Hello again !
Alors, je te tenais tout d'abord à vous remercier pour vos adorables reviews qui ont eu l'effet escompté, à savoir, fortement me booster pour continuer et terminer ma fanfiction. Ainsi, je peux vous présenter le second chapitre, qui s'avère être un bon gros pavé. Je pense que je n'ai jamais écrit de chapitre aussi long. Je dois vous dire cependant, qu'à lire vos gentils mots, j'ai un peu la pression concernant la suite de l'histoire car, j'espère qu'elle sera à la hauteur de vos attentes. En tant qu'éternelle insatisfaite, je ne suis pas très bonne juge de mes écrits.
Pour vous faire un petit point sur le chapitre 3, sachez qu'il est en cours d'écriture et même si j'ai écrit une bonne tartinée déjà, il est loin d'être fini. J'espère donc avoir le temps de m'y pencher comme je le souhaite, mais avec la rentrée et la reprise du boulot mon timing sera bien plus serré. Je préfère vous avertir tout de suite, le chapitre risque de se faire désirer, sauf si je trouve plus intéressant d'écrire ma fanfiction, que de faire mes devoirs...
Concernant la construction globale de la fanfiction, elle devrait être constituée de 4 chapitres, plus l'épilogue. Éventuellement 5 chapitres, si je décide de la redécouper un peu différemment, suivant la taille de chaque chapitre.
Voilà, assez parlé, je vous laisse savourer et j'espère vous retrouver dans les reviews.
A bientôt ;)
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EDIT 09.09.18 : Correction de quelques fautes d'orthographe, j'espère ne pas en avoir oubliées.
CHAPITRE 2 :
Installé dans son bureau, Magnus sortit une bouteille et se servit un verre, il sentait qu'il allait en avoir besoin. Face à lui, se tenait une chasseuse d'ombre qu'il n'avait plus vu depuis bien longtemps. Droite, l'air fier des Shadowhunters, elle n'avait pas cillé depuis son arrivée dans le cabinet, tenant tête au sorcier. Il la considéra un instant, se demandant ce qui pouvait bien lui passer par la tête. Elle devait être sacrément désespérée pour en risquer jusqu'à sa vie pour le trouver. Un silence pesant les entourait tous deux. Magnus porta son verre à ses lèvres et se délecta du breuvage. Il poussa nonchalamment du bout des doigts un verre en direction de la chasseuse et lui proposa :
« Je t'offre un verre ? »
« Je suis pas venue ici pour des bavardages. » Trancha-t-elle froidement. Le sorcier la dévisagea, interloqué. Elle semblait si loin, la jeune Izzy qu'il avait connue. Toujours souriante et bien plus perspicace qu'elle ne le laissait penser. Elle avait toujours su pour l'homosexualité de son frère et l'avait toujours soutenu, même quand celui-ci ne voulait pas se l'admettre. Tout comme elle avait très vite deviné pour sa relation avec Magnus. Izzy était un soleil, qui irradiait quiconque la fréquentait. C'était une femme aimante et une guerrière redoutable, prête à tout pour ceux qu'elle aime.
Son frère, lui, avait toujours été plus discret, caché dans l'ombre de ses fraternels. Jamais très à l'aise avec qui il était et pourtant si beau. C'est ce qui avait marqué Magnus à sa première rencontre. Comment un garçon frappé de la beauté d'un ange, pouvait être aussi peu à l'aise avec lui-même ? Il n'avait pas idée, à quel point il était une personne rare. Mais il n'y avait pas que cette beauté et ce sourire, tout en lui, respirait la générosité et la bienveillance. Jamais Shadowhunter n'avait traité les créatures obscures avec autant d'égard qu'Alec Lightwood.
Pourtant ce soir, tout paraissait si lointain et la femme qui lui faisait face, n'avait plus rien à voir avec la personne qu'il avait connue. Elle avait perdu son sourire et son habituelle quiétude. Elle était morne et semblait ne plus rien attendre de la vie. Maintenant qu'il la voyait de plus près, Magnus distinguait à quel point elle était lasse. Des cernes cerclaient ses yeux et elle semblait ne pas avoir dormi depuis des siècles. Ses cheveux habituellement si joliment arrangés, pendaient lamentablement sur ses épaules et ils ne paraissaient pas avoir été entretenus depuis des semaines. Elle portait cependant un semblant de maquillage et avait tout de même conservé ses habituels talons aiguilles. Magnus eu un léger sourire à ce détail. Il l'avait toujours admirée pour cela, le sorcier avait beau adorer la mode, combattre avec ces objets de tortures aux pieds n'était pas un art maîtrisé de tous.
Le sorcier soupira en voyant dans quel état se trouvait la jeune femme, il avait pitié pour elle. Mais si ce qu'elle avançait était vrai, il comprenait comment elle en était arrivée là. Lui-même, après cinq ans de rupture, ne pouvait s'imaginer la mort d'Alec. Ce n'était pas juste. Le sorcier sentit la peine le dévorer peu à peu. Il ne devait pas craquer devant la chasseuse d'ombre, elle n'avait pas besoin de ça. Il se contint et tourna ses yeux vers la jeune femme.
