Disputer

Coucou tout le monde ! Et voici donc le premier OS que je poste sur ce recueil et qui est basé sur le prompt proposé par Hylliy, en résumé : Du Demyx/Ventus, des fleurs, et une dispute de couple.

J'y avais pas mal pensé j'ai commencé plein de trucs mais … Comme souvent, c'est la Nuit du FoF qui m'a débloquée, sur le thème Disputer que j'ai presque pas respecté (mais mon idée de base était là, hein, donc ça compte) et j'ai dépassé d'au moins deux heures trente la contrainte de temps mais bon.

Du coup, bonne lecture !

Bouquet de soucis

« Adieu, Sweet Amaryllis … For since, to part your will is … »

De jolies notes s'envolent sur la guitare de Demyx, et Ventus vérifie pour la cinquième fois ce qu'il a écrit qu'il doit faire pour la journée. Pas grand-chose, vraiment, mais il n'avance pas et se sent comme rarement pris d'un immense élan de flemme. Son squatteur attitré, assis sur le lit comme si de rien, l'ignore presque, et Ventus ne sait s'il doit mal le prendre parce qu'il est quand même chez lui, ou en être soulagé parce que s'occuper de Demyx n'est pas dans sa liste de choses à faire. Finalement, il barra « vaisselle » de la liste et s'autorisa une pause dans sa quasi non-activité.

« Qu'est-ce que tu chantes ?

Sweet Amaryllis.

— Je l'ai jamais entendue. C'est une nouvelle ? »

Le guitariste secoue la tête dans un geste qui n'a pas de sens et Ventus vient s'asseoir à côté de lui, soupirant un genre de sourire quand les notes continuent.

« C'est joli.

— Je l'ai écrite pour mon ex. C'est un peu pitoyable, hein ? »

La voix de Demyx est basse et sérieuse, et depuis aussi longtemps que Ventus puisse le côtoyer, il n'a jamais dépassé l'étonnement qui le prend chaque fois que son ami lui montre cette facette, cette mélancolie qui absorbe toute sa musique et ses yeux. Il l'aime beaucoup, mais il ne sait pas trop réagir à ça autrement qu'en souriant.

« Je trouve pas, moi. C'est normal d'écrire quand y a des émotions qui doivent sortir. Enfin, je suppose. »

Il n'arrive pas à capter le regard de Demyx, il tente un drôle de rire qui ne trouve pas de réponse et finit pas poser une main sur l'épaule de l'autre, frappé par une pensée.

« Ton ex, qui ?

Adieu, Sweet Amaryllis … Te souviens-tu de nos promesses ? Mon cœur est lourd et les sanglots de l'océan se prennent dans ma peine …

— Eh, Dem' …

— L'amaryllis … C'est l'orgueil, en langage des fleurs. »

Et soudain il n'a pas besoin de dire plus. Soudain la tâche s'occuper de Demyx, celle qu'il n'a pas écrite, devient la priorité absolue dans la liste des choses à faire de Ventus.

.

« C'est quoi ? »

Les beaux jours sont revenus, comme on dit, et depuis sa rupture d'avec Vanitas, la dernière en date, on pourrait presque dire que Demyx habite là. En tout cas, il a un double des clés et le canapé-lit n'a pas été en forme de canapé depuis une semaine.

« Des soucis. Il y a une serre qui a ouvert pas loin de chez Aqua et Terra, alors on y est allés ensemble.

— Oh. Je ne pensais pas que tu étais du genre à ramener des soucis à la maison. »

Ventus rit franchement au jeu de mots facile, simplement, parce que le soleil qui tombe sur les cheveux de Demyx et éclaire son visage lui donne envie de rire, envie de l'embrasser. Il finit par se pincer les lèvres et se concentre sur le changement des pots des fleurs, mettant évidemment de la terre partout sur le sol de son appartement. Quand il a achevé son ouvrage, il le contemple d'un air satisfait, tentant de s'empêcher de penser à ce qu'il devra bientôt passer le balai, voire l'aspirateur.

