Un nouveau chapitre pour vous amis lecteurs et lectrices ! Désolée de prendre tellement de temps à écrire chaque chapitre ! Je vais essayer de m'améliorer !
Bonne lecture et si ça vous plait, laissez une petite review ! (si ça ne vous plait pas aussi d'ailleurs, toute review constructive est bonne à prendre !)
8. Un templier nommé Cullen
Le Chevalier Capitaine Greagor semblait de fort méchante humeur. Enfin visiblement cela était courant car Cullen ne broncha pas quand l'homme lui aboya au visage pour son irruption intempestive dans son bureau. Il attendit placidement, sans même rougir une seule fois, et, quand un semblant de calme revint, il pointa du doigt Mélisse qui se trouvait à moitié cachée derrière lui. Face à un homme qui tenait plus d'un ogre que d'un templier, le corps de Cullen et son armure de plate semblait un bouclier aussi nécessaire qu'idéal. Comme de coutume, les yeux du templier vétéran se posèrent sur Raki avant de revenir sur la jeune femme, soudain moins énervés. Être un Guerrier Cendré donnait un avantage lors des présentations, elle partait en général avec quelques bons points d'avance. Ensuite c'était à elle de se débrouiller.
Après s'être présentée elle expliqua rapidement la situation au Chevalier Capitaine, Cullen toujours présent dans la pièce. Alors qu'elle en arrivait à la possession démoniaque du fils du Iarl, elle vit Greagor faire un petit signe de tête au jeune templier. Ce dernier obéit sans une seconde d'hésitation et sortit du bureau, fermant la porte derrière lui. Mélisse retint un petit frissonnement et chercha de la main la tête de Raki pour laisser courir les doigts dans sa fourrure. Il était bien là, auprès d'elle. Cela la rassurait toujours et lui donnait du courage. Aussi, une fois son récit terminé, elle n'hésita pas non plus à clairement exprimer sa requête :
- Je dois repartir dès que possible avec suffisamment de mages et de lyrium pour exorciser cet enfant. Au nom du Bann Teagan, Frère du Iarl Eamon, et de la Iarlesse de Golefalois, je viens officiellement quérir l'aide des mages de la Tour du Cercle.
Greagor qui jusque là l'avait observée balaya de la main ces derniers mots avec un grognement quelque peu irrité :
- Inutile de recourir aux grandes phrases et au parler ampoulé, grommela-t-il. Cela ne sert à rien car je ne peux rien faire pour vous. Le Grand Enchanteur Irvine est absent, ajouta-t-il vivement en la voyant prête à renchérir. Je ne peux décider seul de la marche à suivre dans ce cas précis, encore moins avec ce qu'il se trame là dehors.
- Quand reviendra-t-il ? demanda aussitôt Mélisse, le cœur serré.
- Trois jours, une demi-lune maximum.
- Une demi-lune ? s'étrangla-t-elle. C'est bien trop long ! Le temps que nous rentrions à Golefalois, l'enfant…
- Par Andrasté, ne croyez-vous pas que j'ai d'autres soucis ? rugit le templier, la faisant reculer de quelques pas sous le choc, Raki poussant un grondement sonore à ses côtés. J'ai une tour emplie de mages à gérer sans la présence de leur Grand Enchanteur, des mages qui ont entendu parler de la défaite d'Ostagar et qui se demandent s'ils ne pourraient pas profiter de cette guerre civile pour tenter une rébellion ! Je n'ai pas de temps ni de ressources à consacrer à votre affaire ! Pas tant qu'Irvine est absent !
Mélisse le dévisageait, pétrifiée, partagée entre la frayeur et l'écœurement. Raki grondait toujours sourdement à ses côtés, ses petits yeux bruns braqués sur le templier. Ce dernier lui jeta un coup d'œil mais ne sembla pas s'inquiéter plus que ça. C'était un homme intelligent. Il connaissait bien les mabaris et leur maîtres. Tant qu'il n'attaquerait pas physiquement la jeune femme, il ne risquait rien. Et il n'avait aucune intention ni raison de le faire. Cette gamine avait été envoyée là car personne ne croyait en cette exorcisme miracle, il s'en doutait bien. La preuve, ils avaient déjà pensé à un plan de secours, là bas à Golefalois, si elle échouait. Au moins, ils restaient des gens qui savaient utiliser leurs cervelles là dehors.
