-Est-ce que mon cours n'est pas assez bon pour que vous écoutiez, Knightley !

Lentement, pas le moins du monde surprise, Etaine tourna la tête vers l'enseignant, si tant est qu'il mérite ce titre. Amycus Carrow la fixait d'un air courroucé, sa baguette à la main. Elle supposait que passer une dizaine de minutes à regarder la pluie tomber par la fenêtre était suffisant pour l'énerver. En tout cas, c'était pour elle moins ennuyeux que son « cours ».

-En effet, dit la légilimente.

Toute la classe se figea, retenant son souffle. Le corps d'Amycus se tendit et ses yeux s'aiguisèrent.

-Pourriez-vous répéter ? demanda-t-il d'un ton presque gourmant.

Etaine pencha la tête sur le côté.

-Etant donné que je sais déjà lancer un Doloris et que j'en sais au moins autant en malédiction sombre que vous, je ne vois pas pour moi l'utilité d'écouter votre conférence.

Carrow resta un instant silencieux puis un mauvais sourire se dessina sur son visage.

-Dans ce cas, Knightley, je suis sûr qu'il ne vous gênerait pas de faire une démonstration. Ou, si vous n'y parveniez pas, d'être un instrument de cette démonstration. Namara !

Celui-ci au moins avait une once de stratégie. Ce n'avait pas été le cas de sa sœur. Le cours d'étude des moldus qu'ils avaient eu juste avant avait été purement dogmatique. Alecto Carrow avait passé l'heure à expliquer à quel point les moldus étaient de sales bêtes inutiles et à insulter les sang-mêlés. Dire que ce cours aurait effectivement pu être utile s'il avait été donné par un sang-mêlé ou au moins quelqu'un qui savait à quel point dangereux ils étaient. Hiroshima et Nagasaki auraient convaincu beaucoup plus de monde que ce ramassis d'idiotie sur la pureté du sang.

Ou du moins avait-ce été le contenu de la première demi-heure puisqu'à ce moment – la troisième apostrophe méchante à un sang-mêlé – Etaine avait décidé qu'elle en avait assez, ramassé ses affaires et quitté la salle. Ce discours l'aurait plus rendue imbécile qu'autre chose si elle était restée. En tout cas c'est ce qu'elle avait essayé de faire. Alecto l'avait arrêtée et sommé de revenir. La Fourchelang s'était alors tourné vers elle et s'était le plus poliment du monde excusé puis avait exposé sa vision de la question moldue. A savoir qu'ils étaient dangereux, nombreux, très intelligents et aussi racistes que les sorciers. Et que s'ils venaient à découvrir l'existence de la communauté magique l'on pouvait tous se considérer comme mort. Elle avait laissé Alecto fulminante sans attendre sa réplique après avoir parlé pendant une dizaine de minutes des armes de destruction massives moldues, sans lui laisser le temps de répondre.

Elle avait passé la suite de l'heure dans la bibliothèque et était arrivée la première pour les Arts Sombres. Comme c'était l'heure suivante Alecto n'avait pas eu le temps d'en parler avec Amycus. Cependant, ses condisciples lui avaient dit que la mangemorte n'avait pas décolérée de toute l'heure.

-Monsieur ? demanda le Gryffondor sang-mêlé en levant la tête vers l'enseignant.

-Venez ici.

Une lueur de peur apparut dans les yeux de Riley. Carrow s'avança rapidement jusqu'à lui, saisit durement son bras et le ramena sur l'estrade. Comprenant, le Gryffondor tenta de se débattre et fut aussitôt cueilli par un Inpedimenta, ce qui rendit ses tentatives aussi efficaces que s'il avait été coincé dans de la mélasse.

Ginny ouvrit la bouche avant que Luna ne presse sa main. La plus jeune Weasley se rencogna contre le banc. Stephen Hunter, un autre Gryffondor semblait déchiré. Une lueur étrange dans les yeux de Scott indiquait que cet état était partagé. Riley était son ami. Impavide, Etaine observa toute la scène jusqu'à ce que la situation se soit stabilisée. Personne n'interviendrait. Les rumeurs sur ce qui étaient arrivés à ceux qui l'avaient fait ce matin courraient le château. Seamus Finnigean était encore à l'infirmerie. Neville en revanche en était déjà sorti.

-Alors Knightley ? demanda Carrow en agrippant les épaules de Namara. Incapable de lancer cette malédiction, finalement ?

Sa baguette était dans sa main. Visiblement, lui aussi savait que c'était un moment critique. Mais il ne savait pas qu'ils étaient dans le même camp puisqu'Etaine ne s'était jusqu'à présent jamais présenté à lui qu'avec son masque au serpent.

