours il tendait la main vers elle, les yeux emplis de reproches et rancœur. Pourquoi n'avait-elle pas été là auprès de lui ? Pourquoi n'était-elle pas restée comme il le lui avait demandé ? Parce qu'elle avait été lâche. Trop lâche pour accepter de demeurer sous le même toit que Dame Mara. Et que dès que l'occasion s'était présentée, elle avait fui à toutes jambes, le laissant derrière elle. C'était sa faute, son erreur, son fardeau à porter. Etrangement, au fil des derniers jours, son chagrin s'était lentement mais surement mué en haine. La haine d'elle-même tout d'abord, puis la haine envers ce monde injuste et cruel. Combien d'épreuves le Créateur allait-il encore mettre sur sa route ? Combien de fois allait-il la jeter à terre, attendant de voir si elle pouvait se relever ? Elle en avait assez, assez de tout ça, assez de ces jeux divins dont elle ne connaissait pas les règles. Elle allait Lui montrer qu'elle ne le craignait pas. Elle allait sauver cet enfant de ce démon, par ses propres moyens, dusse-t-elle y laisser la vie. Roland était mort. Connor vivrait. Elle se le jura alors que ses yeux clairs encore rougis fixaient la tour qui avançait doucement vers eux. Par Andrasté, elle en faisait le serment.
Elle fut surprise de voir que seuls quelques templiers étaient éveillés à cette heure matinale. Elle aurait pensé que tels les soldats de Hautecime, ils auraient tous été debout à l'aube, prêts à effectuer leur entraînement quotidien avant de prendre leur petit déjeuner et d'entamer leur garde. Au lieu de cela, les deux templiers qui montaient la garde à la porte principale la saluèrent cordialement et lui indiquèrent où se trouvait le réfectoire si elle souhaitait se sustenter. Ils ne bronchèrent pas en voyant Raki sur ses talons même si elle les entendit commenter à voix basse sur les brûlures de son pelage et son oreille arrachée. Blessures de guerre qui en disaient long sur un mabari et sur la sauvagerie des combats dont il avait pris part.
Les journées passées sur le bateau à pleurer, prostré à même le sol, avait provoqué de méchantes courbatures dans son dos et elle rêvait de manger autre chose que du pain et du poisson séché. De délicieux effluves vinrent chatouiller son nez et son ventre gronda bruyamment alors que l'eau lui montait à la bouche. Deux apprentis mages qui la croisèrent à ce moment là éclatèrent de rire à ce son et elle baissa vivement la tête, rouge de honte. Et voilà qu'elle se faisait déjà remarquer ! Toujours dans ses meilleurs moments ! Il n'y avait pas à dire, la malchance la suivait où qu'elle aille !
Après s'être présentée à l'intendant, un mage qui la regarda d'un air étrange et détaché, elle s'assit à une longue table occupée par deux templiers. Ils lui jetèrent un regard mais n'engagèrent pas la conversation. Tant mieux, elle était trop fatiguée pour parler avec qui que ce soit.
- Soupe à l'oignon ma dame ?
Elle sursauta légèrement à cette voix, Raki lui jetant un regard étonné. A côté d'elle se tenait un elfe, un bol dans une main et un morceau de pain dans l'autre. Il la dévisageait aussi avec étonnement, se demandant certainement ce qu'il avait bien pu faire pour obtenir une telle réaction.
- Oh…Euh, oui bien sûr, balbutia-t-elle en passant une mèche de cheveux bruns derrière son oreille. Merci.
L'elfe hocha la tête, déposant le bol et le pain face à elle. Il s'éloigna quelques instants et revint avec un chaudron de soupe fumante ainsi qu'un énorme morceau de fromage. Le ventre de Mélisse gronda de nouveau et elle se mit à rougir furieusement alors que l'elfe esquissait un sourire tout en lui coupant un morceau de fromage.
- Pardon…murmura-t-elle.
- Oh ne vous excusez pas, fit-il aussitôt, souriant toujours. La cuisine de ma mère est toujours très appréciée.
Mélisse osa un sourire, toujours dévorée par la honte lorsqu'elle sentit la tête de Raki se poser sur sa cuisse. Baissant le regard, elle ne put s'empêcher d'éclater de rire face aux deux petits yeux bruns qui la regardait avec l'air le plus triste de Thédas.
- Espèce de ventre à pattes ! fit-elle en lui tapotant gentiment la tête. Tu as mangé il n'y a pas deux heures !
- Je peux lui en donner un peu si vous voulez, osa l'elfe d'une petite voix.
Elle leva les yeux vers lui pour se rendre compte qu'il observait le mabari avec émerveillement mais également une pointe de crainte. Il n'en avait certainement jamais vu un d'aussi près..
- Ce serait gentil, merci, répondit-elle avec un sourire reconnaissant.