« Très bien, je t'écoute. »
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Il était déjà tard, et les urgences n'avaient pas désemplies de la journée. Catarina enchaînait sa dixième heure de service aujourd'hui et avait à peine eu le temps de se poser quelques minutes. La soirée allait encore être longue. Les patients s'enchaînaient et elle n'avait que trop peu de temps à leur consacrer. Elle détestait ça, lorsqu'elle ne pouvait pas les aider autant qu'elle le souhaitait. Elle venait juste de terminer le bandage d'un patient, lorsqu'elle observa le dossier de la personne suivante. Rien de très grave selon les médecins, simplement quelques cachets pour un mal de ventre persistant. « Pourquoi faut-il que les gens encombrent les urgences inutilement avec leurs petits bobos ? ». Maugréât-elle. Au moins, pourrait-elle s'occuper plus rapidement des patients dans le besoin, ainsi.
Elle s'approcha du box de la malade et en tira les affreux rideaux qui offraient un semblant d'intimité aux patients. Cependant, elle fut très étonnée de voir qui lui faisait face. Si bien, qu'elle en perdit le langage un court instant. Isabelle Lightwood. S'il y avait une personne qu'elle ne s'attendait pas à voir ce soir, c'était bien la sœur d'Alec Lightwood. Catarina reprit le fil de ses pensées et entra en refermant les rideaux derrière elle. Elle ignorait pourquoi la jeune femme était venue jusqu'ici, mais elle comptait bien écourter la réunion au plus vite.
« Isabelle Lightwood, ça c'est une surprise… Qu'est-ce que tu me veux ? »
« J'irais droit au but. Je veux savoir où se cache Magnus Bane. »
Magnus Bane, la soirée allait de surprise en surprise, voilà une autre personne que l'infirmière n'avait pas vu depuis une éternité. Elle sentit une légère nostalgie l'étreindre, il lui manquait terriblement. Elle n'avait plus eu aucune nouvelle du sorcier depuis près de cinq ans. Il avait tourné le dos à sa vie à Brooklyn, de la même manière qu'il avait rompu tout contact avec l'ainé Lightwood. Bien que Catarina comprît la colère du sorcier face au shadowhunter, elle lui en voulait d'avoir également mis fin à une amitié qu'elle pensait à leur image, immortelle. Magnus était sa famille, ils avaient partagé bien des peines de cœurs, certaines pouvaient paraitre insurmontables, pourtant la constance de leur amitié les avait toujours sauvés du naufrage. Désormais, elle affrontait seule une vie pavée par la perte d'êtres chers. Heureusement qu'il lui restait Midzie, ce petit rayon de soleil qui illuminait même les moments les plus sombres.
« Je suis désolée, mais je crains de ne pouvoir t'aider. Magnus est parti sans un mot dire. Même moi, j'ignore où il est ou même s'il est encore en vie… »
« Catarina, pas de ça avec moi ! Alec est en train de mourir et il est son seul espoir. Je dois savoir où le trouver ! »
« Je suis vraiment désolée Isabelle, je t'assure que j'aimerais savoir où il est moi aussi. Quant à Alec, bien que je lui en veuille personnellement pour ce qu'il a fait à Magnus, il ne mérite pas ce qui lui arrive. Accepte mon entière compassion à son égard. »
« Tss… Ta compassion, j'en ai rien à carrer… C'est pas ça qui va l'aider à aller mieux. Et ce qui s'est passé entre Magnus et lui, ça ne te concerne pas le moins du monde Catarina. »
L'attitude de la chasseuse d'ombre agaça la sorcière. La jeune femme pouvait être endeuillée, mais cela ne lui donnait en aucun cas le droit de lui parler ainsi. Catarina commença à montrer des signes d'impatience et Izzy comprit qu'il était temps pour elle de s'en aller. La jeune femme descendit du lit sur lequel elle était jonchée, sans cesser de toiser Catarina d'un œil vipérin. L'infirmière observa la Nephilim s'éloigner.
En contemplant la silhouette de la jeune femme onduler vers la sortie, l'infirmière se souvint qu'Izzy n'était pas une mauvaise personne. Elle était simplement en souffrance face à la perte inéluctable de son frère. Catarina n'avait pas menti au sujet de Magnus et ignorait réellement où il se trouvait, pour autant, si l'ainé des Lightwood était mourant, elle estimait que Magnus devait en être informé. Elle savait à quel point le sorcier avait aimé le Nephilim, et même si elle avait toujours émis des doutes quant à cette relation, elle savait que rien n'aurait pu changer les sentiments que les deux hommes partageaient. Elle avait appris à connaître Alec Lightwood avec le temps, elle jugeait son comportement inacceptable, pour autant, elle ne l'imaginait pas avoir fait ça par cruauté, mais plutôt par désespoir. Elle se décida alors à rattraper la chasseuse d'ombre avant qu'elle ne parte, pour lui faire part d'une idée.