- Attendez qu'Irvine revienne, déclara-t-il d'un ton définitif. S'il accepte de vous aider, je vous fournirais l'aide qu'il demande et peut être que vous arriverez à Golefalois à temps. Sinon ce gamin et le démon seront passés au fil de l'épée. Dans les deux cas, le démon meurt et l'incident est clôt. Cela est suffisant pour moi.
Ignorant le dégoût à présent clairement visible sur le visage de la jeune femme, il se pencha sur le parchemin qu'il était en train consulter avant que Cullen ne fasse irruption dans son bureau et la congédia d'un signe dédaigneux de la main :
-A présent dehors. J'ai d'autres chats à fouetter et vous me faites perdre mon temps.
Mélisse hésita un instant puis sortit, non sans tirer un peu violemment la porte. Son geste puéril lui fit du bien. Elle bouillait de rage, face à cet homme au cœur plus dur que celui d'un golem mais aussi face à son impuissance. Elle ne pouvait rien, absolument rien faire sans l'aide mes mages. Elle devait se résoudre à attendre et chaque journée passée était une journée de moins à vivre pour Connor.
Comme de coutume ce fut un petit jappement de Raki qui la ramena à la réalité. Posant sans même y penser sa main sur la tête de son compagnon à quatre pattes, elle leva ses yeux clairs pour rencontrer le regard de Cullen. Elle fut légèrement étonnée de le trouver toujours là mais étrangement soulagée. Après tout, il était le seul qui lui avait adressé la parole depuis son arrivée (elle ne comptait pas cet étrange mage à la voix trainante qui lui donnait froid dans le dos).
- A votre attitude je présume que l'entretien ne s'est pas déroulé à votre convenance ? osa-t-il prudemment, ses yeux caramel la dévisageant attentivement.
- Vous présumez bien. Le Chevalier Capitaine ne bougera pas le petit doigt avant que le Premier Enchanteur ne revienne.
Énoncer à voix haute la situation était pire encore. Elle poussa un long soupir, passant ses mains sur son visage, lasse, sans même réaliser que son souffle tremblotait. Elle savait de quoi elle avait l'air à ce moment là : toujours trempée d'eau de pluie, froissée et sale du long voyage, le teint pâle de fatigue et à deux doigts de fondre en larmes…Elle entendait dans un recoin de sa tête la voix dure de son père la rappeler rudement à l'ordre accompagné d'une violente bourrade dans les côtes sans doute. Redresse-toi. Cesse tes minauderies. Et rappelle toi qui si tu déshonores notre maison je viendrais moi-même appliquer ta sentence.
D'aussi loin que remontait ses souvenirs, ces paroles avaient toujours eu un effet galvanisant sur elle car elle était terrifiée de voir le vieux Bann Gilmore apparaitre au détour d'une rue, le regard brillant, l'écume aux lèvres et une branche de bois vert dans les mains. Même si le vieillard avait vécu à des lieus de là où elle se trouvait. Même s'il était mort il y avait trois hivers de cela. A présent, cela lui semblait bien absurde. Elle avait affronté des engeances, des bandits, des morts vivants et elle était toujours là. A moitié brisée, sans aucun doute, mais elle respirait. Son sang coulait dans ses veines et ses yeux embrassaient encore les paysages de Thédas. Le vieux tyran était étendu froid comme la glace, pourrissant et dévoré par les vers, dans une crypte oubliée du nord de Férelden. Il n'était plus une menace. Il n'était qu'un tas de chair putréfié. Elle avait gagné.
Cette réalisation la fit éclater de rire, d'un rire mauvais qu'elle ne se connaissait pas. Elle riait de sa bêtise, de son soulagement malsain, de cette impression de liberté qui l'avait soudain envahie. Et le rire rauque s'étrangla dans sa gorge, se transformant petit à petit en sanglots. Bientôt elle ne put retenir les larmes qui montaient à ses yeux. Des larmes de rage, de dégoût. Qu'importait que cette brute soit morte, qu'elle n'ait plus à le craindre. Roland était bel et bien mort lui, aussi et elle était impuissante face au sort de Connor. Oh oui, bien sûr, elle avait jurée devant Andrasté qu'elle ferait son possible pour le sauver. Belles paroles d'hypocrite ! Qu'avait-elle fait jusqu'alors ? Elle était entrée dans un bureau, s'était faite vertement rabrouer par un homme d'honneur mais sans cœur et se retrouvait à sangloter comme une gamine dans un couloir, trempée et grelottant de froid. Pathétique.