La Fourchelang se leva lentement et pointa la baguette sur Riley qui la regardait, suppliant.

-Endoloris, lâcha-t-elle d'une voix froide, dénuée de tout sentiment.

Riley ferma les yeux et certains détournèrent le regard. Pourtant le cri vint de Carrow. Celui-ci laissa échapper un gémissement rapidement étranglé devant la douleur inattendue et son corps se contracta en avant tandis qu'il ravalait son cri en serrant les dents. Les yeux de Riley se rouvrirent quand il sentit les doigts d'Amycus se crisper sur ses épaules et la malédiction à laquelle il était soumis se rompit. Le Gryffondor sauta hors de sa portée, allant se réfugier contre un mur, le cœur battant à toute allure. Les mains de Carrow agrippèrent le bureau professoral pour tenter de se maintenir debout. Finalement un long et horrible cri lui échappa et il tomba à terre, se tordant de douleur. A ce moment-là seulement, Etaine leva la malédiction.

Le silence dans la classe fut assourdissant. On entendait juste la respiration haletante d'Amycus qui reprenait son souffle. Elle savait lancer un Doloris aussi bien que n'importe quel membre de l'Cercle proche après tout.

-Je peux peut-être savoir lancer un Doloris, Carrow, mais je ne bénéficie pas de la violence gratuite, déclara Etaine en allant lentement rejoindre le mangemort auprès duquel elle s'accroupit. Vous avez déjà fait votre petit spectacle ce matin, c'est suffisant. Et je refuse que vous preniez votre propre insuffisance sur d'autres. Vous avez été volontaire, vous en payez le prix. Ils ne l'ont pas été.

« Sur une autre note, je crois que je peux me passer de vos cours et ceux de votre sœur, je vous serez grès de l'en informer. A méditer, Carrow. »

La Fourchelang se releva, déployant sa haute taille d'un mouvement souple volé à son oncle et stupéfixia d'un mouvement négligeant le mangemort. Elle se tourna vers la classe et pencha la tête sur le côté pour voir comment ils allaient réagir. Très clairement, elle savait qu'elle avait fait une erreur ; déstabiliser le nouveau régime alors qu'il n'était pas encore solidement implanté était au mieux idiot, au pire suicidaire. Mais ce n'était pas sa faute si Carrow lui venait sous la peau ! Un rapide balayage de légilimentie laissait seul deviner que cela n'allait pas mettre deux minutes à lui exploser à la figure.

Ginny se dressa, ouvrant le bal.

-Allons les virer d'ici ! s'exclama-t-elle.

Les Gryffondor rugirent et Stephen s'écria « Viva la Revolutione ! », reprenant les mots de Swan il y avait de cela deux ans. Etaine soupira, imperceptiblement pendant que le groupe se rua vers la porte et l'ouvrit. D'un négligeant geste de baguette, la légilimente fit claquer le battant. Les chaînes cliquetèrent et une barre apparue, verrouillant la porte et freinant l'ardeur des révolutionnaires.

-Je crains que cela ne soit pas possible, déclara Etaine, purement informative, de sa voix froide et douce.

Ginny se tourna vers elle, un peu énervée de se voir freinée.

-Pourquoi ?

-J'ai seize ans.

-Et alors ?

-Je suis mineure.

-Qu'est-ce que tu veux que ça nous fasse ? demanda un Gryffondor dont elle ignorait le nom.

-Sous autorité de mon tuteur légal, acheva la légilimente et Anne plaqua les mains sur sa bouche avec un bruit étouffé.

-Les gars ? demanda Scott d'une voix trainante en cherchant la permission dans le visage de la Fourchelang qui acquiesça imperceptiblement.

-Quoi ?

-Son tuteur légal c'est Vous-Savez-Qui.

Silence de plomb. Tout le monde se tourna vers Etaine, la dévisageant comme si ils ne l'avaient jamais vu. La légilimente leur renvoya un regard impavide, la tête légèrement inclinée. Il se passa peut-être une minute où on aurait entendu une mouche voler avant que, le plus calmement possible, elle ne prenne la parole :

-Quelqu'un à quelque chose à dire à ce sujet ? Bon, poursuivit-elle devant l'absence de réponse, en raison de l'indisposition malheureusement temporaire de Carrow et du fait que je suis celle qui l'a assommé, je finis la leçon.

« Ainsi qu'aurait dû le dire Carrow avant de vouloir faire une démonstration, commença Etaine d'une voix typiquement Rogue, Doloris, un des trois sortilèges impardonnables. Le sentiment quand on le reçoit est analogue à si on vous faisait griller toutes les terminaisons nerveuses en même temps. Il y a plus douloureux. Mais pas beaucoup.