« Isabelle, attends ! Il y a peut-être un endroit… Mais je n'en suis pas sûre, c'est sûrement tiré par les cheveux… »
« Accouche ! »
« L'ancien appartement de Camille, en Inde. »
À ces mots le visage d'Isabelle se radoucit. Il avait presque repris les traits habituels que la jeune femme arborait dans un passé qui n'était pas si éloigné. Un sourire sincère étira ses lèvres, elle semblait presque soulagée.
« Merci Catarina, merci profondément. »
« J'espère que tu le retrouveras, Izzy, il me manque à moi aussi… »
La chasseuse d'ombre pressa l'épaule de l'infirmière en signe de sympathie avant de s'éloigner de nouveau, en quête du sorcier.
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« Alec ne sait pas que je suis ici. C'était mon idée. Lui… Il ne voulait pas te prévenir. Il pense que tu t'en fiches de savoir qu'il est mal en point. Mais moi, je crois que tu as le droit de savoir. »
« Je pensais que tu n'étais pas venu ici pour les bavardages ? »
« C'est vrai. Je suis venu pour te demander de rentrer avec moi. Alec à besoin de ton aide. Les frères silencieux disent qu'il est condamné. Mais tu es le grand sorcier de Brooklyn, je suis certaine qu'il n'y a rien que ta magie ne puisse réparer. »
Elle était si mignonne, plaçant tous ses espoirs en lui, comme s'il était la solution à tous les maux. Il fut une époque où c'était probablement une réalité, mais désormais cette réalité s'était évanouie dans l'immensité du temps. Il avait beau prétendre être une figure d'autorité, la plupart des créatures obscures qui l'écoutaient encore, le faisaient plus par respect à son égard, en mémoire d'une gloire passée, que par réelle crainte de sa personne. Magnus n'était plus que la moitié de lui-même, une vitrine scintillante, donnant l'illusion d'une quelconque valeur tandis que ses étals demeuraient terriblement vides.
Le sorcier détourna son regard de la chasseuse d'ombre un instant et le posa sur ses propres mains. Elles étaient ridées. Depuis quelque temps, il avait vu ces légères stries se dessiner peu à peu. Rien de très flagrant pour une personne lambda, mais il était un sorcier, il avait tout de suite remarqué la différence. Rien d'étonnant remarqua-t-il, il n'avait même pas besoin d'observer ces marques sur son corps, il pouvait le sentir au plus profond de lui-même. Si sa magie avait été un grand feu de joie un jour, elle n'était désormais plus qu'une lueur vacillante. Il la perdait.
« Izzy, j'ai bien peur de ne pouvoir t'aider. Mes pouvoirs… ne sont pas intarissables. »
« Magnus, qu'est-ce que tu racontes là, tu es le sorcier le plus puissant que je connaisse. »
« Et bien, tu ne dois pas connaître beaucoup de sorciers alors… »
Isabelle resta interloquée par ses dires. Depuis quand Magnus Bane jouait les modestes ? Elle fronça les sourcils, soucieuse. Le visage du sorcier s'était assombri à ses mots et la chasseuse d'ombre avait perçu comme une pointe de résignation dans sa voix.
« Magnus, qu'est-ce que tu ne me dis pas ? »
Le sorcier l'observa, étonné.
« Rien que tu ne saches déjà, très chère. Tu n'es pas sans ignorer que je ne suis plus le grand sorcier que j'étais. Ce n'est un secret pour personne. »
La jeune femme semblait réellement perdue. Elle ne jouait pas. Peut-être Alec avait-il dû lui édulcorer la réalité. Leur amour fraternel était si fort. Le chasseur d'ombre avait perdu la confiance de Magnus, il ne pouvait pas se permettre de perdre sa sœur de surcroît.
« Se pourrait-il que tu ignores tout des raisons de ma rupture avec ton frère ? »
« Tout ce qu'il m'a dit, c'est que vous étiez trop différents et que ça ne pouvait pas fonctionner entre vous. »
« Izzy… »
La voix du sorcier se cassa en prononçant son prénom. Comme s'il eut tenu en son sein les reliques d'un passé encore trop lourd à porter. En voyant le regard de la jeune femme devant lui, il hésita un instant. Il n'y avait pas de bonne manière de lui annoncer la nouvelle. Aussi, pensait-il qu'il était toujours moins douloureux de retirer un sparadrap d'un coup sec, qu'en prenant mille précautions. Plantant son regard mordoré dans celui de la chasseuse, il lui annonça simplement ces quelques mots :
« Je suis mortel désormais. »
L'effroi se peignit sur le visage d'Isabelle. Elle avait ouvert la bouche dans le but de répondre à son interlocuteur, mais aucun son n'en sortit. Elle était paralysée par l'horreur de cette révélation. Les questions se chamboulaient dans sa tête et son esprit fonctionnait à toute vitesse. Les pensées étaient insupportables et elle ne savait même pas par quel côté aborder le problème.
