Disclaimer : Je considère que si Rowling autorise Cursed Child, elle autorise toutes les autres fanfictions, même celles qui naissent dans mon esprit tordu personnel.
Attention : Rated T pour le langage et les scènes violentes.
RAR :
Guest : Hey !Merci beaucoup pour ta review ! Je suis contente que mon histoire te plaise autant mais, comme beaucoup de chose, elle se mérite. Poster me prend plus de deux heures et l'écriture est ma priorité. Bonne lecture;)
mh : Hey ! Merci beaucoup pour ta review ! La suite est là et pile à l'heure, comme toujours. Bonne lecture.
Lupa : Hey ! Merci beaucoup pour ta review !
Le spin off reste une possibilité (si Minnie se joint aux festivités, il est possible que le monde sorcier devienne méconnaissable xD)
Merci pour le bal de Narcissa;) (j'ai un super entraînement en terme de bal avec BS ^^). On est tout à fait d'accord pour la réparti de Judy (c'est une des raisons pour laquelle ce UA existe, je vais pas me mentir ^^). Franchement, Sirius aurait dû se douter qu'il allait pas s'en sortir aussi facilement...
Il faudra faire preuve d'un peu de patience concernant les termes du deal que Narcissa a dû passer avec Maellyn mais, promis, ils viendront !
Voilà voilà pour James... (en même temps, est-ce que la subtilité fonctionne avec Blacker ? Je suis pas si sûre).
J'ai beaucoup aimé écrire leur escapade dans le monde moldu. Ils peuvent être si choux quand ils le veulent bien !
La communication n'a jamais été le point fort de Judy et Sirius (et encore, Sirius a fait de gros progrès sur cette fic!). Je suis contente que leur résolution de ne pas parler te frustre un peu (non mais que j'aime torturer mes lecteurs ou mes personnages, mais c'est signe que j'ai bien travaillé ^^)
Merci pour tes encouragements, tes reviews réussissent toujours à me rebooster quand j'ai un peu la flemme;) Je te laisse avec la suite ! Bonne lecture !
Juliette : Hello ! Merci beaucoup pour ta review ! Maellyn fait une entrée fracassante dans le monde Sang-Pur, parce qu'elle est la digne fille de son père (franchement, Narcissa et Regulus auraient dû se douter que lui faire enfiler une robe ne suffirait pas à la transformer en petite fille modèle!). Je plussoies, le petit Rogue l'avait bien mérité. Patience, patience pour Blacker...
Merci à Guest, MAHA1959, mimi70, mhtitietrominet27, Lupa, Sundae Vanille (x2), Juliette, Nymueh et tzvine pour leur review. Vous ne savez pas à quel point ça me faire plaisir à chaque fois de recevoir vos petits mots !
Bonjour à toutes et à tous !
Comment ça va bien ?
Bon alors moi ça va pas trop mal pour le moment. La reprise a été douloureuse (je serais bien restée en vacances, loin de mes élèves) et j'ai envie de crucifier une ou deux tête vide, juste histoire de faire un exemple, mais je n'ai pas encore de copies et je suis pas trop en galère pour le reste.
Cerise sur le gâteau, je suis pour le moment à jour pour le Nano ! J'ai bon espoir de réitérer l'exploit pour la semaine prochaine, pour la suite, je pense que je rêve parce que le double combo copies-parce-que-arrêt-des-notes/conseils-de-classe-à-préparer de la mort va me revenir en pleine face et ça va pas être drôle.
Voilà voilà pour les nouvelles. Et si ! J'ai terminé 34 (20k, tout va bien j'ai envie de dire) et j'ai même commencé 35 (qui va sûrement être dans la même lignée puisque je suis déjà à 10k, ça me déprime).
Allez, nouveau chapitre quand même ! Il est un peu plus court, mais vu ce qu'il s'y passe, c'est peut-être pas plus mal pour tout le monde. Bonne lecture !
Une fois n'est pas coutume, un grand merci à Sundae Vanille pour la relecture et les retours ! Sa fic La Course au Chien Sauvage est un must-read si vous aimez Sirius Black !
There Will Be Time...
Chapter Dix.
Tell my thoughts to resign
And lift you from my mind
I'm not ready I'm not strong enough
To cradle the weight of your love
Just take a minute take a breath
Lay down your head on my sunken chest
I saw a flicker then just smoke
But as you left I was calling your name at the night
(Just Smoke – Mumford and Sons)
Judy n'eut pas l'impression de se réveiller.