Aussitôt l'elfe s'exécuta, déposant un bol sur le sol et le remplissant de soupe. Raki le remercia par un aboiement sonore qui résonna dans le réfectoire, attirant tous les regards vers eux. L'elfe, qui avait bondi en arrière de frayeur face à ce son tonitruant, se mit à rire en s'apercevant que l'animal se dandinait face à lui, la queue et l'arrière train frétillants. Mélisse se pencha vers le bol pour y verser un peu d'eau froide de son gobelet avant de remuer le contenu avec sa cuillère. Elle leva les yeux pour rentrer le regard d'un Raki qui attendait avec une impatience peu dissimulée l'autorisation de manger.
- Vas-y, gros goinfre, dit-elle avec un sourire. Mais doucement, n'en met pas partout ! ajouta-t-elle en le voyant prêt à bondir sur le bol.
Avec un effort évident, le mabari poussa un petit grognement irrité avant d'approcher à pattes de velours et commencer à laper proprement sa soupe. Mélisse se mit à rire doucement en se redressant. Elle savait bien que dès qu'elle ne le regarderait plus, il plongerait sa tête dans le bouillon, éclaboussant le sol tout autour de lui.
- Tu viens de te faire un ami pour la vie, déclara-t-elle en souriant à l'elfe qui se tenait toujours là, fasciné par l'énorme masse de muscles qui semblait obéir au doigt et l'œil à l'humaine.
- Et moi qui pensais que les mabaris étaient des êtres complexes.
Mélisse se retourna vivement vers l'homme qui venait de parler. Il s'agissait d'un templier aux courts cheveux blonds et légèrement bouclés. Si ses mots pouvaient paraître moqueurs, elle comprit rapidement qu'il n'en était rien au gentil sourire qui planait sur ses lèvres tout comme à l'éclat amusé qui brillait dans ses yeux caramel, à ce moment posés sur l'animal. Trop fatiguée et lasse pour être agressive, Mélisse décida de donner à cet homme le bénéfice du doute. Après tout, elle avait besoin de contacts et d'informations. Aussi elle sourit à son tour :
- Non, tous les mâles sont les mêmes. La voie du cœur passe toujours par leurs estomacs.
Si l'elfe étouffa un pouffement, les yeux du templier s'agrandirent de surprise avant qu'il ne se mette à rire aussi, peut être un peu nerveusement.
- Vous avez sans doute raison. Puis-je ? osa-t-il en indiquant la place face à elle.
Elle hocha la tête, légèrement gênée par tant de politesse à son égard, alors que le templier commandait son petit déjeuner au serviteur qui s'éclipsa. A leurs pieds, Raki émettait des bruits de lapements sonores suivis des raclements du bol sur la pierre.
- Il semble affamé, remarqua le templier avec un léger sourire. Venez-vous juste d'arriver ?
- Oui, nous venons de passer plusieurs jours en bateau, lui apprit Mélisse en commençant à manger sa soupe.
- Vous venez de Golefalois ?
Mélisse le dévisagea un instant alors qu'il remerciait le serviteur qui lui apportait son petit déjeuner. Il semblait jeune pour un templier, la vingtaine à peine. Pas beaucoup plus vieux qu'elle en réalité. Il venait certainement de tout juste passer ses classes et d'arriver lui aussi dans la Tour sinon il ne se serait probablement pas assis avec elle. Jetant un regard autour d'elle, elle remarqua cependant rapidement qu'elle était à la seule table où se tenaient trois templiers. Les autres longues tables de chêne étaient pour la plupart vide mais depuis peu des apprentis mages pénétraient eux aussi dans la salle. Nul doute que d'ici une heure, le réfectoire serait bondé. Elle devait absolument trouver la personne à qui parler avant cela, avant qu'ils soient tous trop occupés par leurs tâches journalières.
- En effet, répondit-elle prudemment alors qu'il commençait à manger à son tour. J'ai des nouvelles…de la plus haute importance à transmettre au supérieur des mages. Pourriez-vous m'indiquer de qui il s'agit ?
Ce fut au tour du templier d'interrompre son repas pour la dévisager attentivement. Étonnamment, comme la première fois, elle ne ressentait aucune agressivité dans son regard brun clair seulement de la curiosité et, peut être, un léger intérêt. Elle lui rendit son regard, avec une sérénité qui l'étonna elle même. Sans doute parce qu'il n'était nullement belliqueux à son égard…Face à Dame Mara, il en aurait été autrement. La seule pensée de la noble dame la fit frémir et elle rompit le contact visuel avec le templier. Elle sentit aussitôt le poids familier et rassurant sur sa cuisse et caressa sans penser la tête de Raki, essayant de calmer l'angoisse qui revenait lentement en elle. Deux lunes. Elle avait deux lunes, à compter de son départ de Golefalois. Le temps était compté. Elle n'avait pas le luxe d'attendre que ce jeune templier se décide à l'aider ou non. Aussi, sans un autre mot, elle se leva et fut surprise de voir le templier faire de même. Ses yeux brun clairs étaient toujours posés sur elle et elle crut y lire une certaine sympathie.
