Hello !

Oui, je sais, je suis pas très gentille avec Stiles... mais promis... il a encore du temps avant que ça s'arrange !

J'espère que ça vous plaira quand même ;)


Spoiler alerte : non, ça n'avait pas marché. Stiles connaissait le roman absolument par cœur – il l'avait lu au moins une centaine de fois – et il était beaucoup trop nerveux. Du coup, il avait passé toute la soirée à faire semblant de lire, tournant les pages à un rythme régulier pour ne pas se faire griller alors qu'il écoutait attentivement ce qu'il se passait dans le wagon. Mais tout le monde restait plongé dans leurs propres discussions et l'ignorait poliment.

Enfin, plus ou moins… Visiblement, Jackson ne l'aimait pas – même si bon, ça il s'en fichait un peu –, Peter ricanait dès qu'il le regardait et Derek avait gardé son air absolument furieux tout au long de la soirée. Alors quand Lydia avait fini par bâiller très élégamment et déclarer qu'elle allait rejoindre sa couchette, il avait bondi sur l'occasion pour repartir également dans sa cabine. De toute manière, il était tard, il avait encore le décalage horaire, il venait de monter dans ce train…

Alors il ne fuyait pas !

Stiles étouffa un soupir, le front appuyé contre sa porte et la main sur la poignée. Bien, décidément, son voyage s'annonçait plus mouvementé qu'il ne le pensait…

- Tu comptes prendre racine ?

Le grognement derrière lui le fit violemment sursauter, l'amenant à se cogner la tête au passage. Derek se tenait juste derrière lui, les bras croisés sur sa poitrine – ce qui tirait le tissu sur ses bras de manière très attrayante et très effrayante à la fois – et les sourcils froncés. Stiles avala nerveusement sa salive. Personne en vue cette fois-ci pour le tirait d'affaire…

- Désolé, je…

- Je voudrais aller me coucher.

- Ouais, bien sûr, pardon, c'est juste que la journée a été longue et que l'avion, Paris, tout ça, je…

- Bouge.

C'est qu'il était aimable décidément ! Stiles se glissa à l'intérieur de sa cabine, jetant un œil par-dessus son épaule. Derek passa devant lui sans même lui adresser un regard… pour entrer immédiatement dans la couchette d'à côté, la numéro 7. C'était une blague. C'était forcément une blague. Il était maudit.

Démoralisé, Stiles se laissa tomber sur son lit, la tête enfouie dans son oreiller. Il n'était même pas si fatigué que ça en plus, avec sa petite sieste un peu plus tôt, mais il avait l'impression que tout ceci l'avait vidé de son énergie. Il espérait juste que le lendemain soit plus facile… de toute façon, il se serait correctement reposé, tout le monde se serait fait à l'idée de son arrivée, et il n'y aurait plus aucune tension !

Rassuré par son propre discours – il se l'était peut-être répété en boucle pendant cinq bonnes minutes, mais ça personne n'était obligé de le savoir –, Stiles se releva pour se changer, suspendant son costume sur le portant prévu à cet effet et enfilant son pyjama ultra confortable – un vieux bas de jogging tout doux et son T-shirt Capitain America préféré. Il se glissa ensuite dans la minuscule salle de bains. Même s'il n'avait pas l'intention de dormir tout de suite, ça ne l'empêchait pas de se préparer pour ensuite profiter de son incroyable matelas !

Le jeune homme se brossait les dents lorsque des bruits le firent se tendre. Bien, la paroi de la salle de bains était plus fine, ça pouvait se comprendre, ils avaient dû grappiller de la place comme ils pouvaient pour respecter les normes des trains. C'était simplement les autres passagers qui bougeaient. Il allait s'y faire. De toute manière, une fois dans sa chambre, il n'entendrait plus rien. Il n'y avait aucune raison de paniquer.

- A un moment où un autre, il va falloir s'en occuper, tu sais.