Pas vraiment au début.
Ça ressemblait à une torpeur trop agréable, qu'elle se refusait de quitter. Elle se sentait terriblement bien, encerclée par une odeur familière et la source de chaleur contre elle aurait dû être étouffante, sauf que c'était tout ce qu'il lui fallait.
Incapable de dire si elle rêvait encore, elle resta les yeux fermés, savourant la sensation de bien-être qui semblait saturé son organisme pour la première fois depuis longtemps.
Jusqu'à ce qu'elle remarque le soulèvement régulier du matelas sous elle et la musique d'un battement de cœur sous son oreille.
Elle rouvrit les yeux brusquement, aussitôt parfaitement alerte. Elle découvrit une chemise blanche, prit pleinement conscience du bras passé autour de sa propre taille, des jambes emmêlées aux siennes et de la main qui tenait son poignet gauche lâchement.
Putain de bordel de merde.
Son cœur entama une course contre la montre dans sa poitrine – il allait sans doute finir par s'échapper de sa cage thoracique – et une sueur froide perla à la base de sa nuque. Elle résista à l'envie de se dégager brutalement, ce qui ne manquerait pas de réveiller Sirius ce qui, là, tout de suite, était la dernière chose qu'elle souhaitait. Ils avaient déjà suffisamment de choses à régler sans rajouter de se réveiller dans les bras l'un de l'autre.
Il lui fallut une éternité pour retrouver un semblant de contrôle sur sa respiration et sur le reste. Même si ce n'était pas une bonne idée, elle ne put que se raccrocher à l'odeur de Sirius qui saturait l'air autour d'elle. Son cerveau maudit l'effet apaisant qu'elle continuait à avoir sur elle, quand bien même cinq ans s'étaient écoulés depuis qu'elle avait pu la respirer à pleins poumons de la sorte, et qu'elle soit en partie responsable de sa panique.
Elle était loin d'avoir la tête froide quand elle se redressa lentement, découvrant Maellyn collée à son père de l'autre côté, incapable de dire à quel moment elle avait échangé sa place avec Sirius dans la nuit parce qu'elle était certaine de ne pas s'être endormie là où elle venait de se réveiller. Avec un peu de chance – si une telle chose pouvait encore lui arriver –, elle allait réussir à se sortir de ce guêpier sans réveiller ni l'une, ni l'autre.
Ça ne serait pas si catastrophique.
La main de Sirius se referma sur son poignet au moment où elle essaya de le récupérer.
Ses poumons se vidèrent, comme si elle avait reçu un coup en plein sternum, et elle se figea.
Elle aurait aimé transplaner loin d'ici. Peut-être même ne jamais être revenue à Londres, parce que si c'était la bonne décision pour Maellyn, c'était le pire qu'elle pouvait s'infliger à elle-même, parce que son retour la mènerait forcément à une catastrophe...
Il ne pouvait pas en être autrement.
- Judy... Reste...
Elle ferma les yeux à son ton suppliant et se redressa complètement. Le bras de Sirius glissa dans son dos, et elle pouvait toujours sentir sa main à travers le coton épais du peignoir, juste dans le bas de son dos.
Elle aurait aimé rester. Dieu en soit témoin, elle aimerait que ce soit si simple, que cinq ans de solitude disparaissent d'un claquement de doigts, qu'il puisse lui pardonner pour l'absence de nouvelles, Maellyn et sa dépression, que tout redevienne comme avant... Mais c'était la vraie vie, pas un film. Il avait changé et elle aussi, il y avait Maellyn à prendre en compte, et de toute façon, ils n'appartenaient même plus au même monde.
Son pouce caressa avec douceur la peau fine de son poignet, interrompant le fil de ses pensées. Elle réalisa vaguement que sa respiration était sifflante, et qu'elle était plus crispée que jamais. Elle sentait son regard sur son visage, toute sa concentration focalisée sur elle, et elle eut l'impression que sa peau prenait feu.
Ses yeux, eux, la brûlaient, alors elle se mordit la langue pour ne pas pleurer. Elle n'arriverait pas à le maintenir à distance si elle laissait les larmes gagner.
- Jud', parle-moi... S'il te plaît.
Pour lui dire quoi ? Elle n'arrivait même pas à mettre des mots sur la moitié du foutoir qui la bouffait de l'intérieur, et elle s'en tenait à l'ignorer, ce qui marchait plutôt bien la majorité du temps.
