Les deux sorciers pâlirent. Dans le monde magique, se faire voler sa magie était l'une des pires choses qui puisse arriver. Même le plus arrogant des sang-purs abandonnerait sa dignité et même sa vie avant de donner sa magie. C'était enlever ce qui faisait de lui un sorcier, renier sa condition, renier son existence. Quand on voyait comment les sorciers jugeaient les moldus, on comprenait l'horreur que cela représentait pour eux. Même les pro-moldus les considéraient comme des bestioles intelligentes plus que des êtres humains et dangereux.
Imperceptiblement, les deux sorciers s'écartèrent de la table. Visiblement pas si discrètement que cela, puisque Vicerus rit devant leur manège. Etaine se promit qu'elle ne penserait plus jamais les Poufsouffle comme de gentils idiots. Ça non, plus jamais.
-Nous avons toujours été assez en accord avec les gobelins pour la protection du patrimoine, voyez-vous ?
-Alors vous nous conseillez de laisser l'anneau faire tout le travail ? demanda Rogue. Combien de temps faudrait-il ?
-Cela dépend et de la puissance du sorcier et de l'éloignement de son alignement avec le nôtre. Probablement plus de quelques années, si c'est ce que vous voulez savoir.
-Vicerus, le gronda doucement Dumbledore, comme s'il était un enfant désobéissant.
L'ancien directeur lui jeta un coup d'œil méprisant avant de se retourner vers ses interlocuteurs. Ce n'empêcha toutefois pas Dumbledore de continuer.
-Il nous faudra agir avant ; qui sait quelles catastrophes pourrait occasionner Tom si on lui en laisse le temps.
Etaine alla se planter devant lui, furieuse.
-Premièrement son nom est Voldemort et il serait temps que vous voyez qu'il n'est plus un enfant dont vous étiez le professeur. Il n'a jamais eu l'occasion d'être un enfant et ce en partie par votre faute. Les accusations sans justifications minent les personnes au point qu'elles en arrivent à se dire que ce n'est même plus la peine de détromper les gens qui ne les croiront jamais. Que puisqu'ils veulent un seigneur sombre, alors autant leur donner raison.
« Vous avez créé Voldemort, vieille barbe, vous et vos soupçons, votre doctrine du mieux vaut prévenir que guérir. Sans vous, peut-être jamais ce siècle n'aurait vu un deuxième seigneur sombre.
« Deuxièmement vous parlez de catastrophes, et que dire de celles que vous avez occasionnées ? Pourquoi avoir attendu si longtemps pour arrêter Grindelwald ? Pourquoi avoir poussé Voldemort à devenir un seigneur sombre ? Combien de vies avez-vous indirectement condamnées, monsieur je-suis-la-réincarnation-de-Merlin, vous et votre barbe ridicule de père noël ?
« Que dire de tous ces nés-moldus que vous défendez si ardemment pour les envoyer à Azkaban pour de la magie accidentelle ? Pensez-vous qu'un enfant de sept ans sait faire la distinction entre le bien et le mal ? Qu'un geste non calculé mérite d'être envoyé au milieu des détraqueurs ? Ne niez pas, Dumbledore ! Vous étiez le Mugwump Suprême pendant cinquante ans ! Combien d'enfants avez-vous envoyé à Azkaban, hein ?
« Vous, vous et votre grandeur d'âme, vous qui n'hésitez pas pour autant à frapper dans le dos. Vous dites une chose et vous faites le contraire. La bien-pensance Lumière dans toute son hypocrisie ! Vous n'êtes pas une personne, vous êtes un stéréotype, une caricature, le produit d'une société malade, écœurée par elle-même. J'ai peine à croire que l'on puisse vous connaître et vous supporter encore.
« Mais il faut que vous soyez le grand défenseur du bien, hein ? Même mort pas de répit pour les héros, c'est ça ? Quel dommage que vous en soyez réduit à l'état de portrait ! Mais ce n'est pas grave, il suffit d'envoyer les autres au casse-pipe, comme vous le faites toujours. Et Potter, sur les routes ! Est-ce que vous lui avez dit qu'il trace sa propre mort ou est-ce que vous avez chargé quelqu'un de le tuer au dernier moment ?
