Un long moment encore, Etaine fixa le couloir vide, une étrange impression de peur lui tordant désagréablement les entrailles. La cloche de la tour de l'horloge tinta à quatre reprises en un grand bruit qui résonna dans tout le château, la tirant de sa torpeur. La légilimente sursauta légèrement et jeta un coup d'œil autour d'elle pour s'assurer qu'elle était bien seule. C'était le cas.
Elle hésita un moment. Normalement à cette heure elle aurait dû être en Botanique et pouvait toujours se rendre aux serres si elle se hâtait. Seulement, elle n'avait pas envie de se rendre en Botanique. Manquer une leçon n'était pas dramatique et ce n'était pas l'un des cours où il y avait une chance qu'une révolution débute. Et honnêtement elle se moquait des Cloches-reines. D'accord, c'était des plantes extrêmement rares, extrêmement dures à faire pousser et par ce fait uniquement importées de Lybie – Chourave était apparemment la seule à parvenir à en faire pousser en grande Bretagne –, extrêmement précieuses, mais elles n'avaient aucun intérêt en potion ! Elle avait déjà dû passer la dernière heure de Botanique à écouter toute l'histoire de ces fleurs qui éclosaient en une magnifique corolle d'un blanc argenté une fois tous les dix ans. Chaque plante avait une seule fleur qui faisait la taille d'un souaffle et restait ouverte une année durant, se fermant en un bulbe argenté-vert la nuit. Cette unique fleur perdurait un an puis se fanait brusquement. La plante – qui était en elle-même franchement moche, même en comptant l'enthousiasme de Chourave pour elle – s'enterrait alors dans le sol pendant une décennie, puis recommençait son manège. Et ça mettait environ un siècle à mourir. Superbement intéressant, n'est-ce pas ? avait songé Etaine en somnolant.
Dès qu'elle avait appris qu'elle n'avait aucun usage en potion – trop précieuse ; les maisons Anciennes et Nobles s'étaient toujours opposées à ce que les Maîtres des potions en coupent ne serait-ce qu'un pétale pour lui trouver une utilité – la légilimente avait considéré la leçon comme une perte de temps. Botanique n'avait jamais été l'une de ses matières favorite, contrairement aux Runes, Sortilèges et Potions. En fait, c'était probablement l'une de celles qu'elle aimait le moins. Même l'Astronomie avait plus sa faveur : elle lui permettait d'observer le ciel nocturne.
Pour viser une Maîtrise en potion, il y avait plusieurs matières incontournables : Potions, Botanique, Astronomie, Arithmancie. Soins des Créatures Magique était également vivement conseillé, mais Etaine n'avait pas pris cette option. Severus l'avait déclarée inutile du temps de Brûlopot qui prenait alors un grand soin des deux derniers membres qui lui restaient. Apparemment, si on y étudiait des Niffleurs et des Vers à fleurs c'était un maximum. Pas même des licornes blanches qui étaient pourtant réputée pour ne pas attaquer à moins de n'avoir pas d'autre choix. Quand à s'y rendre du temps où Hagrid tenait le cours, cela s'était révélé franchement dangereux. La légilimente avait préféré s'en passer.
Botanique pour les plantes, Astronomie pour calculer quand les cueillir et Arithmancie pour calculer quand les ajouter. Selon le moment où elles avaient été cueillies et le moment où elles étaient ajoutées, ces fichus plantes pouvaient avoir un effet ou son parfait contraire. Devenir Maître des potions était outrageusement dur. Vraiment.
La légilimente décida finalement que sécher un cours, ce n'était pas la mer à boire, même si c'était la première fois qu'elle le faisait. Si l'on ne comptait pas la fois où elle s'était faite attaquer par un épouvantard-seigneur sombre et celle où un vampire avait essayé de la tuer. Elle avait peut-être déjà séché quelques cours après tout. Mais elle avait alors une bonne excuse. Rendre visite à un parent était aussi une bonne excuse décida-t-elle en se dirigeant non pas vers les serres mais vers le deuxième étage.