Peut-être plus si bien que ça depuis qu'elle était du mauvais côté de l'Atlantique mais elle n'allait pas changer de tactique maintenant.
Elle déglutit difficilement – son cœur était au moins remonté dans sa gorge et elle avait vaguement envie de vomir – puis réussit à rouvrir les yeux au prix d'un immense effort. Elle n'eut pas le courage de regarder Sirius en face – ce qui ne serait pas une bonne idée de toute façon, son self-contrôle n'allait certainement pas jusque-là – et sans le silence – tendu – dans la chambre d'hôtel, elle n'était pas sûre qu'il aurait réussi à l'entendre.
- Je ne peux pas...
- Tu ne peux pas quoi ?
Elle ignora sa question et récupéra son poignet.
- Judy...
Elle se dégagea complètement.
- Juste... Désolée.
Elle quitta le lit, manquant de tomber en marchant sur le peignoir beaucoup trop long, et rejoignit la salle de bain avant que Sirius n'ait eu le temps de lui répondre.
Les larmes commencèrent à couler le long de ses joues dès que le battant de bois se referma. Elle se serait bien laissée glisser au sol, mais elle n'était pas sûre de se relever. Elle fit de son mieux pour se concentrer sur son souffle et reprendre le contrôle.
Malgré le sursaut qu'ils lui arrachèrent, les trois coups sur la porte ne la surprirent pas. Sirius était trop entêté – et sûrement trop Gryffondor pour son propre bien – pour abandonner aussi facilement.
- Ouvre la porte, Judy... S'il te plaît.
Elle resta silencieuse. Il n'avait peut-être pas encore réalisé l'évidence, mais elle était devenue lâche au cours des dernières années. Se cacher dans une salle de bain était sans doute la décision la plus immature à prendre compte tenu de sa situation, mais peut-être qu'il se lasserait.
- Je peux rester là aussi longtemps qu'il faut. James ou Regulus seront ravis de venir chercher Maellyn si je le leur demande.
Elle ne répondit pas. Le silence s'étira suffisamment longtemps pour que les larmes se tarissent et que son cerveau ne soit plus qu'un immense champ de coton sous lequel elle avait caché le reste.
- Je suis toujours là, Adler. Ouvre cette foutue porte, s'il te plaît. Je crois... je crois qu'il faut qu'on parle, non ?
Une larme solitaire lui échappa.
Enfin.
Ils étaient arrivés à ce moment qu'elle avait tant redouté, toutes ces années, tout en sachant pertinemment qu'il n'y avait pas d'autre issue. Le MACUSA n'avait décidément rien laissé au hasard.
Elle essuya ses joues avec la manche de son peignoir et redressa le menton. Le moment était venu, elle s'y était préparée depuis la première fois où elle avait tenu Maellyn dans ses bras. Et si elle devait être honnête avec elle-même, ce n'était même pas le pire scénario : elle avait réussi à voler deux mois de souvenirs où Sirius et elle ne se haïssaient pas encore. Ce n'était pas beaucoup, mais elle réussirait à s'en contenter.
Elle n'avait pas le choix, de toute façon.
Elle prit une profonde inspiration, pour rassembler les miettes de son courage. Elle était aussi venue pour ça...
Cinq ans de cela, elle n'avait eu que des adieux et la promesse de se retrouver. Elle avait besoin d'une vraie rupture si elle souhaitait sortir vivante de cette histoire.
- Je ne peux pas continuer comme ça, Sirius... C'est juste trop dur.
- Je ne sais même pas de quoi tu parles, Judy. Ouvre cette putain de porte ou je te jure que je vais finir par utiliser la magie !
La colère n'était pas loin dans le ton de sa voix – tant mieux – et ce fut sans doute cela qui la décida à l'affronter.
Elle lui trouva cette expression sombre qui annonçait les pires tempêtes. Contrairement aux autres fois, il avait aussi les yeux rougis et de la douleur dans son regard gris.
Elle se sentit presque coupable.
Il recula d'un pas, croisa les bras sur son torse, et attendit qu'elle reprenne. Il n'allait pas lui faciliter la tâche, et elle méritait au moins ça.
- Ça ne marcherait pas, toi et moi... Tu le sais aussi bien que moi.
Sa mâchoire se contracta.
- Je ne suis pas voyant, Adler. Toi non plus, que je sache. Tu n'as aucun moyen d'être sûr de ça.
