Disclaimer : Je considère que si Rowling autorise Cursed Child, elle autorise toutes les autres fanfictions, même celles qui naissent dans mon esprit tordu personnel.
Attention : Rated T pour le langage et les scènes violentes.
RAR :
Alice : Hello ! Merci beaucoup pour ta review ! Je suis contente que le dernier chapitre t'ait plus:) Merci pour tous tes compliments ^^ (je suis moi aussi team Blacker, mais faut avouer qu'ils sont plus buttés que des trolls des montagnes alors bon...). J'espère que la suite te plaira ! Bonne lecture !
Sunshine : Salut ! Merci beaucoup pour ta review ! J'espère que la suite te plaira ! Bonne lecture !
Merci à Tiph l'Andouille, Alice, Sun Dae V, mimi70 et Sunshine pour leur review. Vous ne savez pas à quel point ça m'encourage et me faire trop plaisir de reçevoir des reviews !
Bonjour à toutes et à tous !
Alors, comment va la vie de votre existence ?
De mon côté, je suis enfin en vacances (être la dernière zone implique de devoir réprimer des envies de meurtres envers mes élèves pendant la semaine de trop, donc il était temps qu'on se sépare pour deux semaines) et je ne suis pas mécontente d'avoir encore un peu de temps devant moi pour ne rien faire xD
J'ai enfin vu Fanstic Beasts 2 et voici mon verdict : c'était tellement mauvais que je me demande si ce n'est pas pire que Cursed Child (ce qui n'est pas un compliment que je fais à tout le monde). Outre le fait que le scénario est moisi (il faut que Rowling arrête de tirer sur les mêmes ficelles, on commence à les voir) et qu'aucun personnage ne m'a émue trente secondes, sachez que ce film ne passe pas le teste de Beshdel, ce qui est quand même la grosse honte. Bref bref, je suis bien contente de ne pas avoir gâcher de l'argent dans un ciné pour une bouse de dragon pareille, et je n'irais certainement pas voir le troisième non plus.
A part tout ça, je suis un peu dans le creux de la vague niveau productivité (je blâme la fatigue, mais je crois que c'était surtout de la flemme). J'ai toutefois bon espoir de pouvoir inverser la tendance en me forçant un peu (j'ai terminé une scène de 38, c'est bon signe).
Je vous laisse avec la suite ici. Je pense que vous devriez aimé ce qu'il s'y passe, mais je ne veux pas trop m'avancer non plus ^^ Bonne lecture !
Une fois n'est pas coutume, un grand merci à Sun Dae V pour la relecture et les retours ! Sa fic La Course au Chien Sauvage est un must-read si vous aimez Sirius Black !
There Will Be Time...
Chapter Thirteen.
« So you get the lights and I'll lock the doors
Let's say all of the things that we couldn't before
Won't walk away, won't roll my eyes
They say love is pain. Well, darling, let's hurt tonight
If this love is pain, then, honey, let's love tonight »
(One Republic – Let's Hurt Tonight)
Ella Shacklebolt n'avait pas de cabinet à proprement parler. Ses rendez-vous se déroulaient chez elle, dans une pièce différente à chaque fois, et le salon était sans doute celle qu'il préférait. En plus d'être une sorcière passionnée par la psychologie, Ella aimait les plantes et son jardin aurait rendu jalouse Narcissa.
Il lui rappelait un peu le parc du manoir des Potter et les nombreuses fois où il avait aidé Euphémia au lieu de disputer une énième partie de Quidditch avec James.
Son frère pouvait dire ce qu'il voulait, ce n'était tout de même pas pareil à deux.
Cette fois, la neige était arrivée au nord du Pays de Galle et le jardin était recouvert d'une fine pellicule blanche, pas assez épaisse pour faire une bataille de neige, mais suffisante pour rappeler que Noël approchait à grands pas.
- C'est aujourd'hui que Maellyn et Judy reviennent des Etats-Unis, n'est-ce pas ?
Il eut un sourire et fit face à Ella.
Il avait eu Maellyn juste avant que son avion ne décolle et elle lui avait semblé particulièrement excitée.
- Oui. Je vais les chercher tout à l'heure à l'aéroport.
Elle hocha la tête. Il la connaissait assez pour savoir que son sourire rassurant annonçait une question à laquelle il ne voudrait pas spécialement répondre, même si, au final, il n'aurait pas spécialement le choix.
Ella était au moins aussi têtue que lui et elle avait encore plus de tours dans son sac que James et Lily réunis quand il s'agissait de lui arracher des confidences.
- Et bien, quel est le programme ?
Il se racla la gorge.
- Elles doivent arriver vers dix-sept heures, alors je pensais les emmener au restaurant si Maellyn n'est pas trop fatiguée et...
Elle venait de hausser un sourcil impérieux, plus péremptoire encore que ce à quoi McGonagall l'avait habitué, du temps où il était un élève sans foi ni loi et qu'elle ne tolérait pas qu'il la mène en bateau.
Il sentit son rythme cardiaque s'accélérer. Il savait qu'elle ne laisserait pas tomber le sujet aussi facilement, pas quand sa dispute avec Judy l'avait convaincu de revenir la voir.
Il lui avait fallu trois rendez-vous pour l'admettre et deux de plus pour qu'il accepte de lui raconter ce qui s'était passé le lendemain d'Halloween.
- As-tu réfléchi à ce dont nous avons parlé la semaine dernière ?
Il ouvrit la bouche pour la refermer aussitôt. Mentir à Ella était un jeu dangereux : outre le fait qu'elle s'en apercevait aussitôt, elle avait tendance à se montrer nettement moins patiente avec lui.
- Il faut que tu aies une vraie discussion avec Judy, Sirius. Pour toi, pour elle, et pour Maellyn. Il n'y a pas d'issue facile dans cette histoire.
Il eut un soupir et passa une main sur son front, essayant de rassembler ses pensées. Pour être tout à fait honnête, il était fatigué que sa vie ne soit pas facile. Il avait l'impression de se battre en permanence depuis qu'il avait onze ans – et peut-être même avant cela – et en rencontrant Judy, il avait bien cru que rien ne serait jamais compliqué avec elle, parce que tout semblait couler de source quand ils étaient ensemble.
Bien entendu, ça avait été avant cette foutue guerre et son bannissement et Maellyn...
- Je ne sais même pas par quoi commencer, souffla-t-il finalement.
L'expression d'Ella s'adoucit et elle se pencha vers lui, faisant s'entrechoquer les nombreux bracelets autour de ses poignets.
- Il n'y a pas de recette magique, mais peut-être par ce que tu ressens ?
- Elle sait très bien ce que je ressens pour elle, grogna-t-il.
Ella ferma les yeux une seconde et quand elle les rouvrit, il réalisa un peu trop tard qu'il aurait mieux fait de se taire.