Il y avait de nombreux fantômes à Poudlard, et même un esprit frappeur en la personne de Peeves. Ils flottaient généralement dans tout le château, comme les âmes en peine qu'ils étaient. C'était en tout cas le cas des fantômes des quatre maisons. Cependant, Poudlard contenait aussi deux autres fantômes qui eux ne bougeaient que très peu et toujours selon des trajets réguliers. Binns qui faisait les allers-retours entre sa salle de classe et celle des professeurs et Mimi Geignarde qui faisait fuir tous ceux qui auraient voulu utiliser ses toilettes.
Ou peut-être y avait-il plus de fantômes ; il existait des zones que même elle qui avait passé des mois à explorer le château ne connaissait pas. L'endroit était plus immense que ce n'était concevable. Il lui était arrivé de faire une promenade en allant toujours à l'est – elle l'avait repéré au soleil, donc elle en était raisonnablement sûre – et d'aboutir sur une autre zone qu'elle connaissait qui elle se trouvait à l'extrémité ouest. Et quand elle avait essayé de le refaire, elle n'avait trouvé aucun des deux couloirs. Elle avait pourtant repéré l'emplacement exact pour n'y découvrir qu'un mur au lieu d'une allée. Définitivement bizarre. Peeves était venu et l'avait chassé en lui jetant des morceaux de craie. Elle n'avait plus retenté l'expérience, ayant vaguement la pensée que ce couloir pouvait aussi disparaître avec elle à l'intérieur. Pas quelque chose qu'elle souhaitait. Après tout, il y avait eu des affaires de disparitions mystérieuses à Poudlard. Et pas une carte pour tout retracer ou un ouvrage pour recenser tous les passages plus ou moins secrets et aléatoires. Il semblait que tous ceux qui aient essayés aient disparus ou soient devenus fous dans le processus. Poudlard gardait jalousement ses secrets.
Tenant compte de l'immensité du château – personne ne savait en fait sa taille exacte et les estimations allaient de quelques passages secrets en plus au quintuple de la partie habitée et connue du château –, il était presque surprenant que l'un de ses plus grands secrets ait en fait été si proche de ceux qui le cherchaient. Quand l'on cherchait la Chambre des Secrets, le réflexe était aussitôt de se tourner vers les donjons où se situait la salle commune des Serpentard. Les premiers balayages effectués sans résultats, deux opinions se dessinèrent. Les uns pensaient que l'entrée de l'antre à sinistre réputation de Salazar était effectivement là. Les autres qu'elle était dans toute cette étendue de couloirs et de salles encore inconnus et que le fondateur les avait ensorcelé pour mieux cacher sa Chambre. Les quelques expéditions envoyées là-bas – et le mot expédition n'était apparemment pas usurpé – revinrent fous ou ne revinrent jamais. Si bien que vers 1400, toutes les recherches vers cette zone inconnue du château cessèrent totalement. Et la Chambre des Secrets fut perdue et devint bientôt un mythe dans le folklore poudlarien.
Les sorciers avaient juste oublié que les mythes avaient toujours un fondement de réalité, songea Etaine en entrant dans la salle de bain du deuxième étage. Là encore, Voldemort avait touché au génie. Quand le basilic avait tué Mimi Geignarde, celle-ci s'était mise à hanter le lieu de sa mort et ses pleurs continuels avaient finalement écarté tout le monde de ces toilettes particulières. Sans personne pour passer ici, la voie avait été libre au jeune Seigneur des Ténèbres pour entrer et sortir en toute impunité de la Chambre des Secrets. D'autant qu'il avait bénéficié de l'ironique complicité de Mimi Geignarde en personne. Le fantôme avait eu – et avait encore, avait réalisé Etaine l'année précédente en lui parlant pour la première fois, tentant de se renseigner sur cet oncle énigmatique – un énorme béguin pour le charmant Tom Jedusor. Elle semblait complétement ignorer qu'il l'avait tuée et la légilimente s'était gardée de le lui dire. Si l'on en croyait Mimi, Tom avait été tellement gentil de lui rendre visite après sa mort, de se préoccuper d'elle. Il avait été le seul à le faire, même si la Fourchelang doutait que ce soit Mimi en particulier qu'il vint voir. Plutôt Salazar. Et Basileus. Mimi était juste sur le chemin et déjà morte.
