Perchée sur le bord d'une des fenêtres de l'orphelinat, dans les combles où étaient installés les dortoirs, Etaine regardait le soleil se lever. C'était l'une des seules choses qu'on pouvait qualifier de belles ici. Belles mais surtout hors d'atteinte. La sonnerie retentit, vrillant ses oreilles et l'orpheline se laissa couler sur le sol, grimaçant à cause de son côté douloureux depuis un coup d'Herbert. Elle devait avoir neuf ans même si ses vêtements gris usés et distordus ainsi que ses yeux si durs rendaient tout jugement difficile à porter. Elle s'aligna docilement près de son lit parfaitement fait pour l'inspection. La Fourchelang retint un petit cri de douleur en sentant quelque chose percuter ses côtes cassées. Elle se retourna brusquement pour se trouver face à Skye, une autre orpheline qui, si elle était légèrement plus petite qu'elle, compensait par son caractère. Si elle pouvait frapper dans le dos, elle frappait dans le dos.
-Alors, susurra-t-elle à mi-voix, il te manque ton cher Kane ?
L'Etaine du souvenir sentit la colère monter en elle pendant que l'autre parvenait à identifier cette scène comme ayant eu lieu une semaine après la mort de son ami de deux ans son cadet. Elle avait dix ans. Skye sourit devant la colère qui flambait dans ses yeux puis alla reprendre sa place devant son propre lit. La Fourchelang plissa légèrement les yeux en direction des draps bien pliés de Skye et un pli se forma sans qu'aucune intervention ne soit visible. La surveillante fondit aussitôt sur ce défaut. Fin du flash.
Le Choixpeau tomba devant ses yeux, lui masquant la Grande Salle où la majorité des regards étaient posés sur elle.
-Pas facile, clairement un cas difficile, déclara la voix du vieux chapeau à son oreille. Tu réponds aux caractéristiques de plusieurs maisons. Le Fourchelang, la ruse et l'ambition des Serpentard. L'acharnement au travail et l'envie de se dépasser des Serdaigle. Tu as l'intelligence vive, indéniablement. La témérité et la combativité des Gryffondor. Et même un peu de la loyauté des Poufsouffle, nota le Choixpeau avec amusement. Où vais-je te mettre ? Je pense que l'on peut éliminer Poufsouffle ; tu n'es pas faite pour cette maison. Peut-être Serpentard ? Pour quelqu'un qui intrigue comme toi ce serait idéal…
Non, pas Serpentard. Sa propre pensée, venant couper le raisonnement du Choixpeau.
-Pas Serpentard, hein ? Pourquoi ?
La conversation du train lui revint en mémoire avec, juste après la réaction de Blaise Zabini quand il l'avait vu. Du respect. De la révérence. De la reconnaissance. Tout cela, elle l'avait gagné juste parce qu'elle était Fourchelang et elle savait qu'il en serait de même auprès des autres Serpentard. Forger son propre destin. Ces mots apparurent en lettres de feu dans sa tête.
-A cause de Voldemort ? comprit le Choixpeau. Mmh, tu n'es peut-être pas si courageuse que ça après tout. Forger son propre destin, c'est une ambition. Et ce sera d'autant plus difficile si tu es dans la même maison que lui. Tu auras plus à prouver pour te différencier de lui. Serpentard est peut-être exactement ce qu'il te faut pour découvrir qui tu es vraiment. Et si tu devais t'avérer être comme Voldemort, Serpentard t'aiderait singulièrement sur ton chemin. Une part de toi est clairement pour cette maison. Si tu n'avais pas eu tant de potentialités, je t'y aurais mis sans hésiter…
Suivre la voie qu'un autre avait tracée ? Non, la sienne, une qui n'appartiendrait à personne d'autre.
-Non, tu es sûre ? Bien, si tel est ton souhait, procédons avec logique. L'autre part est davantage Gryffondor avec cette folle témérité qui te prend par instant. Tu avances seule, est-ce parce que tu ne fais pas confiance aux autres ou parce que tu veux les garder en vie ? Tu as le courage de tes opinions, pas de doute là-dessus, et aucune hésitation quand tu choisis une voie. Tu es suffisamment têtue pour la suivre jusqu'à la fin, même si elle comporte de nombreux sacrifices et cela, c'est autant Gryffondor que Serpentard, même si les gens oublient souvent ce dernier point. Le sens du théâtral, indéniablement qui appartient également à ces deux maisons.
