-Tiens, tiens, tiens, si ce n'est pas Knightley...
Etaine leva la tête de son livre pour voir cinq silhouettes se dessiner dans l'embrasure. Trois Serpentard, un Poufsouffle et un avec seulement une robe noire couteuse. Et sauf lui qu'elle ne connaissait pas ils faisaient partie du groupe qu'elle avait entraîné. Si ce n'était pas ironique. Ses yeux balayèrent le groupe, notant le changement de dynamique. Drago Malefoy ne se tenait plus devant, escorté de chaque côté par Crabbe – qui venait de parler – et Goyle mais derrière, un peu en retrait. Un peu à l'écart, Enrik Austen qui ne semblait pas enchanté d'être ici et fixait avec attention le paysage qui défilait, comme s'il n'avait jamais rien vu d'aussi passionnant. Et les deux gorilles encadraient à présent l'inconnu, le seul dont elle ignorait l'identité mais qu'elle soupçonnait d'être un septième année transfert aux parents bien classés parmi les mangemorts vu la façon dont il était entouré.
-C'est bien toi Knightley, non ? demanda-t-il en s'avançant un peu.
-En effet.
Cheveux noirs à cran, de taille moyenne, les yeux gris… Elle ne le connaissait pas. Il sourit.
-Démétrios Albius Lestrange-Black, se présenta-t-il.
Prénom, deuxième prénom, ligne du père, ligne de la mère. La ligne Black étant au moins aussi importante que la Lestrange, le nom avait été gardé. Ainsi donc c'était le fils de Rodolphus Lestrange et Bellatrix. Il avait l'air beaucoup moins fou que sa mère. Mais il n'avait été élevé par aucun de ses deux parents, ce qui pouvait donc l'expliquer. Etaine fit un petit arc, le reconnaissant comme l'héritier d'une ligne. Il inclina la tête en remerciement, comme il était attendu de lui. Ah. Il se pensait donc plus important qu'elle mais encore attaché aux convenances. Ce n'était pas si mal pour un sang-pur Dark. Après tout son nom était moldu. Compte-tenu de ce fait il était même assez poli.
-Etaine Evelda Knightley-McKinnon-Serpentard, se présenta la Fourchelang.
Elle avait fait modifier son nom cet été, dès qu'elle avait eu accès au coffre McKinnon. Ainsi, Suzanne était véritablement morte. Et honnêtement cela ne changeait pas grand-chose : McKinnon-Serpentard n'apparaissait que dans les présentations officielles, son nom usuel était toujours Knightley. Le « Eve », elle l'avait découvert, était en réalité la contraction d'Evelda. Fondamentalement, elle avait juste remplacé « Suzanne » par « Etaine ».
Les yeux de ceux présents dans le compartiment s'agrandirent à la mention de « Serpentard ». Il était de notoriété publique que Voldemort était le dernier descendant vivant connu de Salazar. Elle lui était donc forcément reliée.
-Mes excuses, s'inclina Démétrios après une seconde, le temps que sa formation lui revienne. J'ignorais votre statut.
-Vos excuses sont acceptées, héritier Lestrange, déclara Etaine en lui faisant signe de s'asseoir. Enrik, reste si tu le désires, salua-t-elle.
Elle nota en même temps qu'il lui avait donné un salut qu'elle ne reconnaissait pas, malgré son temps avec Anne : il ne lui avait donné aucun titre, ni celui d'héritière, ni celui de proxy, ni celui de Dame, ni celui de Seigneur. Mais vu la hauteur où il s'était incliné, on pouvait interpréter qu'il la considérait comme une égale ou une supérieure. Selon la façon dont on le voyait. Sans doute parce qu'il n'avait pas connu ses titres et ne savait pas comment elle se classait dans chacune de ces familles.
Démétrios s'assit en face d'elle avec toute la grâce d'un héritier sang-pur pendant que les autres, qu'elle n'avait pas reconnus, se retiraient en conséquence. Cela voulait dire qu'elle les jugeait inutile à sa compagnie, pour le moment. Et comme sa place était plus importante que la leur, ils avaient à se conformer ou être désapprouvés et ce genre de rumeurs circulait vite dans les milieux sangs-purs. Même le rejeton Malefoy n'esquissa pas un geste de protestation même s'il était en train de faire le rapprochement avec son instructeur au masque de serpent. Sa famille n'était pas en faveur en ce moment et il savait mieux.