S'approchant du robinet, la légilimente se pencha en face de la petite gravure de serpent et siffla « Ouvert ». Les lavabos qui formaient une colonne au milieu de la pièce s'écartèrent. Un vaste gouffre sombre s'ouvrit sous ses pieds. C'était là. L'endroit mythique, cherché depuis tant d'années avec si peu de succès. Il avait fallu attendre le XXème siècle pour qu'enfin elle soit découverte. Il y avait pourtant eu des indices. Le plafond raclé par les déplacements des lavabos, que tout le monde avait apparemment manqué. Le petit serpent gravé sur le robinet, indiquant pourtant clairement l'entrée. Le faux livre Sortilèges les plus courants et leur contre-maléfices, laissé par Salazar Serpentard et dont la vraie nature n'était discernable que par ses descendants. C'était un sort basé sur le sang et non la capacité au Fourchelang, lui avait-il appris quand elle avait posé la question. Dedans, le poème-énigme qu'il fallait résoudre pour trouver l'entrée de la Chambre des Secrets. Ce poème, avant d'être volé par Voldemort, servait apparemment autant de test que de description pour décrocher un emploi. Si l'on n'avait pas certaines qualités, la Chambre ne vous apparaîtrait jamais dans sa splendeur. Et même, ne vous apparaîtrait pas du tout si quelqu'un à l'intérieur ne vous y invitait pas.
Potter n'était donc venu ici que parce que l'horcruxe de son oncle l'avait bien voulu. Il avait même lancé une invitation si l'on pouvait dire. Etaine ne savait pas pourquoi. Lorsqu'elle avait légilimenté Potter, elle avait découvert que Riddle n'y avait pas même fait une allusion. Il avait en revanche remarqué leur ressemblance. Etait-ce la même chose que Voldemort voyait chez elle ? Si tel était le cas, sans doute l'horcruxe avait-il été cruellement déçu en se rendant compte que Potter ne voyait qu'un lieu lugubre, glauque et sombre à la place des splendeurs de la Chambre. La Fourchelang ne doutait pas qu'il ait été légilimens à cette époque déjà. Après tout, elle-même l'était devenue à quatorze ans. Lorsqu'il avait créé cet horcruxe, Voldemort en avait seize.
Etaine s'agenouilla devant le trou, faisant apparaître une petite boule de feu dans sa main, dessinant les parois de cuivre des tuyaux. Inspirant un grand coup, elle sauta dans le vide. C'était la première fois qu'elle le tentait sans prendre un des balais de l'école avec elle. Utilisant l'air, elle freina sa chute, jusqu'à atterrir doucement en bas. L'air lui demandait plus de concentration que le feu, raison pour laquelle elle ne l'utilisait généralement pas pour venir ici. Mais cette fois, elle n'avait pas l'intention de se former avec Salazar jusqu'à épuisement.