« Cela dit, je ne pense pas que je vais t'envoyer dans une de ses deux maisons : tu appartiens trop à l'une et à l'autre pour être tout à fait à l'aise dans une seule. Il vaut mieux concilier les deux puisque tu as une autre qualité équivalente… Tu vas tracer ta voie, Etaine Knightley, et elle sera exceptionnelle, de cela je ne doute pas, mais je me demande bien de quelle manière…
« SERDAIGLE ! »
Le mot retentit dans tout la Grande Salle et Etaine enleva le Choixpeau de sa tête pour rejoindre ses nouveaux camarades sous les applaudissements. Fin du flash.
-Qu'est-ce que tu lis ? demanda Swan en sautillant devant elle.
Etaine releva lentement la tête et lui adressa un doux sourire.
-C'est pour la Défense Contre les Forces du Mal, Maugrey me l'a prêté.
-C'est sur de la magie noire, non ? demanda Swan en se tordant le cou pour lire le titre du vieux grimoire de cuir sombre.
-Pas exactement, c'est une branche de la magie de puissance souvent utilisée par les seigneurs sombres donc on l'a assimilé avec la magie noire.
-Invocations et Conjurations majeures, déchiffra l'hyperactif. C'est quoi une invocation ? De la métamorphose ? Fin du flash.
-Je persiste à penser que ce n'est pas une bonne idée, siffla Saernel sur son épaule. Qu'est-ce que ça peut t'apporter ?
-C'est mon héritage, répondit simplement Etaine en fixant son regard sur les lavabos qui masquaient l'entrée de la Chambre des Secrets.
-Et qu'espères-tu y trouver ? Le basilic est mort ; il n'y a plus rien ici.
-Je sais mais c'est toujours quelque chose.
Un léger sourire se dessina sur ses lèvres quand elle caressa le petit serpent gravé sur un robinet, dévoilant un éclat argenté qui provenait des bracelets des Héritiers de Serpentard.
-Il y a tellement peu de choses qui me restent de mes ancêtres que même une pièce vide laissée par vengeance m'est préférable à rien du tout. Me dire que quelqu'un, quelque part, a pensé à moi. C'est précieux.
-Ça s'appelle un trouble psychologique.
-Ce n'est pas impossible. Mais cela fait partie de moi. Ouvrez.
Les lavabos s'écartèrent. La Chambre était de nouveau ouverte par un descendant de Salazar Serpentard et, comme la dernière fois, celui-ci n'avait que quinze ans. Fin du flash.
La fureur bouillait dans ses veines tandis qu'elle avançait le long du couloir. Les élèves s'écartaient sur son chemin, sentant instinctivement le danger. Elle-même ne prêtait aucune attention à la tempête qui dévastait tout dehors et aux fenêtres qui éclataient sur son passage. Tout son esprit était centré sur une seule pensée : vengeance. Elle allait le tuer, ce vieux fou et tant pis pour les conséquences. Dumbledore paierait pour tous les autres.
Revan se planta devant elle, flanqué de ses amis. Un léger amusement perça à travers sa rage devant cette témérité sans limite. Croyaient-ils vraiment pouvoir s'opposer à elle ? D'un mouvement nonchalant, elle leva sa baguette. Revan ne bougea pas, se contentant de ficher son regard dans le sien. Une bouffée de haine l'envahi ; elle voulait le détruire. Mais pourquoi voulait-elle du mal au Sylversword ? Cette haine n'était pas la sienne, ce n'était pas sa manière de haïr.
Cette pensée la refroidit considérablement. Elle cligna des yeux, pencha la tête sur le côté et demanda, d'un ton agacé :
-Qu'est-ce qu'il y a ?
-Je crois que tu devrais arrêter cette tempête, déclara calmement Revan, pas plus perturbé que ça et rayonnant de cette confiance calme qui le caractérisait.
-Quelle tempête ? sa propre voix, singulièrement perdue.
-Celle qui s'est mise à souffler juste avant que tu ne débarques dans ce couloir avec un air à faire un massacre, expliqua obligeamment le Sylversword. Et qui est actuellement en train de ravager les nouvelles serres du professeur Chourave. Et qui a détruite toutes les fenêtres du château. Bref, qui est toujours en train de causer pas mal de dégâts.
Etaine jeta un coup d'œil au tour d'elle et pour la première fois sembla remarquer la dévastation. En quelques mouvements de baguette de sa part, le couloir retrouva son aspect d'origine, comme s'il n'était rien arrivé. Fin du flash.