Elle ne s'était bien sûr pas rendu compte de l'effet de sa réaction sur le jeune templier qui lui faisait face ni même sur Raki. Tous deux avaient ouverts de grands yeux à son soudaine hilarité, légèrement pris de court. Puis quand les larmes étaient venues, leurs comportements avaient grandement divergé. Si Raki s'était immédiatement approché d'elle en couinant plaintivement, essayant de lui lécher les mains et frottant sa grosse tête contre ses jambes, le templier nommé Cullen ressemblait plus à une statue. Raide, ses bras ballants, il regardait d'un air perdu et, il fallait l'avouer, passablement débile la jeune femme face à lui. Il n'avait absolument aucune idée de ce qu'il devait faire. Pour n'importe quoi d'autre il aurait hélé un professeur, de préférence de sexe féminin, ou une prêtresse, et les auraient laissé se débrouiller. Mais elle était guerrier, non mage. Toutes les instructions qu'il avait reçues ne s'appliquaient pas ici. Elle aurait été templier, il aurait sans doute…Non, à vrai dire, cela ne changeait rien. Les seules femmes templiers qu'il avait rencontrées étaient terrifiantes, il ne pouvait pas imaginer les voir fondre en larmes un jour. Il resta donc là, droit comme un i, impuissant et incapable de penser à quoique ce soit d'autre que le fait qu'il aurait largement préféré être face à un démon dans l'Immatériel que face à une jouvencelle qui sanglotait.
- Hey regarde ça Neria ! Encore un méchant templier qui s'amuse à faire pleurer les jeunes filles en détresse !
Essuyant ses larmes du revers de la main, Mélisse jeta un regard aux nouveaux venus. Deux mages se tenaient là, un humain et une elfe. Si l'humain arborait un sourire narquois qui allait magnifiquement de pair avec sa belle allure et ses yeux pétillants, l'elfe à ses côtés semblait plutôt concernée voire même gênée. Ses longs cheveux noirs étaient délicatement coiffés en un chignon soigné et l'on voyait à peine le pointu de ses oreilles, masqué par un bandeau de tissu bleu nuit. Ses yeux verts allaient de Mélisse à Cullen, se demandant sans doute s'il n'était pas plus sage de faire demi-tour, et ses mains fines se resserrèrent sur l'épais grimoire qu'elle tenait serré contre sa poitrine.
- Je te l'avais bien dit, continua le mage humain d'un ton qui se voulait jovial mais qui suintait le dédain. Vu la façon qu'ils ont de passer leur temps à terroriser les demoiselles, il n'y a aucun doute que ces braves soldats de la Chantrie croient encore à cette vieille légende qui raconte que les larmes de jouvencelles sont hautement aphrodisiaques.
Il braqua ses yeux clairs sur Cullen avec un sourire mauvais :
- Auriez-vous l'intention de faire des folies ce soir, Messire Templier ?
Mélisse ne put retenir un sourire, étouffant ses sanglots, et aurait certainement répondu sur le ton de la plaisanterie si elle n'avait pas vu du coin de l'œil Cullen se décomposer. Le templier avait pris une étrange teinte écarlate et semblait trembler à la fois de rage et d'embarras. Voyant la mâchoire crispée et les poings serrés de l'homme en armure, elle allait intervenir plus sérieusement pour expliquer le malentendu quand l'elfe donna un petit coup de livre dans le bras de son compagnon :
- Ça suffit Anders, siffla-t-elle d'un ton qui n'invitait à aucune discussion. As-tu oublié que tu as déjà des problèmes ?
- Ce que tu appelles problèmes, j'appelle cela animation, grommela-t-il en se massant le bras avec plus d'emphase que nécessaire. Voudrais-tu donc que je nous laisse tous mourir d'ennui ?
- Un peu d'ennui ne serait pas de refus, idiot, répliqua l'elfe.
