Coucou ! Du coup, j'ai encore profité de la Nuit du FoF pour trouver de l'inspiration sur vos prompts … du coup sur le thème Trône et en répondant à la proposition de Laemia: Neku et Elsa (bonus si c'est canon), ça a donné ça.

Oh, et j'ai dépassé une heure d'écriture.

Bonne lecture !

Deux trônes pour une reine.

C'était ainsi, quand elles recevaient à Arendelle. Les invités étaient d'abord conduits à la salle du trône, où la reine et la princesse les attendaient, chacune assise sur l'un des sièges royaux. Personne n'en disait rien, du moins en face d'Elsa, mais elle n'avait pas besoin de l'entendre pour le savoir. Ce n'était pas comme ça que cela devrait être. Ce n'était pas la vocation de cette salle – de ces trônes.

Elsa occupait le siège ou longtemps s'était assis leur père, Anna celui où s'était longtemps assise leur mère. Deux gens qui savaient occuper le trône comme faire se devait. Comme un couple. Un couple qui avait produit deux héritières. Mais Elsa n'était pas en couple. Et Elsa ne voulait jamais produire d'héritier.

Quand sa sœur s'absentait, profitant des portes enfin ouvertes de façon permanente du palais, Elsa se retrouvait seule sur le trône, à côté d'un siège vide. Ça se remarquait. Ça faisait parler. La cour était ainsi, faite de bécasses et de coqs. Beaucoup de plumes et de bruit.

Devait-elle se résoudre ? Elle approchait la trentaine, elle devait faire vite si elle voulait porter un enfant – si elle devait porter un enfant. Ni le peuple ni la cour n'accepterait éternellement la situation, et elle ne pouvait pas se permettre de faire face à un soulèvement.

Elle s'était déjà tellement battue.

Battue avec elle-même.

Battue contre elle-même.

Contre ce corps, contre la magie qu'il habitait, contre la magie qui l'habitait.

Elle était née avec ce corps maudit, elle l'avait aimé, elle l'avait détesté, elle l'avait craint, elle l'avait laissé lui échapper et enfin, enfin elle l'avait récupéré et elle avait appris à l'aimer de nouveau.

Ça avait été la chose la plus difficile à faire de sa vie.

Prendre possession de son corps.

Mais elle l'avait fait, elle l'avait fait et maintenant ce corps était à elle et à personne d'autre, et elle ne voulait pas le donner, pas le partager. On pourrait l'appeler de tous les noms, on pourrait traîner sa réputation dans la boue, elle ne céderait pas un pouce de son territoire intérieur. C'était son lieu sacré, son bien, ce qu'elle avait de plus précieux après sa sœur, ce qu'elle avait de plus fragile.

Alors pourquoi ne pouvait-il pas remplis deux trônes, ce corps ? Pourquoi ça ne suffisait pas ?

Ça lui suffisait, à elle.

Mais jamais reine n'avait occupé deux trônes.

.

Neku n'avait jamais rien vu de si froid. Il ne savait pas où il était. Et il n'était pas d'humeur à demander son chemin. Ici, tout le monde était habillé étrangement et le regardait encore plus étrangement. Il avait l'impression d'avoir plongé dans un livre d'histoire illustré. Clairement, il avait changé de Monde, et il ne savait pas comment l'expliquer. Est-ce qu'il n'aurait pas dû atterrir à Traverse, si son Monde avait été détruit ? Tant que ça ne le concernait pas, il se fichait pas mal de toutes ces histoires, mais il n'allait visiblement pas avoir d'autre choix que de s'y intéresser s'il souhaitait rentrer dans son Monde d'origine.

Soupirant, il se décida à aborder les quelques personnes qui lui semblèrent moins ennuyeuses que les autres, leur demandant si elles connaissaient Sora – ce serait plus facile d'expliquer sa situation à quelqu'un qui avait déjà rencontré un étranger à ce Monde, d'autant que l'Élu de la Keyblade était incroyablement plus bavard qu'il ne devrait l'être à ce sujet. Il avait reçu des regards suspicieux d'une poignée de personnes (« Sora ? C'est pas un prénom d'ici, ça. ») quand il fut bousculé par une jeune fille qui sentait les ennuis au moins aussi fort que le porteur de la Keyblade, avec son sourire radieux et sa langue pendue.