Elle secoua la tête.
- J'ai changé. Toi aussi. On ne fait même plus partie du même monde... Et il y a Maellyn.
Il plissa les yeux.
- Quoi, Maellyn ?
- Je ne vais pas faire miroiter à ma fille que ses parents vont se remettre ensemble pour toujours, et lui briser le cœur quand on se séparera à nouveau. Elle a assez souffert comme ça.
L'expression de Sirius se figea, le faisant paraître beaucoup plus vieux que ses vingt-sept ans. Il lui sembla qu'elle pouvait presque toucher le mur derrière lequel il venait de se réfugier.
- C'est vraiment ce que tu penses, Adler ?
C'était comme si son nom de famille était une insulte.
- Oui.
Il secoua la tête et elle détourna les yeux. Elle ne voulait pas voir les trais de son visage s'affaisser à cause de la douleur, de la déception ou Dieu savait quoi encore.
- Avant que tu reviennes, j'avais presque réussi à me convaincre que tu étais morte. Un accident de moto ou un truc du genre. Finalement, j'aurais préféré.
Tandis qu'elle battait en retraite, refermant la porte comme pour se protéger, elle eut quand même le temps de le voir se glisser dans la peau de Patmol.
Elle n'avait plus de larmes à verser – ça n'arrangerait rien de toute façon – et elle aurait payé très cher pour pouvoir se réfugier à Rowfer, dans la maison où elle avait grandi avec Burt, juste pour laisser son père insulter Sirius de tous les noms – même si ce n'était pas vraiment de sa faute – et écouter son oncle planifier son meurtre de façon douloureuse – ce qu'il n'était pas capable de faire, trop pragmatique pour choisir la torture –.
Sauf que Burt et Grant étaient en prison en Idaho, pour encore quelques année en plus, et qu'elle devrait se contenter d'un coup de fil.
Son cerveau lui épargna de ressasser ce qui venait de se passer avec Sirius. Elle prit une nouvelle douche rapide, juste pour effacer son odeur sur elle et atténuer les traces que les larmes avaient laissé. Réenfiler, seule, le corset qui composait sa tenue fut digne d'un exercice de contorsion, sans compter que sa tenue allait sans doute attirer l'attention là où elle se rendait, mais c'était ça ou un peignoir, et ce dernier choix serait sans doute pire.
Elle évita soigneusement de détailler son reflet dans le miroir et prit une dernière respiration avant de quitter sa cachette.
Patmol était allongé à côté de Maellyn, démesuré en comparaison de son petit corps. Si les oreilles du chien n'avaient pas bougé, elle aurait pu penser qu'il s'était rendormi, ce qui aurait été une véritable surprise. Elle resta à bonne distance, même si elle aurait aimé embrasser Maellyn avant de disparaître pour la journée.
Le message de Sirius était limpide.
Elle prit sa veste de cuir et son écharpe sur le dos de la chaise, passa ses baskets et se stoppa devant la porte de la chambre.
Elle ne voulait pas partir de cette façon, comme une voleuse, mais elle n'avait pas la moindre idée de ce qu'elle pouvait bien dire...
Les couloirs de l'hôtel étaient déserts et il n'y avait personne à la réception. Elle comprit un peu mieux pourquoi en découvrant le ciel encore sombre dans la rue, le peu de passants alors qu'elle se trouvait au cœur de Londres, et le froid qui lui fit regretter de ne pas avoir pris un pull la veille.
Le seul avantage fut qu'elle ne croisa pas grand monde, que le métro n'était pas bondé et que personne ne remarqua les quelques larmes qui lui échappaient de temps en temps.
Elle avait beau s'être préparée depuis longtemps à ce moment, ça ne l'empêchait pas d'avoir l'impression de respirer avec une côté brisée ou de s'être arrachée le cœur à main nue.
Ce fut sans doute grâce au prodigieux entêtement qu'elle tenait de son père qu'elle réussit à arriver à destination sans s'être laissée aller à rejouer son réveil et sa discussion avec Sirius.
Le Hells Angels n'avait pas beaucoup changé en cinq ans. Seule une nouvelle Harley trônait au fond du bar et la fenêtre brisée dans l'atelier avait été changée. L'étrange odeur du lieu – mélange entre l'huile de moteur, l'essence, la bière et le tabac froid – lui arracha un sourire nostalgique.