Magnus devait se jouer d'elle, il n'était pas sérieusement en train de lui sous-entendre qu'Alec l'avait rendu mortel. Pire, si le sorcier était désormais mortel, cela voulait-il dire que ses pouvoirs étaient devenus complètement inutiles ? Qu'adviendrait-il d'Alec, si même Magnus Bane ne pouvait le soigner ?
Isabelle reprit vaguement ses esprits, suffisamment pour affronter le sorcier, ses yeux témoignant du dégoût qu'elle éprouvait pour le traître qu'elle pensait trouver en la personne de Magnus.
« Quoi ? Non ! T'es en train de me dire que c'est mon frère qui t'as fait ça ? Parce qu'il n'aurait jamais pu être aussi cruel ! Pas lui, il t'aime tellement ! Magnus, il est mourant, comment tu peux dire ça de lui ?! »
La jeune femme était dévorée par la colère, ses yeux avaient pris une teinte orageuse et pourtant de chaudes larmes traçaient des sillons humides sur son visage. Magnus s'en voulait de lui avoir révélé ainsi. Ce n'était certainement pas à lui de lui apprendre la vérité, mais il était bien obligé de lui expliquer pourquoi il ne pouvait pas aider Alec.
« Izzy, je t'en pris calme toi. Je vais te raconter ce qu'il s'est passé. »
« Mais y'a rien à raconter Magnus ! T'es tellement dévoré par ta colère envers mon frère que tu es prêt à déblatérer ces allégations contre lui, alors qu'il est à des milliers de kilomètre et qu'il ne lui reste que quelques mois à vivre ! Comment j'ai pu penser une seule seconde, qu'Alec te devait la vérité. Comment j'ai pu imaginer que tu puisses tenir à lui encore suffisamment pour daigner l'aider… Tu me donnes envie de vomir Bane… »
Les mots de la chasseuse étaient aussi tranchants que du verre et ils eurent l'effet escompté. Magnus eut l'impression de sentir un poids tomber lourdement dans son estomac, comme si son cœur avait élu domicile dans une nouvelle partie de son corps, là où il pourrait se faire le plus désagréable possible. Il n'en voulait pas à Izzy, elle ne savait pas et à cet instant précis, c'était bien plus simple pour elle de s'imaginer Magnus en ennemi, que la trahison d'un frère succombant à petit feu.
Furieuse, la chasseuse avait tourné les talons, se précipitant vers la porte dans l'espoir de sortir de la pièce assez rapidement, pour ne plus jamais avoir affaires à Magnus Bane. Le sorcier eu juste le temps d'attraper son poignet pour la retenir. S'il avait fait en sorte de dissimuler aux mieux ses émotions jusqu'à présent, il n'en pouvait plus. La peine était trop intense et puis, il savait qu'il ne servait à rien de cacher à Izzy ce qu'il ressentait. Il fallait qu'elle le croie, même si la vérité sonnait bien trop crûment aux oreilles de la jeune femme. Les yeux de Magnus étaient embués, lorsqu'il réussit enfin à capter ceux de la Shadowhunter.
« Izzy, je t'en prie… Je… Je l'aime toujours… » À peine eut-il prononcé ces mots, que les larmes jaillir à flots. Il avait tant refoulé ce qu'il ressentait durant ces dernières années, que les quelques mots qu'il avait prononcés eurent l'effet d'une bombe atomique dans son système nerveux. Il n'avait plus pleuré depuis si longtemps, qu'il n'avait gardé aucun souvenir de la dernière fois qu'il avait versé des larmes.
Izzy devait bien se l'avouer, il était plutôt convaincant. La jeune femme baissa les yeux et soupira lourdement. Il ne faisait pas semblant. Magnus aimait encore son frère profondément et il en souffrait. Il n'était pas celui qu'elle l'avait accusé d'être et s'en voulait d'avoir ajouté à sa peine. Mais si Magnus disait la vérité, alors elle n'était guère plus rutilante que ce qu'elle avait imaginé. Comment son frère avait pu être aussi cruel envers le sorcier ? Elle lui en voulait tellement en ce moment même. Dans l'espoir d'apaiser son esprit, elle consentit à enfin à écouter les explications de Magnus, bien qu'elle se doutât que les réponses n'allaient pas lui plaire.
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Magnus n'avait pas remis les pieds à New-York depuis près de cinq ans et étrangement la ville ne lui avait pas manquée. L'air saturé par la pollution, les rues surpeuplées, l'ivresse de la nuit. Cela faisait partie du charme de la grosse pomme, ce qui l'avait convaincu d'y poser bagage et pourtant, maintenant qu'il était de retour dans son appartement de Brooklyn, il avait l'impression de ne plus vraiment se trouver chez lui. « Mais chez toi, c'est là où ton cœur se trouve Bane. Or, aujourd'hui, je ne sais plus vraiment où ce cœur se trouve. » Pensa-t-il.