« Tiens, tu savais que c'est une fleur qui symbolise à la fois la perte de l'amour et le soleil levant ? C'est marrant.

— Ah, oui, en effet. T'es sur internet ?

— Ouaip. Et dans les occasions pour les utiliser y a « exprimer votre jalousie dans un triangle amoureux ». En fait elle sert à tout cette fleur. Enfin, à toi elle te sert à rien, mais bon.

— Ah oui ? Qui te dit que je suis pas dans un triangle amoureux ? »

Demyx ricane, triture le paquet de cigarettes sur la table avant de demander, presque plus sérieux mais pas tout à fait non plus :

« T'es dans un triangle amoureux ?

— Ça dépend. T'aimes encore Vanitas ?

— Quoi ? Oh, dis moi pas que – »

Demyx se stoppe brutalement, Ventus essaie de se concentrer sur la tâche de récupérer le balai qui est coincé derrière les toilettes, d'oublier qu'il vient presque de déclarer un truc qu'il ne s'avoue même pas totalement à lui-même.

« T'es amoureux de Vanitas ? »

Par chance, la stupidité de son presque colocataire lui accorde un répit supplémentaire.

.

« C'est quoi, ça ?

— Elle est belle, non ? »

Les sourcils de Ventus montent haut, très très haut sur son visage tandis qu'il regarde la bête qui bat de la queue devant lui. C'est un animal grand et maigre, qui ressemble en ce sens un peu à un des amis de Demyx que Ventus a rencontré quelques fois. À n'en pas douter, c'est un lévrier, plutôt jeune mais pas vraiment bébé, il ne s'y connaît pas mais Ventus lui donnerait quelque chose comme deux ans.

« Elle s'appelle Félicie.

— Et qu'est-ce qu'elle fait chez moi ?

— Bah, hm, en fait j'ai plus d'appart'. Mais j'en cherche un, hein, j'ai trouvé un nouveau boulot alors ça devrait le faire.

— Quoi, comme boulot ?

— Je vais donner des cours particuliers dans un asso'. Félix ! Dis bonjour à Ventus. »

Avec un sourire, le blond accueille le chien qui lui saute dessus, oubliant de demander à son ami plus d'éclaircissements sur son travail. Il a déjà assez à faire comme ça, avec l'été qui arrive et les vacances à prévoir. Sur le balcon, il remarque un des pots de fleurs cassé, la terre à demi ramassée. Il jette un œil à Demyx, qui jette un œil à Félicie puis lui offre un sourire. Ventus décide que ce n'est pas grave.

.

« C'est drôle … »

Depuis qu'il a trouvé son nouvel appartement, il vient moins ici, Demyx, et ça se comprend. Il a emménagé au rez-de-chaussée dans un immeuble qui ressemble un peu à une grande colocation, et il est de plus en plus pris par son travail – des cours de Français et de Lettres, il a dit à Ventus, ce qui n'est pas si surprenant avec son bac littéraire et la licence de lettres qu'il a abandonnée quelques années plus tôt.

« … J'ai un nouvel élève, là, et il te ressemble comme deux gouttes d'eau … Tu n'as pas de Licht dans ta famille ?

— Hm ? Je ne crois pas, non. »

Ventus note quand même l'idée d'aller faire un tour dans son arbre généalogique, au cas où, parce que les consonances allemandes lui sont presque familières. Peut-être pour ça qu'il lui ressemble. Avec un manque apparent d'énergie mais une détermination sans faille, Ventus s'applique à ordonner ses nouveaux cours – il a repris les études cette année, après une césure pour faire un point sur ce qu'il voulait faire et apprendre – et se rend compte de combien il lui a été facile de perdre cette habitude.

« Il me fait penser à une edelweiss. Un peu comme toi, en fait.