Qui aurait pu penser qu'en venant ici, elle ramènerait une gamine comme Maellyn ? Certainement pas elle.
- On s'est perdue, ma jolie ?
Le commentaire lui fit lentement tourner la tête. L'homme qui se l'était permis était un biker aux cheveux ras et à la moustache mal entretenue, qui devait au moins avoir le double de son âge. Il avait beau être tôt, il avait déjà une bière devant lui et plusieurs cigarettes dans le cendrier à sa droite.
Une autre fois, elle aurait peut-être ignoré la remarque ou se serait contentée d'un regard sombre, mais elle n'allait pas laisser passer une occasion de se changer les idées.
Même si c'était stupide.
- Parle-moi encore une fois comme ça, et je fais remonter tes bijoux de famille dans ta gorge.
Il la dévisagea, regarda autour de lui presque nerveusement et se leva quand il remarqua que les quatre autres clients au bar semblaient suivre leur échange.
- Essaye un peu pour voir, ma jolie...
Elle arma son poing, prête à lui briser au moins deux dents avant de mettre sa menace à exécution, quand le patron, Terry, força son interlocuteur à se rasseoir de force.
- Tu ne veux pas faire d'histoires avec la demoiselle, Toyer.
Toyer sembla vouloir discuter ce dernier point – qui avait étrangement sonné comme un ordre – mais son visage se contorsionna dans un masque de douleur et il finit par s'affaler sur sa chaise.
Terry garda sa prise une seconde de plus, sans doute pour imprimer la leçon durablement, puis lui adressa une grimace.
C'était ce qui ressemblait le plus à un sourire chez lui, et elle le suivit quand il lui indiqua l'arrière salle du bar d'un geste de menton. Elle connaissait les lieux par cœur – elle y avait travaillé pendant plus de six mois à l'époque, parce que Terry était un ami de son père et qu'il lui devait au moins ça – et vu comment sa journée avait commencé, c'était étrangement réconfortant de retrouver un visage familier.
Elle se laissa tomber sur la chaise devant le bureau de Terry, ignora son regard scrutateur – il prenait un peu trop à cœur la demande de son père de veiller sur elle – et prit les devant pour briser le silence.
- Tu aurais un boulot pour moi, aujourd'hui ?
Il gratta sa longue barbe d'un air distrait.
- Si t'as des problèmes d'argent, j'en dois encore à ton père.
- Je veux juste de quoi m'occuper la tête pour la journée.
Il soupira et laissa le silence s'étirer, comme s'il espérait qu'elle allait lui confier le pourquoi et le comment...
Il pouvait toujours rêver.
- Tu sais conduire une manuelle ?
- Bien sûr.
- J'ai une livraison pour Nottingham. Le gars qui doit s'en occuper a des gosses, il sera content de rester avec eux. Par contre, tu ne peux pas y aller habillée comme ça.
- Je connais les basiques, Terry. Tu dois bien avoir des fringues à ma taille quelque part, non ?
Elle mit plus d'une demi-heure à trouver une tenue correcte dans la pièce au-dessus du bar. Ses vêtements sentaient le renfermé, mais derrière un sweater à capuche informe et trop grand, elle se sentait bien plus elle-même que dans sa tenue de gala.
Elle avait grandi dans cet univers-là, initiée depuis sa tendre enfance sans même que son père ou son oncle aient eu besoin de lui expliquer l'essentiel. Elle connaissait les codes, ce qu'il fallait faire, et ce qu'il ne fallait surtout pas faire.
Le trajet jusqu'à Nottingham se fit sous la pluie et sans beaucoup de circulation, jour férié oblige. A la livraison, un petit brun rachitique et ses deux gros bras essaya de profiter du fait qu'elle était une femme, avec un drôle d'accent et seule, pour l'embobiner. Elle dût menacer de repartir avec la marchandise, arme au poing, et de revenir avec des renforts, pour qu'il se montre raisonnable.
L'après-midi était bien entamée quand elle retrouva Terry.
- Je peux téléphoner à mon père ?
C'était la véritable raison de sa visite au Hells Angels, mais il aurait été bien trop aux Etats-Unis pour risquer un coup de fil, encore moins dans une prison, et il était fort probable qu'elle se serait écroulée au téléphone, juste après ce qui s'était passé avec Sirius.
- Passe-lui le bonjour de ma part. Dis-lui que les affaires se portent bien ici.