- Vraiment ? Je suis presque certaine que le souvenir que tu m'as confié n'est pas corrompu et à aucun moment, tu n'as avoué à Judy que tu l'aimais en la regardant droit dans les yeux !
Il eut l'impression de recevoir une claque cinglante et une part de lui – celle qui avait tendance à considérer Ella comme une ennemie – voulut partir, sur le champ.
Le regard d'Ella, planté dans le sien, l'empêcha de se lever.
- La séance est loin d'être terminée, jeune homme.
Il n'avait jamais rencontré le père de Kingsley, mais il savait depuis longtemps que l'Auror tenait son charisme écrasant de sa mère, et qu'elle aurait pu être bien plus dangereuse que lui si elle l'avait voulu.
Il resta toutefois silencieux – comme au tout début, quand Ella n'avait pas encore réussi à passer ses défenses et que leurs rendez-vous étaient majoritairement un long silence partagé – et elle croisa les bras sur sa poitrine en retour.
- Je vais te rappeler ce que je t'ai dit après avoir vu ce souvenir, Sirius : Judy et toi n'avaient pas parlé ce jour-là. Vous vous êtes dit ce que vous imaginiez que l'autre avait besoin d'entendre, parce que vous êtes aussi terrifiés l'un que l'autre de rouvrir vos plaies. Il va quand même falloir y passer.
Le visage de Judy, livide, les yeux rougis mais l'air décidé revint.
Je ne vais pas faire miroiter à ma fille que ses parents vont se remettre ensemble pour toujours, et lui briser le cœur quand on se séparera à nouveau. Elle a assez souffert comme ça.
Il secoua la tête. Il avait été assez hanté par cette foutue discussion, il n'avait pas besoin de la rejouer une fois de plus.
Et je ne sais pas pourquoi, mais elle s'est foutue dans le crâne qu'elle n'avait plus aucune chance avec toi.
Non plus qu'il avait besoin d'entendre à nouveau le sermon d'Alice.
Il passa une main sur son visage, essayant de ne pas se laisser emporter trop loin dans les souvenirs et de se raccrocher au présent, même si le présent n'était pas vraiment plus plaisant.
- Et si elle ne veut pas en parler ?
- Tu ne lui laisses pas le choix. Elle en a autant besoin que toi.
Maman est très triste. Elle était moins triste quand on était à Londres.
Maellyn semblait s'être donnée pour mission de lui rappeler le plus souvent que Judy était misérable depuis leur départ de Londres, et il aurait eu du mal à la croire s'il ne l'avait pas constaté de ses propres yeux le jour de Thanksgiving. Elle venait de toute évidence de pleurer et il était presque sûr que ce n'était pas lié à son père et à son oncle.
Une autre fois, il aurait peut-être réussi à la faire parler, mais il n'avait pas eu le courage de provoquer une nouvelle dispute.
Si elle avait été catégorique sur le fait qu'elle ne voulait pas reprendre leur histoire, elle n'avait rien dit sur une possible amitié...
Il était presque sûr qu'il pourrait se contenter d'au moins ça.
Il eut un soupir et Ella lui offrit un petit sourire.
- En général, je n'aime pas ces clichés sur les maisons, mais ça ne sera certainement pas la Serpentarde qui prendra le risque de provoquer la discussion. Il va falloir faire preuve de ce fameux courage, Sirius.
Ce n'était pas la première fois qu'elle lui rappelait qu'il était un Gryffondor pour le pousser à faire quelque chose qu'il n'avait pas du tout envie de faire, et le pire était sans doute que cela marchait presque trop bien.
Sa Répartition avait changé trop de choses dans sa vie pour qu'il ose se montrer indigne de sa maison.
Ella sembla se satisfaire d'un simple hochement de tête, puis passa à des sujets de conversation plus légers. Il eut largement le temps de réaliser à quel point il avait hâte de retrouver Maellyn aujourd'hui – et sûrement Judy aussi – et combien il était heureux de pouvoir passer son premier Noël avec sa fille.
- Le Père Noël s'est montré raisonnable pour cette petite fille, n'est-ce pas ?
- Je pense que je suis le seul à ne pas être tombé dans l'excès, dit-il avec un sourire entendu.
Ella leva les yeux au ciel.
Lily et lui avaient dû faire une leçon de morale à James parce qu'il voulait acheter un cadeau pour chacun des Noël que Maellyn n'avait pas passé avec eux. Regulus, lui, avait ouvert un coffre à Gringotts au nom de sa nièce et y avait fait basculer une part exubérante de la fortune Black. Remus avait été obligé de le menacer de faire chambre à part pour qu'il retrouve un minimum de bon sens... Même s'il restait convaincu que son frère allait trouver un autre moyen de gâter Maellyn.
Il s'était contenté de lui acheter plusieurs comics de Wonder Woman, une batte gravée à son nom, un beau vélo et une balançoire pour mettre dans le jardin, tout cela avec la bénédiction de Lily, Narcissa et Andy, ce qui n'était pas rien.
De toute façon, il savait déjà que Maellyn n'aurait d'yeux que pour son chaton – dont elle demandait des nouvelles tous les jours – et Lily semblait particulièrement ravie de son coup.
A la fin de la séance, il se sentait un peu plus serein, même si la perspective de devoir tirer les vers du nez à Judy ne l'enchantait guère...
Il transplana chez lui et prit tout juste le temps d'avaler un sandwich avant de partir pour l'aéroport, même s'il était sans doute bien trop tôt.
Il n'avait rien de mieux à faire et il ne voulait pas arriver en retard.
Lily avait beau lui avoir expliqué qu'il devrait se rendre au terminal 2 et regarder les panneaux d'affichage pour trouver à quelle heure arriverait l'avion de Judy et Maellyn, et où elles iraient chercher leurs bagages, il choisit de demander de l'aide à la première personne qui semblait travailler là tant le bâtiment était immense et les panneaux nombreux.
La fille qu'il intercepta lui jeta un regard appréciateur qui disparut très vite quand il expliqua qu'il était venu chercher sa fille.
- Il est trop tôt pour savoir où seront envoyés les bagages de ce Boeing-là... Il faut attendre que l'avion ait atterri.
- Merci.
Il fit trois fois le tour du bâtiment, acheta un livre sans réussir à se concentrer assez longtemps dessus pour lire plus d'une page, puis s'obligea à s'asseoir près d'un des écrans d'informations pour être certain de ne rien louper.
Il ne comprenait pas comment les moldus pouvaient voyager de cette façon : de ce que lui avait expliqué Lily, il fallait venir des heures en avance parce que des policiers devaient vérifier les passeports et les bagages, puis passer le trajet assis dans une boîte en métal – souvent pendant des heures, et dans le cas de Maellyn et Judy, pas loin de dix – et patienter encore pour récupérer ses valises.
Il avait pris plusieurs fois un Portoloin pour aller aux Etats-Unis : on lui avait demandé d'arriver une demi-heure avant le départ, le trajet n'avait pas duré cinq minutes et personne n'avait fouillé dans ses affaires.