- Pardonnez mon indécision, je ne voulais pas paraître impoli, déclara-t-il en se massant la nuque d'un air gêné. C'est que…Je suis arrivé il y a quelques jours à peine et…Je ne voudrais pas déranger le Chevalier Capitaine pour une broutille.
Mélisse retint une remarque cinglante. S'il pensait vraiment qu'un village tel que Golefalois attaqué par une horde de mort vivants, un enfant possédé et un Iarl disparu soit une broutille, il ferait mieux de rendre ses armes de templiers immédiatement et de récupérer le premier râteau du coin pour aller planter des choux ! Cependant, elle se retint. Elle ne voulait pas que la situation ne s'ébruite avant de s'assurer qu'elle recevrait de l'aide. Sentant sa colère contenue, Raki émit un grondement sourd à ses côtés et le templier lui jeta un regard en coin, avant de relever les yeux vers elle.
- Néanmoins je suis certain que vous n'auriez pas fait tout ce chemin pour rien, ajouta-t-il. Du moins pas toute seule.
Cette dernière remarque la prit tellement par surprise qu'elle en oublia presque son énervement. Comment ça « toute seule » ? La prendrait-il pour une jouvencelle effarouchée ?
- Je suis un Guerrier Cendré, lui apprit-elle sur un ton sec alors qu'il écarquillait les yeux. Je sais me défendre. Et Raki est le meilleur des boucliers et la meilleure des lames.
Le mabari poussa un puissant aboiement d'acquiescement. Sentant tous les regards se tourner de nouveau vers eux cette fois ci à ses dépends, le jeune templier prit une teinte rosée, pétri d'embarras. Il agita vivement ses mains face à lui alors que Mélisse le foudroyait du regard.
- Bien sûr je ne voulais pas dire que vous étiez…Enfin, je voulais seulement…Vous êtes bien entendu…euh…balbutia-t-il, visiblement perdu, ses yeux couleur caramel allant d'elle à Raki.
En le voyant ainsi si pitoyable face à elle, Mélisse sentit sa colère de dissoudre doucement. Elle avait l'impression de se voir, des années de cela, à chaque fois qu'il fallait qu'elle explique pourquoi elle avait encore fait une bêtise. La plupart du temps, elle n'en était pas la cause, il s'agissait de Dame Mara et parfois également de Roland. Mais c'était toujours sur elle que la faute retombait. Et elle devait s'expliquer, face à un adulte en colère, qui la toisait d'un regard froid et hautain. L'idée qu'elle puisse être à ce moment là ce personnage la radoucit aussitôt. Ce jeune homme n'était visiblement pas très doué avec les mots. Inutile de lui en tenir rigueur. De plus, il lui semblait d'une nature douce et bienveillante. Elle laisserait passer pour cette fois.
Oublions cela, déclara-t-elle enfin en agitant la main pour interrompre la longue tirade. La faute me revient sans doute pour ne pas m'être présentée.
Forçant un sourire sur son visage fatigué, elle tendit la main vers lui :
- Je me nomme Mélisse Gilmore, Guerrier Cendré de Raki, d'Heltor et d'Inas. Je m'en viens de Golefalois quérir l'aide du cercle des mages pour une affaire de la plus haute importance.
Face à elle, reconnaissant visiblement avec soulagement une situation enfin familière, le templier se redressa de toute sa taille et saisit sa main, en une empoignade ferme et franche :
- Cullen Rutherford, Templier de la Tour du Cercle. Suivez-moi, je vais vous mener de ce pas au Chevalier Capitaine.
Il posa alors sa deuxième main sur la sienne et la serra doucement, son regard emplit de compréhension et d'assurance :
- Et soyez sure, Ma Dame, que je ferais tout ce qui est en mon pouvoir pour vous venir en aide.
A ces mots, Mélisse ne put s'empêcher de sourire de nouveau. Prêt à partir en croisade seul contre une armée pour aider une inconnue en détresse ? Pas de doute, elle était bien tombée sur un preux templier prêt à faire du zèle ! Et étrangement, elle se demandait si cela était aussi lié à sa malchance légendaire…
A suivre…
Chapitre 8. Un templier nommé Cullen
Yeepee, Cullen est là !
Alors pour son âge, j'ai regardé un peu partout sur internet et voilà ce que j'ai trouvé :
Né en 9:11 (ère du Dragon)
Chevalier Sous Capitaine (A partir du 9:31 Dragon) = 20 ans
Chevalier Capitaine (A partir du 9:37 Dragon) = 26 ans
Commandant (A partir du 9:41 Dragon) = 30 ans
C'est la seule info que j'ai trouvé donc je pars là dessus! :) Si vous en savez plus, faites moi signe.
A très vite pour un autre chapitre ! Et si le cœur vous en dit, laissez une petite review!
