Quand elle faisait le compte, Etaine était réellement étonnée d'avoir pu un jour faire confiance à Rogue en sachant si peu de lui. D'où il venait, d'abord. Rogue était un sang-mêlé et sa mère était une Prince. Le Maître des potions lui-même était le dernier des Prince et le seigneur Prince. Elle n'avait jamais ne serait-ce que soupçonné qu'il fut un seigneur de famille. Elle savait qu'il était sang-mêlé et n'avait même pas cherché plus loin. Dire qu'elle avait eu Anne à côté d'elle des années durant pour lui apprendre cela et plus encore ! Et elle n'avait même pas cherché à exploiter cette ressource.
Où le directeur de Poudlard était né, c'était un mystère. Sa vie avant Poudlard, cependant, avait été assez similaire à celle d'Etaine dans l'orphelinat pour qu'il ait une certaine affection pour elle. Elle ne pensait pas qu'il ait été un sang-mêlé recueilli, élevé et haï par la famille Prince car étant le seul héritier de la ligne. Cette explication ne cadrait pas. Rogue aurait davantage suivi les mœurs sang-purs si cela avait été le cas et sans doute aurait-il pris le nom de Prince, ne serait-ce que parce que forcé par sa famille. La seule autre option qu'elle voyait était qu'il ait été élevé dans le monde moldu, mais pourquoi, alors, n'avait-il pas pris le nom de Prince en même temps que la seigneurie ? Car c'était bien l'anneau des Prince qui brillait à son doigt. Anne s'y connaissait assez pour que l'on lui fasse confiance en ce domaine. Une conjonction des deux, peut-être ? Lorsqu'Etaine s'était faite cette réflexion, elle avait changé ses pensées de sujet, furieuse d'accorder encore son attention au Maître des potions, même après la trahison de celui-ci. Ses réflexions, elle se les faisait mentalement, peu désireuse, pour une fois, de les partager avec Saernel qui était maintenant dans le camp opposé. Même le serpent la trahissait, maintenant. Même son plus vieil ami.
Etaine secoua la tête. Cette dernière remarque reflétait beaucoup son état d'esprit actuel. Elle était vaguement paranoïaque, angoissée par tous ses yeux qui la suivaient. Depuis sa première – et dernière – classe d'Arts Sombres, tous les yeux de la maison Serdaigle étaient fixés sur elle. Même le roi – un septième année – se faisait discret. Elle était sûre qu'elle aurait pu aller s'asseoir près des fauteuils devant la cheminée sans être contestée.
Serdaigle fonctionnait selon un système monarchique, comme Serpentard. Ce n'était pas le cas de Gryffondor et elle n'avait aucune idée de comment Poufsouffle était géré. L'histoire des rois et des reines de Serdaigle et Serpentard remontait à la fondation de Poudlard. Ils avaient été les élèves privilégiés des deux fondateurs et à leur mort avaient pris en charge la maison. Le système monarchique avait depuis perdu sa vocation de désignation du prochain chef de maison, notant simplement politiciens, puissants et ambitieux. Serpentard gardait jalousement ses secrets alors elle ne savait pas comment leur système fonctionnait, mais elle s'était approchée assez près de celui de Serdaigle pour le connaître intimement.
Il n'y avait pas toujours un roi, mais son absence signifiait une période de transition entre régimes. Les fauteuils devant la cheminée étaient l'endroit du pouvoir, celui où s'asseyaient le roi et sa cour et d'où ils pouvaient observer la populace. Il s'agissait d'un endroit stratégique et y rester assis alors que le roi et sa cour arrivaient était, par exemple, un défi à la monarchie établie. La légilimente avait participée à l'une de ses prises de pouvoirs.