-Vas-y, on va les faire cramer, ces saloperies, s'excita un des garçons, armé d'un briquet.
Etaine leur jeta un coup d'œil inquiet, cachée dans les branches de l'unique arbre qui trônait au centre de la cour. Malgré tous les efforts déployés au fil des décennies, il était resté impossible à couper. Sa dernière confrontation avec la bande d'Herbert datait de quelques semaines et elle sentait venir la prochaine. Mais cette fois, elle était prête. Son regard se porta sur le morceau de métal qu'elle avait passé des nuits à aiguiser en secret. Il était à peine plus large que la paume de sa main mais, malgré sa mauvaise qualité, il pouvait s'avérer mortel si elle visait bien.
Des cris lui firent lever la tête. Des appels au secours, on en entendait parfois à l'orphelinat, mais personne ne bougeait jamais. Ou du moins, pas quand les autres pouvaient noter qu'on bougeait. Mais Etaine n'en avait jamais entendu de comme ça.
-Attendez-moi, s'il vous plaît, attendez-moi !
On ne demandait jamais à quelqu'un de vous attendre ; c'était signe de faiblesse. Et de toute manière, il n'y avait personne pour vous attendre. La voix était faible et essoufflée. Celui-là n'y échapperait pas, auraient compris les plus vieux. Mais Etaine n'était pas à l'orphelinat depuis longtemps et elle n'avait pas acquis cette indifférence. Et quelque chose, dans cet appel, la touchait particulièrement. Elle se laissa tomber à terre depuis les branches basses.
-Laissez-le ! lança-t-elle à Herbert et à sa bande, une chose qu'elle n'aurait jamais faite normalement.
Les autres se tournèrent vers elle et la silhouette déjà massive d'Herbert se décala, si bien qu'elle pouvait voir un petit serpent vert que maintenait Soren.
-Tiens, tiens, alors, qu'est-ce que tu viens faire ici Souzanne ? demanda Egel en déformant tout à fait volontairement son prénom.
-Je vous ai dit de le laisser, se répéta la Fourchelang d'un ton bas dont il émanait plus de menace que dans son cri.
Ce qu'ils ne perçurent bien évidemment pas. Ils éclatèrent de rire.
-Et qu'est-ce que tu vas faire, hein ? demanda Herbert en tendant la main vers le serpent.
Sans qu'elle sache trop comment, une boule de feu percuta le garçon, l'envoyant bouler. Etaine se jeta sur Soren et le mordit à l'épaule en sifflant comme une damnée. Caine tenta de l'agripper, uniquement pour se faire mordre par le petit serpent.
-Ça suffit ! tonna la voix de la directrice en s'approchant à grand pas.
Etaine jeta le morceau de métal dans une fissure du sol et le serpent prit la fuite. Fin du flash.
Un éclair rouge fonça sur elle. Etaine roula sur le côté, se planquant derrière un pupitre. Celui-ci se métamorphosa en une créature qui tenta de l'agripper. Elle recula d'un bond, changeant de cachette. Sa main plongea dans sa poche d'où elle retira un petit flacon.
Expelliarmus, pensa-t-elle en pointa sa baguette par-dessus le pupitre. Et elle lança la fiole. Le premier réflexe de son ennemi fut de neutraliser celle-ci et le sortilège de Désarmement lui arracha sa baguette des mains. Etaine se redressa brandit sa baguette, et son sortilège de Stupéfixion manqua le Maître des potions qui venait de plonger derrière un autre pupitre. Le Petrificus Totalus de son ennemi l'atteignit de plein fouet avant qu'elle n'ait le temps de se mettre à couvert. Raide comme une planche de bois, elle s'effondra sur le sol. Se concentrant, elle tenta d'annuler le sort mais avant qu'elle ne puisse y parvenir, une baguette fut pointée sur son front.
-Et encore perdu, Etaine. Il faut que tu améliores ta vitesse.
La Fourchelang foudroya Rogue du regard. Celui-ci annula le sort et se redressa.
-Admettez au moins que j'ai fait des progrès, réclama-t-elle plaintivement sans bouger. C'est la première fois que je réussi à vous désarmer !
-Tu te ferais tuer en trente secondes dans un duel en situation réel, soupira le Maître des potions.
-Avant vous disiez trois : c'est un progrès, soliloqua Etaine.
-Mais je dois admettre que je suis agréablement surpris, reconnut Rogue. Tu as un niveau impressionnant pour un début de troisième année.
