Bonjour à tout le monde ! Je vous souhaite de passer de bonnes vacances.

Comme promis à UnePasseMiroir, je publie un nouveau chapitre d'Eruhína, en espérant qu'il vous plaise. Petite précision avant de commencer : je considère dans cette histoire que 90 ans pour un elfe = 18 ans pour un humain. Jusqu'à 90 ans, vous n'aurez donc qu'à diviser par cinq pour obtenir l'équivalent en âge humain.

Bonne lecture.


Chapitre 1 : Makalaurë

Le deuxième fils de Nerdanel et Fëanáro naquit au milieu de l'été, à l'aube, deux mois plus tôt qu'il n'aurait dû. Ce fut une naissance difficile, et les sages-femmes crurent perdre le bébé. Il était minuscule, et si faible ; il respirait à peine, les yeux fermés, inerte.

Sa famille sanglotait, penchée sur le berceau du petit, quand soudain, il se mit à crier. Nerdanel se hâta de prendre son enfant dans ses bras et de le nourrir, tandis que Maitimo surveillait avec attention son petit frère. Fëanáro se serait effondré de soulagement si Nolofinwë ne l'avait pas rattrapé de justesse.

Nul ne vit une silhouette vêtue de noir disparaître dans un coin obscur de la pièce.

- « Bonjour, mon petit Makalaurë » murmura tendrement Nerdanel lorsque son fils eût fini de téter. Fëanáro sourit et souleva leur aîné dans ses bras, l'installant sur ses genoux.

- « Maitimo, je te présente ton petit frère. » Timidement, le petit rouquin attrapa la minuscule main du bébé, qui ouvrit les yeux, posant un regard confiant sur son grand frère.

- « Bonjour Makalaurë ! » En réponse, le tout petit gazouilla joyeusement et agita ses petites mains.


Le premier mot de Kánafinwë Makalaurë Fëanárion fut « Atto ! ». Il parla pour la première fois lors de l'anniversaire de son père, répétant ce que disait son grand frère.

- « 'To ! At o ! » Fëanáro manqua en lâcher son verre ; il le posa prudemment sur la table et se pencha vers son fils :

- « Qu'est-ce que tu as dit, mon poussin ?

- Atto ! » s'enthousiasma le bébé en tendant ses petits bras vers le susnommé. Curufinwë le serra contre lui, le câlinant et le félicitant sous le regard attendri de Nerdanel.

- « Atto ! Mai'mo ! 'Më ! Atto !

- Trois mots en un jour ! s'exclama Nolofinwë. Il promet d'être doué.

- 'No ! »


Makalaurë avait vingt ans lorsqu'il rencontra Námo pour la première fois. L'enfant jouait dans les jardins, lorsqu'il trébucha sur une racine et s'écorcha le genou, s'effondrant en travers du chemin alors que le Vala passait en compagnie de Yavanna et Aulë.

Námo s'agenouilla auprès du petit Noldo qui pleurait et essuya doucement ses joues trempées de larmes.

- « Oh, celui-là, pesta Yavanna. Il faut vraiment que je m'en débarrasse, ce petit monstre ne cesse de causer des problèmes. » Le Juge la regarda et déclara simplement :

- « Dans ce cas, j'en veux bien. »

Makalaurë fut donc acheté par Námo, mais le Vala décida que l'enfant grandirait auprès de sa famille, et ne viendrait en Mandos qu'une fois par an jusqu'à ce qu'il atteigne l'âge de quatre-vingt-dix ans, moment à partir duquel il vivrait définitivement dans le domaine du Fëanturi. Nerdanel et Fëanáro étaient si soulagés en apprenant la nouvelle qu'ils remercièrent longuement le maître de leur enfant, qui se contenta de leur sourire doucement. Le reste de la famille était tout aussi heureux pour le petit, surtout Maitimo. Le jeune elfe aux cheveux roux veillait sur son frère.

Quant à Námo, il s'était pris d'affection pour le petit garçon qu'il avait acheté. C'était la première fois qu'un enfant courrait ainsi dans ses bras et lui réclamait des câlins à n'en plus finir. La famille du Vala – composée de Vairë, Irmo, Estë et des Maiar (vingt-cinq, soit très peu pour l'un des Aratar) et elfes qui vivaient dans son domaine – s'était agrandie. Makalaurë semblait considérer Námo comme un oncle supplémentaire ou un grand-oncle, ce qui rassurait Nerdanel et Fëanáro quant au traitement de leur fils en Mandos. Le petit avait également pu faire connaissance avec sa grand-mère, Míriel, et jouait souvent avec elle – Námo se rappelait encore en riant de la fois où le minuscule petit elfe avait réussi à emmêler tous les fils du métier à tisser de la Noldo, qui avait été quelque peu contrariée. Makalaurë était adorable, et très doué avec ce qu'on appelait communément « faire les yeux doux » ou « avoir des yeux de chien battu ». En ce qui concernait le Juge, il avait beaucoup de mal à résister à la petite bouille innocente du penneth et à ses grands yeux argentés si timides et gentils.

Námo baissa les yeux sur l'enfant niché sur ses genoux et sourit tendrement en voyant qu'il s'était endormi. Il n'avait qu'une envie, protéger cet enfant – et peu importait les autres Valar, peu importait ce que Tulkas appelait son devoir. Mais quel devoir ? Le devoir de torturer et de tuer ? Le devoir de faire du mal à des innocents ? Le devoir de renier leur père à tous, Eru Ilúvatar ? Oui, quel devoir ?

Námo n'avait qu'un souhait : que la volonté de leur Père s'accomplisse, et que par là même les Enfants puissent enfin vivre heureux et en sécurité. Et particulièrement ce tout petit elfe, innocent, attendrissant, timide mais si joyeux, si lumineux, le rayon de soleil du palais de Mandos. Cependant, il savait pertinemment que Makalaurë aurait à affronter de terribles obstacles avant que la Lumière ne revienne définitivement en ce monde. Cet enfant était la clef de leur survie, mais ce n'était pas pour cela que Námo souhaitait tant le protéger : non, c'était parce qu'il était ce qu'il était : un enfant, dans tous les sens du terme, un petit qui aurait dû connaître une enfance totalement insouciante au lieu de ce monde d'esclavage, où il souffrirait – souffrait déjà – inévitablement.

Et Námo se promit, et promit à leur Père, que jamais il ne dénoncerait l'enfant, que jamais ses pouvoirs ne seraient découverts par quelqu'un de malveillant, que jamais Tulkas ne saurait ce qu'il en était avant qu'il ne soit trop tard pour son règne de cruauté.


Celles et ceux d'entre vous qui sont observateurs auront sans doute remarqué ce qui paraît être un oubli – ce n'est pas le cas, cette omission est toute à fait volontaire de ma part.