Vu la somme qu'elle venait de lui remettre, elle n'en doutait pas une seconde. Elle attendit que Terry soit sortit pour saisir le combiné.
- Vous avez composé le numéro de la prison fédérale de l'Idaho. Vous allez être mis en relation avec un agent. Merci de décliner votre identité complète ainsi que celui du détenu que vous souhaitez joindre. Votre appel est susceptible d'être enregistré.
Comme à chaque fois, elle dût attendre près de dix minutes.
- Prison fédérale de l'Idaho. Nom ?
- Judith Adler pour Grant Adler.
- Veuillez patienter.
Son père avait plutôt intérêt à ne pas se trouver à l'isoloir ou à l'infirmerie !
- Alors, on se souvient de son vieux, gamine ?
Elle eut un soupir soulagé en entendant le son de la voix de son père. Elle ne l'avait pas appelé depuis son arrivée à Londres, et il lui avait manqué plus qu'elle n'avait voulu l'admettre.
- Salut, papa.
Il eut un grognement.
- Qu'est-ce que ce crétin de blanc-bec t'a fait, cette fois ?
Sa capacité à deviner son humeur et la plupart de ses pensées en toutes circonstances était agaçante au possible en général mais, parfois, cela lui évitait des confessions difficiles. Elle ravala le nouveau sanglot qu'elle sentait monter dans sa gorge.
- Il n'a rien fait... J'ai... C'est compliqué, mais ça aurait pu être pire je pense.
Nouveau grognement.
- Il a intérêt à bien se comporter. Je suis pas loin de conclure un pacte avec la vieille Ngozi. Paraît qu'elle a un pied dans le monde magique, plus rien ne pourra m'empêcher de lui faire briser les genoux s'il te manque de respect.
Sachant pertinemment que son père demanderait bien trop de détails si elle commençait à lui expliquer la place des Black dans le monde magique britannique, elle préféra reporter cette discussion pour plus tard.
- Vous me manquez, Burt et toi.
- Tu nous manques aussi, Judith. Comment va mon héritière ?
Elle grimaça à son prénom complet et eut un sourire à la mention de sa fille.
- Très bien. Londres lui plaît. Elle fait du Quidditch maintenant. Il paraît qu'elle est terrifiante avec une batte à la main... Elle a fait la une des journaux ici et elle a cassé le nez d'un petit crétin hier.
- C'est tout elle, ça. Il me tarde de sortir pour prendre en main son éducation. Un potentiel pareil, ça serait du gâchis !
Son père écouta avec attention les quelques anecdotes qu'elle avait en tête avant de revenir sur la raison de son appel.
- Quel est le programme, maintenant ?
- Je n'en ai pas la moindre idée...
Il y eut un bruit sec et elle ne fut pas surprise quand la voix changea de l'autre côté du combiné.
- Tu vas venir nous voir, Judy, d'accord ? J'ai un avocat qui n'attend que ton coup de fil. Et de toute façon, il faut que tu redonnes signe de vie du coté de ton Assistante sociale et du juge. Tu sais comment fonctionne tout ça.
Elle hocha la tête. Burt ne se laissait pas impressionner facilement et il avait toujours des plans de secours.
- Tu seras là pour Thanksgiving ?
- Bien sûr.
Sa voix n'était qu'un souffle tremblant.
- Terry va arranger ton retour. Il connaît du monde. En attendant, tu pourrais faire un tour à Belfast, en Irlande du Nord ? La vieille Ngozi sera plus à même de signer devant la fille de Grant Adler que devant n'importe qui d'autre.
- Je ne comprends toujours pas l'intérêt de cette alliance-ci.
- C'est un placement. Ma petite-nièce va passer un an sur deux de l'autre côté de l'Atlantique, je veux des yeux sur elle là-bas.
Le rappel lui donna un coup au cœur et une vague envie de vomir. Elle s'était renseignée avant de revenir à Londres, au sujet des partages de garde d'enfant, et comme Sirius et elle ne vivaient même pas sur le même continent, ça serait sans doute ce qu'il se passerait... Si elle ne tombait pas sur un juge trop content de lui retirer tous ses droits à cause de ses années de prison, ou si Sirius ne se montrait pas excessif.
Ce qu'il pourrait être tenté de faire.
La possibilité de perdre Maellyn complètement la terrorisait, et c'était la principale raison pour laquelle Burt avait essayé de la convaincre de ne pas reprendre contact avec Sirius.