Si ces paroles semblaient dures, le sourire amusé sur les lèvres de la mage démontrait qu'elle n'était pas si en colère que cela avec celui qui devait être un ami proche. Elle lui interdit néanmoins d'ouvrir de nouveau la bouche par un regard glacial et se retourna vers Mélisse et Cullen, serrant de nouveau son grimoire contre sa poitrine :
- Pardonnez nous notre interruption, fit-elle avec un sourire gêné. Nous venions voir le Chevalier Capitaine.
- Il est tout à vous, répondit Mélisse en retenant un reniflement et en s'écartant de la porte. J'ai passé mon tour.
A ces mots, le regard du mage humain se mit de nouveau à pétiller et il esquiva lestement un coup de grimoire probablement destiné à le faire taire de façon préventive.
- Aha ! C'est donc notre valeureux Chevalier Capitaine qui est en quête de virilité pour exercices nocturnes ! lança-t-il gaiement. Je m'en vais de ce pas dénicher des informations ! Ce soir, mes amis, nous aurons de quoi parler autour de la cheminée !
Mélisse entendit distinctement Cullen s'étrangler derrière elle alors que le jeune homme ouvrait théâtralement la porte du bureau de Greagor pour y pénétrer avec une démarche de héros. Un court silence tomba sur le couloir suivit immédiatement de hurlements sonores provenant de l'intérieur de la pièce. Mélisse croisa le regard de la jeune elfe et elles se mirent à pouffer malgré elles, s'éloignant en un commun accord silencieux le plus loin possible de la pièce bruyante. Cullen les suivit d'une démarche un peu raide mais également hâtive.
Une fois hors de portée et hors de danger du bureau du Chevalier Capitaine, Mélisse se sentit un peu mieux. D'avoir pleuré et rit à si peu de temps d'intervalle l'avait tiré de sa torpeur malsaine mais également épuisée. Elle baissa les yeux sur Raki qui essayait toujours d'attirer son attention et s'accroupit pour se mettre à portée de sa grosse tête. Il attaqua immédiatement son visage à grand coup de langue humide avant de fourrer son museau dans ses cheveux. Elle lui caressa gentiment la tête des deux mains, souriant malgré elle et malgré son cœur lourd comme une pierre. Heureusement qu'il était là. Toujours constant, toujours présent. Toujours à ses côtés.
Elle sentit soudain des regards sur elle et leva les yeux pour voir la mage elfe les dévisager avec un léger sourire aux lèvres, presque attendrie. Cullen, toujours crispé, observait également la scène mais elle vit ses yeux jeter des coup d'œil furtifs à la jeune elfe qui se tenait à quelques pas de lui. Cette dernière tenait de nouveau son grimoire tout contre elle et semblait avoir oublié la présence du templier dans son dos :
- Est-ce là un chien de guerre mabari ? s'enquit-elle d'un ton vibrant d'excitation, les yeux pétillants.
- En effet, lui répondit Mélisse en esquissant un sourire fatigué, Raki tournant la tête vers l'elfe.
- C'est la première fois que j'en vois un en vrai, souffla la mage d'un air ravi. Oh bien sûr, j'ai lu des récits dans des livres et vu des illustrations mais je ne les imaginais pas si imposants. Il est magnifique.
Visiblement ravi du compliment, Raki poussa un jappement sonore, sa petite queue battant à une vitesse frénétique lui conférant cet étrange petit dandinement du derrière que gens trouvaient soit adorable soit ridicule. La jeune elfe ouvrit des yeux ronds avant d'éclater de rire. Son rire était clair, cristallin et communicatif. Mélisse se prit à sourire un peu plus franchement et elle vit également un sourire se dessiner sur les lèvres de Cullen. Elle se reporta de nouveau son attention sur la mage qui avait fait un pas en avant vers eux :
- Puis-je ? s'enquit-elle, hésitante de peur de l'offenser.
- S'il le veut bien, répondit tout naturellement Mélisse en se redressant, tapotant gentiment le dos de Raki.