-Je pense que je vais également me retirer, ma Dame, dit Austen sans avoir risqué de s'incliner de peur de l'offenser en faisant un mauvais salut.
La légilimente acquiesça doucement et eu un léger sourire vers lui.
-J'apprécierais ta compagnie plus tard, alors.
Le Poufsouffle sortit, se demandant toujours comment elle connaissait son nom et ce qu'elle pouvait bien lui vouloir.
-Sais-tu comment on pourrait percevoir cette phrase, petite sœur ? rit doucement Saernel.
-Surement de la plus mauvaise des façons, rétorqua la légilimente en caressant son corps écailleux enroulé autour de ses épaules, cette fois presque visible puisque ses cheveux étaient toujours mi-attachés. Nagini te manques déjà ? ajouta-t-elle pernicieusement.
La vipère descendit sans répondre de son perchoir et alla s'installer en escargot dans une flaque de lumière. Etaine se reconcentra sur Démétrios qui n'avait pas eu l'air de bouger mais s'était reculé jusqu'au fond de son siège et observait l'échange avec un intérêt mêlé de révérence.
-Je ne vois nul besoin de maintenir des formalités quand il n'y en a pas de témoin, précisa la sorcière en captant son regard gris clair typique des Black. Comment souhaiteriez-vous que je vous appelle ?
-Démétrios ira, à moins que vous ne préfériez Lestrange.
-Donc Etaine, vous n'êtes pas le seul Lestrange que je connaisse ; j'ai déjà fait la connaissance de Rabastan.
-Et avez-vous fait celle de ma cousine ?
-Lysandra ? Seulement par les paroles de son père. Mais je pourrais la rencontrer cette année, je crois.
-Elle entre effectivement à Poudlard.
-Tout comme vous, si j'en crois l'absence de blason sur vos robes.
-Un Lestrange n'aurait guère était le bienvenu à Poudlard avant cette année ; j'ai fait le début de ma scolarité à Durmstrang.
-Je connais ce rejet ; on me l'a à plusieurs reprises fait sentir. Ou était-ce les tentatives de meurtres que vous cherchiez à éviter ?
-Meurtre ? demanda Démétrios, choqué.
-Rien de directement lié à être une descendante de Serpentard, mais je suppose que j'aurais pu échapper à quelques ostracisassions si j'avais caché qui j'étais.
-Poudlard est si dangereux que cela ?
-Vous n'avez encore rien vu, sourit Etaine. Mais je doute que vous risquiez quelque chose d'autre que la méfiance : étant de Durmstrang et fils de deux mangemorts, ils vont se méfier de vous plus que tenter de vous attaquer.
-Mais Lysandra est à protéger.
-En effet. Ils entendront Lestrange, ils penseront Bellatrix.
-Vous connaissez ma mère ? demanda-t-il, prononçant le mot mère d'une manière nullement filiale, comme s'il avait s'agit d'une connaissance de connaissance très éloigné mais que le sujet était sensible pour lui.
-Elle me verrait volontiers à l'état de cadavre.
-Vous ne me haïssez pas, pourtant.
-Mes parents combattaient pour l'Ordre du Phénix, j'ai choisi les Ténèbres. Votre mère est une psychopathe sanguinaire, mais cela ne signifie pas que cela soit votre cas. C'est nous et non notre famille qui forgeons nos destins.
Démétrios se rencogna dans sur la banquette en acquiesçant. Visiblement, c'est ce qu'il avait voulu entendre. Après quelques minutes, il rouvrit la bouche pour tenter de parler, au même moment où la porte était poussée. Les deux se tournèrent vers la paroi coulissante. Les deux tournèrent les yeux vers les intrus.
-Hey Etaine, salua Scott avec sa mauvaise humeur – factice ou réelle – habituelle, tu cherches à te débarrasser de nous ou quoi ? On a fait la moitié des wagons.
Derrière lui venait Anne dont les yeux se rétrécirent aussitôt en voyant qu'elle se trouvait, seule, avec un garçon.
-J'ai pensé que tu avais besoin d'exercice ; après tout, tu aurais pu prendre du poids cet été, ç'aurais été dommage que cela rende ton humeur plus joyeuse, déclara Etaine en imitant le ton de Rogue insultant une classe de première année.