- Ça ira, Judy. Grant n'a jamais perdu ses droits sur toi et on sait tous les deux que ton casier ne fait pas le dixième de l'épaisseur du sien. Et puis, mon avocat est un bon.
Elle se raccrocha à l'assurance dans la voix de son oncle.
- Votre communication prendra fin dans deux minutes.
Elle soupira.
- Je vais devoir vous laisser... Tenez-vous tranquille jusqu'à Thanksgiving ou Maellyn sera déçue.
- T'inquiète, je vais surveiller ton père. Prends soin de toi, Judy. On t'aime fort.
- Moi aussi.
- Et embrasse Maellyn pour nous.
Elle n'était pas vraiment sûre de se sentir beaucoup mieux, mais la perspective de les revoir dans quelques semaines et de retourner aux Etats-Unis était le seul point positif de sa journée.
Terry lui promit de lui trouver des billets pour Portland au plus vite, et même d'organiser le trajet jusqu'à Belfast.
Puisqu'elle n'avait rien de mieux à faire maintenant, elle se résigna à rejoindre la maison de Sirius. Maellyn lui manquait – Dieu que les années à venir allaient être compliquées – et elle ne serait pas contre s'enfermer dans sa chambre avec elle jusqu'à ce que sonne son départ.
Des averses avaient lavé la ville toute la journée, le ciel était gris et bas, et la nuit tomba bien plus tôt que ce à quoi elle était habituée en Novembre. Elle refusa de prendre le métro ou le bus, espérant que la marche et le froid réussirait à l'apaiser un peu.
C'était sans doute trop demander à sa bonne étoile.
Elle hésita devant le portail, pas tout à fait certaine de l'accueil qu'elle allait recevoir, si quelqu'un était là pour l'accueillir pour commencer. De ce qu'elle savait de Sirius, il pouvait très bien avoir déposé Maellyn chez les Potter ou chez Regulus, et disparaître le temps que la tempête passe.
Ce qui est fait est fait. Et ce qui doit arriver arrivera.
Même si elle pouvait entrer à sa guise, elle frappa quelques coups avant de pousser la porte. Le contraste de chaleur avec l'extérieur lui brûla presque la peau. Elle remarqua tout de suite les chaussures de sa fille ainsi que son manteau, tout comme les affaires de Sirius. Elle se débarrassait de sa veste et de son sweater quand Maellyn déboula du salon.
- Maman !
Maellyn avait retrouvé ses vêtements moldus – bien loin de la robe que Narcissa avait trouvé pour elle – et ses longues mèches noires étaient rassemblées dans une queue de cheval à moitié défaite. Elle se pencha pour la prendre dans ses bras, retrouvant finalement son odeur sucrée.
- Papa est en colère contre toi, souffla sa fille, son ton clairement accusateur.
- Je sais.
- T'étais où ?
- Chez un ami de Papy. Je les ai eus au téléphone, Burt et lui. Ils t'embrassent très fort.
Maellyn eut un grognement et lui fit comprendre qu'elle voulait quitter ses bras.
Sans surprise, Sirius était sous sa forme Animagus, allongé devant la cheminée, presque aussi long que le canapé. Elle baissa les yeux à temps pour surprendre le regard accusateur de sa fille, juste avant qu'elle ne rejoigne son père, s'asseyant contre l'immense chien. Il s'enroula aussitôt autour d'elle, déposant sa tête sur ses genoux pour qu'elle puisse le caresser facilement.
Elle dut se répéter plusieurs fois qu'il s'agissait de Patmol, pas de n'importe quel chien, et que sa fille ne risquait absolument rien, sans pour autant que sa peur des chiens ne la quitte complètement.
- Tu as mangé, chaton ?
- Non. Mais j'ai pas faim. On a mangé pleins de cookies avec papa aujourd'hui. Même qu'on les a fait tous les deux.
Elle s'en voulut d'avoir loupé ça, juste pour être témoin une dernière fois de la complicité entre Sirius et Maellyn, mais elle avait fait son choix, et c'était pour le mieux.
De toute façon, elle n'avait pas faim non plus. Le sandwich qu'elle s'était forcé à avaler à Nottingham lui avait donné l'impression d'avaler de la terre.
Elle s'installa à la table ronde qui avait accueilli tous leurs repas depuis son retour, et commença à feuilleter les nombreux numéros de La Gazette qui traînaient là. Jamais encore elle n'avait autant regretté qu'il n'y avait pas de télévisions dans le monde sorcier. Le contenu n'était pas toujours intéressant, mais il s'agissait d'un excellent moyen de meubler le silence.