- Y a rien qui presse, laisse durer un peu le plaisir…

Ah, ça, c'était la voix de ce crétin de Jackson. Des fois, Stiles détestait retenir les trucs aussi vite. Par contre, le premier…

- Y aura aucun plaisir s'il nous claque entre les doigts de stress en premier. T'as bien vu sa tête tout à l'heure.

- Zen, Aiden. Ça va, je sais ce que je fais, okay ? Je sais qu'on doit attendre, mais j'ai bien le droit de m'amuser un peu d'abord, ça va vite devenir très ennuyeux quand Derek et Scott vont s'y mettre sérieusement.

- Peter va nous arracher les yeux si on le laisse pas être le premier à… s'amuser, comme tu dis. Et Erica va te castrer si t'y touches avant elle. Franchement, aucune envie d'entendre les plaintes de mon frère si tu perds ton matos.

- Tsss, c'est bon, j'ai compris, je vais attendre. Mais faut que les autres se décident vite à passer à l'action, parce que sinon…

- Sinon rien du tout. Tu te tiens au plan.

Le plan. Comment ça, le plan ? Non parce que là, ils parlaient clairement de lui ! Stiles cracha son dentifrice dans le minuscule lavabo, le cœur battant. Bien, définitivement plus Ratchett que Poirot. Mais la discussion s'était arrêtée avec un grognement audible. Il attendit encore un moment, histoire de voir s'ils allaient reprendre ou si quelqu'un d'autre allait sortir, en vain. Et avec le bruit du roulement du train, il n'arrivait pas bien à comprendre ce qu'il se passait dans le couloir.

La gorge nouée, il s'aspergea le visage d'eau fraîche, histoire de retrouver ses esprits. D'accord, il savait qu'il avait tendance à se faire facilement des films et à partir au quart de tour. Mais là, il y avait autre chose. Et c'était son côté professionnel qui parlait ! Il se tramait quelque chose. Et il avait la très désagréable impression que ça le concernait.

Les deux mains appuyées sur la faïence, Stiles observa son reflet dans le miroir.

- Très bien, mon vieux… T'es plus malin qu'eux. Maintenant que tu es au courant, tu ne vas pas te laisser avoir par surprise. Et comme ça, tu vas résoudre ta toute première enquête !

Décidé, il s'essuya et retourna se caler dans son lit, son oreiller bien calé dans son dos, le roman d'Agatha Christie sur sa table de chevet et son téléphone branché en charge, fermement tenu. Comme disait Sun Tzu, « connais ton ennemi ». Google était le meilleur pour ça ! Et il était le meilleur pour les recherches Google…

Le lendemain matin était dur. Stiles avait mal à la tête et la bouche sèche à cause du décalage horaire, les yeux qui brûlaient suite à ses heures de recherche, et vaguement la nausée avec le roulis permanent. Un grognement lui échappa alors qu'il roulait sur le côté pour jeter un coup d'œil à l'heure. Dix heures moins le quart. Ce qui ne lui faisait pas beaucoup d'heures de sommeil…

Stiles tituba jusqu'à sa salle de bains pour se rafraîchir, examinant son reflet. Bien, il avait définitivement la sale tête de quelqu'un qui n'avait pas assez dormi. Mais ce n'était pas sa faute s'il avait dû creuser dans les profondeurs de l'internet pour trouver quelques infos sur ses co-voyageurs ! C'était tout juste s'il avait trouvé un profil Facebook, et un bref article de presse locale sur le prix de mathématiques qu'avait gagné Lydia Martin. Comme si tout le groupe était constitué de fantômes…

Ou de gens très réfractaires à la technologie. Ou aux réseaux sociaux. Ce qu'il pouvait comprendre… mais c'était frustrant quand même ! Un soupir lui échappa et il ressortit pour s'habiller. Scott lui avait dit la veille qu'il pouvait être plus décontracté… mais il ne savait pas trop jusqu'à quel point. Dans le doute, il enfila son jean le plus chic et une chemise blanche avec une veste – même avec le chauffage du train, on restait en hiver !