Fronçant le nez à l'odeur d'égout, ma légilimente se mit à avancer le long du couloir. Rien de ce qu'elle avait tenté n'avait pu venir à bout de l'odeur moisie qui flottait dans l'air. Ni l'usage de l'air – qu'elle n'avait, il fallait le reconnaître, tenté qu'avec parcimonie, peu sûre de la solidité des murs porteurs après mille ans sans étayage. Ou cinquante, puisque son oncle avait déjà travaillé là-dessus quand il avait ouvert la Chambre, lui aussi, apparemment. Etaine était contente de ne pas avoir eu à faire le gros du travail : si c'était là l'état du couloir après cinquante ans sans visite, elle ne voulait pas savoir ce qu'il avait été après plus de neuf cent ans ! – ni les sorts ménagers – dont sa connaissance était, au mieux basique, au pire, rudimentaire – n'avaient eu beaucoup d'effet. Finalement, elle s'était contenté de recharger les salles dont ne pouvait se charger Salazar et avait laissé le reste en état. Le fondateur pensait à l'employer pour l'étayage à l'avenir, si les sorts de son oncle menaçaient de flancher, avait-il sous-entendu. La Fourchelang n'avait pas hâte, et bénissait quasiment son oncle d'avoir été le malheureux à faire face à un Salazar cherchant quelqu'un pour nettoyer son antre.
Pourtant, malgré les efforts combinés du grand-oncle et de la petite-nièce, le couloir n'avait pas fier allure, il fallait bien le reconnaitre. Des milliers de crânes de rongeurs, qui s'étaient introduit là elle ne savait comment quand le charme anti-vermine lancé par Serpentard avait commencé à s'affaiblir, craquaient sous ses pas. Curieusement, les sorts de maintenance du plafond avaient tenus le coup, eux. Enfin, sauf celui que Potter et sa petite équipe avait fait s'effondrer lors de sa première année. Dégager l'amas de pierre se serait révélé dangereux, aussi se contentait-elle toujours de se glisser par le passage qui y avait été aménagé.
-Bonsoir Salazar, lança-t-elle en pénétrant dans la Chambre des Secret, toujours aussi surprise de sa magnificence.
Sans doute était-ce parce qu'elle ne l'avait pas vu depuis longtemps.
-Bonsoir Etaine, répondit le fondateur, semblant apparaître entre deux colonnes. Comment vont les choses, là-haut ?
-Cela dépend des points du vue. Voldemort a pris le ministère et contrôle Poudlard. La résistance de la Lumière s'organise. Dumbledore a été tué par Rogue. Potter est en cavale avec ses deux acolytes.
-Et je suppose que ton mentor t'a entraîné dans l'obscurité à sa suite, te faisant prendre ta place auprès de ton aîné ? déclara Serpentard d'un ton neutre.
Etaine stoppa son avancée pour se tourner vers lui. Elle ne lui avait jamais parlé du Maître des potions. L'omniscience de Salazar était aussi perturbante que… dangereuse, compte tenu de ce qu'elle prévoyait.
-D'où connaissez-vous le directeur ?
-Je sais beaucoup de choses.
-Qui est la raison de ma présence.
Détachant son regard du fondateur, la Fourchelang reprit son avancée vers le centre de la salle, redressant ses boucliers d'occulmencie.
-Que fais-tu, Etaine ? interrogea Serpentard, d'un ton légèrement changé.
Ce ton qu'elle avait discerné l'année précédente, quand elle avait pour la première fois cru voir se dessiner le danger en la personne de son ancêtre. Quand ses capacités qu'il connaissait sans avoir voulu le lui reconnaître avait failli réviser son opinion sur elle. Des capacités qu'il connaissait et craignait mais dont il n'avait pas voulu lui révéler la nature et l'étendue.
-Je m'interroge, répondit-elle d'un ton hésitant. Mon oncle semble… étrange. Et je crois avoir trouvé la raison majoritaire de son comportement inégal.
Se tournant vers le fondateur, elle lui montra le faux livre – le propre horcruxe de Salazar qu'elle avait laissé dans cette Chambre l'année précédente – et lui adressa un regard troublé. Son ton lui avait appris qu'il avait déjà deviné son intérêt pour son simili-horcruxe.
-Qu'elles ont été les conséquences de sa création ? demanda-t-elle finalement. Dans quelle mesure la scission affecte-t-il la personne ?