Etaine se recula de quelques pas pendant que même Dumbledore restait muet devant cette avalanche de haine et de rancœur accumulées depuis des années.
« Vous me dégoutez, Dumbledore, cracha-t-elle finalement en conclusion avant de se détourner de lui. »
Les portraits avaient tous ouverts les yeux durant sa tirade. Tout le monde la fixait avec de grands yeux, certains scandalisés, d'autres appréciateurs. Rogue semblait presque amusé. Phineas Nigellus Black applaudit.
-Oh, murmura le Maître des potions de sa voix doucereuse, tout amusement disparu au profit d'une colère sourde, mais notre cher ex-directeur ne compte que sur Potter pour aller se suicider au-devant de Voldemort. Non, l'assassin était pour toi, Etaine.
La légilimente se tourna vers lui, ne sachant trop ce qu'elle ressentait. D'un côté, elle avait déjà senti ce danger dans les yeux bleus trop pétillants de Dumbledore, de l'autre, l'entendre dire faisait un choc qu'elle n'avait pas anticipé. Surtout maintenant qu'elle se pensait enfin débarrassée de la vieille barbe.
Rogue lui fit signe de s'approcher. Il plaça la pointe de sa baguette sur sa tempe, ferma les yeux, et détacha lentement la baguette, emportant un fil argenté avec lui. Un souvenir.
-Que faites-vous, Severus ? demanda la voix inquiète de Dumbledore.
-Vous n'êtes certainement pas un Maître des potions, Albus, où vous auriez su que j'agirais ainsi.
La surface argentée de la pensine prit la forme du bureau directorial. « Il y a autre chose Severus, une fois que vous m'aurez tué… » Le Rogue du souvenir agita la main, comme pour refuser l'existence de ce moment. C'était pourtant une réalité entendue puisque Dumbledore en parlait d'un ton si léger. « Severus, écoutez-moi, le danger ne se finira pas avec la disparition de Voldemort. Un autre seigneur sombre se prépare déjà dans l'ombre ». « Un autre ? Et avec quels partisans ? Les neutres ? se moqua vaguement le Maître des potions ». « Les mangemorts. » « Les mangemorts ? Il faudrait un homme providentiel pour les réunir après la chute du Seigneur des Ténèbres ». « Pas un homme. Son héritière. » « Que voulez-vous dire ? demanda Rogue avec un soupçon dans la voix ». « Vous savez très bien ce que je veux dire, Severus. Voldemort s'intéresse de près à Etaine Knightley, il se reconnaît en elle. Elle est son alter ego, la seule personne qu'il reconnaisse comme digne de poursuivre son œuvre. Son héritière en tout, même le sang. Elle est étonnement semblable à lui-même à cet âge. » « Je ne vois pas ce que vous voulez dire ». Il était évident pour Etaine qu'il voyait très bien où Dumbledore voulait en venir. « Vous voyez très bien ce que je veux dire. Après Voldemort, ce monde mérite la paix. Si miss Knightley devait suivre les traces de Voldemort, elle devrait être éliminée, pour le plus grand bien. Vous êtes le mieux placé pour…» « Entendez-vous seulement ce que vous dites, Albus ? se dressa le Maître des potions. Vous condamnez sur la foi d'un simple souvenir, d'une simple potentialité ! Qu'en est-il de votre idée de la deuxième chance, Etaine en est-elle privée, elle ? Parce que cette première chance a été prise par un autre ? Vous êtes trop aveuglé par son visage pour voir la personne dessous ! Oui, leurs actions se ressemblent, se lisent de la même manière, leurs visages sont identiques, leur manière de penser la même aussi. Mais leur différence réside dans leurs buts. La seule mort qu'elle ait causée était celle de Bluckster et elle est de votre fait et non du sien. Etaine n'a que faire des mangemorts, et elle l'a déjà montré. Mais cela vous l'avez manqué, comme vous manquez toujours tout ce qui la concerne, tout ce qui ne cadre pas avec votre théorie. Je suis fatigué de vous voir vous acharner ainsi et je ne suis pas le seul. » Rogue tourna les talons dans une envolée de cape familière et quitta le bureau, ne s'arrêtant qu'un instant sur le seuil « S'il devait arriver quelque chose à mon apprentie, soyez certain Albus que je le saurais et que j'agirais – ou n'agirais pas – en conséquence ».
