Etaine rentra dans le manoir Malefoy pour y trouver Tristan fanfaronner, ceux de Durmstrang suivant attentivement ses paroles.
-Alors ce crétin d'Auror ne trouve pas mieux à me renvoyer qu'un aguamenti. Un aguamenti, je vous jure ! J'aurais pu l'avoir facilement si il –il désigna Enrik Austen, qui faisait de son mieux pour se faire tout petit, du doigt – ne m'avait pas percuté.
-Alors tu lui dois la vie, vint la voix profonde de Rabastan. C'est la première partie d'une nouvelle chaîne spécifique aux Langues de Plomb : Aguamenti, Glacis, Bombarda. Ça te réduit en petits morceaux en autant de secondes que de sorts. Bon réflexe petit, ajouta-t-il en se tournant vers le Poufsouffle pendant que Tristan devenait rouge. Pour ton information, Nott, sache que c'était un Plomb, pas un Auror, et un d'assez haut niveau en plus de ça. Yaxley a eu assez de mal à le vaincre, Christian Blackwood.
Blackwood ? Comme Lucienne ?
-N'était-ce pas le directeur du Département des Mystères ? demanda Etaine.
-Il l'est toujours, répondit Rabastan en se tournant vers elle. Il s'est rendu quand la nouvelle de la mort de Scrimgeour s'est déclarée. Trop efficace pour être remplacé.
Et sang-pur, compléta la Fourchelang.
-Blackwood ? Il a été champion de duel d'Angleterre à deux reprises et teneur en titre du meilleur duelliste du ministère trois fois, se rappela Tristan.
Sa défaite ne lui paraissait plus si honteuse maintenant, songea la légilimente. Rabastan haussa les épaules en signe d'ignorance et reprit :
-Tout le monde dans la salle de bal, maintenant. Etaine, le Maître désirerait te parler après, confia-t-il en entraînant le petit groupe derrière lui.
La légilimente se figea légèrement. Savait-il ? Elle n'avait de toute manière pas le choix.
-Bien, se rendit-elle en se détendant.
-Non, avant, corrigea Nagini en ondulant vers eux. Pas trop amochée, petite héritière ? Tu as fais du beau travail avec Scrimgeour. On est très content de toi.
-Peut-être qu'elle est son prochain repas, fit mine de rêvasser Tristan, d'une voix parfaitement audible pour tous ces amis pendant que Nagini s'enroulait autour d'Etaine.
-Impertinent ! siffla le python dans sa direction, reflétant parfaitement le sentiment de colère de la légilimente.
-Il s'apercevra bien vite qu'il n'est pas tout, Nagini, la calma néanmoins la Fourchelang en caressant la tête du grand serpent. Et sa chute sera d'autant plus dure qu'il ne l'aura pas vu venir. C'est une vengeance qui me convient davantage, ajouta-t-elle en jetant un regard au groupe de Durmstrang.
Ils étaient extrêmement pâles. Sans doute venaient-ils de réaliser qu'étant Fourchelang, elle était parente de Voldemort. Et que Tristan venait d'insulter quelqu'un qui avait des connexions bien plus hautes que lui. Ou appréhendaient-ils déjà une punition ? Sans leur jeter un regard de plus, Etaine tourna les talons et se dirigea vers la salle de bal, les deux serpents toujours enroulés pesant lourd sur ses épaules.
-Pas à la salle de bal, siffla Nagini. Il t'attend dans le boudoir.
Le boudoir ? Trois portes plus loin seulement. Etaine frappa et n'entra que lorsqu'elle en reçut l'autorisation.
-Ferme la porte, Etaine, commanda son grand-oncle sans prêter la moindre attention à un Avery extrêmement pâle et à un Draco tout aussi pâle qui venait de lancer un Doloris à Avery sur l'ordre du Seigneur des Ténèbres.
-Une contradiction, mon oncle ? demanda respectueusement la Fourchelang après s'être exécutée, laissant les deux quitter la salle auparavant.
-Un contretemps, plutôt. Malgré les efforts de mes mangemorts, ceux-ci n'ont pas pu mettre la main sur Potter par surprise et maintenant ce foutu gosse est en cavale.
-Mais il ignore le tabou et a l'habitude de prononcer votre nom, rappela la légilimente. Je doute qu'il soit au fait de ce type de magie.
Elle était probablement une des seules à pouvoir poser une question à Voldemort lorsqu'il était énervé et à ne pas recevoir un Doloris en guise de réponse. Son grand-oncle n'avait jamais tenté de lui en lancer un et elle appréciait ce traitement de faveur. Qu'il semble la distinguer des autres mangemorts aussi.
-Sans doute, soupira-t-il comme Nagini passait des épaules d'Etaine aux siennes.
-Ne m'écrase pas ! s'exclama Saernel, en collier autour du cou de la légilimente.
Nagini et Voldemort émirent le même reniflement amusé.