-A priori, en aucune mesure, si ce n'est le poids des ans accumulés.
Etaine secoua la tête, baissant la main qui tenait l'ouvrage.
-Non, mon oncle n'a que soixante-dix ans. Ce n'est pas sur l'âge mais plutôt le comportement. Il a des sautes d'humeur imprévisibles qui, à un tel niveau d'occulmencie, devrait être invisibles. Il semble être une personne radicalement différente selon le moment et la personne à laquelle il s'adresse. La majorité de son Cercle proche a fait les mêmes constatations que moi, ajouta la Fourchelang en se mettant à arpenter nerveusement la Chambre, comme incertaine. Il semble qu'il ait oublié la majorité de ses objectifs et il n'a même plus conscience de la façon dont la rage l'affecte tant il y est soumis. C'est comme si… comme si c'était devenu son état naturel.
La légilimente s'arrêta, plus proche de la porte, et se tourna vers Salazar, mordillant nerveusement sa lèvres. Le fondateur ne l'avait pas quitté des yeux.
-Les dommages de l'âme finissent par affecter le corps et l'esprit, non ?
-Une demi-âme et un bon niveau d'occulmencie et cela est négligeable, finit par répondre le fondateur, visiblement toujours suspicieux.
-Mais s'il a moins d'une demi-âme ? Jusqu'où peut-on poursuivre la scission ?
C'était la question qu'elle attendait de poser depuis le départ. Jusqu'où Voldemort était-il allé ?
-A priori pas plus, répondit le fondateur en haussant les épaules.
-Je sais qu'il en a fait au moins quatre, dont deux ont été détruits.
Le regard du fondateur devint flou tandis qu'il réfléchissait au problème, fixant une colonne au-dessus de sa tête.
-Des sautes d'humeurs, as-tu dit ?
-Oui, des explosions de colère pour des choses qui ne les méritent pas, une mémoire qui semble partielle sur le long terme, un entêtement dans des plans parfois risqués quand il est évident que d'autres bien plus simples pourraient fonctionner avec plus de succès… Il est borné. Pas du tout le chef talentueux que décrit la moitié de l'Cercle proche en parlant au passé. Certaines évocations rencontrent une fin de non-recevoir brutale si je les propose, et la torture si elles sont dites par d'autres.
-Je comprends l'idée, l'interrompit Salazar, profitant qu'elle reprenait son souffle pour continuer. Il semble en effet préo…
Le fondateur se tue. Ses yeux étaient descendus de la colonne pour venir se fixer sur elle, bien plus proche de l'entrée de la Chambre que la dernière fois. Etaine comprit qu'il avait réalisé la véritable raison de sa venue ici. Elle s'élança vers la porte. Le sol vola derrière elle, un pavé heurtant violemment son bras. L'Air vint s'enrouler autour de la main où elle tenait le faux livre. Elle ramena le simili-horcruxe contre sa poitrine et continua de courir. Un craquement apocalyptique eu lieu et une colonne s'effondra juste devant elle, soulevant un nuage de poussière. Si elle n'avait pas freiné juste à temps, elle aurait été à cet endroit précis, écrasée. L'Air tourbillonnait autour d'elle, violent, destructeur, offensif. Le sol se craquelait. Il n'y avait plus que dix mètres avant la sortie. Un véritable périple sur un terrain désormais inégal.
Appelant à son tour l'air, elle passa par-dessus la colonne et courut comme si sa vie en dépendait. C'était d'ailleurs le cas. Il lui sembla que Serpentard hurlait quelque imprécation rendue incompréhensible par la furie du vent qu'il avait invoqué. Etaine bondit par-dessus une crevasse qui s'était ouverte sous ses pieds. Deux mètres. Le pavement se fendit en deux devant elle. Ramassant un instant son corps, elle bondit et atterrit sur le porche de justesse. Elle vacilla, attiré par le vide derrière elle, agrippa le chambranle proche et se hissa à partir de cette prise, luttant contre l'Air qui voulait l'envoyer dans l'abîme.