Ce dont elle ne se rendit compte qu'après, tant c'était intégré dans son comportement. Précisément quand le fan de quidditch lui sourit, interprétant visiblement ça comme un signe qu'elle allait mieux.
-Je vais vous laissez, déclara Démétrios en se levant.
-Je ne pense pas que votre présence gêne qui que ce soit, lui offrit la légilimente.
Démétrios sourit juste.
-J'étais à l'origine à la recherche de Lisy. Un plaisir, Dame, s'inclina-t-il.
-Bien, bien, bien, dit Anne avec un sourire gourmand une fois que Zane ait refermé la porte après s'être écarté pour laisser passer le septième année. Qui, où, comment, quoi ?
Etaine se roula des yeux et laissa ses épaules se détendre.
-Quoi : bonjour, blabla, au revoir. Ou : ici. Quand : à l'instant. Comment : quand il s'est pointé. Qui : Démétrios Lestrange. J'ai répondu à tout ?
-Lestrange ? demanda Zane en s'asseyant, ouvrant le panier qu'il portait avec lui.
Sogar en sortit et alla se frotter contre Anne qui rit et le caressa. Technique de drague : envoyer le chat faire tout le travail. Pas mauvais, mais ça marchait moins bien avec un serpent.
-Anciennement à Durmstrang, fils de Rodolphus et Bellatrix, précisa la Fourchelang. N'a pas l'air aussi extrémiste que sa mère. En fait, franchement modéré pour un Dark.
-Mouais, dit Scott, dubitatif, si tu le dis. N'empêche qu'il vaut mieux y aller sur la pointe des pieds avec quelqu'un comme ça.
-Où viser plus haut, contra Zane en croisant le regard d'Etaine. Qu'est-ce que tu as fait ?
-J'ai récité mon nom complet. Qui inclus « Serpentard ».
-Et pour être à Poudlard ? questionna-t-il en se penchant.
L'asiatique avait toujours été le plus perspicace de tous. Celui qui n'avait rien oublié des années précédentes et qui savait qu'il ne pouvait pas y avoir trente-six manière pour qu'elle soit ici à discuter avec un héritier sang-pur dark.
-Mon oncle était d'accord, murmura-t-elle simplement en regardant la fenêtre où s'écrasait les premières gouttes.
-La dernière fois que vous vous étiez vu, vous avez failli vous entretuer et tu as toujours été hyper-méfiante sur lui, donc ne me fait pas croire que tu es revenue sur l'unique foi de sa parole, contra Scott qui ignorait ou faisait mine d'ignorer le sens du mot tact.
-Au milieu de l'été, je suis tombée sur une bande de mangemorts à Cloche-la-Fée. Trop nombreux pour moi. J'ai fini par m'évanouir d'épuisement magique après en avoir eu un certain nombre. Il avait ma baguette entre ses mains et il n'en avait même pas besoin pour me tuer, crois-moi. Mais il ne l'a pas fait. Et il comprenait ce que signifiait Poudlard pour moi.
-Et le reste de l'été ? demanda Zane à voix basse. Le moment où tu étais à leur quartier général ?
Il n'y avait pas d'accusation dans la voix de l'asiatique. Juste un peu de suspicion.
-Il est tombé tout seul. Je ne l'avais même pas menacé directement, même pas jeté de sort. Ça a suffi comme preuve à mon oncle. Le reste du temps j'ai pillé la bibliothèque ou amélioré mes potions avec Mulciber et Rabastan Lestrange.
-Et le ministère Etaine, qu'en est-il du ministère ? Tu savais pour le ministère, non ?
Là on devinait la colère dans sa voix.
-J'y étais.
-Et mon père aussi ! Il aurait pu se faire tuer !
Scott ouvrit la bouche, hésita à prendre sa défense, la referma.
-Il n'y quasiment pas eu de combat ! cria Etaine en sautant sur ses pieds. L'étage où il était a été quasiment totalement épargné, il avait juste une fracture du bras !
-Et comment tu sais qu'il avait une fracture du bras, hein ? Comment tu le sais ?
-Parce que c'est moi qui l'ai guéri, crétin !
Cela réussit à couper le sifflet à Zane qui se rassit, la dévisageant toujours d'un air bouillonnant.