Dès le début, la puissance magique d'Etaine et son esprit l'avait mis au centre des luttes de pouvoirs de Serdaigle. Elle en avait vu assez pour savoir qu'il s'agissait majoritairement de luttes feutrées composées de paroles murmurées dans un couloir, de regards suivis ou de postures corporelles trahissant volontairement le rejet ou l'acceptation par les puissants. La Fourchelang, avec sa suspicion instinctive des autres, son habitude de les décoder et son langage corporel fermé ne s'y était pas faite des amis. En fait, dès qu'elle avait compris ce qui se tramait ici, elle s'était aussitôt distanciée du lot des puissants, passant des heures dans la bibliothèque à la poursuite du Savoir dont elle affirmait la recherche et évitant autant que possible la salle commune de Serdaigle. C'était, en effet, l'endroit où se jouaient les regards et où l'on jaugeait ses adversaires potentiels. Etaine s'était volontairement mise hors de la course. Ce n'avait pas pour autant rassuré tout le monde. La légilimente pouvait ne pas aimer la politique, il n'en était pas moins évident qu'elle savait y jouer. Sa prise de pouvoir sur le groupe des Serdaigle de son année avec l'éviction de Scott lors du Tournoi des trois Sorciers en était la preuve.
Cet événement l'avait ramenée au centre de l'arène politique. Elle n'avait jamais véritablement réussi à s'en distancier d'ailleurs. Eviter la salle commune avait semblé rassurer les puissants, ainsi que ses affirmations de ne pas s'intéresser au Pouvoir, mais ils avaient toujours suivis de loin ses gestes. Pas totalement sous le radar, mais pas en évidence non plus. Elle était en dehors de la hiérarchie de Serdaigle. Atypique. Anormale. Dangereuse mais pas menaçante. Mais le jour où elle le serait… Et c'était dans l'attente de ce jour que Katrina Grey guettait ses mouvements. Toujours, Etaine avait senti cette épée de Damoclès au-dessus de sa tête. Même si elle voulait quitter le jeu, les puissants ne la laisseraient pas faire. Ils ne la laisseraient pas prendre sa chance d'être une enfant. Souvent, avec le recul, la légilimente s'était demandée si elle aurait pu reprendre son enfance où elle l'avait arrêtée, si ce n'avait été ce constant sentiment. Katrina Grey était-elle également responsable de ce qu'elle était aujourd'hui ? De son comportement d'enfant jeté dans le rôle d'un adulte ? Elle ne le savait pas. Mais parfois, la question la hantait.
Au moment du Tournoi des trois Sorciers, Katrina Grey avait été en septième année et elle régnait sur Serdaigle depuis presque quatre ans. Elle était douée tant en magie que par l'esprit et ses parents avaient encouragés son ascension, facilitée d'ailleurs par les soutiens qu'elle avait nouée dans son enfance lors des bals sang-purs. Etaine la haïssait. Dès son deuxième mois à Poudlard, Katrina l'avait repérée comme une menace et agit tôt pour la neutraliser. La légilimente, peu intéressée par ce combat, avait préféré se retirer. Elle pensait ainsi qu'elle aurait la paix. Elle avait tort. La reine de Serdaigle ne l'avait pas lâché, certaine que ses études avaient pour but final de la renverser. La détrôner n'avait pas été un acte politique. C'avait été une vengeance, et l'une de celles qui étaient douces à Etaine.
Peu de temps après sa prise de pouvoir sur les troisièmes années, Bart Jenkins – l'actuel roi, alors en cinquième année – l'avait approché et lui avait proposé une alliance. Katrina Grey avait désigné son successeur comme Alex Bringman, un cinquième année de sa cour dont elle soutenait la progressive prise de pouvoir. La Fourchelang avait été un peu surprise de cette approche mais vu l'avantage. Alex était le digne successeur de Katrina et elle n'avait aucun doute qu'elle aurait encore droit à une surveillance constante s'il venait à devenir roi. Bart, en revanche, était l'un des Serdaigle les plus aimables à son sujet. Il préférait écouter les rumeurs que les alimenter et fomentait ses plans dans l'ombre sur plusieurs mois, prenant de la distance pour envisageait tous les cas de figures. Il voyait l'image d'ensemble et son temps comme roi tout comme ses qualités de joueur d'échec avaient prouvé qu'il était un grand tacticien.