« Oh là là ! Je suis vraiment désolée, je ne t'avais pas vue ! Ce que je peux être étourdie haha ! Ma sœur me le reproche tout le temps, mais j'y peux vraiment rien, pas que j'aie pas essayé mais – oh, ça ne doit pas t'intéresser ! »

Ennuyeuse. Neku le savait. Mais après tout, ça faisait d'elle une personne compatible avec Sora.

« Est-ce que vous connaîtriez un Sora ?

— Oh, tu sais, tu peux me tutoyer ! Tout le monde me tutoie ! Sora ? Oh oui je le connais, il nous a beaucoup aidés, mais ça fait un certain temps qu'on n'a plus eu de nouvelles – est-ce qu'il y a un système postal à travers les Mondes ? Si tu le cherches il n'est pas ici, mais je peux demander à ma sœur si elle en sait plus que moi ! Oh ben tiens je vais t'emmener, ce sera plus simple ! »

Et ainsi, Neku se trouva presque malgré lui entraîné à travers la ville. C'était peut-être lui, mais il avait l'impression qu'il se rapprochait de plus en plus du palais. L'impression se confirma quand il se retrouva à l'intérieur du palais – mais qui était cette jeune femme bruyante exactement ? Avec tout ce qu'elle avait piaillé, elle n'avait même pas réussi à caser son nom ?

« Elsa ! Regarde ce que j'ai trouvé ! »

Ils venaient de faire irruption dans la salle du trône où une femme était assise sur le plus grand des deux trônes. Neku se demanda immédiatement où était l'occupant du second. La femme se leva, très droite. Oh, elle avait l'air tout aussi ennuyeuse, quoique d'une manière différente de l'autre.

« Anna, combien de fois t'ai-je dit de ne pas ramasser tout ce que tu trouves ? »

Seulement moyennement atteint par le mépris accidentel, Neku se dégagea de celle qui l'avait amené – Anna, donc – et marmonna à l'attention de l'autre, la Elsa.

« Écoutez, Elsa, c'est bien ça ?

— Ce sera Votre Majesté pour vous. »

Ennuyant. Il le savait. Il soupira, mais reprit néanmoins :

« Votre Majesté. Votre sœur a dit que vous connaissiez Sora ?

— Oh. C'est effectivement le cas. Mais si vous le cherchez, il n'est pas ici.

— J' me doute. Mais j' suis comme lui. Pas trop mais. Je suis pas d'ici. Faut que j' rentre chez moi.

— Je suis navrée mais je ne pense pas pouvoir vous être d'aucun secours.

— Oh, ça veut dire que toi aussi, tu viens d'un autre Monde ? Le même que celui de Sora ? Ou un autre ? C'est où ? C'est comment ? Tu as une clé géante, toi aussi ? »

Neku renifla à l'afflux de paroles auquel il ne se sentait pas de répondre. À la place, il bougonna :

« Comme je suis pas d'ici, j'aurais besoin, hm, d'un endroit où dormir. Dans un premier temps. »

Ouh, qu'est-ce qu'il détestait demander des services, et encore plus à des inconnus. Se sentir redevable était ce qu'il pouvait y avoir de pire – non seulement c'était désagréable, mais ça sous-entendait un second contact, ce qu'il ne désirait jamais. Enfin, presque jamais. Pas qu'il aime se sentir redevable auprès de Joshua. Simplement.

« Oh oui Elsa ! On peut le garder ? »

Il rétorqua mentalement qu'il n'était pas un chat errant, tout de même heureux d'avoir été coupé dans ses pensées qui allaient vers des terrains glissants. La reine – de ce que Neku avait compris – sembla hésiter. Il ajouta :

« J' comprendrais que vous vouliez attendre l'avis du roi pour –

— Il n'y a pas de roi. »

La voix de la reine était plus glaçant que le pays. Se reprenant rapidement, Elsa sembla essayer un peu de douceur pour contrebalancer son tout léger emportement.

« Mais soit. Vous pourrez loger au château le temps de trouver autre chose. Je vous ferai apporter des vêtements, aussi, ceux que vous portez attireront trop l'attention sur vous, en plus d'être absolument inappropriés pour ce Monde. Anna, tu te chargerais de lui ?