-Vous aviez demandé à me voir, mon oncle ?
-Exact, répondit le Seigneur de Ténèbres en plongeant la main dans sa poche.
Il en ressortit un anneau à mi-chemin entre la bague et la chevalière qu'il lui tendit. La Fourchelang l'étudia attentivement. Des branches de lierre en bronze s'entrelaçaient pour venir former l'anneau, encastrant un petit diamant bleuté brillant au centre. Voldemort saisit sa main et lui mit la bague au médium de la main droite. L'emplacement était en soit intriguant : la main gauche était réservée aux anneaux de mariage, de fiançailles et autres, si bien qu'Anne l'avait déjà cru fiancée quand elle s'était mise à y porter la bague à néant. La droite en revanche était dévolue aux chevalières de maison. C'est là qu'elle porterait celle des McKinnon quand elle irait réclamer la succession, à dix-sept ans.
Puis elle sentit la magie. Deux auras, réalisa-t-elle en se concentrant. L'une, très sombre, de son grand-oncle et une autre qu'elle ne connaissait pas mais qui lui était vaguement familière.
-Cette bague a appartenu à Elena Serdaigle, lui apprit Voldemort, répondant à une partie de sa question silencieuse. La pierre d'Abel'Riu en son centre a été créée par Rowena Serdaigle. Je l'ai trouvée il y a de nombreuses années mais en dépit de mes efforts je n'ai pas réussi à l'activer. Peut-être faut-il le sang de la fondatrice pour que la bague fonctionne…
Il referma la main de la légilimente sur son cadeau avant de la laisser aller. Etaine avait du mal à cacher son choc. Une pierre d'Abel'Riu ! Un héritage de Serdaigle !
-Je ne saurais comment vous remercier, mon oncle, finit-elle par murmurer.
-Comportes-toi comme tu l'as fait aujourd'hui. Permets-moi d'être fier de ma nièce.
Une bouffée de fierté enflamma Etaine et tous ses doutes s'effacèrent.
-Je ne partirai pas !
-Oh si, tu le feras, se leva Etaine, menaçante, sa voix froide contrastant avec l'exclamation colérique de Swan.
L'hyperactif qui faisait les cent pas comme un lion en cage se tourna brusquement vers elle, plantant ses yeux noirs, furieux et déterminés, dans les siens.
-Je n'ai aucune intention de me terrer comme un lâche pendant que d'autres combattent pour nous, déclara-t-il, son ton presque aussi glacial que celui de la Fourchelang. J'ai appris à me défendre, moi aussi. Et si le ministère n'est plus là, c'est à nous de nous défendre !
-Tu échapperas peut-être aux premiers. Alors ils enverront des mangemorts. Et ceux-là t'auront. Que veux-tu faire sinon fuir ? Mourir ? Un martyr n'a jamais sauvé personne et pour eux tu es juste une nuisance anonyme parmi tant d'autres… Tu ne peux pas rejoindre Poudlard car elle sera entièrement sous la coupe du Seigneur des Ténèbres d'ici deux jours après la rentrée. Si tu fais de la magie, tu seras repéré par le ministère et c'est comme de te livrer directement aux mangemorts. Alors dis-moi, Swan, que peux-tu faire ?
L'hyperactif repris ses allés et retours sans répondre, plus agité que jamais.
-Et Revan ? Tu ne l'as pas contacté, lui, lança-t-il. Tu sais très bien qu'il va se mettre juste au milieu.
-Revan est un sang-pur. Ce simple statut lui accorde une protection supplémentaire aux sangs-mêlés et à plus forte raison aux…
-Je m'en moque !
-Tu es un né-moldu, Swan ! cria Etaine en se levant, retenant sa magie qui menaçait d'échapper à son contrôle.
Comment pouvait-il ne pas voir qu'elle tentait de le protéger ? Pourquoi n'allait-il donc pas simplement s'éloigner, rester en vie ? Kane était déjà mort parce qu'elle n'avait pu l'empêcher, fallait-il que Swan subisse le même sort ? Les deux personnes qu'elle avait considéré comme des petits frères, morts parce qu'elle n'avait pas réussi à les protéger ? La légilimente serra les poings et reprit d'une voix plus calme :
-Pour eux, tu n'es rien. En revanche, ils hésiteront face à un sang-pur, surtout que Revan est l'unique héritier Sylversword, le dernier de la lignée avec son père. Il vient d'une famille respectée, honorée. Ils ne le tueront pas, peut-être lui causeront-ils du tort mais je tâcherais de l'empêcher et sa vie n'est pas menacée. C'est différent pour toi, toi ils n'hésiteront pas, ils n'y accorderont même pas une seconde pensée. Et ne me fais pas croire que tu es aussi capable de te défendre que lui : Revan s'est entraîné depuis l'enfance pour cela, il a beau n'avoir que treize ans, c'est un combattant émérite. Ce n'est pas ton cas, Swan. Je ne veux pas que tu meurs, murmura-t-elle.