— Une edelweiss ? »

Encore un nom Allemand, Ventus songe en mettant de côté les cours qu'il a déjà tapé sur ordinateur. Il aurait bien envie d'une tasse de thé – l'automne arrive doucement sur la petite ville, et les températures baissent à vue de nez.

« C'est une fleur des montagnes. Attends, regarde.

— Oh. C'est joli. Et ça te fait penser à moi ?

— C'est pur comme toi. »

Ventus ricane au nez de son voisin, inconscient des pensées impures qu'il nourrit à son sujet, tellement persuadé qu'il est toujours le gamin qu'il a été, juste son ami. Ne pas le toucher lui fait un peu mal, alors il secoue la tête et se lève du canapé d'un bond, s'étire énergiquement et dit, plein de motivation :

« Je vais faire du thé ! »

.

« Félicie est à l'hôpital. »

Félicie a sept ans, elle est plus vieille que ce que Ventus avait cru au premier abord – peut-être parce qu'elle était un peu craintive, à l'époque, et très active. L'hiver est là et Noël ne va pas tarder et Ventus ne veut pas que ce soit une période triste pour Demyx. Demain, il part chez Aqua pour quelques jours et n'a pas l'intention de toucher trop son téléphone.

« Qu'est-ce qu'elle a ?

— Je sais pas. Ils ont pas dit grand-chose mais … Ils ont parlé d'une euthanasie et … »

Il n'y a rien à dire ni rien à faire à part peut-être prendre le guitariste dans ses bras et c'est ce que fait Ventus. Quand ils se séparent, le plus petit le cœur en vrac et l'autre les yeux humides, derrière le liquide lacrymal il y a comme un air déterminé.

Dix jours plus tard, quand Demyx l'appelle, Ventus hésite à répondre, parce qu'il est terrifié. Pourtant il sait qu'il doit être là – mais il a toujours eu un problème avec l'idée de mort, il n'a jamais bien su appréhender la chose, et il ne veut pas avoir à le faire maintenant. Pourtant il décroche.

« Allô ?

— Elle va bien. Elle n'a plus rien. Tu verrais comme elle court ! Elle a défoncé les plantes de ma mère. Et le sapin. »

C'est miraculeux et inespéré. Ventus pense à la magie de Noël, et son âme d'enfant sourit comme la discussion bascule vers d'autres horizons maritimes.

.

« Coucou ! Euh, je t'appelais pour te demander comment ça allait, depuis la dernière fois. Juste comme ça. J'ai été chez toi hier mais t'étais pas là. Bref. Rappelle-moi. Des bisous. »

.

« Salut ! Tu vas bien ? Je sais pas si tu as eu mon dernier message, enfin, mes derniers messages, mais voilà, euhm, est-ce que tu m'évites ? Je voulais savoir parce que, enfin, je sais pas. Je me fais peut-être des films ? Je t'embrasse, si tu veux bien. »

.

« Hey, Dem … Hm, tu n'es pas mort, dis ? Si tu veux plus qu'on se voie, y a pas de souci, mais dis-le moi, quoi. Je m'inquiète. Dis quelque chose. »

.

« Salut … J'ai ajouté de la sauge rouge sur mon balcon. Je crois que tu aimerais bien. Tu as encore la clé, alors tu peux venir me voir. Je t'en veux pas. Je suis juste inquiet. J'ai appelé Axel, il n'a rien voulu me dire. »

.

« J'ai été voir Axel. Il a dit que je ressemblais à Roxas, c'était lui dont tu m'avais parlé ? S'il-te-plaît, s'il-te-plaît, dis-moi quelque chose. N'importe quoi. Je veux juste savoir que tu vas bien. »

.

« Salut. En fait, laisse tomber. Je sais même pas pourquoi j'essaie encore de t'appeler, ça sert à rien, pas vrai ? Ça a jamais servi à rien, de rester avec toi, de t'aimer et de te voir faire n'importe quoi avec les autres gars. Enfin, j'imagine que ça ne me regarde pas. Mais voilà, c'est le dernier message que je te laisse alors je pense que tu devais savoir que je t'aime. C'est tout. »

.