Il n'y avait pas vraiment grand chose d'intéressant. Les articles faisaient référence à des gens qu'elle ne connaissait pas, expliquaient un système politique qu'elle tenait en horreur, et même la rubrique ragot était insipide.
Quand elle se réveilla en sursaut plus tard, elle était incapable de dire quand elle s'était endormie.
Elle découvrit Sirius en face d'elle, son regard gris terriblement sombre, son t-shirt de Queen presque trop étroit pour lui, ses cheveux longs emmêlés par les soins de Maellyn à Patmol.
Elle chercha aussitôt sa fille du regard. Si elle devait se disputer avec Sirius, elle préférait que cela soit loin de ses oreilles indiscrètes.
- Elle s'est endormie. Je viens de la mettre au lit.
Elle ne lui avait jamais entendu une voix aussi distante, des échos d'aristocratie en plus dans sa prononciation. Elle aurait presque cru que Regulus avait changé de place avec son frère. Elle s'obligea à lui faire face, parce qu'elle lui devait au moins ça, et elle avait aussi besoin de constater que leur discussion de ce matin avait consumé tout ce qui avait bien pu survivre à cinq ans de séparation.
Il prit place en face d'elle. La table entre eux était bien loin de matérialiser la distance qui les éloignait chaque seconde un peu plus.
- Alors ?
Elle s'éclaircit la gorge, échouant à faire disparaître l'impression qu'elle avait noué une écharpe trop serrée autour de son cou.
- Il faut que je retourne aux Etats-Unis quelques semaines. Le temps de récupérer quelques papiers et de régler des trucs là-bas.
Il ne cilla même pas.
- Quand ?
- Dans une semaine. Dix jours maximum.
- Maellyn sera revenue pour Noël ?
- Bien sûr.
Leur fille méritait de passer son premier Noël avec son père, et elle s'était résignée à l'idée de le fêter sans elle cette année.
- Puisque je ne vais pas la voir pendant un moment, j'aimerais passer les derniers jours seul avec elle.
Elle aurait aimé rester aussi impassible que lui, mais elle sentit les couleurs quitter son visage. Elle serra les dents pour ne pas se laisser engloutir.
- Je comprends. Je partirai demain matin.
Sirius se leva, terriblement raide et son visage lisse de toute émotion.
- Je suis sûr que Regulus ne verrait aucun inconvénient à te laisser utiliser une des chambres du manoir Black.
Elle se retint d'éclater d'un rire grinçant, sachant pertinemment ce que signifiait ce genre de proposition.
- Je vais me débrouiller.
Il approuva sa réponse d'un léger signe de tête et quitta la pièce en direction de la véranda. Le bruit caractéristique du moteur de sa Bonnie résonna peu de temps après et elle se décida à rejoindre sa fille.
Il n'était pas là pour la voir pleurer, mais elle s'obligea à retenir ses larmes jusqu'à ce qu'elle ait refermé la porte derrière elle.
Avouez que vous n'êtes pas vraiment surpris par la tournure des événements et que vous voulez en prendre un pour taper sur l'autre, non ?
J'avoue que je suis curieuse d'avoir votre avis sur :
- Le réveil en douceur qui lance le thème pour la journée pourrie de ces deux idiots ( réclamaient qu'ils se parlent, méfiez-vous de vos souhaits!)
- Le petit caméo de Grant et Burt (promis, ils reviennent bientôt)
- Maellyn, qui est très douée pour balancer la vérité à la figure des adultes sans prendre de gants (à croire que James lui a donné des cours particuliers sur la question).
- Les au revoirs à venir...
J'attends de pied ferme vos prognostiques concernant la réaction de Jily & Co à ce petit développement et je vous dis pas à quand,que ce soit ici ou sur Black Sunset : Dark Matter, parce que je ne crois pas du tout à une deuxième mise à jour pour Novembre, ici ou ailleurs.
Pour me faire pardonner, un petit concours pour la 100ème review ? Le/a gagnant.e recevra le premier bonus de cette fic (modulo vous avez un compte, of course)
La review est mon seul salaire et la base du régime alimentaire de ma muse ! Soyez sympa, l'accouchement de ce projet a été douloureux.
Orlane.
Mis en ligne le 10/11/2018