Etaine avait accepté. La prise de pouvoir avait été rapide. D'abord elle, revenant dans la salle commune. Katrina n'avait pas tardé à envoyer Alex se faire les crocs sur elle. La légilimente l'avait défaite lors d'un duel, puis reculée lorsque Katrina était à son tour venue. Elle n'était pas sûre, alors, de faire le poids contre la sang-pure. Quand la reine de Serdaigle s'était retournée, elle avait vu Bart et sa cour, installés devant le feu. Il avait tenu un petit discours sur le danger de suivre les menaces à long terme au détriment de celles à court terme. La cour de Bart se composait alors de trois garçons et deux filles de son année, plus trois deuxièmes années, dont sa petite sœur. Etaine était ressortie à ce moment-là derrière Katrina et avait pris sa propre part du discours, disant que l'on créait ses propres ennemis. Et, devant la moitié de Serdaigle, Katrina avait été détrônée.
C'avait été le début du règne de Bart, que la légilimente préférait de beaucoup. Elle avait pu revenir dans la salle commune, faire ses devoirs sans qu'on ne lui pose des questions supplémentaires dessus et la surveillance sur elle s'était finalement considérablement relâchée. Bart l'avait cru ou du moins avait accepté de la croire quand elle disait n'avoir pas d'intérêt pour le pouvoir. Une véritable bouffée d'air frais. Leur alliance, désormais inutile, s'était disloquée. Pas qu'elle ait tenté de l'entretenir, d'ailleurs. Si elle avait été tentée par la politique, elle l'aurait fait et aurait de toute manière dû finir par faire un autre coup d'état. Ou alors, Bart aurait fini par la noyer dans sa cour, la neutralisant. Mais elle avait préféré revenir à son étude et n'avait plus entendu parler de politique.
Et maintenant, c'était le Tournoi des trois Sorciers qui recommençait. Même Bart suivait ses moindres gestes. A en devenir fou. La légilimente se doutait bien de ce qu'ils pensaient. Qu'elle avait disparu sous le radar seulement parce qu'elle visait plus haut. Il était vrai qu'elle était maintenant intouchable. Elle n'avait qu'à se lever, aller s'installer devant la cheminée – même seule et sans appui – et elle serait reine. Bart la regarderait un instant, on sentirait le poids des ans sur ses épaules, et il tournerait les talons, allant rejoindre son dortoir, sans un mot. Surement, une autre aurait été heureuse de cet état de fait. Etaine secoua de nouveau la tête. Elle ne comprendrait jamais ceux qui se battaient pour le pouvoir. Elle ne ressentait que de la honte. La même honte qui l'avait prise en lançant la Marque des Ténèbres au-dessus du manoir des McKinnon. Celle qui l'avait prise devant Swan et son discours. Celle qui la faisait détourner les yeux du regard accusateur de Zane. Celle qu'elle enfouissait au fond d'elle. Seuls les coupables avaient honte, non ? Et elle n'était pas coupable. Elle suivait simplement les règles du jeu, si on pouvait appeler cela un jeu.
Cela elle en avait parlé à Saernel, et la remarque qu'il avait fait ne l'avait amenée qu'à avoir davantage honte :
-Et depuis quand tu suis les règles, petite sœur ? Les règles, tu les as toujours brisées, éparpillées en morceaux pour te tailler un chemin.
-Il est peut-être temps de les suivre.
La petite vipère était restée silencieuse et elle avait cru le sujet clos quand il avait repris la parole :
-Se conformer aux règles. Suivre l'ordre des choses, en somme. Se laisser dicter son destin.