« Tu ne vas rien lui dire ? »

Une table au milieu de tables. Demyx a l'air fatigué. Axel vient juste d'arriver, et il a déjà l'air d'être un petit enfant prêt à se faire sermonner. Un message vocal résonne en haut-parleur avant que le rouquin n'en aie marre et ne coupe le téléphone pour regarder son ami – son ami qui est son meilleur ami, un peu, même s'ils se voient de moins en moins, même s'il souhaite à présent avoir été plus et mieux avec lui ces dernières années.

« Pour quoi faire ? Tu sais très bien ce que c'est.

— Et alors ? Tu veux le laisser filer ?

— Ça ira mieux pour lui, non ?

— Ça doit valoir le coup d'essayer.

— Tu dis ça parce qu'il ressemble à Roxas, mais ils n'ont rien à voir.

— Vraiment ? Tu es sûr qu'il n'est pas …

— J'en suis certain. Comment va Félicie ? »

Axel soupire. Demyx ne fait même plus semblant d'essayer de changer discrètement de sujet. Mais il accepte de le suivre, bon gré mal gré. Avant de sortir du parloir, il lâche :

« Je croyais que tu l'aimais. »

.

« C'est toi, Ventus ? »

Il cligne des yeux. Il vient d'ouvrir la porte pour y trouver un miroir. Enfin, un miroir rajeunissant, il semblerait. Il n'a pas besoin de réfléchir pour deviner que ce type, c'est le fameux Roxas.

« C'est vrai qu'on se ressemble … Je me demande pourquoi Demyx ne m'a jamais parlé de toi. Je peux entrer ? »

Avec une légère réticence, Ventus s'écarte de la porte pour laisser passer le plus jeune. Le garçon ne doit pas avoir dix-huit ans, il a des cernes d'adolescent sous les yeux et un sweat trop grand recouvre son corps. Il s'assied sur le canapé sans y avoir été invité et se mord les lèvres, comme mis mal à l'aise par sa propre nonchalance. Il finit par demander :

« Tu aurais un truc à boire ?

— Thé ? Café ?

— Thé, merci. C'est, hm … Axel m'a demandé de ne pas venir te voir. Mais je crois qu'il voulait que je le fasse. »

Ventus se tourne vers le garçon à la phrase énigmatique, faisant bouillir l'eau avec habitude. Il ne sait pas ce qu'il pense de tout ça. Il a l'impression d'être bloqué, mais ça fait à peine six mois que Demyx a disparu de la circulation. S'il peut glaner des nouvelles, il sautera sur l'occasion.

« Pourquoi ?

— Parce que, hm … Je peux fumer ?

— Bien sûr. »

La politesse de Ventus a été plus rapide que son envie de dire non. L'odeur du tabac lui rappelle Demyx, Demyx qui avait presque réussi à arrêter avant d'habiter tout seul, et avait essayé encore plusieurs fois. Le garçon, le Roxas, il sort une cigarette de sa veste, et il l'allume. Et Ventus n'a pas vu l'ombre d'un briquet. Il fronce les sourcils, et verse l'eau dans la théière. Il la ramène sur la petite table, avec deux tasses.

« Axel ne veut pas être responsable de ça, mais ça lui prend la tête. Il n'arrive pas du tout à gérer l'inaction. En même temps, je ne comprends pas Demyx, je veux dire, si vous vous aimez, ce qu'il fait c'est pas la solution.

— Pardon ?

— Ben, c'est-à-dire que, de manière générale, couper les ponts ça aide pas. Ça peut pas être pire, même si on te dit.

— C'est quoi, ça ?

— C'est un peu compliqué c'est –

— Tu as dit « si vous vous aimez » ?

— Ah oui. D'accord, ça ce n'était sans doute pas à moi de te le dire.