Un sourire se dessina sur le visage de la Fourchelang. En reflet, les lèvres du Maître des potions se tordirent légèrement et il lui tendit la main pour l'aider à se relever.
-Un autre ? proposa-t-il.
-Avec plaisir, professeur, accepta Etaine. Fin du flash.
Les yeux vert perturbants de Salazar étaient fixés sur elle. Le fondateur était assis en tailleur en face d'elle, dans le décor de temple englouti de la Chambre des Secrets.
-Je t'enseignerais les Gyrs si tu le désires, déclara-t-il.
-Les Gyrs ? questionna Etaine en penchant la tête sur le côté. Qu'est-ce ? Fin du flash.
Etaine tourna la tête vers la source du bruit qu'elle venait d'entendre. Le petit serpent de la veille venait d'apparaître. Elle retourna à sa contemplation du ciel. Le serpent enroula ses anneaux et s'installa à côté d'elle sans parler.
-Qu'est-ce que tu veux ? finit par craquer la Fourchelang.
-Je n'ai pas eu le temps de te remercier pour ce que tu as fait pour moi, répondit-il doucement.
-Et bien c'est fait maintenant, répliqua Etaine d'un ton qui indiquait qu'elle ne voulait pas de compagnie.
-Non. Tu as fait quelque chose pour moi et je ne t'ai pas encore rendu la pareille, riposta-t-il.
-Qu'est-ce qui te fais croire que je veux quelque chose de toi ? J'ai agi comme une idiote, point.
-C'était… généreux, acheva le serpent quand il eut trouvé le mot.
-C'était stupide. Je n'y ai rien gagné.
-Est-ce qu'il faut forcément gagner quelque chose pour faire une action ?
-Ce n'est pas rentable, sinon.
-Et qu'est-ce que tu gagnes à me parler, alors ?
-Rien. Je devrais te balancer par la fenêtre tout de suite.
Elle ne fit pas un geste.
-Mais ce serait une action inutile, termina le serpent.
-Si. J'y gagnerais le silence.
Les deux se turent.
-Est-ce que je peux rester avec toi ? demanda le serpent elle ne savait combien de temps plus tard.
-Qu'est-ce que ça m'apporterait ?
-Je peux savoir ce que pensent les gens à leurs odeurs. Je peux voir comment ils réagissent et te le dire. Et je peux rester éveillé quand tu te reposes.
-Et toi, qu'est-ce que tu y gagnes ?
-Je n'ai nulle part où aller.
-On est deux, alors.
Le silence retomba un instant pendant qu'Etaine examinait la proposition du serpent.
-Qu'est-ce que tu vaux au combat ?
-Je n'ai jamais tellement eu l'occasion de me battre avant hier. Mais je suis venimeux.
-Bon point pour toi.
-Pas forcément.
Etaine soupira et son regard quitta le ciel étoilé pour aller se poser sur le petit serpent enroulé à côté d'elle. Il avait les yeux fixés sur elle et un léger V se distinguait sur son front à la lumière de la lune. Une vipère, comprit-elle.
-Comment tu t'appelles ?
-Saernel.
-Et bien c'est d'accord, Saernal.
-Saernel, répéta-t-il en accentuant le « nel ». Fin du flash.
Seconde… Pourquoi elle repensait à sa rencontre avec Saernel ? La moitié du temps, elle essayait de chasser les souvenirs de l'orphelinat de son esprit.
-Revan est trop naïf pour voir le danger que tu représentes, cracha la japonaise, un air de haine sans limite sur son visage. Il voit le monde comme un conte de fée dont il serait le preux paladin ; il a été élevé comme ça.
Elle connaissait ce souvenir. C'était peu après que Takara ai essayé de l'égorger et qu'elle ait laissé tomber son masque de première année inoffensive. En essayant de la tuer.
-Je sais qu'il n'a pas eu une enfance facile, déclara Etaine d'une voix calme et froide qui masquait la colère qu'elle éprouvait. Et toi, ton rôle c'est donc de le protéger. Cela dit, pourquoi vouloir m'éliminer maintenant ? questionna-t-elle en penchant la tête sur le côté. Il avait déjà dû te dire ce que je lui avais révélé avant…
-Il s'y opposait, révéla Takara, haineuse. Il était persuadé que tu étais quelqu'un de bien. Il s'identifiait à toi, il pensait que tu étais quelqu'un qui n'était pas né au bon endroit au bon moment. On ne peut pas faire confiance aux descendants du maudit Serpentard !