-C'est moi qui forgerais mon propre destin, s'était exclamée Etaine, rageuse, en voyant remise en cause sa motivation de toujours.
La chevalière de Rowena Serdaigle à son doigt palpita, comme en reflet de sa fureur.
-Alors fais-le en acte ! Pas en vaines paroles, répliqua le serpent sur le même ton. Je ne sais pas ce qui s'est passé Etaine, mais tu as changé. Et en mal, si tu acceptes maintenant qu'on te dicte ta conduite. Voldemort est ce que tu appelais il n'y a pas si longtemps un obstacle. Tu te souviens ? Tu parlais de ces obstacles qui infléchissent notre route et de notre façon de les affronter, de les surmonter. La seule différence c'est que Voldemort n'est pas un obstacle que tu peux combattre avec des sorts. C'est un obstacle de l'âme, un combat de l'esprit.
« Comme il y a quelques d'années, tu agis en fonction de tes sentiments, pas avec ta raison. Il serait temps de se remettre à réfléchir, petite sœur. »
Et la vipère s'était tue, partant en vadrouille quelque part dans le château, pendant qu'Etaine se débattait avec ses sentiments. Son oncle, un obstacle ? Non… Si, d'une certaine manière… Mais il faisait attention à elle. C'était le premier à véritablement la comprendre. Elle voulait quelqu'un qui la comprenne.
Etaine était heureuse que personne ne soit entré dans le dortoir à ce moment-là et que Saernel ait été la seule personne à assister à son désordre émotionnel. Mais si quelqu'un était entré, Anne par exemple ou même Luna, surement auraient-elles remarquées que la chevalière qu'elle portait à la main gauche brillait plus que d'habitude. Mais cela, la Fourchelang ne l'avait pas remarqué.
Heureusement pour la légilimente, elle n'avait que très peu de temps pour penser à Rogue ou s'interroger sur sa place dans le nouveau régime. Chaque année, elle avait remarqué que la charge de travail s'alourdissait sur ses camarades, mais c'était la première fois qu'elle en ressentait elle-même les effets. Cinq maîtrises, c'était peut-être un peu trop, même pour elle. Etaine suivait désormais les sortilèges avec une classe de septième année, de même que la métamorphose. Les arts sombres, elle était à peu près certaine d'être au moins aussi douée que Carrow alors elle se contentait de faire des études à côté en ignorant les cours des sixièmes et septièmes années. Le seul qui aurait sans doute pu lui en apprendre plus dans le château était Rogue et elle ne se sentait pas d'humeur à lui parler. Son apprentissage en potions se constituait d'ailleurs surtout du brassage d'une Felix Felicis dans une salle de classe abandonnée qu'elle avait, assez médiocrement, conjurée et des correspondances qu'elle entretenait avec Mulciber. Elle se souvenait du visage extrêmement blanc de Rogue la première fois qu'une petite chevêchette elfe s'était posée devant elle. Elle-même ne connaissait pas encore Vesta, la chouette du Maître des potions, mais le directeur de Poudlard avait su exactement qui lui écrivait. Toujours compter sur la jalousie des Maîtres des potions entre eux. Il n'y avait apparemment pas mieux pour faire enrager Rogue.
Dans le cadre de sa maîtrise en runes, elle était également avec la classe de septième année, mais lisait majoritairement par elle-même. En maîtrise, il était demandé de rendre ses devoirs entièrement en runes. Cela doublait généralement le temps qu'elle mettait à faire les devoirs en cette matière et elle devait changer la tournure de certaines de ses phrases, mais à la longue cela payerait. Senrose avait la bonne méthode.
Parlant de Senrose, cela lui rappelait la réaction de Vector lors du banquet. Et surtout, le fait que Vector était complètement restée sous le radar. Elle était là au même titre que les fantômes. Un peu comme quand on croisait la dame grise dans un couloir. Im mémoriel. Et encore, on remarquait davantage les fantômes qu'elle. Au moins, l'on se plaignait de Binns et ses cours abrutissants. Mais que savait-on de Vector ?