-Mec, déclara Scott, pour une fois apaisant, la prise du ministère est prévue par Tu-Sais-Qui depuis des décennies. Etaine n'aurait rien pu faire pour l'empêcher, même si elle avait été sa Dame Noire.
-Y a pas de Dame Noire, marmonna Etaine si bien que seule Anne l'entendit. Il est aussi doué en sentiment que moi.
-Par Merlin ! s'exclama la sang-pure qui avait toujours sa baguette à la main. Si vous voulez vous entredéchirer comme ça, activez au moins des sorts de confidentialité sinon on vous entendra jusqu'à l'autre bout du train !
-Sans Swan et Emma, on ne va jamais tenir l'année, lança Scott pour faire bonne mesure.
-Il vaut mieux qu'ils ne soient pas venus, raisonna Anne. Ils se seraient fait prendre aussitôt.
-Comme Chris Colombus, termina sombrement Scott. On a assisté à son arrestation sur le quai de la gare, ajouta-t-il au regard interrogateur d'Etaine.
-Mais ce qui n'est pas logique c'est qu'ils savent les adresses des nés-moldus, s'invita Zane. C'est dans les registres du ministère.
-Oh Merlin, s'exclama Anne, tu crois qu'ils…
-Ils sont en sécurité.
Tous se tournèrent vers Etaine.
-Emma est à Salem, Swan, je ne sais pas où il est allé mais il n'est pas dans le train. Ils ont tous deux changés de domiciles. Quant aux autres nés-moldus, ça m'étonnerait qu'ils les aient cueillis chez eux.
-Pourquoi ça ?
-Parce que ton père a mis le feu à leurs fichiers, répondit obligeamment la légilimente à l'asiatique.
-Mon père a quoi !
-Il ne t'a pas dit ? C'est dommage, je n'aurais pas dû le faire à sa place.
-Ça veut dire qu'il est en danger ? demanda Anne.
-Les mangemorts ne savent pas. En revanche, un individu masqué à peut-être un peu insisté là-dessus après l'avoir soigné.
-Et pourquoi tu ne l'as pas fait toi-même au lieu de mettre mon père en danger ?
-Premièrement, je ne pouvais pas me permettre de laisser ma signature magique là-bas, d'autant que je ne sais pas la masquer. Deuxièmement, ton père pouvait tout à fait ne pas le faire. Troisièmement, je n'avais pas d'allumettes sur moi.
Et elle se rencogna sur la banquette, défiant Zane du regard de la contredire. Celui-ci la fixa un instant du regard, puis soupira et préféra se concentrer sur le paysage. Etaine piocha un ouvrage qu'elle avait « emprunté » à la bibliothèque Malefoy et s'absorba dans la lecture sur les convocations. Après trois semaines, Lucius avait fini par se rendre compte qu'un de ses invités parasites hantait en quasi-permanence sa bibliothèque. Etaine pensait que c'était davantage parce qu'elle était proche du pouvoir que par générosité qu'il lui avait recommandé le livre de la taille d'une bible quand elle lui avait donné le sujet de sa recherche actuelle. En échange, elle n'avait jamais dit un mot de travers à son propos et était des plus civils avec les Malefoy. Ils n'étaient peut-être pas en faveur mais ils étaient riches, avait fait remarqué son grand-oncle avec ironie une fois le schéma discerné.
Anne débuta rapidement sur les diverses rencontres sang-purs auxquelles elle avait participé, ponctuée par les commentaires de Scott, conduisant les deux à s'écharper toutes les demi-heures. En effet, sans Emma ils n'allaient pas s'en sortir. Leurs disputes finirent pas sortir Zane de sa torpeur et Etaine, toujours penchée sur son livre, décryptait sans y paraître les paroles de la sang-pure. Elle se doutait que les autres avaient remarqué qu'elle ne tournait plus de pages depuis un certain temps mais ils semblaient pour l'instant respecter son silence. Jusqu'au moment où Anne finit par embrayer sur le sujet des Malefoy dont la crête avait été apposée sur la tranche de l'ouvrage, moment où la Fourchelang prit une part plus active à la conversation, donnant par ce biais les noms de plusieurs sangs-purs mêlés au combat de Voldemort. Sans y paraître, Anne était autant Serdaigle que Serpentard.