— Bien sûr ! Ah, au fait, tu nous as pas dit ton nom ! »

Pour ce qu'il avait eu de temps de parole, aussi. Il se retint de s'opposer à la décision de la reine. Elle était déjà clémente de lui offrir un toit, il n'allait pas lui balancer qu'il n'avait aucune envie de supporter la compagnie agaçante de sa sœur. Il pourrait rapidement se débarrasser d'elle, de toute façon.

« Neku.

— Drôle de nom ! Allez, viens, je vais te faire visiter.

— Pas la peine. »

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« … que je ne veux pas me marier ! »

Neku savait qu'il ne devrait pas être là. Mais il était là, et autant le faire savoir avant qu'il n'entende plus malgré lui. Il s'avança dans la salle, faisant sursauter la reine et son conseiller, un bonhomme au visage rond et avenant, alourdi d'un bon embonpoint.

« Vous écoutiez ? »

D'un geste, la reine congédia son conseiller, et Neku haussa les épaules. Il était là depuis près de dix jours et, n'ayant aucun moyen de recharger son téléphone, n'avait plus pu écouter sa musique. Forcément, il trouvait d'autres choses pour occuper ses oreilles, qu'il le veuille ou non. La reine soupira avant de s'asseoir sur une des chaises de la salle.

« Vous vouliez me parler ?

— Je cherchais la sortie.

— Je vais vous reconduire. »

Avec des gestes mesurés, la reine se releva et passa la porte par laquelle était entré Neku. Ils traversèrent les couloirs dans un silence observable et quand il fut aux portes du palais, l'adolescent lâcha :

« Ne le faîtes pas.

— Plaît-il?

— La mariage.

— Je ne crois pas que cela vous concerne, de près ou de loin. En tant qu'étranger, vous n'avez pas même idée des problématiques de ce monde, aussi abstenez-vous de vos remarques et conseils.

— J' dis c' que j' pense.

— Et c'est très peu pertinent.

— Si c'est c' que vous croyez. »

Il la salua d'un hochement de tête respectueux et rejoignit la ville, plus bruyante.

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Neku ne s'attendait clairement pas, après ce qu'elle avait dit, que la reine vienne à lui. Mais elle le fit, trois jours plus tard, interrompant son écriture.

« Je peux entrer ?

— Vous êtes chez vous. »

Elle ne nota pas la légère pique, se contentant de prendre place dans la chambre de son invité sans piper mot. Autant que Neku apprécie le silence, il n'en restait pas moins désagréable quand on sentait sans marge d'erreur qu'il reposait sur un non-dit. Il pressa la reine d'un regard.

« Vous êtes le seul à m'avoir recommandé de ne pas me marier. »

C'était donc ça. Il inspira un grand coup, lâchant définitivement son crayon pour croiser les bras, sur la défensive.

« Qu'entendiez-vous par là ? »

Il cligna des yeux. Il ne lui semblait pas que ses paroles aient prêté à confusion.

« Que vous devriez pas vous mariez si vous voulez pas.

— Et c'est tout ?

— Ouais.

— Mais … comment ? »

Neku était surpris. D'abord, parce que nul ne songerait jamais à lui demander conseil dans son entourage, et ensuite parce qu'il ne lui semblait pas que l'on demandait habituellement des conseils pour savoir comment ne pas faire quelque chose. Il suffisait de ne pas le faire. Comprenant visiblement son incompréhension, la reine précisa :

« Avez-vous des suggestions en ce qui concerne la gestion du trône ? »

Pas son domaine de prédilection. Pas son Monde. Dans quelle galère était-il encore ? Il était fatigué par avance.

« Vous gérez bien toute seule.

— Mais après ? À ma mort, qui héritera du trône ?

— Je sais pas, Anna ? Ses enfants ? »

Elsa fronça les sourcils, semblant étudier la proposition comme si elle-même n'y avait jamais pensé.

« Ça paraît simple quand vous le dîtes.

— Ça l'est.

— Personne n'y a pensé avant vous.

— Parce que les gens sont des abrutis.

— Ils ont peur, corrigea la reine.