Lorsque Stiles se glissa dans le wagon salon avec hésitation, il était moins plein qu'il ne le pensait. Chris et Peter jouaient aux échecs, Kira lisait un magazine et Danny pianotait sur son téléphone portable. Il les salua brièvement d'un signe de la tête avant de se glisser dans la voiture suivante. Son ventre gargouillait… et il avait besoin de CAFÉ !

Et visiblement, il n'était pas le seul…

Scott et Derek étaient déjà là, installés devant leurs tasses. La table de quatre était recouverte de viennoiseries, de fruits, et d'un tas d'autres trucs qui faisaient gronder son estomac un peu plus fort. Bien, il savait déjà qu'au moins il n'allait pas mourir de faim pendant ce voyage… et qu'il allait commander exactement la même chose !

Stiles fit un pas vers la table la plus proche de lui, mais Scott lui adressa un sourire immense et un signe de la main.

- Hey, Stiles ! Viens ici, on en a dix fois trop pour nous deux, on va pas gâcher, autant que tu en profites !

- Oh heu, je veux pas vous déranger…

- T'inquiète mec, si je te le propose c'est que c'est bon. Et Derek aussi est cool avec ça.

Vu sa tête, pas sûr qu'il était si cool que ça… Stiles hésita une seconde, mais l'expression pleine d'espoir et les yeux de chiot de Scott eurent raison de lui. Maladroitement, il se glissa sur la chaise libre à côté de lui, en diagonale de Derek. Un des serveurs était déjà à côté de lui pour prendre sa – triple – commande de café.

- Mal dormi ?

- Ouais, le décalage horaire, c'est pas mon truc…

- Ah oui, ça peut être violent quand on a pas l'habitude. Tu t'y feras. Mange un truc, ça devrait te faire du bien.

Scott poussa un croissant dans sa direction. Derek fronça un peu plus les sourcils et attrapa une pomme pour mordre férocement dedans. Merde, il avait des dents de lapin. C'était mignon. Et sexy. Flippant aussi, vu la manière dont il le fusillait du regard en même temps, mais sexignon – oui, il venait d'inventer ce mot, et alors.

En attendant, tout ce qu'il voyait sur la table lui avait donné vraiment faim. Stiles mordit dans son croissant avec appétit, étouffant un gémissement. Bon sang, même si tout ça finissait mal, ça valait vraiment le coup de venir juste pour la nourriture qu'ils servaient ici…

Derek se leva brusquement.

- Peter m'appelle. Je vous laisse.

- Je crois pas, non.

Scott souriait toujours, mais ses yeux s'étaient légèrement plissés. Stiles rentra la tête dans les épaules au ton qu'il avait employé. Bien, encore un truc qui lui échappait totalement… Derek resta debout, silencieux, fusillant du regard son ami alors que sa mâchoire se serrait de plus en plus – Stiles pouvait presque entendre ses dents grincer. L'affrontement entre les deux dura encore une bonne minute… avant que Derek ne se rasseye brusquement, les bras croisés sur sa poitrine.

Est-ce qu'il boudait ?

Stiles s'agita nerveusement sur sa chaise tandis qu'on lui servait son café.

- Je peux aussi…

- Naaan fais pas attention à ce gros bébé, il est un peu grognon en ce moment.

- Je peux comprendre aussi si…

- Sérieusement, Stiles, oublie. Profite du petit-déj. T'as prévu quelque chose aujourd'hui ? On va faire un arrêt à Berlin en début d'après-midi, avant de repartir directement pour Budapest. Si tu veux, tu peux venir te balader avec nous.

- Bah c'est-à-dire…

- On va pas te laisser te morfondre tout seul, c'est pas drôle. Mais si tu préfères te reposer…

Histoire de se donner un peu plus de temps pour y réfléchir, Stiles avala une gorgée de café – délicieux, comme le reste. D'un côté, se retrouver à nouveau tout seul au milieu de la bande de fous le rendait vraiment nerveux. De l'autre, il en apprendrait plus sur eux s'il restait dans les parages… et s'il y survivait.

Allez courage mon vieux, encore cinq jours, tu peux le faire !

