Les deux légilimens se fixèrent un instant en silence, leurs deux visages insondables et leurs yeux dénués de tout signe d'émotion. Etaine remit aussitôt en place ses barrières mentales. Il semblait que le Seigneur des Ténèbres ait profité de son inconscience pour désactiver tous les pièges qu'elle avait installés afin de circuler sans contrainte dans son esprit. Les boucles étaient toujours en place, mais c'était compréhensible : pour un légilimens si puissant, cela ne voulait pas dire grand-chose et il pouvait aisément passer de l'une à l'autre, sans doute. La pierre n'était véritablement efficace que lorsqu'elle était éveillée et apte à la reconstruire ; c'était une astuce de débutant qui demandait peu d'énergie. Les Trombes en revanche avaient disparues, même s'il restait toujours un marqueur sur les souvenirs qui les avait composés. Il fut donc aisé de les reconstituer en quelques secondes à peine. Il n'y avait plus de trace ni des Flammes Infernales, ni du Gouffre Néantique. Voldemort les avait purement et simplement fait disparaître. Annihilés. Ça allait prendre des heures à les remettre en place. Si tant est qu'elle ait ces heures.

Ce qui l'amenait à cette interrogation : pourquoi était-elle encore en vie ? Et pourquoi avoir désactivé ses défenses mentales de cette manière ? Les souvenirs n'arboraient aucun dommage ce qui prouvait que son grand-oncle avait pris le temps d'annuler ses protections – et les protections qu'elle avait placées, paranoïaque, sur celles-ci – en douceur, ce qui représentait un certain gâchis de temps. De même qu'un occulmens était dangereux pour un légilimens, un légilimens l'était aussi pour un occulmens. C'était le plus avancé des deux qui primait. Un occulmens puissant pouvait couper le lien et bloquer l'esprit du légilimens dans le sien jusqu'à ce qu'il s'éteigne. Ce qui arrivait assez rapidement, en général l'affaire de quelques secondes. Le légilimens imprudent était réduit à l'état de légume. Mais un légilimens puissant pouvait tout détruire dans l'esprit d'une personne, même occulmente, le conduisant ainsi le plus souvent à la folie.

Voldemort ne devait-il pas la considérer comme une ennemie ? En ce cas, pourquoi prendre soin de garder son esprit intact ? Avait-il besoin d'une information qu'elle possédait et qui nécessita qu'elle garda sa santé mentale le temps qu'il la découvre ? Allait-il la torturer pour la découvrir ? Et si Rogue avait eu raison ? Aussitôt, elle récusa cette possibilité : Rogue avait menti comme d'habitude. Mais avait-il été jusqu'à ce qu'il falsifie ses souvenirs alors qu'il ignorait qu'elle était légilimente ? Mais sans doute s'en doutait-il…

C'est alors qu'un autre élément la frappa. Elle n'était pas attachée à une table de torture comme cela aurait pu être le cas dans ses premières hypothèses. Elle était allongée sur un lit, nullement lié, que ce soit à la manière moldue ou magique. Cette constatation la laissa perplexe. Rogue avait-il dit vrai ? Pourtant, l'attitude des mangemorts à son égard racontait une toute autre histoire…

-Treize, dit simplement son grand-oncle. Dont Jugson qui était, comme tu le sais surement, un membre de mon Cercle Proche.

D'accord, le compte des pertes.

-N'était-ce pas ce dont ils avaient l'intention ? demanda Etaine en penchant la tête sur le côté.

Ils avaient attaqués pour tuer, après tout. Elle ne se sentait aucun remord de ces morts. Elle aurait même aimé prendre plus de leurs vies.

-Ce n'était pas ce que je désirais. Trouver quelqu'un qui vous fuit n'est pas chose aisée.

-Auriez-vous fait autre chose, à ma place ?

-Je désirais simplement parler.

-C'est ce que m'a dit Rogue avant de me laisser pour morte. Et ce qu'a dit Rabastan à Narcisse avant qu'elle ait à tuer un de vos hommes pour s'échapper. Et c'était les deux seuls dont l'attitude pouvait me laisser espérer de votre part un autre traitement que celui que vous réservez à vos ennemis.

-Rabastan a fait état de la conduite de Sandeen et de son élimination. Mais je n'ai rien vu de tel dans le rapport de Severus.