Suite à l'apparition surprise d'Izzy en Inde, la jeune femme avait finalement réussi à le convaincre de revenir à New-York. Sa magie s'amenuisait dès qu'il y avait recours, particulièrement lorsqu'il devait concentrer ses efforts dans des sorts de grande ampleur. C'était le cas des portails, or, pour revenir sur le continent Américain le sorcier avait dû user d'une quantité non-négligeable de magie. Il était désormais épuisé par ce simple tour de passe-passe et sentit soudain un malaise l'envahir. Qu'est-ce qu'il pouvait détester se sentir aussi vulnérable. Izzy dut se rendre compte de son état, car elle s'avança près de lui pour le soutenir et l'aida à avancer jusqu'à son canapé. Elle le dévisagea d'un regard inquiet et ne put s'empêcher de lui demander comment il allait.
Le sorcier ferma les yeux un instant, reprenant son souffle en préparation de sa réponse.
« Ça va, il me faut juste un moment pour reprendre mes esprits. Ma magie est faible et je dois l'économiser. Alors un simple déplacement avec un portail, c'est déjà beaucoup. »
Il croisa le regard d'Izzy et comme il le craignait, la jeune femme affichait un air de culpabilité. Pourtant, il ne lui en voulait pas, elle n'était pas la cause de son mal. Et même si le voyage lui avait coûté, il était quelque part soulagé qu'Izzy ait sollicité son aide. Malgré les différents qu'il avait avec Alec, il ne pouvait s'imaginer apprendre sa mort dans la rubrique nécrologique. Il nourrissait même l'espoir que sa magie soit encore assez puissante pour endiguer le problème. Bien qu'il pensât que ce n'était qu'être un incorrigible optimiste.
Ses vertiges enfin passés, il leva la tête vers la chasseuse d'ombre qui n'avait pas cillé et attendait sa réaction. Magnus enserra la main de la jeune femme, dans un geste réconfortant et lui afficha un sourire sincère. Le sorcier, n'avait jamais beaucoup apprécié les Lightwood. Enfin jusqu'à ce qu'il rencontre Alec et Izzy. Tous deux à leur manière, avaient changé la vision que Magnus avait des Shadowhunters. Aussi, il ne supportait pas de voir la jeune femme aussi torturée. Il espérait que ce simple geste lui donnerait un peu de soutien en attendant une réponse plus concrète à sa requête.
« On peut y aller quand tu veux. Je suis prêt. »
« Très bien. En revanche, plus de portails pour toi, on va prendre le métro. »
« C'est vrai que le métro new-Yorkais, c'est tout de suite plus sûr. » Ironisa-t-il. Il réussit même à décocher un léger sourire de la part d'Izzy, ce qui le rassura légèrement. Puis ils se mirent en route vers l'institut.
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Depuis toutes ses années, l'institut n'avait pas bougé d'un poil, observa Magnus. Cette même église délabrée qui paraissait terriblement déserte, s'imposait aux passants. Mais si les terrestres n'y voyaient qu'un tas de pierres en ruine, en réalité elle y refermait l'institut de New-York. Entre ses murs, une fourmilière de Shadowhunters s'affairait à la protection des humains, à la neutralisation des démons et à leur entraînement personnel quotidien.
Il fut un temps ou Magnus Bane travaillait en étroite collaboration avec l'institut. En fait, il fut un temps où le sorcier n'avait même pas besoin de demander la permission pour entrer.
Magnus sentit de nouveau la nostalgie le submerger. Mais, à la mélancolie, se mêla la colère. Depuis quand était-il un homme du passé ? Quand on est immortel, on ne pense qu'à vivre l'instant présent, la vie est éternelle et on ne peut pas savoir de quoi l'éternité sera faite. Et puis il avait vu trop de monde autour de lui s'effondrer pour considérer un seul instant devoir regarder en arrière, c'était bien trop douloureux. Mais voilà, désormais, il était mortel. Peut-être était-ce le lot inéluctable de chaque personne mortelle, que de ressasser le passer à la recherche d'une réponse pour construire le futur.
Magnus décida de reporter son attention sur des questions pratiques, espérant ainsi se dégager de l'emprise de ses souvenirs. Il se tourna alors vers Izzy et l'interrogea :
« Il y a bien quelque chose qui me chagrine. Comment comptes-tu me faire pénétrer l'institut, au juste ? Je suis un peu persona non grata ici, mais je pense que tu le sais. »
Izzy afficha un sourire espiègle qui en disait long sur ses intentions.