Ce dernier n'hésita pas une seconde et s'avança en trottinant vers l'elfe, recouvrant rapidement de bave la main tendue vers lui. Le rire cristallin s'éleva de nouveau, bientôt joint par des jappements joyeux alors que les petites mains fines caressaient affectueusement la grosse tête de l'animal. Mélisse décida qu'elle aimait bien cette mage. Si Raki l'appréciait, c'était qu'elle avait des principes solides et une volonté forte. De plus elle lui semblait douce et sensée. Elle qui n'avait jamais vraiment fréquenté les mages et en avait plus souvent entendu du mal que du bien, elle se trouvait soulagée de voir que certains d'entre eux ne semblait pas si différents des gens normaux. La cohabitation serait peut être plus facile que prévue en fin de compte. Mélisse les laissa s'amuser quelques instants et vint se placer à côté de Cullen. Ce dernier observait avec une attention toute particulière la scène qui se présentait face à lui, un léger sourire aux lèvres. Et quand la jeune mage se redressa pour s'adresser de nouveau à eux, les yeux brillant de joie, Mélisse aurait pu jurer voir une légère rougeur apparaitre sur les joues du jeune homme.
- Avec tout cela, j'ai oublié de me présenter, dit-elle avec un gentil sourire. Je suis Neria Surana, Apprentie de la Tour du Cercle.
- Mélisse Gilmore, répondit la guerrière. Et voici Raki.
Le mabari aboya joyeusement à son nom et la jeune elfe se mit à rire doucement, en lui caressant de nouveau gentiment la tête. Ce fut alors qu'un son de cloche quelque peu immatériel résonna à leurs oreilles et Mélisse vit l'elfe braquer immédiatement son regard sur Cullen, l'air soudain inquiète. Peut être même légèrement apeurée.
- Je…Je vais m'en retourner tout de suite à mes cours, Ser Templier, annonça-t-elle rapidement, resserrant son étreinte sur son grimoire.
- Nul…Nul besoin de vous presser, Apprentie, répondit Cullen en se raclant la gorge, visiblement mal à l'aise. Mais il serait sans doute plus sage de rejoindre votre classe, en effet, ajouta-t-il d'une voix plus ferme.
- Bien sûr, acquiesça-t-elle avec vigueur.
Elle se tourna vers Mélisse, esquissant un sourire qui paraissait soudain bien faible :
- Ravie de vous avoir rencontrée Dame Gilmore. Toi aussi Raki, ajouta-t-elle en lui gratouillant le sommet du crâne. J'espère vous revoir bientôt. Au réfectoire peut être ?
- Nous y serons sans aucun doute possible, confirma Mélisse avec un hochement de tête faussement sérieux. L'un d'entre nous est un estomac à quatre pattes.
Sentant que l'on parlait de lui, Raki émit un léger jappement de joie. Neria esquissa un sourire et ouvrit la bouche pour ajouter quelque chose quand le son de cloche aérien résonna une nouvelle fois dans le long couloir. Jetant un regard cette fois-ci clairement effrayé à Cullen qui se raidit légèrement, l'apprentie mage inclina la tête en signe d'au revoir et s'éloigna rapidement dans le couloir, le bruit de ses pas légers disparaissant dès qu'elle passa l'angle du mur. Mélisse jeta un coup d'œil à Cullen alors ce dernier sembla littéralement se dégonfler, passant une main dans ses cheveux blonds. Il capta son regard et ses joues s'empourprèrent.
- Je…Pou…Pourquoi me dévisagez vous ainsi ? s'enquit-il visiblement pris de court face au léger sourire qui se dessinait sur les lèvres de la guerrière.
- Pour rien, répondit-elle simplement ne voulant pas ajouter à son embarras. Je suis soulagée de voir que la rivalité mage-templier dont j'ai tant entendue parler ne semble pas si fondée. C'est un soulagement.
- Un soulagement, hein ? fit-il en se massant la nuque, les joues encore légèrement rosées. Ma foi, ce serait mentir que de vous dire qu'elle n'existe pas.
Elle releva les yeux vers lui, étonnée du changement dans le ton de sa voix qui s'était fait plus dur. Le visage du jeune templier s'était refermé et il lui apparut soudain comme le soldat qu'il était, solide et déterminé :
- « La magie doit servir l'homme, et non l'asservir » Transfigurations 1:1-5. Les mages possèdent un don, c'est vrai, mais ils doivent être surveillés et sous contrôle. La tentation est grande pour un mortel ayant accès aux pouvoirs de l'Immatériel et les démons sont bien plus malins que les hommes.