-Ah, je t'avais bien dit qu'il ne l'avait pas fait exprès, intervint la vipère, roulée en escargot sur le ventre de la sorcière.

-Le résultat n'en demeure pas moins le même, Saer, lui rappela la légilimente sans quitter des yeux le regard de son grand-oncle qui semblait curieux.

-Qu'est-ce qu'il a fait ? demanda une quatrième voix.

Etaine rompit le contact visuel pour tourner son regard vers un coin de la pièce où un grand serpent était enroulé sur lui-même, à moitié masqué par la silhouette du Seigneur des Ténèbres.

-Nagini, présenta celui-ci avec un geste de main.

-Enchanté, déclara la Fourchelang.

Les souvenirs de Potter n'avaient pas su rendre au serpent sa juste apparence. Ou alors le Survivant n'avait pas su voir à quel point le python était, comme Saernel, un combattant aguerri. Comme ce serait sans doute le cas de n'importe quelle personne qui n'avait pas côtoyé des serpents pendant un temps aussi long qu'elle.

-Il a juste oublié une potion explosive dans un coin de la pièce où nous étions inconscients, l'informa la vipère en un style bien différent de celui qui était le sien habituellement.

Nagini émit un long sifflement agacé et se hissa sur le sommier pour s'enrouler à moitié autour des épaules de Voldemort.

-Tentative de meurtre caractérisé envers un Fourchelang ! clama le python. Cela mérite punition.

Vu la lueur dans les yeux de Seigneur des Ténèbres, il partageait au moins à moitié cette impression.

-Il n'est pas d'accord, déclara Saernel, oubliant peut-être que Voldemort était également un Fourchelang. Ce serait un gâchis : Rogue a de trop nombreuses compétences pour qu'une simple erreur les éclipse toutes.

Le Seigneur des Ténèbres inclina légèrement la tête, comme Etaine s'y attendait. Elle avait pu constater les années précédentes qu'il était bon tacticien. Trop bon pour se passer du pion utile qu'était Rogue.

-J'imagine pouvoir comprendre ta réticence, prononça son grand-oncle après un silence, mais pas le fait que cela ait dégénéré en un combat.

-C'était logique, déclara Etaine d'un ton morne, dénué de toute la passion qu'elle avait éprouvé dans ce combat.

-En quoi ?

-Qu'était-il préférable, douze mangemorts, ou l'intégralité de vos forces présentes ici, vous y compris ?

-Ce n'est pas de cela que je parle. Les anti-transplanages n'ont été installés qu'à l'arrivée de la deuxième équipe.

-J'avais assez fui, je suppose, répondit à mi-voix Etaine, les yeux dans le vague.

Voldemort avança sa main, saisit son menton de ses longs doigts pâles si semblables aux siens et la força à le regarder.

Douze mangemorts se tenaient en face d'elle. Elle n'avait pas une chance, elle le savait. Pourtant, un sourire apparut sur son visage tandis qu'un étrange sentiment de plénitude l'envahit. Elle était prête. Les mots résonnèrent dans sa mémoire « Si je renonce, c'est que tous les autres brûleront autour de moi dans les flammes de mon enfer personnel. Je ne partirais pas sans emporter le monde avec moi. Personne après nous. Personne pour ignorer notre nom. Personne pour nous traiter d'enfant sans pouvoir. ». Le sourire sur son visage s'agrandit légèrement.

-Au contraire, Bellatrix, je crois que je viens enfin de trouver ce que je cherchais.

Le sang chantait dans ses veines, sa magie pulsant, impatiente de jaillir. C'était un bon moment pour mourir. Fin du flash.

Voldemort s'arracha au souvenir, une multitude de sentiments inidentifiables dans ses yeux rouges.

-C'est hors de question, l'informa-t-il d'un ton qui n'admettait pas de réplique.

-Tant que j'ai quelque chose pour m'opposer ou me rattacher c'est en effet hors de question. Mais quand il n'y a plus rien, y a-t-il vraiment une raison de vivre ? riposta néanmoins la Fourchelang.

-Et c'est sur ce principe que tu as décidé, en pleine guerre, alors qu'il n'y a jamais eu autant d'opportunités ?

Transition à la question de ses opinions. Pas vraiment discret, mais le Seigneur des Ténèbres n'avait pas cherché à l'être.