« Généralement la seule chose que l'on peut faire est crier à s'en arracher la gorge quand on le reçoit. Mais avec le temps, l'occulmencie, la méditation ou autres, on peut finir par développer une résistance ne serait-ce que légère, continua-t-elle en prenant son ton de conteur, désignant négligemment l'homme stupéfixié pour illustré son propos. S'il n'avait pas été pris par surprise, je suis certaine que Carrow aurait été en mesure de lancer une malédiction.

« Le Doloris est ce que l'on appelle une malédiction longue. Pour que l'effet perdure, le lanceur est obligé de maintenir le sort en place. Ce qui peut se retourner contre lui si on profite de la connexion établie pour renvoyer quelque chose le long du sort.

« Il a été interdit en 1776, en même temps que l'Avada Kedavra et l'Imperium. C'était, jusqu'à il y a peu, les sorts les plus sévèrement réprimés par le ministère de la Magie. Quelqu'un sait-il pourquoi ?

Pas une réaction. Etaine soupira encore, consternée de voir que même les sang-purs avaient accrochés à la désinformation du ministère.

« Depuis cette époque, il s'est construit un vaste mythe autour des Impardonnables comme on les a surnommés depuis. On dit qu'il faut être au-delà de toute rédemption pour les lancer. Qu'ils sont réellement difficiles à maîtriser, au point que seuls certains des plus sombres sorciers peuvent les jeter. La vérité est qu'un enfant de huit ans jetant une crise de colère peut parfaitement vous mettre sous Doloris.

La légilimente laissa passer un instant pour qu'ils assimilent l'information.

« Si c'est trois sorts entre tous ont été bannis, c'est parce qu'ils sont excessivement simples à lancer. Il n'y a pas besoin d'être puissant. Il n'y a pas besoin de se concentrer. Il n'y a pas besoin de haïr. Il suffit juste de vouloir. Vouloir être en contrôle. Vouloir faire mal à quelqu'un. Vouloir la mort de quelqu'un.

« Raphael Bocker, répandu pour être un seigneur sombre entre 1830 et 1850, a quasiment pris le ministère britannique en soumettant un à un ses membres à l'Imperium. Il y aurait réussi si son second n'avait pas réussi à stopper le sort suffisamment longtemps pour le blesser mortellement. Raphael Bocker avait lancé pour la première fois l'Imperium à quelqu'un en 1812 alors qu'il avait neuf ans. Un éclat de magie accidentelle comme certains font léviter les choses ou s'évaporer ce qu'ils ne veulent pas manger. Lui voulait échapper à un proxénète qui le forçait à se vendre.

« Christopher McBloom a été condamné à la réclusion à vie à Azkaban alors qu'il avait onze ans. En rentrant ivre un soir son père avait battu sa mère. Il avait voulu lui faire mal, autant qu'il l'avait fait à sa mère. Ou du moins c'est ce qu'il a expliqué aux Aurors. C'était en 1890.

« En 1774, un Seigneur Sombre sévissait dans les Highlands. Il y avait eu beaucoup de morts, ou du moins d'après les compte-rendu et l'on avait retrouvé les corps de disparus qui avaient manifestement été frappés par l'Avada Kedavra. Les Aurors ont été très surpris de se retrouver face à une fille de quatorze ans dépenaillée. Ça leur a coûté cinq hommes. Ils ont découvert qu'elle avait commencé à sept ans, quand elle avait découvert qu'elle pouvait tuer les animaux et les hommes simplement en disant « meure ! » et en le voulant très fort. Il parait qu'elle faisait ça aussi facilement qu'un charme de lévitation. C'est à la suite de cette histoire que les Impardonnables ont été interdits.

La légilimente fit une nouvelle pause.

« Au fur et à mesure du temps, des exemples comme ceux-ci sont devenus de plus en plus rares parce que la désinformation du ministère à fait intégrer aux gens que les Impardonnables étaient quasiment impossibles à lancer. Ils n'essayaient même plus ou inconsciemment bloquaient leurs propres sorts. Mais il arrive encore de temps en temps que cela arrive comme de la magie accidentelle chez certains enfants, particulièrement les nés-moldus qui ne subissent pas cette désinformation.

« Il y a au ministère, rangé sous clef dans le bureau même du ministre et sous une trentaine de charmes de dissimulations, une boîte. Et dans cette boîte une liste de noms. Depuis 1776, environ une quinzaine de nés-moldus ne sont jamais arrivés à Poudlard car on les a envoyés à Azkaban pour des éclats de magie accidentelle qui s'apparentaient aux Impardonnables. Il y a leur nom, leur âge et le sortilège qu'ils ont lancé sans le savoir. »

Et sans la Vision de puissance de Teodred, ils n'auraient jamais trouvé cette boîte.

