Et voilà, le dernier texte écrit pendant la Nuit ! J'ai eu du mal à le terminer, même si c'était quelque chose que j'avais envie d'écrire depuis très longtemps...
J'ai honteusement cité Simone de Beauvoir, aussi.
Thème : Dame
Rating : T
Disclaimer : A part le Conteur, tout est à Oda.
Avertissements particuliers : évocation d'une relation HxH (Izou x Thatch) ; thème du travestissement
Première nuit : Marco
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La Dame au kimono
.
Marco laissa échapper son verre et le Conteur le rattrapa avant qu'il ne tombe sur la table. Son compagnon de la soirée était cuit, finalement. Même lui avait perdu le compte de tout ce qu'ils avaient bu, mais en tout cas, il valait mieux s'arrêter là. Il reposa la chope loin sur la table avant de serrer délicatement le poignet de l'ancien pirate.
- Vous devriez aller dormir, Marco.
Le blond leva son regard bleu délavé par les larmes et secoua la tête difficilement.
- Juste… Juste une dernière histoire. Ils ne peuvent pas tomber dans l'oubli et je ne sais même pas si la dernière est encore vivante…
Le Conteur hésita, avant d'acquiescer. Marco dodelina de la tête un instant, puis mit sa main sous sa tête pour la maintenir. Oui, décidément, ils avaient bien trop bu.
- J'vous ai déjà parlé de Thatch et Izou, n'est-ce pas ? Et vous devez sans doute vous souvenir qu'on pouvait aisément confondre le seizième commandant avec une femme…
Le Conteur mit un peu de temps à se souvenir, l'esprit un peu embrumé par l'alcool, puis hocha la tête. Il apprit ainsi avec un certain étonnement que cela était fait exprès, qu'Izou se sentait femme malgré son corps d'homme… Il ne dit rien, ne s'estimant surtout pas en droit de juger qui que ce soit, puis attendit que Marco dévoile sa dernière histoire.
Le blond eut un sourire triste et ses yeux s'embuèrent aux souvenirs doux-amers qui lui revenaient. Au début, personne ne savait comment définir Izou. Femme, homme ? Elle ou Il ? Ils s'emmêlaient souvent les pinceaux, hésitaient, ne tranchaient jamais pour l'un ou pour l'autre. En plus, à part le nombre grandissant d'infirmières au fur et à mesure que leur Père devenait de plus en plusvieux, il n'y avait pas de femmes dans l'équipage, ce qui faisait hésiter. Ils ne pouvaient pas considérer Izou comme une femme, puisqu'il faisait parti de leurs frères.
Puis Thatch était rentré dans l'équipage. Coureur de jupons raté mais grand amoureux des femmes, il avait compris ce que cherchait Izou au premier regard. Et lorsqu'il s'était présenté, il s'était incliné devant Izou et avait saisi la main pour la baiser.
Il fut le premier à l'appeler "elle".
Quand Marco et d'autres de ses frères lui avaient demandé pourquoi, intrigués, il avait simplement répondu qu'il ne faisait que suivre les désirs des dames. Ils n'avaient pas compris, sur le coup.
Le Phénix n'était d'ailleurs toujours pas sûr de comprendre.
Mais cela avait été attendrissant à voir. Izou rougissait parfois sous les attentions délicates, s'énervait parfois lorsque Thatch la trouvait trop délicate pour certaines missions. Un bon coup de pied dans le fondement remettait les idées en place au cuisinier.
Mais le quatrième commandant aimait les femmes, exclusivement les femmes. Et malgré tous ses souhaits, celle que Thatch nommait gentiment "La Dame au kimono" n'en était pas une.
Marco avait soudain su au regard triste d'Izou sur le cuisinier que Thatch avait dérobé son cœur sans même y penser, sans le vouloir, simplement en lui accordant son droit à se sentir, à être femme.
Les choses auraient pu en rester là. Izou malheureuse et Thatch ignorant.
Seulement, le quatrième commandant était bien plus finaud que ce qu'il montrait et surtout bien plus amoureux. Marco se souviendrait toujours du soir où, alors qu'il se trouvait dans les cordages pour admirer les étoiles, Thatch et Izou s'étaient retrouvés sur le pont et Thatch, cet idiot, avait simplement déclaré :
- J'ai dit que j'aimais toutes les femmes. Pourquoi je ne pourrais pas t'aimer, alors ?
Marco n'avait pas revu les deux commandants de toute la nuit, mais la phrase tournait encore dans sa tête, des années après. Pourquoi Thatch n'avait vu que la féminité d'Izou, alors que tout son corps était celui d'un homme ?
Le Conteur le sortit de ses pensées en le prenant par le poignet. Le Phénix plongea son regard dans les orbes sombres et inclina la tête lorsque le nomade lui déclara connaître la réponse.
- On ne naît pas femme, commandant, on le devient. Et ça, votre frère l'avait compris.
Le blond fronça les sourcils, pas certain d'avoir suivi, avant de s'écrouler contre la table, assommé par l'alcool. Le Conteur soupira en se laissant glisser sur sa chaise, pensif. Il n'aurait osé espéré qu'un jour, une histoire puisse illustrer aussi parfaitement cette pensée qu'une autre avait énoncé, il y a longtemps. Une femme aux cheveux blancs, archéologue, s'il se souvenait bien.
Il se redressa finalement et appela l'aubergiste. Il apprit ainsi que Marco habitait ici et que d'autres s'occuperaient de le ramener chez lui. Le Conteur paya toutes les consommations sans hésiter. Il travaillait souvent pour survivre, mais sa véritable et seule richesse était les histoires qu'on lui offrait.
Il n'avait besoin de rien d'autre.
A la prochaine Nuit, on changera de personnage à qui le Conteur offre une oreille attentive... Je préviens directement, ce ne sera pas forcément chronologique. Je fais selon ce que m'inspire les thèmes de la Nuit !