- Mélisse ne put qu'hocher la tête, n'ayant aucune connaissance en la matière pour alimenter la conversation. Les seuls mages qu'elle avait vu été ceux d'Ostagar et ceux qu'elle avait croisé depuis le matin même dans la Tour. Ils lui avaient tous parus normaux, loin d'être capable de toutes les histoires horribles qu'elle avait entendues. Mais elle n'avait pas vraiment le droit d'émettre la moindre opinion, ses connaissances n'étaient pas suffisantes. Et on lui avait toujours appris à se taire et à observer avec attention avant d'émettre le moindre avis.
Elle étouffa un bâillement qui tira Cullen de son humeur sombre et il esquissa un sourire en la voyant passer ses mains sur son visage pour demeurer éveillée :
- Vous avez voyagé depuis des jours et vous êtes trempée, remarqua-t-il alors. Vous voulez sans doute pouvoir vous changer et vous reposer. Je doute que l'on vous accordera une chambre d'hôtes mais je peux vous indiquer où se trouve les dortoirs de la caserne. Nous avons des lits de libre.
- Je vous remercie Ser Cullen pour votre offre mais je préfère éviter de dormir pour le moment.
Elle sentit qu'il la dévisageait alors attentivement et elle pria de toutes ses forces pour qu'il ne lui pose pas plus de questions. Elle ne voulait pas en parler. Elle ne voulait pas lui dire que dès que ses yeux se fermaient elle voyait Roland mourir, encore et encore, l'accusant de l'avoir abandonné. Et que depuis peu un petit garçon qui ne pouvait être autre que Connor lui hurlait la même chose. Tentant d'éviter les yeux caramel inquisiteurs, elle s'accroupit pour flatter Raki qui comme de coutume accueillit les caresses avec joie. Elle sursauta légèrement lorsque la main du templier apparut devant ses yeux, la tirant vivement de ses pensées morbides. Elle leva les yeux pour rencontrer un gentil sourire :
- Je connais le remède parfait pour faire passer le temps dans ce cas là. Si vous voulez bien me suivre Ma Dame.
Elle accepta la main tendue, son cœur s'emballant légèrement dans sa poitrine. Cela faisait bien longtemps que personne ne l'avait traitée de la sorte. Comme si elle était…estimée et délicate. C'était agréable, très agréable. Et elle décida d'en profiter un peu plus longtemps. Après tout, qui d'autre qu'un valeureux templier pouvait venir aussi facilement à la rescousse d'une demoiselle en détresse ?
oOo
Si Cullen la traitait en dame, il n'oubliait cependant pas qu'elle était une guerrière et cela le fit grimper en flèche dans l'estime de Mélisse. Il la conduisit dans la salle d'entraînement des templiers et passa de longues heures à ses côtés à manier le fer. Patiemment, il lui fit face alors qu'elle déchainait sur lui toute la tension accumulée ces dernières semaines. Raki attendait avec une visible agitation un peu plus loin ayant interdiction de prendre part au combat. Lorsque Cullen dut s'absenter pour prendre son poste, d'autres templiers approchèrent Mélisse pour continuer l'exercice car ils avaient observé la scène depuis un long moment. Le soir venu, un jeune templier la conduisit à l'un des dortoirs des nouvelles recrues et elle tomba sur le lit qu'on lui désigna, épuisée, le corps endolori. Elle sombra aussitôt dans un sommeil de plomb. Lorsque le lendemain elle retrouva Cullen dans le réfectoire et qu'il lui demanda avec un sourire si elle avait bien dormi, elle se rendit compte qu'elle n'avait pas rêvé, ni de Roland ni de Connor. Et que cela avait sans doute été le plan de Cullen depuis le début. Elle sentit son cœur gonfler dans sa poitrine alors qu'elle hochait la tête, s'asseyant en face de lui pour partager son petit déjeuner. Il lui faudrait attendre des jours, peut être une demi lune que le Premier Enchanteur revienne mais l'attente serait sans doute plus agréable que prévue.