— Il dit qu'il m'aime ?

— Oui.

— Je … »

Ventus secoue la tête, voit son vis-à-vis pincer les lèvres et lui offre une parodie de sourire joyeux. Il sert le thé.

« Je ne le crois pas. S'il m'aimait, il ne ferait pas ça. Quoi qu'il soit en train de faire exactement, il ne le ferait pas s'il m'aimait.

— Écoute, tu discuteras de ça avec lui.

— Il y a peu de chances, non ?

— Il y a une chance. Regarde ta tasse. »

Interloqué, Ventus baisse les yeux. Dans sa tasse, le thé bout. Puis ne bout plus. Puis bout à nouveau. Puis revient à la normale.

« Euh …

— C'est compliqué. De parler de magie à quelqu'un qui n'est pas sorcier. Demain.

— Je …

— Demain, tu iras le voir. On ne fera pas les choses à moitié, c'est commencé alors on finira, même si Demyx doit nous faire la gueule pendant vingt ans.

— Je comprends pas.

— C'est normal. N'y penses pas trop. Il te manque, pas vrai ? »

Et soudain, Ventus bascule sur la défensive. Il est dévoré par une curiosité qui se mélange à de la peur, et puis ce que ce garçon se permet de lui dire, ça le touche un peu trop pour que ça lui plaise. Il ne ment pas en disant :

« J'ai des amis. Je ne suis pas tout seul. »

Et en fait, si ses amis n'avaient pas été là, il serait sans doute terré au fond de son chagrin.

« Il peut te manquer quand même. Voilà l'adresse. Demain, on passera te déposer Félicie. Il sort de prison à dix heures trente.

— De – de quoi ?

— J'en ai déjà trop dit. À demain matin. »

.

Ça ne surprend pas tant Demyx, quand il arrive sur le parking de la prison avec son minuscule sac sur le dos, de ne pas voir le tacot dans lequel se promène Axel – il est toujours en retard, et il n'y a pas de raison pour que ce ne soit pas le cas aujourd'hui. Prêt à attendre, il allume une cigarette.

« Tu ne devais pas arrêter ? »

Des pattes sur ses cuisses qui lui griffent la peau à travers le tissus de son jean, et une odeur presque fétide qu'il reconnaît en moins d'une seconde comme l'haleine de Félicie. Il se tourne vers la voix. Il pense à assassiner Axel mais la fuite semble préférable pour le moment. Pourtant, il ne parvient pas à bouger. Les yeux de Ventus, emplis de colère comme il ne les a jamais vu, le piègent à l'intérieur de son propre corps. Peut-être bien que le blond est sorcier, après tout.

« Essaie, pendant six mois dans une cage.

— Je t'ai ramené des fleurs. C'est des zinnia. Comme je sais que tu aimes bien la symbolique, ça veut dire la colère.

— Je suis désolé.

— Tu n'as pas le droit d'être désolé.

— Je ne pouvais pas te dire.

— Roxas a pu me le dire.

— C'est –

— Monte dans la voiture. J'ai besoin d'un café.

— C'est vrai que tu as une sale tête.

— Va te faire voir. »

Dans l'habitacle le silence règne. Demyx sait que c'est à lui de parler, à lui de rompre le mutisme ambiant. Il attend, s'offre à lui-même un répit.

« Elle allait mourir.

— Pardon ?

— Félicie. Elle allait mourir. Alors j'ai … J'ai fait un troc, pour la soigner. Pas grand-chose. Mais … Pour payer, j'ai fabriqué de la drogue avec de la magie, et je me suis fait choper. Je m'en suis pas mal sorti, au final, j'ai eu un bon avocat.

— Et tu ne pouvais pas m'en parler ?

— C'est … Non. Enfin si, mais non. Tu vois ? »

Les yeux de Ventus se retournent vers lui, et, comme face à Axel plus tôt, Demyx a l'impression d'être un enfant en faute. Et le sermon ne manque pas.