Il prit toutefois son mal en patience, observant les gens qui passaient, surprenant plus de langues étrangères qu'il n'en avait l'habitude au cœur de Londres et essayant de ne pas trop repenser à ce que lui avait fait promettre Ella...
Sauf qu'elle avait un don pour entrer dans sa tête qu'il n'expliquait pas, à part si la Légilimencie comptait.
Il savait qu'elle avait raison dans le fond – elle n'était pas la seule à lui soutenir qu'il devait avoir une vraie discussion avec Judy pendant qu'elle serait sur Londres – mais ça ne lui donnait pas envie de la confronter pour autant.
Parce qu'il n'était même pas sûr qu'elle accepte de l'écouter pour commencer... Il n'avait pas la moindre idée de la façon de s'y prendre pour escalader les murs qu'elle avait dressé entre eux, il ne savait pas ce qu'il allait lui dire à part qu'il l'aimait encore et qu'il donnerait n'importe quoi pour une deuxième chance, et il était terrifié à l'idée qu'elle ne veuille plus rien à voir avec lui, Maellyn exceptée.
James, Lily et Alice avaient beau lui soutenir que c'était loin d'être le cas, ce n'étaient pas eux qui avaient dû encaisser ses répliques le lendemain d'Halloween...
Il essaya d'imaginer plusieurs façons d'amener la conversation, autant de manières de lui expliquer à quel point il l'aimait, combien elle lui avait manqué et qu'il ne savait pas être vraiment heureux sans elle et Maellyn, mais il revoyait sans cesse son air buté quand elle lui avait assuré qu'ils étaient voués à l'échec et qu'elle n'infligerait pas ça à leur fille, que chacune de ses idées sonnait comme un paquet de conneries.
Il était si perdu dans ses pensées qu'il réalisa plus tard que prévu que le Boeing en provenance de Chicago avait atterri depuis un quart d'heure, et qu'il avait intérêt de se dépêcher s'il voulait attraper Maellyn et Judy à la sortie de leur terminal.
Beaucoup de personnes attendaient derrière des barrières, et encore plus de monde passait les portes d'un air pressé.
Il crut une folle seconde qu'il n'allait jamais réussir à les retrouver ou qu'il allait devoir s'en remettre à Patmol, ce qui ne manquerait pas d'attirer l'attention, quand ses yeux croisèrent ceux de Judy.
Il eut l'impression de respirer plus librement pour la première fois depuis son départ. Il ne put retenir un large sourire, et elle l'imita, même s'il était certain que le sien était un peu forcé et terriblement triste.
Elle baissa la tête, le pointa du doigt et Maellyn fendit la foule en courant.
- Papa !
Il se baissa pour la réceptionner et la serrer contre lui, respirant son odeur à pleins poumons, réalisant avec un cruel temps de retard qu'elle lui avait encore plus manqué que ce qu'il pensait, même s'il lui avait parlé presque tous les jours.
- Tu m'as manqué, papa, souffla-t-elle tandis qu'il se redressait, son petit corps toujours accroché au sien.
- Toi aussi tu m'as manquée, chaton. Tu ne t'es pas trop ennuyée dans l'avion ?
- Pas trop... J'ai dormi et j'ai fait du coloriage.
Il pouvait se tromper, mais il était presque certain qu'elle avait surtout dormi et que les coloriages n'avaient pas dû l'occuper longtemps.
Judy les rejoignit péniblement, encombrée par deux larges valises, en plus d'un sac qu'elle portait à l'épaule et de son éternel sac à dos en cuir.
Il réajusta Maellyn pour libérer un bras et soulagea Judy d'une des deux valises.
- Je peux me débrouiller, grogna-t-elle.
- Bien sûr, mais j'ai réservé une pizzeria pour dix-neuf heures.
- Depuis quand fais-tu dans la ponctualité ?
- Depuis que j'essaye de montrer l'exemple. On y va ?
Elle leva les yeux au ciel mais lui emboîta le pas. Il essaya de vraiment écouter ce que lui racontait Maellyn – elle avait vu un orage par le hublot et elle avait eu des œufs et du bacon pour le petit-déjeuner – mais il avait bien du mal à lâcher Judy des yeux – son air décidé, la façon dont elle évitait soigneusement son regard et sa main gauche qui serrait la poignée de sa valise sans doute plus fort que nécessaire –.
C'était peut-être une impression, mais il était quasiment sûr que ça allait être encore plus compliqué que prévu.
- Judy ! Par là ! On ne prend pas un taxi.
Elle le dévisagea.
- Tu es venu en voiture ?
- Mieux que ça. Viens !
Judy sembla hésiter, mais il avait Maellyn et une de ses deux valises, alors elle n'eut pas vraiment d'autre choix que de suivre. Il retrouva sans mal sa nouvelle Bonnie et il vit l'émerveillement adoucir les traits de Judy quand elle la découvrit.
Elle déposa son sac au sol et en fit le tour, effleurant la carrosserie du bout des doigts, avant de se baisser pour observer le moteur.
- Tes amis ne se sont pas moqués de toi, Black. C'est un vrai bijou !
Il eut un sourire.
- Tu veux la conduire ?
Elle releva si vite la tête qu'il eut presque mal pour elle.
- Tu es sérieux ?
Il fit de son mieux pour ne pas éclater de rire et haussa simplement un sourcil, ce qui lui tira un soupir excédé.
- Quand une blague n'est pas drôle la première fois, elle ne l'est jamais après.
Il ne put retenir un ricanement plus longtemps et eut l'impression de remporter une victoire en voyant Judy se fendre d'un vrai sourire, même s'il ne dura pas longtemps.
Il sortit les clefs de la poche de sa veste et les lui lança.
- Elle ne vole pas ?
- Les Londubat ne sont pas d'aussi bons Aurors que ce qu'il se dit et ils n'ont pas réussi à mettre la main sur Max.
- Oui, et comme Potter et toi n'êtes pas très doués en sortilèges...
- Si tu avais une baguette, tu pourrais parler, Adler, mais aux dernières nouvelles, ce n'est pas vraiment le cas.
Il ignora son regard noir et fit rétrécir les bagages avant de les glisser dans une des sacoches à l'arrière de la Bonnie. Il aida ensuite Maellyn à s'installer dans le side-car, ajustant son casque sur sa tête et une couverture bien chaude autour d'elle.
- Si tu as froid, tu me le dis, chaton. D'accord ?
Quand il se redressa, Judy n'avait pas bougé.
- Un problème, Adler ?
- Je n'ai pas de casque, pas de veste, et pas de gants. Ça fait longtemps que je n'ai pas pu monter sur un engin pareil, mais je n'ai pas oublié les règles élémentaires de sécurité.
- C'est juste. Une chance que j'ai tout ce qu'il faut.
Il récupéra le deuxième casque au pied de Maellyn et la veste de cuir qu'il avait retrouvé dans l'armoire de la chambre d'ami.