Les jours passèrent, les uns après les autres et bien que Mélisse soit de plus en plus inquiète quant au sort de Connor, elle devait avouer que cela faisait longtemps qu'elle ne s'était pas sentie aussi bien quelque part. Après une légère hésitation de leur part à son arrivée, les templiers l'acceptèrent auprès d'eux en tant que guerrière. Elle partageait leur table au réfectoire, s'exerçait avec eux et participait à leurs veillées dans la caserne. Elle évitait de se rendre à la prière dans la chapelle mais personne ne lui fit de remarque, acceptant le fait qu'elle n'était pas des leurs. Lors de leurs entraînements ils devinrent petit à petit plus bavards, lui enseignant quelques techniques de templiers ou lui expliquant certaines de leurs compétences en termes très simples. Bien entendu jamais elle ne pourrait appliquer ces enseignements mais elle trouvait le fait que de simples humains puissent contrôler des personnes aussi puissantes que les mages fascinants. De son côté, elle leur montrait quelques tours de Guerrier Cendré. Plus d'une fois, des combats d'entrainement furent organisés face Raki et ils étaient toujours très populaires, la plupart des Templiers n'ayant jamais combattu un chien de guerre. Ces confrontations amicales se déroulaient toujours sous les encouragements des templiers spectateurs et finissaient sous les rires lorsque le pauvre templier en question finissait cloué au sol par un Raki aboyant dans ses oreilles.
En dehors des Templiers elle se retrouva également souvent en compagnie de l'apprentie Neria Surana et de quelques uns de ses amis, en particulier le mage blond à la langue bien pendue, Anders. Elle passa de nombreuses soirées avec eux devant la cheminée du foyer, Anders racontant toujours des histoires abracadabrantes pour amuser la galerie, allant des récits de ses escapades ratées aux tours qu'il jouait en permanence aux templiers. Mélisse se demandait comme il faisait pour toujours réussir à échapper aux punitions et surtout pour être toujours aussi insouciant.
- Il est juste idiot, lui avait répondu Neria avec un sourire lorsqu'elle lui avait demandé. Mais il est ma bouffée d'oxygène ici. Je serai devenue folle sans un ami comme lui.
Elle s'était tue après ce commentaire, son joli visage se refermant imperceptiblement, et Mélissa n'avait pas cherché à en savoir plus. Chacun avait le droit à avoir des secrets, elle la première. Anders s'était démontré moins idiot qu'il ne voulait le faire croire. Elle avait passé quelques heures seule en sa compagnie lorsqu'ils attendaient Neria à la bibliothèque et avaient beaucoup discuté. Il voulait tout savoir du monde en dehors des ces murs alors que Mélisse souhaitait comprendre comme la vie se déroulait dans la Tour. Il haïssait rester là au plus haut point et elle pouvait comprendre cela. Vivre en permanence dans les mêmes pièces, avec les mêmes personnes, surveillé par des hommes en armure ne semblait guère plaisant même si cela était nécessaire. Cela lui rappelait étrangement son enfance et elle en avait détesté chaque seconde.
- Le seul avantage c'est que l'on n'est jamais à court de potins, lui dit-il une fois avec un clin d'œil malicieux.
- Tiens donc ? s'enquit-elle avec un sourire. Et pourquoi cela ?
- Parce que nos amis communs les Templiers sont des imbéciles de mufles en boîte et qu'ils sont aussi crétins que leurs deux pieds gauches, avait-il répliqué avec un ricanement cruel. Les torturer est ma passion ! Les ridiculiser ma mission ! Et rien n'est plus facile que de faire rougir des pieds à la tête ces puceaux en armure !
A ces mots, Mélisse avait ouvert de grands yeux, prise de court. Anders l'avait remarqué et s'était penché vers elle, tout sourire, ajoutant sur le ton de la confidence :
- Observe attentivement ton cher ami Cullen la casserole la prochaine fois que Neria passe à côté de lui. Tu y verras l'excitation d'un damoiseau vierge qui ne souhaite que sauter sur la blanche colombe pour la dévorer ! Ca ou la faire mourir d'ennui par des bégaiements insipides, avait-il ajouté après une seconde de réflexion.
Mélisse ne fut que modérément surprise par ces paroles car il lui avait également semblé que Cullen éprouvait quelque chose pour la jeune elfe. Cependant elle avait froncé les sourcils, soudain inquiète :
- J'espère que vous n'allez rien tenter contre Cullen, avait-elle dit d'un ton grave. C'est un homme bon qui ne fait que son devoir.
- Et bla bla bla, avait fini Anders d'un ton las en levant les yeux au ciel. Inutile de monter au créneau pour défendre votre virginal en armure, Neria m'a déjà interdit de le toucher sous peine de finir à l'état de légume baveux et impotent. Non merci !