Elle enseignait l'arithmancie, une matière secondaire difficile où même Etaine peinait. Très peu d'élèves atteignaient sa classe et il s'agissait d'un groupe d'élite composé de toutes les maisons. Vector était une enseignante compétente, stricte, mais qui prenait le temps de ramasser les élèves qu'elle passait à la moulinette des formules arithmétiques. Du moins ceux qui n'abandonnaient pas sa classe le premier mois, soit généralement deux ou trois.
Septima Vector en elle-même disposait d'une maîtrise en arithmancie, avait eu des Buses puis des Aspics presque uniformément en Effort Exceptionnel, exception faite de quelques optimal en arithmancie, sortilège et… défense contre les Forces du Mal. Ce fait était en soit notable puisqu'à l'époque la valse des professeurs de défense avait déjà commencée. Elle avait en effet assisté à Poudlard entre 1950 et 1957. Et ses livrets scolaires étaient strictement vides. Il n'y avait rien qui se démarqua chez Septima Vector, si ce n'était l'air de colère qu'elle avait eu pendant le banquet de début d'année. Et si elle n'avait pas eu cette expression furieuse, sans doute aurait-elle continuée à rester sous le radar d'Etaine.
Après avoir un peu fouillé, la légilimente avait conclu qu'il n'y avait strictement rien de mal avec l'enseignante en arithmancie. Pourtant, au souvenir d'un regard qui avait traversé le visage de Vector, elle frissonna. La Vector qu'elle avait entrevue à ce moment-là n'était pas celle qui les assommait de formules arithmétiques. Elle était infiniment plus mortelle.
La Fourchelang décida donc sagement de ranger le dossier qu'elle avait entre les mains et d'arrêter son enquête tout en gardant un œil sur l'enseignante. Il y avait quelque chose avec Vector qu'elle ne comprenait pas. Quelque chose que ne montrait pas son personnage de professeur.
La légilimente avait également gardé un œil sur les Poufsouffle qui – après une semaine sans s'être fait attaquer – avaient cessé leur ridicule imitation de chenille. Les paroles d'Austen revenaient dans sa mémoire. Cette attitude était-elle vraiment celle de pleutres solidaires ou la résultante d'une vaste assemblée de conspirateurs ? Enrik avait refusé d'en parler davantage à Milady et Etaine ne l'avait jamais officiellement rencontré. Elle ne pouvait pas aller lui poser des questions comme ça.
Il était assez amusant de constater qu'en l'absence de nom à lui donner, l'ensemble des mangemorts infiltrés l'appelaient désormais Milady. Et les discussions allaient bon train quand à qui exactement elle était. Jusqu'à présent, personne ne semblait même s'approcher de la vérité. La majorité soupçonnait des membres du personnel et cela avait particulièrement intéressé la légilimente de voir que les soupçons glissaient sur Vector comme de l'eau. Comme si elle n'était pas là. Non, la rumeur selon laquelle elle était en réalité McGonagall dévoilant ses véritables allégeances sous le masque au serpent faisait pour l'instant le plus d'émules. Rogue, le seul à connaître la vérité, n'avait pas dit un mot qui put la trahir.
Milady n'avait pas été inactive, ce dernier mois. La femme au masque de serpent avait surpris les pensées d'un Gryffondor le midi, captant un plan pour le soir-même. Accompagnée d'Austen et de deux autres recrues, elle avait attrapé trois Gryffondor en train de tenter de forcer la porte du quartier des professeurs. Ils avaient dans l'idée de tuer les Carrow, de ce qu'elle avait pu voir de leurs pensées. Les deux recrues avaient surpris une autre partie du dispositif composée de deux Serdaigle et un Gryffondor. Elle s'était personnellement occupée d'assommer les quatre derniers Gryffondor dont elle connaissait l'emplacement. La tentative de rébellion était finie aussi rapidement qu'elle avait commencée, quand Etaine avait amené les dix élèves pieds et poings liés dans le bureau de Rogue. Elle n'en connaissait aucun, sauf Corner et Goldstein de Serdaigle qui avaient fait partie de l'Armée de Dumbledore. Ce qu'elle avait d'ailleurs nié au directeur de Poudlard quand il lui avait posé la question.