Le souvenir retomba dans les ombres lumineuses de la pensine. Rogue le récupéra pendant qu'Etaine restait figée. Puis, très calmement, elle se retourna et, d'un geste de baguette, éventra le portrait de Dumbledore. L'ancien directeur fuit dans le portrait voisin avec un petit cri surpris. Il eut toutefois la sagesse de ne rien dire cette fois. Toujours aussi calmement, comme si elle ne venait pas de massacrer dans le portrait d'un ancien directeur de Poudlard dans une société qui estimait grandement les anciens présents dans les portraits, elle se tourna vers Rogue et demanda :
-Pouvons-nous continuer ?
Etaine ramena ses genoux contre sa poitrine et tourna la tête vers les étoiles. Ses yeux étaient secs. Apparemment, même après tout ce qu'elle avait fait ; tué, torturé, détourné le regard, trahis, renié ses idéaux ; après tout ce qu'elle avait vécu, elle pouvait encore pleurer. C'était étrange, cette capacité des hommes à pouvoir toujours ressentir, même quand ils ne veulent que ne plus rien percevoir, ne plus jamais être touché. Les monstres aussi pleuraient. Mais alors, étaient-ce vraiment des monstres ? se demanda Etaine en regardant les rideaux fermés des lits autour d'elle. Elle n'était certainement pas comme eux. Elle ne se voyait aucun lien avec ceux qui avaient eu droit à une enfance, ceux qui voyaient encore la beauté dans le monde. Il n'y avait que Voldemort.
La légilimente soupira. Horcruxes. Ce que Voldemort avait fait été impardonnable, plus encore que toutes les malédictions qui portaient ce nom. Il y avait les lois des hommes et celles de la magie. Celles des hommes étaient éphémères, transgressibles, à l'échelle de quelques vies humaines. Elles n'avaient de poids que parce que l'on leur en donnait un, parce qu'un bout de papier et parfois un contrat magique les entérinait. Rien au regard de l'immensité du temps, de la grandeur de la magie. Les hommes étaient totalement dépassés par celle-ci, incapable de la comprendre, de la voir, et toujours avides de la contrôler, de la limiter, de la réglementer. On craint toujours ce que l'on ne comprend pas. Les sorciers se situaient entre la vénération et la crainte. La crainte engendre la haine. La haine engendre les massacre, la peur, les guerres, les pertes.
La Fourchelang n'avait pas la prétention de comprendre la magie, pas non plus celle de ne pas la craindre. Elle réalisait seulement en cet instant la petitesse de son existence et l'insignifiance de son combat. Vivre. Vivre et non plus survivre. La beauté ne résidait que dans l'éternité. Les hommes étaient éphémères. Un jour, tout passerait et un autre d'une autre race se poserait les mêmes questions, ignorant tout d'elle mais lui ressemblant en tout point. Tout n'était qu'un vaste recommencement. Le maître du Jeu riait surement dans sa dimension de les voir se débattre pour si peu, pour ce qui n'était rien pour lui.
Un autre soupir lui échappa. Etaine se laissa glisser depuis le montant de la fenêtre jusqu'à terre. Elle avait attendu d'être dans son dortoir, pour commencer à réfléchir. Elle avait attendu la chaleureuse indifférence des étoiles pour ne plus cacher les pensées sur son visage. Attendu que les respirations de ses camarades s'égalisent pour se lever de son lit et aller s'asseoir sur le rebord de la fenêtre, Saernel à demi endormi, roulé en escargot à côté d'elle, comme toujours. Un toujours qui s'était interrompu ces derniers mois. Le serpent avait eu raison depuis le début. Voldemort n'avait-il vu en elle qu'une gardienne pour son horcruxe ? Ou une puissance que celui-ci pourrait corrompre et mettre à son service ?
Pressée de chasser ses pensées de sa tête, Etaine fit signe à Saernel qui avait dressé la tête et sifflait une interrogation qu'elle serait très bien seule. Elle s'agenouilla devant sa valise et en tira le manteau mangemort de Rogue qu'elle plaça sur ses épaules.
-Etaine ? Où vas-tu ?
La légilimente se tourna vers la voix. Le visage d'Anne était à moitié visible derrière le rideau qu'elle avait entrouvert. Ses cheveux miel étaient étalés autour de sa tête. Elle médita un instant sur la question puis se dit qu'elle n'avait pas envie de penser, de ressentir.