Elle atterrit lourdement sur le sol humide du tunnel, serrant étroitement le faux livre contre elle. Le bruit du vent s'était brusquement arrêté, comme si quelqu'un avait coupé le son quand elle avait passé le porche. Haletant légèrement, elle se retourna sur le dos, fixant son regard vers l'intérieur de la Chambre des Secrets. Salazar se tenait à quelques mètres à peine de l'entrée, dardant sur elle son regard dérangeant. Il était immobile, sans plus chercher à l'arrêter, se tenant simplement là.
-Il en est toujours ainsi, n'est-ce pas, mon héritière ? déclara-t-il sans vraiment attendre une réponse.
Etaine battit des yeux, se demandant si elle voyait juste. Il lui avait semblé…
-La trahison court dans notre sang. Ne l'oublie jamais, une fois que tu auras atteint le sommet.
Oui, il était bien… plus transparent. La consistance de son ancêtre semblait s'effondrer de seconde en seconde. On voyait à travers lui la statue qui ne le représentait pas et dont elle ignorait l'identité du modèle.
Les yeux du fondateur s'aiguisèrent – chose qu'elle n'avait pas crue possible, prenant une teinte plus jaune que verte – et il avança d'un pas vers elle, faisant un signe de la main en même temps. Un simple pas. Son corps disparut, en partant du bas et du bras qu'il avait bougé, se poursuivant jusqu'à faire disparaître dans le néant le fondateur honni de Poudlard.
-Prend garde à ce que jamais rien ne déplace le sarcophage de l'Abomination, dit-il alors qu'il ne restait de lui que son torse et sa tête.
Les yeux toxiques se plantèrent encore dans les siens, hypnotisant presque la légilimente. Ils étaient jaunes. Jaune vif. Il disparut enfin, et deux éclairs verts jaillirent de son corps. La Fourchelang, à terre, vit venir vers elle l'Avada Kedavra. Les Gyrs à ses poignets étaient inutiles ; l'attaque était beaucoup trop rapide pour qu'elle ne contracte même suffisamment de muscles pour tenter de l'esquiver. Ses yeux d'orages s'agrandirent devant le dernier coup de son adversaire, la vengeance de Salazar Serpentard qui n'existait maintenant plus que par le faux ouvrage pressé dans ses bras.
L'éclair vert percuta de plein fouet la couverture de petites écailles imbriquées vertes sombres, noires dans la pénombre environnante, faisant se cambrer le corps de la Fourchelang. Sa tête percuta le mur qui n'avait pas été là quelques secondes plus tôt. La rapidité que gagnait son cerveau sous l'influence des Gyrs lui fit se demander comment il était arrivé là. Ses yeux s'ouvrirent et elle comprit qu'elle s'était écrasé à demi assise contre le mur, à demi-projetée par la décharge qui avait frappé le livre de Serpentard.
Si elle avait ouvert les yeux quelques millièmes de secondes plus tard, elle aurait manqué le dernier éclat du deuxième Avada Kedavra tandis qu'il percutait le centre de la coupole. Et peut-être la chaleur soudaine de l'ouvrage contre elle et la lueur verte qui le nimba un instant n'auraient pas été suffisantes pour qu'elle comprenne que les éclairs verts n'étaient pas des sortilèges de la mort, mais plutôt le retour des simili-horcruxes qui avaient donné leur cohérence à Salazar vers leur point d'ancrage.
Les yeux toujours légèrement écarquillés, la légilimente fixa la Chambre des Secrets, l'antre dont Salazar n'occupait plus désormais tout l'espace. Puis, exhalant un long souffle, elle redressa ses boucliers d'occulmencie à leur maximum et replaça un masque neutre sur son visage. Rien n'aurait su donner l'écart sur ce qu'elle venait de vivre, si ce n'était sa respiration rapide. Péniblement, la Fourchelang se releva, ne laissant rien voir de la douleur qui rayonnait dans son torse depuis son sternum. Si elle devait tenir un rôle dans un bal masqué mortel, il était temps qu'elle apprenne à tenir sa propre persona pour tromper non plus elle-même mais les autres.