Le regard de Judy fit un étrange aller-retour entre sa veste et son visage, mais s'abstint de commentaires.
Ce n'était peut-être pas plus mal d'ailleurs. Il n'avait pas envie de mettre les choses à plat avec elle dans le parking d'un aéroport, et encore moins devant Maellyn.
Il attendit que Judy soit installée avant de se glisser derrière elle. Il fit mine de ne pas remarquer la façon dont elle se tendit quand il posa ses mains autour de sa taille.
Elle mit le contact et fit vrombir le moto.
Son sifflement appréciateur précéda d'une folle seconde un éclat de rire ravi, puis elle démarra.
A cette heure de la journée, il y avait du trafic sur la route, et le sidecar ne leur permettait pas de se faufiler entre les voitures.
En temps normal, il se serait sûrement impatienté, mais il n'était pas celui qui devait resté concentré sur sa conduite, et écouter Judy insulter tous ceux qui essayaient de lui couper la route ou qui osaient la klaxonner était étrangement apaisant.
Ces crétins l'ignoraient sans doute, mais si Judy se décidait à descendre de la moto pour demander des comptes, il était fort probable qu'elle sorte gagnante de l'affrontement et il n'était pas celui qui se risquerait à l'arrêter.
Il avait au moins appris cette leçon-là.
Malgré les talents de pilote de Judy, ils eurent à peine le temps de déposer les bagages chez lui, avant de repartir – à pieds cette fois – pour la pizzeria quelques rues plus loin.
La patronne les installa à sa table habituelle – celle qui donnait sur la rue et offrait une parfaite vue sur les décorations de Noël – et il réussit à convaincre Maellyn de prendre une pizza pour enfant – il n'allait pas tomber dans le piège à chaque fois –.
Ça aurait dû être une parfaite soirée – quand bien même ça n'allait peut-être pas durer s'il se décidait à suivre les conseils d'Ella – mais la réalité en était loin. Judy semblait s'être lancée le défi de ne pas croiser son regard du repas – elle était visiblement très forte – et sans les bavardages incessants de Maellyn – à propos de son oncle, son grand-père, Grany Helga et ses copines – il était presque certain qu'il y aurait eu un silence de mort.
Judy ne parlait qu'à Maellyn et Maellyn était la seule à lui répondre.
Entre le moment où ils commandèrent leurs plats et celui où ils eurent terminer leurs desserts, il avait bien failli se glisser dans la peau de Patmol une dizaine de fois, Judy avait bu au moins trois litres d'eau à elle toute seule et même Maellyn s'était lassée de faire la conversation.
Il se leva pour payer dès que le serveur posa la note sur la table – Judy ne protesta même pas et il fit un effort pour ne pas lâcher un commentaire désagréable – et il fut particulièrement tenté de demander un verre du digestif le plus fort quand il passa devant le bar.
Ça ne l'avancerait pas à grand chose, mais il allait sûrement avoir besoin de plus de courage que prévu, si tant est que Judy ne fasse pas le choix du retrait stratégique dès qu'ils auraient passé la porte d'entrée.
- Tout va bien, Monsieur ?
La voix du serveur le ramena à la réalité, sans qu'il ne soit capable de dire depuis combien de temps il était coincé dans ses pensées...
S'il se fiait à son bras tétanisé, sûrement trop.
Il tendit une poignée de billets sans vraiment vérifier le montant et prit une profonde inspiration avant de rejoindre Maellyn et Judy.
Sa fille glissa aussitôt sa petite main gantée dans la sienne.
Il se sentit un peu mieux...
Il croisa le regard de Judy, juste trop brillant comparé à son expression fermée.
Son cœur rata un battement.
Godric tout puissant, il avait envie de vomir.
Le trajet du retour se fit sans qu'un seul mot ne soit prononcé, Judy usa de son ton sévère pour convaincre Maellyn qu'elle devait aller se coucher – ce qu'elle accepta après un long câlin –. Il se laissa tomber sur une chaise dans le salon, essayant de se convaincre que ce n'était pas si catastrophique et qu'il n'avait certainement pas besoin d'appeler James.
Son frère allait exiger tous les détails et ça prendrait au moins la nuit.
L'escalier grinça et il crut halluciner en voyant Judy redescendre, une grande enveloppe serrée contre elle qu'elle vint déposer devant lui.
- Il faudrait que tu regardes ça.
Il serra les dents.
- Qu'est-ce que c'est ?
Elle eut au moins la décence de le regarder dans les yeux.
- Les papiers de mon avocat pour le partage de la garde de Maellyn. Il faut que je les lui ramène signés.
Il eut beaucoup de mal à comprendre ce qu'elle venait de dire, plus parce qu'il avait l'impression que ses mots étaient autant de claques qu'il venait de recevoir en plein visage que par réelles difficultés à mettre du sens derrière ce qu'elle venait de dire.
A quel moment, exactement, en étaient-ils arrivés là ? Même Regulus n'avait pas évoqué de faire appel à un avocat dans toute cette histoire et, Merlin en soit témoin, c'était sûrement son premier réflexe.
Judy se racla la gorge, ses yeux fixés sur l'enveloppe entre eux, comme si elle craignait d'attraper la Dragoncelle si elle croisait son regard trop de fois.
- C'est la procédure habituelle dans notre situation... Je... J'espérais qu'on puisse régler ça à l'amiable. Ça serait moins difficile pour Maellyn.
Il ouvrit la bouche, mais les mots refusaient de passer ses lèvres, sûrement parce que la colère accélérait tellement son souffle et les battements de son cœur qu'il avait l'impression qu'il n'y avait plus assez d'air dans ses poumons pour former des sons.
La seule raison pour laquelle il se retint de prendre la forme de Patmol était qu'il savait pertinemment que ça mettrait fin à leur discussion – si tant est qu'il puisse appeler ça une discussion – et qu'Ella avait peut-être raison quand elle affirmait qu'il avait besoin de mettre les choses au clair.
Il réussit à reprendre un semblant de contrôle sur ses émotions in-extremis et ce fut à son tour de s'éclaircit la gorge.
Il n'était toutefois pas assez maître de lui-même pour ne pas exploser s'il attaquait le cœur du problème tout de suite, aussi choisit-il de s'offrir un petit répit.
- Et quel serait le plan ?
Judy passa une main nerveuse à travers ses mèches blondes – plus longues qu'avant son départ – et sembla réfléchir soigneusement au choix de ses mots.
- Je... Comme on ne vit pas sur le même continent, le plus simple serait qu'elle passe un an sur deux avec l'un de nous deux, excepté pendant les vacances scolaires où elle serait chez l'autre.
Cette fois, la colère s'imposa, lui donnant presque le vertige. Il fut debout avant de l'avoir vraiment pensé, faisant basculer sa chaise au sol au passage.
- Tu te fous de ma gueule ?!