-Quelque part. Nulle part. Dehors. Loin d'ici. Ici où je vais quand même revenir. Je ne sais pas, acheva la Fourchelang avec un signe d'ignorance. J'ai l'impression d'être si vieille et si jeune en même temps, avoua-t-elle à mi-voix.
-On peut parler, si tu veux, proposa la sang-pur.
Etaine secoua la tête.
-Tu sais bien que je ne parle pas. Je préfère les silences. J'ai juste besoin d'aller quelque part où je n'étouffe pas.
Etant donné que les dortoirs de Serdaigle avaient été calculés pour ne donner aucune sensation de claustrophobie et qu'elle n'y était pas sujette, Anne n'avait sans doute aucun problème à deviner que ce n'étaient pas les murs qui l'étouffaient.
-D'accord.
La légilimente acquiesça puis passa la porte. La salle commune était déserte. Elle la parcouru des yeux et recula d'un pas, légèrement chancelante. Tant de souvenirs ici… Tant de souvenirs qui revenaient la hanter, lui reprocher les choix qu'elle avait fait comme ceux qu'elle n'avait pas fait. Fermant un instant les yeux, elle redressa ses barrières d'occulmencie. Elle aspirait à ne plus rien ressentir. Dans un bruissement de cape, elle parcourut les couloirs, esquivant les patrouilles avec tellement de facilité que s'en était risible. On les entendait venir à des kilomètres et les préfets n'étaient même pas capables de discerner un charme de désillusion. Les runes sur la cape y étaient peut-être aussi pour quelque chose.
A chaque pas, de nouvelles réflexions l'assaillaient. Peut-être était-ce pour cela que l'on lançait des Doloris, pour évacuer toute cette avalanche de sentiment. Un exutoire. Comme balancer tous les meubles d'une pièce. Etaine ne l'avait jamais fait, toujours retenue par le vieux réflexe que les chaises valaient cher et les tables plus encore. Le souvenir de sa conversation avec Rogue tournait dans sa tête, comme il l'avait fait toute la soirée. Sept horcruxes, comptant Potter avait-il dit. Le journal éliminé par celui-ci en deuxième année. La bague des Gaunt qui avait coûté sa main et finalement sa vie à Dumbledore. La bague de Poufsouffle. Nagini, qui agissait énormément comme Voldemort d'après Saernel. Etaine n'avait pas beaucoup fréquenté le grand python aussi ne savait-elle pas. La chevalière d'Elena Serdaigle. Le médaillon de Serpentard dont on ne disposait que d'un faux. La coupe d'Helga Poufsouffle. Cela faisait huit. Soit un de plus que ce que Dumbledore avait pensé. Et si ce n'était sept, était-ce dix ? L'alternative n'était guère plaisante.
Etaine restait toutefois persuadée que ce n'était pas vingt-et-un. Voldemort était beaucoup trop censé pour que ce soit le cas. Mais elle-même reconnaissait l'attirance que les nombres magiques puissants devaient surement exercer sur lui et qu'ils exerçaient en tout cas sur elle.
Dumbledore avait été catastrophé par l'annonce et exigé qu'ils se mettent sur l'heure en quête des autres puisque Potter ne connaissait l'existence que de six horcruxes et qu'il pensait n'en avoir que quatre à traquer. Etaine avait fait la sourde oreille à tout ce que pourrait dire le portrait et Rogue s'était mis à chercher. Ils étaient en tout cas tous tombés d'accord que c'était des objets reliés à Poudlard.
Hors de portée des oreilles de Dumbledore, le Maître des potions avait reformulé la demande de celui-ci. Il voulait savoir quels objets seraient utilisés si elle devait faire des horcruxes. Etaine l'avait assuré avec un pâle sourire devant la tentative d'humour qu'elle n'avait pas la moindre intention d'en faire jamais. Après tout, ainsi que l'avait souligné Rogue, ils pensaient de la même manière. Dumbledore et le Maître des potions se concentraient sur les emplacements possibles de ces deux horcruxes inconnus. Etaine devait déterminer ce qu'ils étaient. Il leur revenait apparemment la tâche de s'en charger.