-Je ne suis d'aucun des deux camps, répondit Etaine. La question des moldus me laisse dans la plupart des cas indifférente. Le ministère est corrompu. Vous êtes réputé pour punir vos mangemorts bien plus que pour les récompenser. Je haïssais Dumbledore et les manipulations de la « Lumière », cracha la légilimente, sa haine transparente au nom de l'ancien directeur de Poudlard. Fondamentalement je me retrouve donc en plein milieu du conflit sans être en accord avec personne.

-Et haïrais-tu les moldus si je t'en donnais une bonne raison ? demanda Voldemort en se penchant vers elle.

Etaine pencha la tête sur le côté, intéressée. Que sous-entendait-il ?

-Je demande à voir, murmura-t-elle.

Un sourire identique fleurit sur leurs deux visages. Celui du chat jouant avec la souris. Saernel bailla en décrochant sa mâchoire.

-Vous savez, déclara-t-il sur un ton de conversation, la consanguinité c'est mauvais pour les œufs.

Les deux Fourchelang mirent une seconde à réagir devant l'étrangeté des paroles de la vipère. Puis Etaine vit les yeux de son grand-oncle s'élargir pendant qu'elle laissait échapper un petit gémissement.

-Sa-Er-Nel ! gronda-t-elle en détachant les syllabes de son nom.

-Quoi ? demanda innocemment le serpent.

Le Seigneur des Ténèbres, les yeux toujours écarquillés, pointa du doigt la vipère, manifestement incapable de parler.

-Depuis qu'il a découvert que j'étais « en âge de pondre des œufs », selon ses termes, il s'obstine à essayer de me trouver quelqu'un, expliqua la légilimente en soupirant et envoyant un regard noir au serpent qui ne sembla même pas le remarquer. Vous venez d'entrer sur sa liste.

-Non, corrigea Saernel, la consanguinité peut causer des malformations. Je préfèrerais Rogue.

-Pourquoi pas Rabastan Lestrange ? interrogea Nagini. Il est au moins aussi puissant que Rogue et également célibataire. De plus il a déjà une fille, donc…

Etaine n'en entendit pas plus – ce dont elle était assez reconnaissante – majoritairement parce qu'à ce moment le ridicule de la situation fit éclater de rire son grand-oncle. A peine une seconde plus tard, la légilimente céda elle aussi, incapable de se calmer tandis que Saernel et Nagini continuaient de faire valoir les qualités de Rabastan et Rogue.

Il fallut environ une demi-heure aux deux Fourchelang pour retrouver un semblant de sérieux. Les deux serpents qui avaient continués leur conversation à côté d'eux n'avaient pas été pour aider. Pas plus que le fait que les deux replongeaient aussitôt en croisant le regard de l'autre. Ou que Voldemort ait réussi à articuler en deux éclats de rires « si je comprends bien, il veut que j'épargne Rogue uniquement dans l'espoir d'un hypothétique futur entre vous deux ? » à quoi Etaine avait répondu en hochant la tête avec des mouvements saccadés, se tenant les côtes.

Les deux serpents avaient fini par remarquer le comportement étrange de leurs compagnons qui les avait obligés à déménager. Enroulée dans ses anneaux à l'autre bout de la pièce, Nagini dardait la langue dans leur direction, confuse.

-C'est une coutume humaine quand on retrouve de la famille ? interrogea-t-elle, l'air perplexe.

-Pas impossible, répliqua Saernel qui se planquait prudemment derrière le corps plus grand du python. Ou alors c'est un maléfice. Mais je ne vois pas pourquoi ils sont tous les deux pris de convulsions.

Voldemort plaqua sa main sur sa bouche pour s'empêcher de rire pendant qu'Etaine se mordit la lèvre pour essayer de se faire taire, son visage habituellement pâle plus rouge que jamais.

-Les humains sont vraiment étrange, se résigna Nagini. Les nôtres semblaient pourtant plus raisonnables que la moyenne.

-J'ai vu plus incompréhensible encore, commenta Saernel avant de se lancer dans une description.

Evitant soigneusement de regarder dans la direction des serpents, son grand-oncle se redressa en se tenant le côté. Lui non plus ne devait pas avoir l'habitude de beaucoup rire. Etaine expira profondément, redressant ses barrières d'occulmencie pour se concentrer sur la suite de la conversation plutôt que sur les gags du python et de la vipère qui semblaient s'entendre comme deux chaudrons sur un étalage. Elle repoussa les couvertures chiffonnées qui avaient été sur elle et s'assit à côté de son grand-oncle qui était manifestement en train de dresser ses propres barrières.