« Disons que j'ai mes contacts. »
Devant eux, Underhill montait la garde de l'institut. Izzy avait prévu le coup, en faisant surveiller le flanc gauche par un garde de confiance, sur qui elle pouvait compter. Personne ne pénétrait par ce côté de l'institut, ce n'était pas pour autant qu'il ne fût pas gardé. Mais Underhill avait toujours eu une grande estime d'Alec, avec le temps ils étaient même devenus amis. Alors, quand Izzy lui avait proposé son plan, il n'avait pas hésité une minute. Parfois, pour aider ses amis, il fallait savoir les réveiller de leur léthargie.
Le garde esquissa un sourire à l'approche des deux compères. Il n'avait pas revu Magnus Bane depuis que le sorcier s'était séparé d'Alec. En le voyant, il sentit l'espoir revivre. S'il y avait bien une personne qui pouvait aider le directeur de l'institut, c'était cet homme. Et Underhill en était bien heureux, car l'institut avait besoin d'une personne comme Alec aux commandes, avec lui tellement de choses avaient évoluées de manière positive. Sans lui, le garde n'aurait d'ailleurs jamais eu le courage de vivre au grand jour son homosexualité. Alec avait ouvert la voie dans un monde aux idées pourtant bien étriquées.
« Magnus Bane, cela fait bien longtemps ! » Il accueillit le sorcier d'un sourire chaleureux, qui étonna Magnus, il ne savait pas le chasseur d'ombre si familier. Le sorcier lui rendit son sourire et fit un simple signe de tête en guise de salutation.
« J'ai réussi à occuper Alec pour vous laisser le temps d'entrer dans son bureau sans qu'il ne s'en aperçoive, mais faites vite, il ne devrait pas mettre trop de temps à revenir. »
Izzy pressa le bras d'Underhill en signe de remerciement et fila, Magnus sur ses pas.
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Le sang d'Alec ne fit qu'un tour, lorsqu'il s'aperçut qu'on s'était joué de lui. Bon sang, il était le directeur de l'institut, il n'avait pas de temps à perdre avec des enfantillages. Qui avait bien plus être assez idiot pour débrancher le système de vidéosurveillance. Et pourquoi Underhill l'avait appelé pour ça, Alec le connaissait, il était capable de gérer l'urgence lui-même.
Il sentait la colère monter en lui et à mesure qu'il perdait son sang-froid, sa main se raidissait davantage. Comme s'il n'avait pas assez de problèmes à gérer, il fallait que ce fichu poison s'y mette lui aussi.
Parfois, dans ses moments de colère, le jeune homme avait envie de tout casser et de hurler jusqu'à en perdre sa voix. Hurler jusqu'à que cette voix s'éteigne à tout jamais. Mais il n'avait pas le droit de craquer, sa sœur, ses frères, sa famille toute entière avaient encore besoin de lui. À la fin, c'était eux qui resteraient, alors que lui connaitrait le repos. Il devait rester fort pour eux, pour qu'ils puissent lui dire au revoir et faire leur deuil en paix.
Parfois, c'en été pourtant trop pour lui. La mort lui semblait bien hospitalière. Lui ouvrant grand les bras, désireuse de le recueillir en son sein et de l'étreindre avec l'amour d'une mère. Lui assurant qu'il ne risquerait plus rien, seulement le repos bien mérité du guerrier, auquel il n'avait de cesse de prétendre depuis que sa carrière avait commencée.
Chassant les idées sombres qui le suivaient d'un coup de main, comme il chasserait une mouche indésirable, il fonça droit vers son bureau. La porte était ouverte heureusement, car il n'avait même pas pris la peine de relever les yeux, ni de s'assurer qu'elle était ouverte.
Soudain, il releva les yeux. La porte. Il l'avait fermée en sortant. Au même moment, elle claqua vivement et Alec se retourna précipitamment, dégainant un poignard séraphique qu'il avait ceint à sa taille. Il se retourna instantanément, faisant face à l'intrus qui avait pénétré son bureau. Brandissant sa lame sous la gorge du malfrat, prêt à la trancher à tout instant, lorsqu'il la lâcha brusquement, comme s'il avait été vivement brûlé par l'adamas chauffé à blanc. Le poignard continua sa chute aux pieds de l'intrus, atterrissant dans un fracas de métal.
Alec resta un instant figé, le regard horrifié par la perspective d'avoir pu blesser le sorcier. Magnus Bane. Le Shadowhunter n'arrivait même pas à intégrer l'information. Devant lui se trouvait le grand sorcier de Brooklyn. C'était comme voir un fantôme. Mais peut-être était-il déjà mort ? Si c'était le cas, il n'avait rien senti, il ne s'était même pas aperçu qu'il avait glissé de l'autre côté, si tant est qu'il y en ait un.
« Bonjour Alec. » Dit une voix stoïque. Magnus avait soutenu le regard d'Alec tout ce temps sans bouger d'un pouce. Le sorcier leva alors lentement son bras pour atteindre celui du chasseur d'ombres, l'empoignant avec douceur. Il sentait qu'il devait rester prudent avec le jeune homme, ne pas le brusquer.