Judy recula, son corps prit cette posture qu'il avait appris à associer avec sa garde de boxe, et elle n'eut aucun mal à soutenir son regard cette fois.
- Tu as une meilleure idée ? Elle a quatre ans, elle ne va pas traverser l'Atlantique toutes les semaines !
- Pourquoi pas ?!
- Parce qu'il y a un décalage horaire de plus de six heures, Black ! Et cela voudrait dire qu'elle devrait aller dans deux écoles différentes ? Ce n'est pas vraiment ce que j'appelle une enfance stable.
Il serra les dents. Elle avait l'avantage d'avoir réfléchi à ses arguments avant de lui balancer la situation au visage.
Il n'avait rien de tout cela, excepté la certitude qu'il n'allait pas supporter de ne voir sa fille que quelques semaines certaines années, pas après avoir déjà perdu quatre ans avec elle.
Pourquoi fallait-il que tout soit toujours si compliqué ?!
- Tu pourrais t'installer à Londres, rétorqua-t-il finalement.
Elle croisa ses bras sur sa poitrine et releva le menton.
- Ici, tu veux dire ? Et vivre dans ta chambre d'amis ? Je ne pense pas que ça serait une bonne idée, ni pour toi, ni pour moi.
Il faillit rebondir là-dessus. Il n'était pas le plus fin orateur, mais il savait reconnaître une ouverture quand il en voyait une.
Sauf qu'il ne voulait pas changer de sujet de conversation. Elle parlait de le priver de la moitié de la vie de Maellyn. Il n'allait pas supporter ça, surtout plus maintenant.
S'il ne pouvait pas reconquérir Judy parce qu'il était trop tard, ou parce qu'elle se montrerait trop butée, ou Godric seul savait quoi encore, il aurait besoin de sa fille pour ne pas sombrer.
- Je peux t'acheter un appartement s'il n'y a que ça !
Elle plissa les yeux, comme s'il venait de l'insulter.
- Je n'ai pas besoin de ta pitié, Black.
- Rassure-toi, je comptais te faire payer un loyer, Adler.
Son ton glacial la fit à peine ciller, réfugiée comme elle l'était derrière un masque impénétrable.
Il avait envie de la frapper pour le faire tomber, mais ça ne l'avancerait probablement pas beaucoup.
- Ma vie est aux Etats-Unis. Elle l'a toujours été, et le sera toujours.
Il éclata d'un rire grinçant malgré lui, ce qui lui valut un regard noir.
- Tu es serveuse dans un bar, ton oncle et ton père sont en prison, et le MACUSA a effacé ton existence magique, Adler. Je ne pense pas que tu perdrais grand chose à venir ici.
- Ça reste mon pays, là où je suis née et où j'ai grandi. Je ne suis pas chez moi ici.
Il avait l'impression de discuter avec un mur : il la connaissait assez pour savoir qu'il n'arriverait pas à la convaincre.
- Très bien. Alors c'est moi qui irait m'installer à Rowfer, ou peu importe l'endroit où tu as trouvé refuge ces derniers temps.
Sa façade se fissura et il fut certain que c'était de la panique qui faisait briller son regard.
- Ne soit pas ridicule, Black. Tu as tes amis, tes cours de Quidditch et toute ta famille ici...
Il serra les dents à nouveau pour encaisser le coup : il savait que la perspective de se priver de Maellyn un an sur deux devait lui coûter autant qu'à lui, si ce n'était encore plus et, pourtant, elle semblait préférer cette possibilité plutôt que de le voir s'installer aux Etats-Unis.
Pendant une folle seconde, il se demanda si James, Lily, Alice et Ella ne s'étaient pas lourdement trompés et il vacilla en sentant l'espoir quitter ses entrailles.
Il aurait pu s'effondrer là, mais elle venait de lui donner une raison de plus pour ne pas abandonner Maellyn.
- Je le pense vraiment. Avec une Cheminée Internationale, je ne serais pas vraiment si loin des Potter et je pourrais sans doute toujours donner mes cours. En plus, Regulus sera ravi de me savoir sur un autre continent.
Elle secoua la tête, ses yeux désormais exorbités, et une litanie silencieuse sur les lèvres qui ressemblait beaucoup à non, non, non, non...
Il fronça les sourcils.
Ce n'était pas qu'elle ne voulait pas qu'il la rejoigne aux Etats-Unis...
Elle était proprement effrayée par cette possibilité.
Vous êtes aussi terrifiés l'un que l'autre de rouvrir vos plaies.
Il repoussa ses épaules en arrière et faillit presque sortir sa baguette.
Il va falloir faire preuve de ce fameux courage, Sirius.
- Quel est le problème, Adler, hein ?
Elle lui tourna le dos, lui donna l'impression de vouloir s'arracher deux pleines poignées de cheveux, puis renifla sèchement.
Il ne fit pas surpris de lui trouver les yeux rouges. Elle pouvait toujours rêver si elle pensait qu'il allait arrondir les angles.
Pas ce soir.
- Tu ne peux pas venir aux Etats-Unis.
Sa voix n'était qu'un souffle tremblant, comme une supplique.
- Pourquoi ?!
Sa propre réplique sonna comme un aboiement de Patmol à ses oreilles et Judy recula plus encore, ses yeux fusant vers les différentes portes autour d'elle, comme si elle cherchait une sortie de secours, avant de revenir se fixer sur lui un brève instant.
- Tu ne peux pas... Tu... Ça ne serait pas une bonne idée.
- Explique-moi pourquoi ça ne serait pas une bonne idée, Adler, hein ?! Maellyn a besoin de ses deux parents, et pas seulement un an sur deux !
Elle recula encore d'un pas, amorça un mouvement pour se retourner...
La porte la plus proche claqua, suivie aussitôt des deux autres.
De livide, Judy devint verdâtre. Sa respiration se fit étrangement sifflante et des larmes commencèrent à rouler le long de ses joues.
Une part de lui – celle qui avait entretenu l'espoir depuis son retour, peut-être bien avant cela – voulut la prendre dans ses bras et lui assurer que tout irait bien...
Sauf que ses tripes lui assuraient qu'il ne devait rien lâcher, qu'il n'était pas loin d'un truc fondamental, qu'il n'aurait peut-être pas d'autre occasion comme celle-ci.
- POURQUOI, Adler ?!
Elle sursauta. Les dernières traces du masque auquel elle se raccrochait tombèrent. Il eut l'impression de la voir se briser sous ses yeux, à moins que ce ne soient les cicatrices laissées par les cinq dernières années qu'il voyait pour la première fois.
Elle resserra les bras autour d'elle, comme si elle craignait de s'éparpiller aux quatre coins de la pièce et fixa un point au loin, ou plus certainement à l'intérieur d'elle-même.
Il eut l'impression d'attendre une éternité avant qu'elle ne se décide à parler.