-Et toi ? demanda l'hyperactif, plus doucement. Quand as-tu cessé de combattre contre Vol…
-Non ! s'exclama Etaine en bondissant pour lui plaquer une main sur la bouche.
Elle se figea un instant, guettant. Aucun « crac » caractéristique des transplanages ne se fit entendre. Elle laissa échapper un soupir et rencontra les yeux écarquillés de Swan.
-Ne dis pas son nom, Swan, murmura-t-elle en s'éloignant. Ils ont placé un tabou dessus à l'heure qu'il est. Le prononcer t'attirera aussitôt une demi-douzaine de sorciers, en grande majorité mangemorts. Ils essayent de prendre l'Ordre du Phénix comme ça. Et ça fait tomber toutes les barrières de protection si ce n'est quelques-uns des vieux manoirs et de Poudlard.
D'ailleurs quand avait-il commencé à le dire, ce nom ?
-Je vais me battre Etaine, annonça Swan d'une voix calme, déterminée. Nous allons tous nous battre. Crois-tu qu'on ne puisse pas monter une résistance ? Nous connaissons parfaitement le château et nous y avons déjà lutté contre le crapaud. Nous savons où nous cacher et comment déstabiliser ceux qui n'ont rien à faire à Poudlard.
-Alors notre sang coulera sur les dalles du grand hall. Ombrage n'était rien, Swan. Tu peux avoir été le héros d'une rébellion mais tu ne seras pas celui d'une insurrection.
-Etaine, tu as été l'âme de notre révolte, dit l'hyperactif qui ne semblait plus comprendre, comment peux-tu, toi, renoncer ?
-J'ai assez de me battre, murmura la Fourchelang après un silence. Je me suis battue toute ma vie. Et ça ne m'a rien rapporté. Des années et des années de luttes pour quoi ? Retrouver la situation, exactement identique, à ce qu'elle était avant mon entrée à Poudlard ?
« Se battre pour des gens qui ne verront jamais en toi que leur tortionnaire ? Dis-moi Swan, pourquoi devrais-je me battre si je ne récolte ni profit ni même reconnaissance ? Si tout ce que j'y gagne n'est que méfiance devant ce que je peux faire ? »
-Tu y gagnes une existence. Regarde les choses en face, Etaine, depuis notre arrivée à Poudlard tu fais tout ton possible pour te détacher de la masse et plus encore pour te détacher de Tu-Sais-Qui. Tu t'es construite là-dessus. Ce sont les fondations de ta maison qui prend l'eau comme tu disais en première ou deuxième année. C'est le matériau qui colmate les fissures de cette baraque d'apparence branlante en réalité plus solide que Poudlard elle-même.
« Et maintenant tu vas abandonner tout ça pour… quoi ? La solution de facilité ? L'assurance que tu ne seras pas traquée par Tu-Sais-Qui ? Que tu vas retourner à Poudlard ? Est-ce vraiment pour ça ? »
Etaine fit de son mieux pour ignorer ces paroles. Oui, l'hyperactif se trompait sur certaines choses mais il avait vu juste sur d'autres.
-Pour l'acceptation, murmura-t-elle, juste assez fort pour qu'il l'entende. Parce qu'il ne me voit pas comme un monstre de puissance, un instrument. Il est juste là et il m'accepte telle que je suis. J'ai essayé d'être Lumière, pendant des années. Et ils se méfiaient toujours de moi, surtout le vieux fou.
« Mais je ne suis pas Lumière, Swan, déclara-t-elle en se tournant vers lui, en quête d'acceptation. Je n'arrive pas à voir les choses comme vous le faites. Je n'arrive pas à envisager le monde à votre façon. Tout ce que je peux faire, la seule vision que je peux avoir ne m'appartient même pas. J'envisage les choses exactement comme mon grand-oncle. Et il n'est pas Lumière. Pas plus que moi. Ce n'était pas ma place, la Lumière. Je préfère les Ténèbres, me fondre dans les ombres. J'y suis… mieux. »
-Et y es-tu heureuse ?
-En effet.
Swan l'étudia un bon moment avant de soupirer.
-Je ne vais pas m'en mêler Etaine, du moins pas tout de suite. Mais je crois que tu te mens à toi-même. Je crois que tu n'es pas heureuse d'avoir à sans cesse détourner les yeux. Et je crois que tu le sais.
Installée sur la banquette du train, ses yeux gris d'orage traînant sans le voir sur le quai se remplissant, Etaine songeait aux paroles de Swan en se mordillant la lèvre, incertaine. Sa main faisait tourner la bague à néant autour de son doigt qui devenait douloureux. Quand elle s'en aperçut, elle changea de main et fit tourner la chevalière de Serdaigle. Oui. Swan avait tort. Pas même l'extrême conviction de ses paroles n'empêchaient qu'elles soient fausses.