« Je pense que tu peux desserrer ta prise désormais. »
Le bras d'Alec, plaquait toujours Magnus d'une manière menaçante. Le chasseur avait une respiration saccadée. Il fulminait. Magnus était réel, devant lui. Il n'avait jamais pensé le revoir un jour. Il n'arrivait pas à se décider. Devait-il se calmer ou exploser ? Le jeune homme, soupira tel un buffle et ferma les yeux, s'avouant vaincu. Il baissa le bras libérant le sorcier de ses chaînes.
Le chasseur s'éloigna. Il se trouvait désormais à l'opposé du sorcier, où une distance qu'il jugeait acceptable les séparait. Le jeune homme tournait le dos au sorcier, s'efforçant de poser toute son attention sur les vitraux qui ornaient son bureau. Il n'avait jamais vu autant de détails les constituer, comme si jusqu'alors, il ne les avait jamais vraiment regardés. Depuis qu'il se savait mourant, il redécouvrait de nombreuses merveilles qui lui avait échappées jusqu'ici. Pour autant, aujourd'hui, si les vitraux lui semblaient si attirant, ce n'était pas pour leur beauté, mais pour leur capacité à faire oublier la prestance du sorcier qui se tenait debout dans cette pièce.
« Qu'est-ce que tu fais ici ? » Se hasarda Alec.
« Je suis venu t'aider. » Répondit d'une voix calme Magnus, comme s'il s'adressait à un animal terrifié.
Alec n'avait pas besoin de se retourner pour sentir un regard empli de compassion se poser sur lui. Il ferma les yeux. C'était trop lourd à porter. Il ne méritait pas tant d'égard de la part du sorcier. Il ignorait comment le sorcier s'était retrouvé debout dans ce bureau, il imaginait bien que sa petite sœur n'était pas étrangère à cette apparition.
Sentir le regard insistant de Magnus sur ses épaules, c'était comme sentir qu'on le marquait au fer rouge. Insupportable. À la douleur mentale, se substituait une douleur physique qui lui transperçait les os. Le poison agissait, mais à cet instant c'était bien plus la culpabilité qui le rongeait qu'une quelconque toxine qui avait élu domicile dans ses veines.
Magnus Bane était là, prêt à aider la personne même qui avait causé sa perte. Cette même personne qui avait allégrement piétiné un amour qu'ils avaient tous deux tendrement chéri. Un amour qui les avait fait renaître chacun à leur manière. Alec était courageux à bien des égards. Mais cette simple erreur, cette faiblesse causée par la jalousie, l'avait anéanti. Imaginer regarder le sorcier en face, quand lui-même n'arrivait plus à affronter son propre reflet, relevait d'un effort surhumain qu'il n'était pas prêt à fournir. Oui, il était courageux, mais lorsqu'il s'agissait de l'affaire Magnus Bane, il se sentait complétement vide et éteint, bien incapable d'affronter la réalité en face, plus encore quand cette réalité, constituée de chair et d'os, se tenait debout dans son bureau et l'observait en silence.
Magnus n'osait pas approcher, de peur de braquer le chasseur. Il sentait toute la tension accumulée transpirer par ses ports alors qu'il lui tournait le dos à l'autre bout de la pièce. Cela faisait cinq ans qu'ils étaient séparés et pourtant sa beauté avait piqué Magnus. Il n'avait pas changé, depuis tout ce temps, il semblait encore irradier la pièce de son éclat. Ou tout du moins, il savait irradier le cœur du sorcier.
Après l'avoir senti si près de lui, Magnus ne souhaitait pas le voir s'éloigner. Il aurait voulu le garder à quelques centimètres seulement de sa personne. Il voulait sentir la tiédeur de son bras effleurer sa clavicule, son souffle chaud caresser sa chair et les doux effluves de son parfum enivrer son odorat. Magnus ricana intérieurement, il se sentait si stupide de penser à ce genre de détails à cet instant. Il n'avait même pas réglé ses propres démons. Il en voulait toujours à Alec de lui avoir pris l'essence qui l'animait, de l'avoir rendu mortel et dépendant comme un pauvre humain répugnant. Sa rancune était tenace.
« Va-t'en. » Dit Alec d'une voix à peine audible, sans même prendre la peine de se tourner face à son interlocuteur. C'était plus simple s'il n'avait pas à affronter son regard. Qu'est-ce qu'il pouvait bien lui dire. Il n'avait pas de mots assez forts pour s'excuser et il ne pouvait l'entendre parler. Il voulait juste être seul, il voulait juste que Magnus retourne d'où il venait.