- Si tu viens aux Etats-Unis, je ne pourrais jamais t'oublier... Et ça finira sans doute par me tuer, Sirius. Je ne peux pas faire ça à Maellyn. C'est juste trop horrible de perdre sa mère.
Sa réponse n'était qu'un murmure tremblant, hachuré par des sanglots qu'elle semblait avoir énormément de mal à contenir.
Ils rallumèrent pourtant une véritable fournaise au fond de son cœur.
- Et si je ne veux pas que tu m'oublies ?
Elle essuya ses joues d'une main tremblante, même si elle pleurait toujours en silence.
- Alors tu me détestes encore plus que ce que je pensais.
Il eut à peine conscience du rire décharné qui lui échappa et Judy lui donna l'impression qu'elle allait s'écrouler.
Comment pouvait-elle se montrer aussi aveugle ?
Il verrouilla son regard dans le sien.
- Parfois, j'aimerais bien savoir comment te haïr, Adler... La vérité, c'est que je n'y arrive simplement pas, sûrement parce que je t'aime trop pour ça.
Il pensait que ça suffirait à faire disparaître la douleur sur son visage, ou au moins apaiser un peu l'horreur au fond de ses yeux, mais ses traits se creusèrent davantage et elle commença à secouer sa tête frénétiquement.
- Tu ne m'aimes pas, Sirius. Tu aimes celle que j'étais avant. Je ne suis plus cette Judy-là... Je... J'ai changé, je... Tu finiras par me haïr... Et si tu me laisses... Si tu... Je ne pourrais pas... Pas deux fois.
Il secoua la tête.
- Je crois que tu ne comprends pas, Jud'... Je ne sais pas ne pas être amoureux de toi. J'ai tout essayé pour ne plus t'avoir dans la peau. Je suis même sorti avec un mec en espérant que ça changerait quelque chose mais... Je...
Il eut besoin de reprendre le contrôle sur les souvenirs qui tournaient à toute vitesse sous son crâne, au point de lui donner de nouveaux vertiges.
- Je suis heureux avec toi dans ma vie et j'ai l'impression de mourir un peu quand tu n'es pas là. Je ne suis pas près de te haïr un jour, Adler.
Son corps était secoué par tellement de tremblements que c'était sans doute un miracle qu'elle tienne encore debout et il fit un pas vers elle.
Le besoin de la serrer contre lui était de plus en plus impérieux mais il avait aussi besoin qu'elle fasse une part du chemin, alors il se contenta de tendre sa main vers elle.
Elle tituba pour le rejoindre après ce qui lui parut une éternité, et il referma aussitôt ses bras autour de sa taille, la plaquant contre son torse à lui faire mal. Ses sanglots lui donnèrent l'impression de la déchirer de l'intérieur, elle s'agrippa à lui de toutes ses forces, son visage enfoui dans son épaule, et s'il ne la tenait pas comme il le faisait, elle ne tiendrait certainement pas sur ses deux jambes.
Il sentit ses propres larmes rouler le long de ses joues et il ferma les yeux, espérant que son odeur réussirait à l'apaiser un peu.
Ce n'était pas qu'il était malheureux – Merlin, s'il venait de réussir à abattre ses murs, il ne devrait plus être malheureux avant un long moment – mais son absence avait été une plaie béante pendant toutes ces années, et ça semblait avoir été pire pour Judy.
C'était comme si elle s'était retenue de pleurer pendant cinq ans et que sa résistance acharnée venait de rendre les armes.
Il fut le premier à retrouver un semblant de lucidité.
Il embrassa sa tempe.
- Ça va aller, Judy, souffla-t-il, ses lèvres trouvant son oreille par réflexe.
Il lui sembla qu'elle hochait la tête, mais il ne pouvait pas en être certain puisqu'elle tremblait encore beaucoup trop. Il laissa sa main droite tracer des cercles lents sur son dos, une part de lui infiniment soulagée qu'elle le laisse enfin l'aider.
Après une éternité, ses sanglots finirent par s'espacer, elle trembla de moins en moins contre lui, pour finir par se raidir complètement.
Son corps fut incapable de l'imiter.
Pour la première fois depuis longtemps, il se sentait parfaitement à sa place.
- Tu es sûr ?
Sa voix était éraillée par les pleurs.
- De quoi ?
Il lui fallut de longues secondes pour répondre.
- Que tu m'aimes encore... malgré tout ce qui s'est passé ?
Il desserra légèrement sa prise autour de son corps puis glissa une main sur sa joue pour l'obliger à basculer la tête vers lui.
Elle avait fermé les yeux et il attendit qu'elle les rouvre pour croiser son regard, détaillant son visage, retrouvant chaque grain de beauté familier, résistant difficilement à l'envie d'effacer de baisers les traces laissées par ses larmes et encore plus difficilement à poser ses lèvres sur les siennes.
Bordés de rouge comme ils l'étaient, ses yeux étaient encore plus saisissants et il eut l'impression de se noyer dans leur bleu plus foncé qu'une nuit sans lune.
- Je t'aime, Adler, dit-il finalement.
C'était aussi simple et aussi compliqué que ça.
Elle eut un sourire – il le vit plus dans ses yeux que sur ses lèvres – et il retrouva avec soulagement la lumière qu'il n'avait fait qu'entrapercevoir durant les deux mois qu'elle avait passé chez lui. Elle se détendit à nouveau, sa main droite relâcha son t-shirt et vint se poser sur sa mâchoire avec une douceur qu'il lui avait rarement connu.
- Je t'aime aussi, Black, souffla-t-elle.
Son cœur accéléra.
Sans douleur.
Au moment où elle basculait sur la pointe des pieds, il se pencha un peu. Leurs lèvres se retrouvèrent pour la première fois en cinq ans, et c'était comme si leur dernier baiser datait d'hier.
C'était juste parfait.
La soudaine vague de chaleur qui satura son corps le fit chanceler en arrière. Judy le suivit sans la moindre hésitation et son dos fit un bruit sourd en rencontrant le mur entre le salon et la cuisine. Il n'était pas contre un peu de soutien à son tour, et il attira Judy encore plus contre lui, jusqu'à ce que chacune de ses courbes semble moulée le long de son corps. Quand se fut à leur langue de se retrouver à nouveau, il eut un gémissement qui l'aurait sans doute embarrassé une autre fois, sauf que Judy eut presque le même et que c'était le dernier de ses soucis maintenant.
La main de Judy qui n'était pas agrippée à ses cheveux se glissa sous son t-shirt, juste pour se poser à la naissance de ses côtes, et il eut l'impression que sa peau prenait feu au contact de la sienne.
- Tu m'as tellement manqué...
La voix de Judy se brisa à nouveau – sa douleur faisant écho à la sienne –, son corps fut secoué d'un violent tremblement et il sentit de nouvelles larmes sur sa peau.
Elle enfouit son visage dans la courbe de son cou, ses lèvres posées sur sa gorge et il embrassa son front.
Il savait.