Pourquoi ce souvenir lui revenait-il en mémoire ? Elle l'avait dissimulé au plus profond de son esprit…
Comment Rogue a-t-il fait pour ne pas voir à quel point elle est dérangée ? se demanda-t-elle. Bien sûr ! vint l'illumination. Elle est occulmente, c'est pour cela que ni lui ni moi n'avons rien perçu !
Takara plongea la main dans sa botte avec une vitesse qui démontrait son habitude et en tira une dague effilée comme celles que l'on projetait sur ses adversaires. Tout aussi vite, Etaine bondit sur le côté et s'exclama :
-Crucio !
Il n'y avait aucun lien entre sa rencontre avec Saernel et les tortures qu'elle avait exercés sur Takara. Enfer, le serpent n'était même pas présent à ce moment-là !
La japonaise hurla comme si elle était véritablement accrochée à une croix. Le couteau tomba à terre avec un tintement métallique. Au bout de quelques instants, la Fourchelang relâcha son emprise, laissant le corps s'effondrer sur le sol.
-Tsss, tsss, tsss, siffla la légilimente, pas plus perturbée que ça d'avoir manqué de se faire tuer, ce n'est pas très aimable d'essayer d'assassiner les gens qui n'ont encore rien fait.
La réponse logique à cette question la glaça. Cette manière de sauter d'un souvenir à l'autre était caractéristique d'un balayage mental. Quand un légilimens souhaitait avoir un aperçu d'une personne et non tous ses souvenirs, il visionnait un souvenir puis passait à un autre, souvent radicalement différent, passant de boucle en boucle.
Etaine se leva et commença à arpenter la pièce d'une démarche à la longue foulée souple identique à celle de son grand-oncle, sans jamais quitter sa proie des yeux.
Il ne fallait pas que le légilimens tombe sur ce souvenir, il recelait l'un de ses plus importants secrets. Etaine lutta, cherchant à sortir de l'engourdissement dans lequel elle était.
-Ainsi donc tu es occulmente, déclara-t-elle en attirant la dague d'un geste négligent. C'est un talent rare. Surtout chez les enfants de onze ans.
Non ! Seul Salazar Serpentard avait déjà découvert qu'elle avait cette faculté. Et comme le vieux fondateur vivait en autarcie sans jamais quitter la Chambre des Secrets, cela n'avait guère d'importance. Mais ce légilimens, lui, le diffuserait surement.
La dague fut plantée à côté d'une autre dans le bout d'un pupitre. Une baguette se trouvait déjà à côté. La japonaise se redressa brusquement dans l'évidente intention de se jeter sur la Fourchelang. Celle-ci pointa sa baguette sur Takara, faisant se tordre de douleur en hurlant la première année. Une espèce de sourire se dessina sur le visage d'Etaine qui maintint quelques instants encore le sort avant de relever sa baguette, l'annulant.
Elle s'agita de plus bel, tentant de repérer le légilimens avant qu'il ne passe à un autre souvenir. Heureusement, celui-ci semblait le captiver au point qu'il ne se rende pas compte qu'elle revenait à son sens.
-Doloris, le deuxième des sortilèges Impardonnables, commenta-t-elle. C'est la première fois que je le lance. Tu vois, c'est à force d'essayer d'empêcher les choses qu'on les réalise, sourit-elle d'un sourire qui n'avait rien d'amical.
Là ! Elle venait de repérer sa signature magique.
La légilimente laissa passer quelques instants, le temps à la première année de reprendre son souffle, puis lança de nouveau le sortilège. Fin du flash.
Sans se préoccuper de savoir de qui il s'agissait, pensant uniquement à préserver ses secrets encore non découverts, Etaine balança une décharge à l'intrus. En fait de décharge, il s'agissait d'un souvenir douloureux mais elle savait par expérience que les légilimens n'aimaient pas ça. Ou en tout cas, c'était le cas de Rogue. Mais elle doutait que quiconque en dehors de Bellatrix ait d'amour perdu pour ce qu'on ressentait sous un Doloris.
Etait-ce Rogue ? En tout cas, ce légilimens là n'aima pas non plus et rétracta son esprit. Etaine s'y accrocha, utilisant ce support inattendu pour se ramener jusqu'à la conscience. Elle ouvrit les yeux, croisant le regard du légilimens qu'elle venait d'expulser de sa tête. Rouge.
Lord Voldemort.