Remontant le couloir, Etaine songea à toute une foule de personnes inconnues ou dont elle devinait l'identité, chacun caché derrière un masque qu'elle connaissait parfois, et chacun la dévisageant, jugeant du sien.
Fin. En commençant cette année j'ai vu les proportions que prenait ce tome et j'ai pensée à le couper en deux. Au même moment, j'ai commencé à ralentir mon écriture et comme vous le devinez peut-être, la deuxième partie n'a jamais été écrite. J'avais quand même deux-trois idées que je met à la suite:
Le chapitre qui suit directement devait concerner la cérémonie d'halloween, dans une ambiance lugubre. Les mangemorts ayant une habitude de célébrer Samhain par une joyeuse séance de torture, Amycus prévoit de maintenir cette tradition avec un des élèves résistant. Rogue s'interpose, Alecto vient au secours de son frère, remettant en cause l'autorité de Rogue sous prétexte de son statut de sang. Etaine stupéfixie dans le dos Amycus alors qu'il allait attaquer Rogue, concentré sur Alecto. Inutile de dire que l'identité de Milady devient un secret de polichinelle.
Montée progressive des tensions entre les différentes factions mangemorts présentes dans le château. Dans l'ensemble, Rogue a moins d'alliés mais il agite la menace des détraqueurs (merci Lerugamine pour cette idée). Cette tension dégénère en un autre affrontement: Revan se fait finalement prendre et les Carrows prévoient une punition publique. Etaine qui arrive au milieu de celle-ci intervient et est confronté par les Carrows. C'est au tour de Rogue de venir au secours d'Etaine. Les Carrows révèlent une demi-douzaine d'élèves qui les soutiennent, ce qui n'a pas l'air d'inquiéter Rogue. Il met son masque, les Carrows reconnaissant avec surprise celui d'un mangemort réputé pour ses capacités de combattant mais qui n'a plus participé à une bataille depuis la fin des années 1970. Les Carrows et leurs supporters passent à l'attaque et se font tous assommer et plus ou moins gravement blessés par Rogue. Ce dernier offre vingt points à quiconque les emménera à l'infirmerie, ajoutant après-coup que cela ne vaut que s'ils sont vivants à l'arrivée.
Ces tensions ne peuvent que se calmer à l'arrivée de Voldemort durant les vacances de Noël. Il emmène Etaine brûler son ancien orphelinat en guise de cadeau de Noël et d'activité familiale. Mulciber et Rabastan sont présents, le premier demandant à Etaine d'organiser une rencontre entre lui et Anne.
Au retour des vacances, Rogue a localisé un autre horcruxes (je suis partie sur 10 horcruxes dans cette histoire, les supplémentaires étant la bague de Vincerus Blackblood, la chevalière d'Elena et une dague ayant appartenue à Leona Gryffondor). Manque de chance pour Etaine, il y a de l'eau sur le parcours, aucune magie n'est possible sur la surface de l'eau et elle n'a toujours pas appris à nager (et a toujours peur de l'eau). Manque de chance pour Rogue, la dague est gardée par une créature magique inventé qui prend la forme de ce que vous désirez le plus (en l'occurrence Lily qui lui pardonne, a oublié Potter et etc) puis se nourrit des émotions induites jusqu'à rendre la victime complétement amorphe (un croisement entre un épouventard et un détraqueur quoi). Etaine réussit à difficilement à traverser l'étendue d'eau en utilisant l'Air, à convaincre Rogue que ce n'est pas Lily. Rogue détruit la créature et ils s'emparent de la dague. De retour à Poudlard, ils croisent Gamma qui les laissent passer, croyant qu'ils reviennent d'une réunion mangemort.