Il avait bu jusqu'à oublier son nom pour la voir, même si ce n'était que des hallucinations qui le rendaient peu à peu fou, et qu'il se détruisait avec chaque verre de plus.
- Ne me laisse plus jamais, Sirius.
Il ferma les yeux pour retenir ses propres larmes.
Il avait compris bien avant son retour qu'il devrait apprendre à vivre avec le trou que son absence avait laissé dans son cœur, mais s'il avait désormais une chance de ne plus sentir ce vide en lui, il savait qu'il ne la laisserait plus jamais partir.
- Je te le promets, Jud'... Je te le promets...
Elle se détendit progressivement à nouveau, mais pas complètement, comme si elle restait sur ses gardes.
La pendule sur le manteau de la cheminée sonna minuit en douceur et Judy se redressa. Sa main glissa le long de sa peau et se posa sur sa hanche. Il eut pourtant l'impression que l'empreinte de sa paume s'était tatouée à jamais sur sa cage thoracique.
- On devrait aller se coucher, souffla-t-elle.
Elle semblait exténuée et il prit conscience de sa propre fatigue.
Comme si ce qui venait de se passer avait drainé toute son énergie...
Pourtant, ils n'avaient fait qu'effleurer la surface.
La perspective de la libérer lui était toutefois intolérable, pas après si longtemps.
Il préférait passer la nuit adossé contre ce mur que de prendre le risque qu'elle trouve refuge dans la chambre d'ami.
Il n'était pas certain de savoir pourquoi, mais il sentait que ça serait une grave erreur stratégique.
Et il voulait passer la nuit avec elle. Il en avait besoin.
- Tu peux dormir dans ma chambre si tu veux...
Elle déglutit bruyamment.
- Juste dormir ?
C'était sans doute plus sage.
- Juste dormir.
Elle sembla soulagée.
Il l'était un peu aussi.
Non pas qu'il n'avait pas envie de prolonger le baiser qu'ils venaient d'échanger mais il avait sans doute eu sa dose d'émotions fortes pour la journée.
Ce qu'il y avait entre Judy et lui allait bien au-delà du sexe.
Elle fit un pas en arrière et il la laissa faire, avant de froncer les sourcils en voyant son sourire tordre ses lèvres un bref instant.
- Quoi ?
- De tous les murs de cette pièce, on termine toujours contre le même.
Il secoua la tête, un léger sourire aux lèvres, puis attrapa la main qu'elle tendit dans sa direction. Il eut un soupir satisfait à l'idée de pouvoir enfin entrelacer ses doigts aux siens.
Ils montèrent à l'étage en silence et il dut quand même se faire violence pour ne pas la suivre dans la salle de bain.
Il s'obligea à enfiler un pyjama – parce que malgré ce que disaient ses cousines, il pouvait aussi se conduire en gentleman –. Il ne put s'empêcher de pousser la porte de la chambre de Maellyn en quittant la sienne, et trouva sa fille en travers du large lit, sa peluche en forme de chien serrée contre elle et son autre bras étalé, comme si elle essayait d'occuper le plus de place possible... Pourtant, du haut de son mètre dix, elle réussissait à rendre le lit inhabitable pour quelqu'un d'autre.
Il l'observa dormir un long moment, gravant dans ses souvenirs ses traits détendus, le rythme de ses respirations profondes et ses cheveux déjà emmêlés autour de son visage.
La tuyauterie eut un bruit sec au bout du couloir qui le décida à aller embrasser sa fille – ce qui lui valut un grognement – puis à rejoindre la salle de bains à son tour.
Judy, enveloppée dans une serviette blanche, terminait de se laver les dents et si ses cheveux n'avaient pas été aussi courts, peut-être aurait-il loupé le tatouage sur son omoplate gauche.
Malgré les gouttes d'eau sur sa peau et la vapeur dans la pièce, il en reconnut le dessin aussitôt.
Canis Major.
Son cœur fit une embardée dangereuse et il eut soudainement plus chaud, tandis qu'il perdait le contrôle sur sa mâchoire.
Il releva les yeux à temps pour croiser son regard dans le reflet du miroir. Il était presque certain que le rouge sur ses joues n'avait rien à voir avec la température de sa douche.
Il s'approcha et encercla sa taille avec ses deux bras avant de déposer ses lèvres sur son tatouage, quelque part entre Sirius et Adhara, puis il embrassa l'endroit où son cou rencontrait son épaule gauche, lui arrachant un frisson familier.
- Je suis presque sûr que ce n'était pas là à Halloween, murmura-t-il à son oreille.
Elle se racla la gorge.
- Le fond de teint sorcier est nettement plus efficace que ce que je trouve dans les magasins moldus.
Il grogna.
- Pourquoi ?
Il la vit fermer les yeux une folle seconde.
- Je... Je me le suis fait faire juste avant d'être arrêtée et... hum... je...
- Tu es stupide ?
- Ouais, c'est ce que j'ai cru comprendre...
Il retraça le dessin du bout des doigts – il n'était pas prêt de s'en lasser – et l'obligea à lui faire face.
Cette fois, son expression butée et son regard sombre lui tirèrent un sourire. Il embrassa ses lèvres pincées, juste parce qu'il le pouvait – enfin –.
- Je trouve ça très sexy.
Elle plissa les yeux.
- Je ne l'ai pas fait pour toi.
Il ricana, soulagé de retrouver leur complicité d'avant.
- Non. Tu l'as fait parce que tu adores les chiens, c'est évident.
Elle s'empêcha de rire par principe, mais son regard s'adoucit et elle l'embrassa, glissant une main dans ses cheveux.
- Pas les. Juste un seul.
Il se retint de prendre possession de ses lèvres pour un baiser nettement moins chaste que les deux qui venaient de le précéder.
Elle était pour ainsi dire nue, il était nettement moins habillé, et il n'avait plus si envie de dormir...
Il s'obligea à s'écarter d'elle et la laissa quitter la salle de bains.
Il prit son temps pour se brosser les dents, juste pour être sûr d'avoir les idées claires, et retrouva Judy dans sa chambre.
Comme avant,elle avait enfilé un de ses caleçons et le t-shirt qui portait le symbole de l'Ordre du Phénix. Toutefois, elle semblait mal à l'aise.
Il faudrait sans doute du temps avant que tout redevienne comme avant.
Il fit comme s'il n'avait rien remarqué – la seule chose qui comptait était qu'il puisse la tenir contre lui à nouveau, juste pour se convaincre qu'il n'avait rien rêvé – et tendit une main vers elle.
Ils retrouvèrent leur position habituelle – lui sur le dos, un bras passé autour de ses épaules, l'autre main entrelacée avec ses doigts elle, sa tête posée sur son torse, son oreille juste au-dessus de son cœur – puis il éteignit la lumière sans même utiliser sa baguette magique.
La seconde où il se retrouva dans le noir, il comprit qu'il n'allait pas trouver le sommeil aussi facilement qu'il le pensait.
