Nouveau chapitre, faisant avancer rapidement l'histoire du jeu, pour arriver au Conclave. Nous nous rapprochons rapidement de la fin de cette fic, mais pas de la fin de l'histoire de Mélisse. Ses aventures continueront dans Dragon Age 2 et Inquisition !
J'espère que vous aimerez ! Bonne lecture ! (et une petite review si vous appréciez la lecture svp!)
11. Lettre à Cullen
Mon cher Cullen,
Une fois encore, j'ignore si vous lirez cette lettre. J'ignore même si je vous l'enverrai. Les trois dernières que je vous ai écrites sont toujours consignées dans ce petit carnet que je tiens dans mes mains et je ne peux me résoudre à arracher ces feuillets pour vous envoyer mes pensées. Qui sait, peut-être vous enverrais-je le carnet entier une fois celui-ci fini ? Ou bien je le jetterai au feu, pour que jamais vous ne puissiez ressentir ce que je ressens en ce moment, que jamais vous ne sachiez à quel point mon cœur est sombre et laid. Je ne souhaite pas vous infliger cela, vous m'êtes trop cher. Savoir que vous ne lirez jamais ces mots me rassure et me laisse déverser ma bile et mes pensées sur ce papier. Belle contradiction. Idiotie sans fond. Allez savoir.
Néanmoins je ressens le besoin de vous écrire car vous restez ainsi bien vivant dans mes pensées. Voilà bientôt trois lunes que je vous ai quitté et j'espère que tout va bien pour vous. J'espère que comme moi, vous êtes entourés de compagnons bienveillants (ou du moins pour la plupart) qui vous chérissent et vous forcent à avaler des montagnes de fromage pour vous remplumer ! Je crois bien que je ne pourrais plus jamais regarder une vache de la même façon désormais. Elles sont synonymes de bien de digestions difficiles !
Nous avons mis de la distance entre nous et Hautecime. Je souhaiterai ne plus jamais retourner là bas si cela m'est possible. Non pas que j'y ai été chassée, loin de là. Dame Isolde et Iarl Eamon ont été plus qu'attentionnés à mon égard, et m'ont assuré que je serai toujours la bienvenue. Ils m'ont répété, encore et encore, qu'ils avaient apprécié mes efforts et qu'ils me pardonnaient. Ces mots m'ont aidé plus que je ne l'avouerais à qui que ce soit. Mais je ne me pardonne pas. Je ne me pardonnerai jamais. Et bien que je sourie et que j'acquiesce lorsque Ser Alistair me répète que je peux lui parler de tout, je sais que vous êtes le seul qui pourrait me comprendre. Comprendre ce bloc de glace qui brûle entre mes côtes et me rappelle ma couardise. Dans ces moments là, votre absence est plus que douloureuse.
Mais je sais qu'il me faut aller de l'avant. Alors je prends exemple sur Raki et je mets une patte devant l'autre. Suivant les directives de Dame Cousland, nous nous enfonçons dans la forêt de Brocéliande. J'ignore ce qu'elle veut y faire alors que le Iarl Eamon nous a poussés à rejoindre au plus vite Dénérim pour préparer le Conclave. Mais personne ne questionne les ordres de Dame Cousland. Ser Alistair, bien que toujours un peu remonté contre elle, lui a, je pense, déjà pardonné. Elle a le don d'amadouer n'importe quel homme, avec ses jolis sourires et ses manières doucereuses de succube. Plus je passe du temps à ses côtés, moins je la crains. Car si je me blâme pour la mort de Connor, je la tiens également pour responsable. C'est elle qui tenait la lame. C'est elle le bourreau. Quel courage y-a-t-il à tuer un enfant ? Où était-elle lorsque la Tour tombait aux mains de démons possédant des adultes forts et puissants ? Elle abattait froidement un garçon qui pouvait à peine porter une épée. Lâche et méprisable. Non, je ne la crains plus. Son influence sur le reste de notre troupe la rend dangereuse à mes yeux, et les années de servitude à son égard me poussent parfois à faire le dos rond. Mais je ne suis plus dupe. Je ne suis plus la petite fille bâtarde de ce père qu'elle maudissait pour son indiscrétion. Je vois clair en son jeu. Et si nous sortons vivants de cette ère de ténèbres qui nous entoure, je tournerai les talons et mettrai tout Thédas entre cette vipère et moi. Vous me trouverez peut être naïve. Vous penserez peut être qu'il y avait une part de raison dans son geste, que le sacrifice d'un être vaut la protection d'une centaine d'autres. J'ai dû mal à comprendre ce concept et en ce moment même, je refuse de le comprendre. J'espère que vous ne me jugerez pas trop durement pour cela et ne prendrez pas mes mots empoisonnés pour de la jalousie mal placée. J'espère juste que vous me donnerez le bénéfice du doute, jusqu'à ce que j'aie le courage de tout vous dire. Si cela arrive un jour.