A la sortie de Préaulard suivante, Anne rencontre Mulciber, lentement en train de mourir à cause de fumées toxiques de potions que Voldemort le force à préparer trop régulièrement pour qu'il s'en remette.
En cours de sortilège, Etaine subit soudain une attaque Vaudou. Elle y survit grâce à son clan. Rogue, Revan, Gamma et Mulciber organise une brève et étonnante alliance pour faire cesser l'attaque. Ils découvrent grâce à la légilimencie de Rogue que la poupée est entre les mains de Bellatrix et ses alliés. Mulciber s'empare de la poupée lors d'une attaque surprise, Revan qui s'était glissé dans la bataille manque Bellatrix. Bellatrix tue Mulciber qui évacuait Revan dans une cheminette. Etaine mettra quelques semaines à s'en remettre, Voldemort informé par Rogue interdit toute tentative suivante et Revan est forcé de revoir sa position devenue très anti-mangemort.
Après avoir étudiés la situation sous tous les angles, Rogue et Etaine détruisent finalement les trois horcruxes qu'ils ont en leur possession.
Au retour de Potter, Etaine s'éclipse pour ne pas se faire arrêter et suit Potter pour savoir s'il reste encre des horcruxes à détruire. Ce plan lui sort rapidement de la tête quand Nagini plante ses crocs dans la gorge de Rogue. Elle tente de le sauver pendant qu'il donne ses souvenirs à Potter, Hermione et Ron ayant autre chose à faire que de l'interroger sur sa présence. Elle échoue et à la fin du chapitre envisage pour la première fois d'utiliser son retourneur de temps.
Le chapitre suivant débute avec son entrée dans la grande salle où elle tombe sur le cadavre de Swan et reste un moment stupéfaite devant sa présence, cette action coupant définitivement les ponts avec son grand-oncle. Elle sort avec les autres de la grande salle quand Voldemort entre dans la cour. Lorsqu'il demande si certains veulent se rendre, elle s'avance et refuse. Il lui redemande deux autres fois de se joindre à lui malgré son refus public (chose qu'elle considérera comme la plus grande preuve d'affection qu'un membre de sa famille lui ait donné en plusieurs années). Elle jette à ses pieds les horcruxes détruits, il fait rapidement une croix sur sa petite-nièce. Profitant que Voldemort s'est avancé et de se fait écarté de Nagini, Rogue dissipe soudain son invisibilité et plante un crochet de basilic dans le crâne du serpent. Voldemort lui lance un sort, Rogue esquive, Etaine réplique, Potter réssucite et la bataille commence.
Bellatrix et les Carrow poursuivent Rogue et Etaine sur le champ de bataille. Etaine élimine un des Carrow mais est mise dans une mauvaise posture par l'autre. Rogue fait s'effondrer la voûte pour les séparer de Bellatrix et tue le Carrow avant de cacher Etaine, blessée, derrière une statue qu'il passe le reste de la bataille à défendre.
La fin du tome est du remplissage aisément imaginable.
Bonus:
"(...) La dernière fois j'ai été promu. Mais si je recevais une promotion chaque fois que j'insultais quelqu'un cela ferait longtemps que je n'aurai plus de possibilité d'avancement de carrière" - Rogue, directeur, à Amycus Carrow.
"Contrairement à vous, Carrow, ils ne se sont pas portés volontaires pour recevoir des Doloris. Toute personne avec la cervelle d'un veracrasse saurait pourtant que l'échec et en conséquence la punition est inévitable par manque de moyen intellectuel. Mais je suppose que lorsque l'on a la cervelle d'un veracrasse, ce raisonnement est peut-être difficile à mener" - Rogue aux Carrow sur la torture des élèves.
"Après seize ans d'espionnage, se faire tuer pour avoir été trop bon dans son rôle!" - Rogue, après s'être révélé dans la bataille finale.