Il avait beau tenir Judy dans ses bras, il avait presque peur de fermer les yeux et de les rouvrir pour réaliser que rien de tout cela ne s'était vraiment passé, que Judy et Maellyn étaient encore aux Etats-Unis et qu'il avait juste eu un rêve cruel.
Ça, sans oublier qu'il avait l'impression qu'une énergie bizarre saturait son corps, à mi-chemin entre l'excitation et la nervosité.
Même s'il avait ce qu'il voulait le plus au monde, sa vie venait de changer drastiquement une fois de plus en l'espace d'une journée...
C'était proprement terrifiant.
- Sirius ?
- Hum ?
- Je... je suis désolée, pour Halloween.
Il ferma les yeux, même s'il n'avait même pas besoin de ça, parce qu'il l'avait tellement ressassé qu'il pourrait sans doute réciter ce que lui avait dit Judy mot pour mot.
Comme autant de coups parfaitement ajustés.
En plein cœur.
Même si ce n'était pas que ça.
Même en colère contre elle à ce moment là – et il l'avait été, parce qu'elle avait dit à haute voix l'une des choses qui le terrifiait le plus, qu'elle et lui étaient finis, pour toujours – il avait aussi vu l'étendue de sa douleur à elle.
Et c'était presque ce qui l'avait le plus alarmé...
- Je... Ça été dur, sans toi... Pas seulement parce qu'il y avait Maellyn... Juste... Tu me manquais tout le temps...
Elle renifla, il sentit une larme couler sur son t-shirt et il resserra ses bras autour d'elle.
- Je sais...
- Je ne pensais pas ce que je t'ai dit, ce jour-là, avoua-t-elle finalement, l'écho d'un sanglot dans le souffle de sa voix.
- Moi non plus.
Il aurait pu en dire plus, mais si ses séances avec Ella lui avait bien appris quelque chose, c'était que chaque jour suffisait sa peine et qu'ils en avaient sans doute eu leur dose de larmes.
Il embrassa son front à l'aveugle, mais sans louper sa cible pour autant, parce que son corps n'avait de toute évidence pas oublié le sien.
- Il vaut mieux qu'on dorme, tu crois pas ?
Elle hocha la tête faiblement et serra la main qui tenait la sienne.
Il réussit à se concentrer sur le bruit de sa respiration, peut-être faisait-elle de même de son côté, enfermant ses pensées dans un coin de sa tête, parce que c'était ce qu'il avait de mieux à faire.
Toutefois, il rouvrit les yeux à la seconde où Judy essaya de s'extirper de son étreinte.
Il verrouilla ses bras autour d'elle, décidé à ne pas la laisser reproduire sa fuite d'Halloween.
La lumière qui s'était infiltrée à travers les rideaux lui permirent de croiser ses yeux embués par le sommeil et de voir son sourire désolé.
- Je vais juste chercher Maellyn. Je reviens.
Il tendit l'oreille et entendit distinctement le « maman ? » depuis l'autre chambre, sans que cela n'ait réussi à le réveiller pour autant.
Ça devait être l'instinct maternel.
Judy revint, leur fille lovée dans ses bras. Maellyn avait l'air particulièrement grognon et avait des traces de larmes sur son visage. Judy se rallongea contre lui sans la lâcher, puis bascula sur le côté, un bras passé autour de Maellyn, caressant son dos avec douceur.
Il fit de même avec elle, son torse contre son dos, essuyant le visage de sa fille du pouce. Tandis qu'ils attendaient qu'elle se rendorme en silence, il réalisa avec un temps de retard qu'ils formaient désormais une vraie famille, tous les trois.
Pour le meilleur et pour le pire.
Il glissa son bras autour de la taille de Judy, juste pour la serrer un peu plus contre lui – il eut l'impression que son corps se fondait contre le sien – puis embrassa l'endroit où son cou rencontrait son épaule, juste pour la sentir frissonner, avant de remonter ses lèvres près de son oreille.
- Epouse-moi.
Judy sursauta et il se redressa sur son coude. Elle tourna la tête vers lui, les yeux écarquillés et la bouche entrouverte.
Il se pencha pour l'embrasser – il avait toujours été accro à ses lèvres et il avait cinq ans à rattraper – mais elle le stoppa en attrapant son menton du bout des doigts.
- Pourquoi ? souffla-t-elle.
La réponse était évidente, et sûrement gravée quelque part sur son cœur.
- Parce que je t'aime et que je ne peux plus prendre le risque qu'on me prive de toi.
Elle soutint son regard une seconde de plus, comme pour juger de sa sincérité – il pouvait voir une pointe de doute dans le sien et c'était ça aussi qu'il voulait faire disparaître à jamais – puis ses lèvres furent sur les siennes.
Il y avait une urgence dans celui-ci qu'il ne souvenait pas avoir déjà goûté et il perdit le fil avec ses pensées, incapable de réfléchir et complètement abîmé dans la vague de sensations.
Ils furent obligés de se séparer pour reprendre de l'air. Malgré la pénombre, il pouvait voir le joli fard de Judy sur ses joues et l'arête de son nez, tandis que son regard était devenu nettement plus sombre.
Presque noir.
- C'est oui ?
Au son de sa voix, beaucoup plus rauque que d'habitude, il ne devait pas être dans un meilleur état.
- Je garde mon nom.
- Tout ce que tu veux, Adler.
Elle haussa un sourcil, ouvrit la bouche, mais Maellyn gémit dans son sommeil et il se promit de remettre ça à plus tard.
Il déposa un baiser chaste sur ses lèvres, un autre sur la veine qui battait follement à la base de son cou, puis se rallongea, son visage enfoui dans ses mèches blondes et un large sourire sur les lèvres.
Tadaaaaaaaam !
J'avoue que je suis curieuse d'avoir votre avis sur :
- Ella Shacklebolt, la seule, l'unique, la très talentueuse, qui arrive à faire entrer du plomb dans le crâne de Sirius (amen).
- Le retour de Judy et Maellyn un brin tendu.
- THE TALK ! (c'est peut-être pour ça qu'il fait 25° en février...)
- LA RECONCILIATION (un brin fragile, mais on a fait de gros progrès!)
- THE PROPOSAL ! (c'est comme ça chez les Black. Go big or go home).
J'avoue que je suis aussi très curieuse d'entendre vos prognostiques quant à la réaction de Maellyn et de celle du Gang (Qui va pleurer ? Qui va s'évanouir ? Qui va être surexité par la nouvelle ? Le suspens est à son comble!)
On est d'accord, pas besoin de câlins cette semaine, non ? (une première, je suis si fière xD)
Je vous dis à dans un mois (sans faute cette fois).
La review est mon seul salaire et la base du régime alimentaire de ma muse ! Soyez sympa, l'accouchement de ce projet a été douloureux.
Orlane.
Mis en ligne le 2/03/2019