-Pourquoi désiriez-vous me voir, mon oncle ? demanda-t-elle sans le regarder.

-Il faut une raison ?

-Il y en a forcément une. Severus Rogue et Mélanie Selwynn l'an dernier. Les recherches des mangemorts maintenant…

-J'ai vu ce que tu as fait à Mélanie.

-Et alors ?

-Le souvenir était bien protégé.

-Pas assez, manifestement.

-Dois-je en déduire que la faille n'était pas intentionnelle ?

Un petit sourire apparut sur les lèvres d'Etaine. Si, cela avait été tout à fait intentionnel. Elle avait parfaitement colmaté le souvenir, sauf l'endroit le plus évident auquel on ne pouvait accéder que si on savait quoi chercher.

-Je voulais savoir si vous vous donneriez la peine de chercher au-delà des premiers barrages. C'était peut-être aussi une façon de me faire valoir.

-Pourquoi ?

-Je n'ai pas de pouvoir politique, pas de nom, pas d'argent, pas de connexions. Seulement ma puissance et mon savoir. Ça ne fait pas beaucoup.

-Pas à seize ans. Mais plus tard…

-Vous êtes allez loin, c'est vrai, mais le Pouvoir ne m'intéresse pas. Seul le Savoir retient mon intérêt.

-C'est un domaine qui permet davantage la concurrence, reconnut Voldemort dont elle sentait le regard sur elle.

-Quand êtes-vous passé du Savoir au Pouvoir ?

-Qui dit que je l'ai fait ?

-Salazar disait que vous recherchiez le Savoir. De toute évidence, cela a changé.

-Le Savoir n'a jamais été pour moi qu'un instrument au service du Pouvoir. Pourquoi avoir choisi le Savoir ?

-Ca date de l'orphelinat. J'ai compris que la seule manière de m'en sortir était de briller académiquement pour obtenir une bourse. Ça m'est resté.

-La savoir est une force, l'ignorance une faiblesse ? demanda-t-il, reprenant une citation qu'il avait surement trouvée dans sa tête alors qu'elle était inconsciente.

-En effet. Qu'allez-vous faire de moi ?

-Pourquoi me poser la question ?

-C'est vous qui avez ma baguette. Et même si je suis capable de me débrouiller sans, les chances de m'échapper sont minces. Je dirais que ça me place dans une situation d'infériorité.

-Je ne peux pas laisser une force aussi dangereuse que tu ne l'es dans la nature. L'alternative est donc simple. Tu restes ici et tu me rejoins. Ou alors tu quittes cet endroit et tu deviens mon ennemie.

-Et vous me laisseriez partir ?

-Ai-je dit cela ?

Ah. Il pensait donc qu'elle allait réussir à s'échapper si elle choisissait la deuxième alternative.

-Je ne suis pas une esclave.

-Je sais. Mes mangemorts ont assez insistés là-dessus dans leurs rapports.

Etaine ne répliqua pas, étudiant sa proposition. Elle pouvait tenter de s'échapper et même y réussir si elle avait suffisamment de chance et de détermination pour ce faire. Si l'on excluait le fait qu'elle se remettait encore de son épuisement magique, le premier depuis qu'elle avait commencé à pratiquer la magie à l'orphelinat si l'on excluait les tempêtes qui se déclenchaient lorsqu'elle devenait folle de rage et pompaient son énergie de manière incroyable. Aussi désagréable que cela lui soit, l'Cercle proche lui avait fait frapper sa limite et il était apparent qu'elle devrait compter avec lui si elle parvenait à s'évader. Echouer résoudrait certes ce problème mais si elle n'avait pas fui les mangemorts plus tôt c'était sachant qu'elle pouvait en emporter assez pour laisser au moins le souvenir d'une grande puissance derrière elle. Dans son état actuel, les chances étaient importantes que Nagini l'élimine avant même qu'elle ait passé le seuil de la porte, même si elle parvenait à neutraliser momentanément Voldemort. Ce qu'elle était sûr de pouvoir faire. Les mangemorts et lui ne s'étaient jamais attendus à ce qu'elle attaque au physique.