« Bien sûr que je ne vois pas ! Oui mais non, ça ne veut rien dire ! On se connaît bien, non ? On se connaît, et tu crois encore que je suis du genre à laisser tomber un ami sous prétexte qu'il a commis un crime selon une législation dont je n'avais jamais entendu parler parce qu'il est un sorcier et qu'il n'a jamais daigné me le dire ?

— Bah, euh …

— Mais prends une décision, enfin, c'est insupportable ! Est-ce que tu crois que je t'en voudrais pour ça ? Honnêtement ?

— Euh … Oui ?

— Bonne réponse ! Je ne supporte pas qu'on me mente, et maintenant … Maintenant je ne sais plus si je dois être furieux ou content, merci bien ! »

Ventus semble bouillir de l'intérieur. Ses joues ont pris un rouge cramoisi sous le coup de la colère et sa bouche, humide à cause de sa tendance à postillonner quand il crie, se tord dans une moue hésitante. Il fulmine sur son volant, et tourne vers Demyx un visage indigné quand il entend le premier éclat de rire du sorcier. La voix est puissante, elle remplit toute la voiture et Ventus sent Félicie s'exciter à l'arrière, haletant.

« Mais arrête de rire !

— Je – Je peux pas ! Si tu voyais ta tête !

— T'es vraiment le dernier des abrutis, hein ?

— Mais je te jure – ta tête … Ven, Ven, ta tête !

— Nan mais ça va bien oui ? Tu continues je te dépose au bus.

— Dis … Est-ce que … Est-ce que tu serais d'accord pour, hm, considérer ce moment comme notre première dispute de couple ? »

Ventus manque presque de voir le feu rouge et freine au dernier moment, secouant la voiture et grommelant dans sa barbe quelque chose sur les surprises en conduisant. Le rire s'est échappé mais il reste des étoiles hilares au coin des yeux pourtant sérieux de Demyx. C'est qu'il pose vraiment sa question, le con. Maintenant, de tous les moment où il aurait pu lui en parler avant, c'est maintenant qu'il choisit. Même plus tard, ç'aurait été mieux. Essayant de regagner un visage plus normal, Ventus finit pas décider :

« Non. »

Et Demyx a une moue faussement peinée qui ne parvient pas à dissimuler la sincérité de sa tristesse. Après un long silence, lorsqu'il finit par se garer devant chez lui et couper le contact, Ventus reprend :

« J'ai presque pas dormi de la nuit. J'ai besoin d'un café, voire de trois, d'explications, et après seulement je te promets la plus belle dispute de couple que tu aies jamais vécue. »

Demyx n'a pas le temps de capter son regard avant que la portière ne se referme et il regarde simplement le bouquet dans ses mains. Il ne connaissait pas, les zinnias, mais le contact de leurs pétales est doux sur sa peau malgré leur symbolique. Peut-être bien que ça concorde, alors, que ça correspond à ce méli-mélo chaud qui enveloppe son ventre sous la colère de Ventus. Peut-être que c'est bien, au final, s'ils s'aiment déjà assez pour s'en vouloir autant, mais continuer quand même.

« Tu dors dans la voiture ou tu montes ?

— J'arrive ! Attends-moi ! »

.

.

.

.

.

.

.

Et voilà ! Qu'est-ce que vous en avez pensé ? C'était marrant à écrire, en tout cas.

Je sais pas si certains d'entre vous l'ont lu, mais c'est dans le même UA que mon OS « À contre-corps » dans le recueil 5 Sens, Axel et Roxas, qui, du coup, raconte la romance d'Axel et Roxas. Je pouvais pas le préciser au début, ça aurait spoilé le côté magie de ça. Voilà.

Hylliy, j'espère que ça t'aura plu, j'avoue ne pas avoir l'habitude d'écrire Ventus, donc bon.

Des bisous tout le monde !