— C'est pareil. »

Piquée malgré elle dans son vécu que l'étranger ne pouvait qu'ignorer, Elsa se releva aussi sec, lâchant seulement :

« Ce n'était pas d'une grande aide. »

Puis elle tourna des talons, et partit.

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« Elsa et toi avez l'air de bien vous entendre !

— Pas vraiment. »

Il leur arrivait de discuter. Ou juste de profiter du silence ensemble – ainsi, les autres les dérangeaient moins, allez savoir pourquoi. Le silence d'une personne seule avait visiblement à leurs yeux moins de valeur que le silence de deux personnes.

« Elle m'a parlé de … ton idée.

— Mon idée ?

— Au sujet de l'héritage. Moi je trouve ça vraiment dommage qu'elle ne se trouve pas quelqu'un ! Si elle n'était pas aussi coincée !

— Tais-toi. »

Coincée, coincé. Comme si c'était un défaut, de ne pas pouvoir et de ne pas vouloir se mêler aux autres. Neku l'avait trop vécu pour ne pas être atteint, et Anna sembla le comprendre, en un sens.

« Je suis désolée. Je voulais pas dire ça dans un mauvais sens mais … Je crois juste qu'elle serait plus heureuse avec quelqu'un. C'est tout. »

Ça partait d'une bonne intention. Neku se demandait s'il ne trouvait pas ça encore plus insupportable. Il savait que la bienséance lui demandait de s'excuser aussi, mais il n'avait aucune envie de le faire. Alors il ne le fit pas.

« Ça, elle sait mieux que toi.

— Je sais pas … »

Neku grinça. Il aurait voulu pouvoir mettre de la musique à fond dans son casque pour pouvoir ne pas entendre la jeune princesse. Il se leva de sa chaise, allant pour partir.

« Où tu vas ?

— Tu m'énerves. T'as pas à remettre ta sœur en question – elle le fait déjà toute seule. »

Anna écarquilla les yeux, ne s'étant pas attendue à pareille répartie. Est-ce que l'étranger ne prenait pas tout cela un peu trop personnellement ? Elle balbutia quelques mots qui ne retinrent pas son hôte, se retrouvant seule avec ses pensées. Qu'avait-elle dit de vexant ?

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« Ma sœur est venue s'excuser.

— Ah.

— C'est bien, non ?

— J'imagine. »

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« Neku ! »

L'appelé sursauta follement avant de se retourner pour voir un visage bien familier, et presque lointain. Un regard qu'il connaissait. Il ne sourit pas. Non non. Ou juste un peu.

« Josh … »

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« Vous nous quittez déjà ?

— Ouais. »

Neku n'hésitait pas. Neku n'hésitait presque jamais – voilà ce qu'Elsa avait appris à admirer chez lui, pendant les quelques semaines qu'il avait passées dans son château. Apparemment il s'était passé de grandes choses pour les Mondes, mais maintenant tout allait bien, de ce que lui avait raconté Sora. Il était arrivé que plusieurs personnes se retrouvent propulsées de leur Monde d'origine vers un autre, et comme Joshua avait rapidement croisé la route de Sora, il avait décidé de l'accompagner à la recherche de son … de son quoi que soit Neku exactement pour lui.

Il échangea des saluts silencieux avec ceux qu'il avait côtoyés malgré lui, Anna, le conseiller, et Kristoff. Kristoff qui avait manqué de faire une crise de panique quand on lui avait annoncé que ses enfants seraient roi ou reine après Elsa.

La reine et Neku échangèrent un long regard, à la suite duquel elle ne put que dire :

« Merci. »

Et Neku opina du chef. Il n'avait jamais eu dans l'idée d'aider les autres, déjà bien trop occupé à s'aider lui-même. Mais le sentiment n'était pas purement désagréable. Il rentra dans le vaisseau en compagnie des autres, masquant son contentement. Il retrouvait enfin sa musique. Et Joshua. Mais surtout sa musique.

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Et voilà ? Lae, j'espère que ça t'aura plu. La fin était un peu un casse-tête mais voilà. C'est pas du tout des personnages que j'ai l'habitude de manipuler alors j'espère que ça fonctionne quand même !

J'ai hâte d'avoir vos retours !

À très vite !