Certes, en prenant le Seigneur des Ténèbres en otage elle pourrait empêcher le python de lui nuire. Ce qui impliquait retenir quelqu'un de physiquement plus fort qu'elle si elle en jugeait par les souvenirs qu'elle avait dérobés à Rogue sans qu'il ne s'en rende compte. Superbe.

Cependant, elle ne doutait pas de réussir si elle le désirait vraiment. Mais était-ce le cas ? Elle était fatiguée de courir, fatiguée de se battre. Sa magie n'était pas la seule à frapper sa limite. Sa persévérance, qui l'avait fait tenir des années de lutte durant s'essoufflait elle aussi. Persévérer dans quel but ? Il n'y avait rien à espérer. Et même si l'espoir n'amenait que des déceptions Etaine n'avait pu s'empêcher d'espérer, même sachant que personne ne viendrait. Personne n'était venu sauver Suzanne à l'orphelinat. Et c'était bien contre son grès qu'Etaine l'avait fait. Rogue était venu et il l'avait trahi comme ils trahissaient tous. Elle était lasse de tant de lutte. Elle avait seize ans. Elle s'en sentait une centaine de plus. Fatiguée de la vie. Pouvait-elle encore tenir ce rythme ? La Fourchelang savait que non.

Tout son temps à Poudlard, il en avait toujours été au moins un qui ne voyait en elle qu'une mage noire, un futur seigneur sombre. Tout ce qu'elle avait pu faire pour se différencier, tous ces efforts étaient tombés dans le vide. Jugée simplement sur son visage si identique à celui de son grand-oncle dans sa jeunesse. Sur quelque chose dont elle n'était même pas responsable.

Etait-ce ainsi que celui-ci s'était senti en arrivant à Serpentard, rejeté pour être sang-mêlé ? Le jeune Tom Jedusor avait-il, comme elle, lutté pour démontrer qu'il était plus que ce nom moldu infamant laissé comme seul héritage par un père ingrat ? Sans nul doute. C'était en tout cas l'une des raisons pour lesquelles Etaine se sentait plus de parenté avec Lord Voldemort qu'avec quiconque d'autre à l'exception de Revan. Le Seigneur des Ténèbres était un battant, comme elle. Il s'était dressé contre vents et marées, proclamant sa vérité parmi toutes les autres. Il s'était donné les moyens d'accomplir son idéal. Et depuis plus d'un demi-siècle, il luttait pour l'atteindre. Il avait fait du rouleau compresseur qui aurait dû l'écraser une idéologie à son service. Il s'était hissé en haut là où on le condamnait à rester en bas. Malgré les moyens qu'il avait utilisés pour accéder à cette position, la Fourchelang ne pouvait qu'admirer son grand-oncle pour ce qu'il avait réussi à accomplir.

Devait-elle le suivre ? Ne plus se battre, ne plus avoir à lutter. Simplement abandonner et faire regretter à tous ceux qui l'avaient menée ici leur décision. Il n'y avait pas qu'entre deux camps qu'on pouvait forger son destin. Voldemort lui accordait déjà une place assez importante vu les moyens qu'il avait mis en œuvre pour la retrouver. Son grand-oncle lui ressemblait tant… Etait-il possible qu'il y ait un endroit pour elle où elle puisse être elle-même sans avoir à supporter le regard des autres ? Sans doute pas, mais peut-être ce lieu s'en approcherait-il.

Mais qu'est-ce qui lui garantissait que Voldemort tiendrait parole et ne finirait pas par la réduire au même état que les autres mangemorts si elle prenait sa marque ? Rien. Et il était assurément tout aussi manipulateur qu'elle. Elle doutait que la Marque des ténèbres soit un simple outil de communication. Qui savait quels sorts étaient intégrés dedans ?

Etaine leva la tête vers son grand-oncle qui l'observait patiemment, suivant sans doute les émotions associées à ses pensées sur la couche supérieure de son esprit puisqu'il n'avait pas accès à ses souvenirs. Il en avait en tout cas le pouvoir.

-Je crois, déclara-t-elle lentement, que je vais quitter cette chambre pour aller trouver la bibliothèque de cet endroit.

Etait-ce de la fierté qu'elle décelait dans le regard du Seigneur des Ténèbres ?