Il fait froid désormais car le soleil ne traverse pas les épais feuillages de cette forêt, et aucun feu de camp n'y brûle. Wynne a refusé d'utiliser la magie pour en allumer un, de crainte de ne mettre en colère quelque esprit sylvestre. J'attends avec une certaine curiosité, mélangée de crainte je l'avoue, de voir l'un de ces êtres. Ressembleront-ils à des arbustes gracieux à visage humain tels que dans mes livres d'enfants ? Ou seront-ils similaires à des golems de roche gigantesques, recouvert de mousse et de lierre, prêts à nous écraser pour punir notre intrusion ? Cela importe peu, sans doute, mais me laisse songeuse. J'ai déjà rencontré plus de choses étranges en ces dernières semaines de voyage que dans le reste de ma vie. Je trouve cela aussi fascinant que terrifiant. Car qui sait ce qui m'attend demain ?
Il m'est de plus en plus difficile de tenir ma plume avec les frissons qui me parcourent et je crois que je vais bientôt aller m'allonger contre Raki et Claymore pour la nuit. Je ne vous ai sans doute pas parlé de Claymore ! Il s'agit du Mabari de Dame Cousland et je suis sure que vous n'avez jamais vu une bête plus magnifique ! Grand, fort, un port altier et royal, un museau racé, l'œil vif et d'une docilité à me rendre parfois un peu jalouse quand ma petite boule d'énergie vient me réveiller à grands coups de langues au premier chant d'oiseau ! Je dois vous avouer une petite fierté de ma part également (à ajouter à la longue liste de mes traits négatifs, j'en ai peur !) : Claymore aime rester à nos côtés. De plus en plus souvent, lorsque nous sommes au camp, il vient s'ébrouer avec Raki et se couche à mes pieds, appréciant quelques caresses. Je crois qu'elle le néglige. Elle n'a jamais voulu de cet animal, le réclamant telle une princesse gâtée lorsqu'elle n'était qu'une gamine, à grand renfort de cris et de larmes, quand son frère Fergus en avait reçu en cadeau de la part de leur père. Elle l'avait ensuite paradé dans tout le château pendant une demie-lune avant de s'en désintéresser, confiant son entraînement au Maître du Chenil. Il a été le premier mabari que j'ai vraiment apprécié et sans doute une des raisons qui m'a fait prendre la voie de Guerrier Cendré. Je me demande parfois s'il se rappelle de moi, nous étions tous deux si petits à l'époque.
Dans tous les cas, l'intérêt qu'elle lui porte aujourd'hui est tout aussi inexistant que naguère. Par deux fois déjà, je me suis occupée de lui donner le sérum de la fleur de marais alors qu'il revenait de mission couvert de sang d'engeance. Négligence impardonnable à mes yeux. Que ferait-elle s'il était atteint de corruption ? Elle lui trancherait très certainement elle-même la jugulaire, utilisant cette même épée encore recouverte du sang de Connor, et continuerait son chemin sans sourciller. Despote au cœur de pierre. Oui, je sais, je ne fais que lister de nouveau des raisons de la détester semblant peut être frivoles en tant de guerre (car un mabari n'est qu'une arme jetable dans l'esprit de beaucoup de monde, n'est ce pas ?). Mais c'est un fait. Nous ne serons jamais amies tout comme nous n'avons jamais été de la même famille, même si je l'avais tant espéré enfant. Nous sommes à peine alliées. Je reste malgré moi à ses côtés pour la douce Wynne, Ser Alistair, l'amusante et intrigante Leliana et, je l'avoue, l'horripilant Oghren ! Je n'ose pas vous dire qui d'autre voyage en notre compagnie, pour ne pas vous inquiéter d'avantage. Sachez seulement que je sais avec qui m'entourer dans cette compagnie. Et que je sais de quel côté du camp dormir, blottie entre deux mabaris ronflants.
Mes doigts s'engourdissent, mes blessures n'étant pas tout à fait guéries, et je crois qu'il est temps pour moi de finir cette lettre. Si vous lisez ces mots, je vous souhaite de trouver du réconfort dans des choses simples (avec ce délicieux breuvage épicé que nous aimions partager auprès du feu peut être ? Par Andrasté, que ces moments me manquent). J'espère aussi que vous transmettrez mes amitiés à Anders, même si je sais que cela vous sera difficile. Mais il est toujours un être cher et il est sans doute un de ceux qui nous comprennent le mieux, aussi paradoxal que cela puisse sans doute vous paraître. Je ne vous force en rien cependant. Personne n'a le droit ou le pouvoir de faire cela. Et si ces mots ne quittent jamais ce cahier, et bien il n'en sera pas plus mal.
En espérant toujours avoir de vos nouvelles,
Votre bienveillante amie Mélisse
A suivre...
Chapitre 12 : Le prince Alice