Elle avait esquissé un sourire, décidant de garder cette information pour elle-même. Qui sait, elle pourrait peut être aider Cullen à son tour et lui rendre un service pour le remercier de tout ce qu'il avait fait pour elle. Elle était certaine que son aide serait appréciée dans ce domaine.
oOo
- Dame Mélisse !
Elle se retourna pour voir Cullen approcher à grands pas d'elle dans le couloir. Elle était en route pour le bureau de Greagor, déterminée à lui faire revoir sa position. Voilà maintenant près d'une demi-lune qu'elle était arrivée à la tour, douze jours pour être précise, et elle souhaitait savoir combien de temps encore il lui faudrait attendre. Plus les jours passaient, plus l'inquiétude la rongeait. Elle ignorait tout de ce qui se passait là au dehors et un étrange malaise l'avait saisi depuis le matin au réveil. Depuis elle tournait dans les couloirs comme un lion en cage et s'était enfin décidée à prendre le templier par les cornes et à exiger des réponses. Le large sourire sur le visage de Cullen la détendit plus qu'elle ne l'aurait pensé et elle se surprit à sourire à son tour. La présence du jeune templier blond était toujours étrangement apaisante pour elle et s'était rendue compte depuis peu qu'elle recherchait sa compagnie. Le fait qu'il soit agréable à regarder était également appréciable.
- Ser Cullen, le salua-t-elle quand il fut arrivé à son niveau, Raki jappant son bonjour également. Quelles nouvelles ?
- De bonnes nouvelles, déclara-t-il son sourire s'élargissant encore. Je viens de recevoir un message du continent : le Premier Enchanteur Irvine sera de retour dès demain. Il fait route pour la Tour en ce moment même et devrait être parmi nous à l'aube.
A ces mots une vague de soulagement la submergea. Enfin elle allait pouvoir faire quelque chose pour aider l'enfant ! Enfin l'attente était terminée ! Dans un élan de joie, elle sauta au cou du jeune homme en riant le serrant brièvement contre elle avant de relâcher son étreinte. Il s'était légèrement tendu à son contact mais il souriait toujours lorsqu'elle leva ses yeux vers lui :
- Je suis heureux pour vous, fit-il sincèrement alors qu'elle tenait toujours ses mains dans les siennes. Je serai en revanche désolé de vous voir partir.
- Moi de même, répondit-elle sur le même ton se resserrant ses mains. J'espère que nous garderons contact, du moins autant que nous le pourrons. Je ne saurais comment vous dire à quel point votre aide m'a été précieuse.
- Non, non, je vous en prie, fit-il en rosissant. Je n'ai rien fait de bien louable.
Mélisse le dévisagea un instant. Elle était certaine qu'il croyait chacun de ses mots. Il ne s'était pas rendu compte dans quel état elle était à son arrivée à la Tour ou en tous cas, il ne l'avait jamais mentionné, par pudeur et politesse certainement. Il avait été le premier à lui parler, à lui tendre la main et, tout naturellement, à l'aider à se faire une place au milieu de ces étrangers. Cet homme, ce templier nommé Cullenc était plus important à ses yeux en ce moment là que n'importe quelle autre personne qu'elle connaissait. Et elle voulait vraiment faire quelque chose pour lui.
- Ceci est peut être notre dernière journée ensemble en tous cas, dit-elle d'une voix triste. Venez, essayons d'en profiter le plus possible.
Et elle ajouta d'un ton plus bas :
- Et profitons-en pour parler d'une certaine apprentie elfe.
A ces mots, le jeune templier s'empourpra alors que ses yeux couleur caramel s'ouvraient grand. Voyant le gentil sourire sur les lèvres de la guerrière et nulle dérision sur son visage, et seulement après avoir jeté un regard légèrement paniqué autour d'eux, il hocha la tête et la suivit dans le couloir, le bout des oreilles toujours écarlates.
A suivre…
Prochain chapitre : 9. La chute de la Tour du cercle
Voilà, c'en est fini pour ce chapitre « interlude ». Si l'histoire dans le jeu n'a pas trop avancé, ce chapitre est essentiel pour les liens entre Cullen et Mélisse car n'oubliez pas que j'ai l'histoire de Mélisse dans ma tête de DAO à Dragon Age Inquisition (où elle retrouvera notre ami Cullen bien entendu !). Dites moi ce que vous en pensez !
Prochain chapitre, l'épisode de la Tour du Cercle possédée ! Aie aie aie !
