Deuxième Partie.
De par le traumatisme causé par la mort de sa Grand-mère, et de la solitude qu'il s'est imposé en retour, Branche a dû pratiquement tout réapprendre.
En effet, avoir retrouvé ses vraies couleurs n'a été finalement qu'un seul premier pas vers cette redécouverte du bonheur, soigneusement enfoui au plus profond de lui-même.
Il y a beaucoup de choses à expérimenter, et par conséquent, bien plus de travail à accomplir. Plus particulièrement dans sa vie sociale au travers de ses nouvelles interactions auprès des Trolls de son village, que des Bergens.
Après tout, n'est pas à oublier qu'il a tout de même vécu plus de la majeure partie de son existence, à fuir tous contacts amicaux avec les premiers, et craindre une attaque sournoise des deuxièmes.
Raison pour laquelle, il y a encore parfois des entorses verbales aux convenances, qui bien que dîtes en toute naïveté, peuvent cependant heurter les bonnes mœurs*. Ou que certaines situations permettent un peu trop souvent à ses angoisses d'enfance de refaire surface, et le font invariablement retomber dans ces anciens travers - tels que l'isolement ou la paranoïa.
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Et puis, au milieu de tout cela, il y a également Poppy.
Avec son joli sourire, son altruisme bienveillant, sa joie pétillante, ses conseils, et ses réprimandes. Mais aussi son amour, sa tendresse, ses câlins - que Branche a par ailleurs, rapidement appris à apprécier - ses baisers, et son réconfort.
Tout ce qui fait que Poppy est elle même, et bien plus encore.
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Tout ce qui fait que paradoxalement, Branche se demande encore comment il a pu avoir autant de chance de voir ses sentiments lui être retourné. Non qu'il doute de la sincérité de ceux de Poppy à son égard, mais plutôt de lui-même, malgré ses airs de Troll grognon que rien n'atteint jamais.
Bien-sûr, il ne lui a pas menti quand il lui avait avoué l'aimer, du fond de cette soupière sombre où Chef les avaient fait jeter en vue du futur banquet à venir. A dire vrai, il n'avait rien prémédité, tant il n'avait souhaité que lui redonner le sourire, et lui faire reprendre courage en dépit du danger de mort imminente qui les avaient guetté.
Bien entendu, il adore passer du temps en sa compagnie, ce qui inclue entre autre, sa participation plus ou moins volontaire aux plans abracadabrants que Poppy élabore à longueur de journée, afin d'aider leurs amis dans leurs tracas quotidiens.
Mais, malgré le fait que Branche ait pu se sauver de ses propres ténèbres, il reste toutefois une ombre dans son cœur.
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Grâce à leur nature joyeuse, les Trolls sont rarement sujets aux cauchemars.
Même les enfants ne connaissent que très peu le goût amer et métallique qui reste en bouche après un réveil en sueur au milieu de la nuit, avec le sang battant aux tempes et la respiration haletante.
Durant la seule et unique fois où cela peut toutefois se produire, il y a toujours leurs parents qui accourent à leurs chevet pour les câliner, et leur assurer que tout va bien, qu'il ne s'agit que d'un mauvais rêve. Peu importe au final que leurs petites joues rondes et colorées ruissellent de perles salées, ou que des sanglots apeurés se coincent au fond de leurs gorges tendres, parce que des bras aimants en chassent à jamais les vestiges.
Littéralement entourés d'amour et de réconfort, ces petits Trolls malchanceux peuvent alors se rendormir sans craindre le retour de ce qui les a effrayé, tant ils se sentent de nouveau en sécurité.
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Pour Branche, il en a été autrement.
Du temps de ses premières années de vie, quand sa Grand-mère était encore en vie, il lui était arrivé de faire un mauvais rêve qui l'avait fait hurler avant même d'ouvrir totalement les yeux.
Par la suite, il s'était cependant rendormi dans ses bras, tendrement pelotonné contre elle.
Mais depuis ce jour maudit où son chant innocent avait provoqué la perte définitive de sa douce Mamie, la culpabilité, le deuil et la peine ressentis, avaient peuplé ses nuits d'enfant de cauchemars froids et effrayants. A chaque crépuscule, le petit Branche désormais privé de ses couleurs, était plongé bien malgré lui dans une réalité onirique où il revivait inlassablement la tragédie qui l'avait si cruellement marqué.
Or, lors de ces moments de terreur à l'état pur, il n'y avait plus eu personne pour venir le consoler, sécher ses larmes, et calmer les tremblements de son petit corps gris.
Perdu, seul et effrayé, il n'avait alors plus eu d'autres choix que de se rouler en boule sous ses couvertures, et attendre que l'aurore fasse fuir les ombres.
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Parvenu à l'âge adulte, il reste toutefois encore tapi au plus profond de l'esprit de Branche, un peu de l'enfant tourmenté qu'il a été.
Cette cicatrice qui le démange toujours, et qu'il a également voulu cacher à Poppy, par fierté, par pudeur, et aussi par habitude de devoir se débrouiller par ses propres moyens. Car il n'a jamais réellement cessé de faire des cauchemars, quand bien même connait-il des périodes de répit plus ou moins longues.
Aussi a-t-il simplement apprit à vivre avec leurs souffles glacés sur sa nuque.
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Jusqu'au soir où Poppy lui avait proposé de dormir ensemble pour la première fois.
* Référence à l'épisode 4x11 de la série "Trolls : En avant la musique !"