La Fourchelang ne savait comment réagir face à cette apparente mission. Rogue semblait l'avoir accepté sans aucun problème. Elle-même avait collaborée, horrifiée par l'idée des horcruxes. Maintenant, elle s'interrogeait. Etait-ce là une trahison ? Mais en était-ce une si elle n'était pas inféodée à Voldemort ? Malgré la marque sur son bras, elle n'était pas une mangemorte. Jamais le Seigneur des Ténèbres ne l'avait traitée comme l'un de ses sbires. Si elle voulait parler, elle parlait. Si elle était en désaccord, elle pouvait le dire et il écoutait ses arguments.
Mais ici elle n'avait pas d'arguments. Juste un mot. Horcruxe. Un simple mot qui lui soulevait le cœur. Elle se moquait que ce soit là l'une des plus noire magies ainsi que les qualifiaient les livres. Magie Blanche et magie noire n'avaient pas d'importance pour elle. C'était cette création en elle-même qui l'épouvantait. Un horcruxe violait non seulement les lois des hommes mais aussi celles de la magie. Celles qui, immuables, régissaient le monde. Certes, on pouvait les transgresser. Il y avait les retourneurs de temps pour défier le temps. Il y avait des rituels pour prolonger sa vie. Mais ce n'était que des solutions éphémères, un barrage d'argile dans un torrent en furie. Rien de durable.
Un horcruxe n'était pas un pied de nez à l'éternité. C'était un défi, un outrage, une abomination. Son créateur tordait le monde pour son propre besoin, perturbait l'écoulement du temps par sa présence devenue aussi immuable que le temps lui-même. C'était là une autre des preuves de l'arrogance des sorciers que de se croire capable d'atteindre l'éternité sans la comprendre avant. Sans comprendre que l'éternité n'avait pas de commencement et qu'une chose éphémère ne pouvait devenir éternel. Que l'éternité leur était inaccessible. Celui qui faisait un horcruxe n'avait rien compris. Rien. Et ne comprendrait probablement jamais à quel point il s'était condamné. Condamné à vivre et à voir mourir le monde autour de lui. Condamné à demeurer seul quand tout ce qui comptait disparaissait. Condamné à vivre. Sans doute, il ne pouvait y avoir de pire peine que celle-là car elle n'arrivait jamais seule, chaque siècle apportant son lot de désolation. Et chaque fois que l'on pensait toucher le fond, l'on plongeait encore, et encore, et encore. Un gouffre sans fond, une chute infinie. La folie et la vieillesse, les jours maudits qui te narguent car tu sais que tu les verras toujours se lever. La nuit même qui te fuit, qui refuse de te cacher plus longtemps ce monde que l'on en vient à exécrer. L'homme n'est pas fait pour vivre l'éternité.
Et même sans cela, sans cette éternité bafouée, restait l'âme. Cette âme divisée alors qu'elle aurait dû rester entière. L'on payait aussi le prix de l'avoir fractionné. Le prix de la folie. Après dix horcruxes, il était un véritable miracle que Voldemort soit encore cohérent. Qu'il puisse enchaîner des actions sans se laisser emporter par la Rage. De ce qu'elle savait tous les descendants de Serpentard avaient fini par se balancer au bord de la folie par la faute de la consanguinité. Elle n'était pas une exception et elle doutait également que le Seigneur des Ténèbres en soit une. De toute manière tous les sang-purs ou presque souffraient de la consanguinité et étaient légèrement fou. Cela expliquait peut-être en partie l'état de la société sorcière. Peut-être pas.
Un fou ne devrait jamais sous-estimer un autre fou. Et un fou comme Voldemort, Etaine l'estimait et le respectait au-delà de toute mesure. Où il en était venu, la Fourchelang n'avait qu'horreur pour cela. Mais pour qui il était, elle n'avait qu'estime. Ce n'était pas un paradoxe qui lui paraissait étrange. Lui refiler un horcruxe comme cela, sans même qu'elle qui se méfiait et connaissait les horcruxes ne s'en rende compte, c'était un coup de poker magnifique. Un vrai Serpentard, qui joue son va-tout et réussi. Ce genre de personne méritait toujours d'être admiré. Dire que la majorité des gens croyaient qu'il n'y avait que les Gryffondor pour être audacieux…