La rumeur de Milady, l'Cercle proche au masque de serpent flottait désormais dans l'air chez les Gryffondor. Et si Milady était restée cachée, que d'autre pouvait réserver le nouveau régime ? Quelles autres mesures de sécurité ? Comment les mangemorts avaient-ils eu connaissance du plan si personne ne leur en avait parlé ? Toutes ses questions avaient passablement refroidi les Gryffondor et une légende était en train de se créer autour d'elle. La légende de la femme au masque de serpent.
Sous un jour plus visible, Etaine patrouillait également dans les couloirs en tant que préfète, parfois en compagnie de Zane, le plus souvent seule. Elle aimait la solitude de la nuit et cette odeur de terre humide qui montait jusque dans les étages. Il y avait là quelque chose d'apaisant à marcher seule dans les couloirs, bercée par l'odeur de la nuit, ses pas résonnant sur les dalles, son patronus dansant à ses côtés, éclairant son chemin. Elle semblait être la seule avec cette impression. Car la nuit, il n'y avait pas que les préfets qui patrouillaient. Ils y avaient également, juste dehors, les détraqueurs. C'était toujours une espèce de choc que d'en voir un se dresser soudain en face de soi. Généralement, on en oubliait la vitre qui vous séparait de la créature. Certains préfets étaient à bout de nerf et ils s'étaient tous arrangés pour patrouiller par deux ou trois ou avec un professeur. Ils n'avaient pas grand-chance de prendre un élève en fraude ainsi, mais elle doutait que leur objectif soit de surprendre qui que ce soit. Plutôt de ne pas se trouver seul face à un détraqueur. Certes, ils n'avaient pas le droit d'entrer dans le château, mais ils ne l'avaient pas non plus eu lorsqu'ils avaient fait irruption lors du dernier match de quidditch auquel elle avait assisté.
Alors ils se groupaient, et faisaient tant de bruit que souvent lorsqu'elle croyait prendre un élève en fraude elle tombait sur un autre groupe en patrouille. Encadrés par des professeurs au moins ils faisaient moins de bruit. Parmi les préfets en patrouille, Etaine faisait figure d'exception. Elle avait à deux reprises fait partie d'un groupe, avant de décider de prendre son tour seule. Leurs chuchotements, bavardages et bruits de pas l'empêchaient d'apprécier la nuit. Elle ne s'en faisait pas pour Zane. Il savait faire un patronus et à ce titre était un partenaire de patrouille recherché.
La Fourchelang cheminait seule, alternant les ombres des colonnes aux flaques du clair de lune. Elle aimait la nuit. Ce silence de maison fantôme. Elle, n'imaginait pas un cauchemar à chaque recoin. Ces ombres lui étaient familières, dues à toutes les balades nocturnes qu'elle avait jadis réalisées pour se rendre à la Réserve. Le château lui apparaissait bien plus accueillant vide, sans ses habitants et ses regards, quand elle seule déambulait, en toute légalité cette fois.
S'arrêtant devant une fenêtre, elle fixa la pleine lune. Une masse de détraqueurs flottait en dessous, semblant danser dans et au-dessus de la cour déserte du cloître. Des ombres sorties de l'ombre pour danser sous la lune. C'était un beau spectacle. Les détraqueurs avaient toujours cette espèce de beauté sauvage qu'elle avait jadis remarquée chez Destin. Peut-être était-il temps de rendre visite à Gamma ?