- Ouais, pourquoi pas, ça peut être sympa…

- Génial !

Scott était redoutable avec sa tête de petit chiot heureux. Derek se renfrogna un peu plus, mais ne dit rien, continuant de manger sa pomme. Ce qui était distrayant, d'accord ? Parce qu'il y avait sa mâchoire qui bougeait, avec la barbe, et sa gorge aussi, et Stiles était fatigué, en manque, et entouré de canons, okay ? Même si la plupart était déjà en couple…

Le reste du petit-déjeuner se passa dans le calme. La conversation était facile avec Scott, et même si Derek ne s'était franchement détendu, il n'avait rien dit de plus. Le café et la nourriture lui avait fait du bien, Stiles se sentait plus calme et surtout plus concentré. Il pouvait survivre ! Après tout, la discussion de la veille était sans doute sortie de son contexte, et ils ne seraient pas assez stupides pour commettre un meurtre dans un train !

La matinée aussi avait été plutôt tranquille. Les autres allaient et venaient entre leurs cabines et le salon, déjà habitués à vivre dans le train, alors que Stiles squattait un des canapés. Il en avait profité pour appeler son père via Skype – avec le décalage horaire, il sortait tout juste de sa permanence à la station. Son excitation à lui montrer le train l'avait fait rire, et s'il lui avait montré ses co-voyageurs, ce n'était que pure coïncidence… pas du tout pour que le Shérif qu'il était puisse voir le visage de ses potentiels meurtriers. Le reste du temps, il avait – enfin – réussi à bouquiner tranquillement, ignorant le regard amusé de Danny quand il passait.

L'Orient-Express s'arrêta à la gare principale de Berlin un peu avant midi, et ne repartirait que tard dans la nuit, leur laissant le temps d'explorer la ville et de dîner dehors s'ils le souhaitaient. Stiles enroula nerveusement son écharpe autour de son cou et attrapa son manteau – l'un des contrôleurs l'avait prévenu qu'il commençait à neiger dans la ville.

Bien.

Une petite promenade n'allait pas le tuer, n'est-ce pas ? Et c'était sans doute sa seule occasion de mettre un pied dans la ville. Il n'avait pas non plus dépensé toutes ses économies pour rester enfermé dans sa cabine à cause de quelques… énergumènes bizarres !

Deux coups toqués à sa porte le firent violemment sursauter.

- Stiles ? Tu es prêt ?

- Euh… ouais, j'arrive !

Le jeune homme trébucha jusqu'au couloir, cognant son épaule avec un grognement dans le décroché de sa salle de bains. Allison l'attendait, un sourire aux lèvres et les boucles folles sous son bonnet en laine. Dès qu'il eut mis un pied hors de sa cabine, elle enroula son bras autour du sien et l'entraina immédiatement vers la porte de sortie. Stiles sursauta légèrement à son mouvement, mais elle se contenta de lui sourire.

- Tout le monde nous attend sur le quai. Erica voulait venir te chercher, mais je me suis dit que je ferai mieux de ne pas la laisser faire…

- Bonne initiative !

- Elle n'est pas… si méchante que ça, tu sais.

- Peut-être, mais elle me donne surtout l'impression de vouloir me manger tout cru…

Allison se contenta de sourire un peu plus sans répondre. Un contrôleur leur ouvrit poliment la lourde porte du wagon et l'air froid et vif de l'extérieur les fouetta immédiatement. Stiles frissonna. Même si le temps à New York pouvait être vraiment frais, il restait un Californien dans l'âme ! La neige, c'était une hérésie !

Tout le monde attendait sur le quai privé de l'Orient-Express, complètement décontracté. Stiles hésita une seconde, mais la jeune femme pendue à lui l'entraîna à terre. Scott lui adressa un immense sourire, une main confortablement calée dans la poche arrière du jean d'Isaac – qui disparaissait presque derrière une énorme écharpe – et se tourna vers la sortie de la gare.

- Super, tout le monde est là, on peut y aller !


A la semaine prochaine !