-Mais, intervint Zane, même s'il est possible – et d'après son ton il en doutait clairement – pour n'importe qui de lancer un Impardonnable, on ne peut le faire qu'avec la formule.

-C'est là toute la problématique. Si on s'en tient à la théorie, tu peux aussi bien lancer un Doloris en disant Soupe aux croutons si tu as assimilé Soupe aux croutons à la douleur. Sauf que nous nous y avons assimilé le mot Doloris et la prononciation Endoloris. Auto-conditionnement.

-Mais, intervint Clio, la théorie magique veut que l'on ne puisse utiliser un sort qu'avec les paroles. Les effets de la magie sont liés aux syllabes…

-En effet, approuva Etaine. Mais au fil du temps, l'empreinte du sort s'intègre dans la trame-time et permet de s'affranchir des mots. Plus un sort sera utilisé, plus son utilisation sera facile. De plus, les syllabes de puissance peuvent varier. Pour un seul effet, tu peux avoir plusieurs possibilités de combinaisons de syllabes.

Visiblement l'explication était passée largement au-dessus de la tête des Gryffondor et même d'une partie des Serdaigle.

-Trame-time ? demanda Riley, probablement le plus audacieux du lot.

-Chaque fois que tu utilises un sort, tu entraînes une déformation de la trame-time. Ton sort y laisse une empreinte en quelque sorte. Elle y reste très peu de temps, environ quelques heures, avant de s'effacer. En revanche, si le même sort est utilisé à plusieurs reprises, l'empreinte sera plus importante. La déformation est donc plus importante.

« La magie sera donc attirée par cette déformation, et il deviendra plus facile de reproduire les effets attachés aux syllabes de puissances. Comme chaque utilisation du sort agrandit la déformation qui y est associée il devient de plus en plus simple à utiliser. Le Doloris, l'Avada Kedavra et l'Imperium ont été très utilisés ; leur empreinte dans la trame-time est très importante. Les gens finissent donc un jour ou l'autre par retomber sur eux. »

Teodred avait passé assez de temps à lui expliquer cela pour qu'elle comprenne au moins les notions de bases.

-Qui pourrait vouloir utiliser un Doloris ? s'exclama Ginny.

-Je crois qu'avant l'interdiction les trois sorts étaient assez répandus. L'Avada Kedavra était utilisé chaque fois qu'il fallait abattre un animal et les Doloris et Imperium contre les moldus. Vu le nombre de condamnations qui ont suivi cette décision cela parait probable.

-Et comment on sait que ce n'est pas un mensonge ? lança le Gryffondor dont elle ignorait le nom.

Tout le monde se tourna vers lui. Le garçon se leva et la fixa dans les yeux.

-Tu débarques et tu nous dis que depuis deux cents ans le ministère envoie des nés-moldus à Azkaban. Maintenant, que les Impardonnables sont des jouets pour enfants et qu'on les utilisait tout le temps. Pourquoi on devrait te croire ?

Etaine garda un instant le silence, le considérant. Les autres étaient en train de se demander s'il était allé trop loin.

-Rien ne t'oblige à me croire, finit par déclarer la Fourchelang. Je dis ce que je sais, ce que j'ai découvert, ce qu'on m'a dit et que j'ai vérifié. Ce que je crois n'a en rien à influencer tes propres convictions. Mais je suis prête à me justifier.

« La liste des nés-moldus envoyé à Azkaban a été trouvé dans le bureau de Scrimgeour par un Cercle proche qui voit la magie. Je le connais personnellement et sait qu'il se moque complètement de la question des moldus et nés-moldus ; ce n'est pas pour ça qu'il s'est engagé. J'ai personnellement eu cette liste sous les yeux.

« La réalité sur les Impardonnables est bien connue et depuis longtemps par les Langues-de-Plomb. Rookwood, un autre Inner, a fait partie du Département des Mystères avant d'être envoyé à Azkaban il y a seize ans. Les compte-rendu des vieux procès se trouvaient également dans le Département des Mystères. On les y a découvert i peine un mois. Rookwood est toujours en train de les analyser.

« Quant à la trame-time ; si tu cherches, tu verras que c'est une théorie magique largement admise parmi les Maître des sorts artisanats. Bien sûr, c'était avant que le ministère Britannique n'interdise le sort artisanat. Elle est également la base des quartiers, connue sous le nom de Maillage par les Maîtres des Protections. »