« Non Alec ! Je n'ai pas fait tout ce chemin pour t'entendre me dire ça ! Je ne te laisse pas le choix que de m'écouter. » La voix du sorcier était soudainement devenue sèche. Campé sur ses deux pieds, il avait imperceptiblement serré ses poings, adoptant une attitude combative. Il n'avait pas l'intention de laisser le choix au jeune homme. Il ne lui avait pas pardonné, il ignorait s'il pourrait lui pardonner un jour. Mais il s'en voudrait toute sa vie, s'il devait le laisser périr sans même tenter de l'aider. Il lui semblait qu'Alec, lui, avait baissé les bras depuis un moment. Qu'importe, il se battrait pour deux ! Sa magie était peut-être faible, mais sa ténacité en était décuplée.
Magnus continuait à fixer le dos qu'Alec lui offrait à voir, même sous son costume, il pouvait deviner ses larges épaules, que des muscles finement dessinés supportaient. À mesure qu'il restait à l'observer, les souvenirs s'accumulaient, s'entrechoquaient, lui coupant le souffle. Il n'avait pas prévu que la proximité physique avec le chasseur d'ombre, serait si difficile à gérer. Avec impatience, Magnus resserra davantage ses poings, enfonçant ses ongles vernis dans sa chaire et intenta à Alec, de se retourner.
« Alec, regarde-moi ! » Ces mots avaient sonné plus crûment qu'il ne l'aurait souhaité. Magnus n'arrivait pas à faire réagir le garçon et se sentait inutile, ce qui l'agaçait davantage. Son énervement était plus dû à sa propre impuissance face à la situation, qu'à l'apparente léthargie du chasseur d'ombre. Le sorcier se résigna, desserrant enfin les poings, il sentit la pression dans ses paumes s'évanouir, laissant une légère douleur sourde à sa suite. Il avait bien plus serré qu'il ne l'avait pensé, prêtant des traces rougeâtres à sa peau halée. Il regarda un instant l'intérieur de ses mains, avant de lever les yeux de nouveau vers son ancien amant.
« S'il te plaît… » La voix de Magnus n'était plus qu'un murmure suppliant. Ces inflexions, réveillèrent Alec de son apathie. Il ne supportait pas que le sorcier puisse vouloir l'aider, mais le désespoir qui teintait sa voix lui était bien plus insupportable à ses oreilles. Le chasseur d'ombre se résigna alors et se retourna. Désormais face au sorcier, Alec n'arrivait pas à le regarder dans les yeux. Son regard se baladait d'objets en objets, dans l'espoir de s'accrocher sur un sujet suffisamment intéressant pour tenir le temps d'une conversation.
Imperceptiblement, Magnus s'était rapproché du chasseur d'ombre, sans qu'aucun des deux hommes ne s'en aperçoit. Désormais rapproché, le sorcier pouvait observer le réseau de veines noires qui marquait le corps du Shadowhunter. Sa peau portait dorénavant un blanc laiteux que Magnus ne lui connaissait guère. Pour autant, ces nouvelles caractéristiques physiques, ne déplaisaient pas au sorcier. Qu'importe l'apparence que portait le chasseur, l'affection de Magnus pour ce dernier n'avait pas faiblie.
Sans que l'un ou l'autre ne sache comment, ils s'étaient retrouvés face à face, au cœur de la pièce. À seulement quelques centimètres l'un de l'autre, Magnus tentait de capter le regard d'Alec. Pareil à un animal apeuré, le jeune homme n'osait toujours pas croiser le regard fauve du sorcier. À cet instant, il semblait à Magnus, qu'il n'avait jamais quitté le chasseur d'ombre qu'il avait croisé au détour d'une soirée. Ce même chasseur d'ombre si brave au combat et pourtant si peu confiant en amour. Aussi, le sorcier se hasarda à trouver les mains du chasseur pour les étreindre dans les siennes avec délicatesse. Ce geste surprit Alec, qui planta soudainement ses yeux dans ceux du sorcier, affrontant enfin son regard. Là, en face de lui, le visage du sorcier s'était illuminé d'un tendre sourire, l'encourageant à s'ouvrir.
Alec, sentit alors une légère chaleur remonter le long de ses bras. Ces derniers temps, il avait pris l'habitude de trimballer une carcasse raide et froide qui lui servait de corps. C'était la première fois depuis l'incident qu'il pouvait sentir son sang se réchauffer et ses muscles se détendre légèrement. Il ferma les yeux et profita de cette agréable sensation d'abandon que lui offrait le sorcier.
Magnus observa le visage du chasseur se détendre et peu à peu l'entièreté de son corps se décrisper. Des flammes, d'un bleu réconfortant, jaillissaient de ses mains et serpentaient le long des bras d'Alec. À son tour, le sorcier ferma les yeux et profita de cet échange presque intime avec le chasseur. Comme une faveur qui lui était offerte. Il n'aurait jamais pensé que la connexion avec son ancien amant se ferait si naturellement, que tous deux se retrouveraient comme si, rien de cette histoire, ne s'était un jour déroulée. Magnus s'enrichit du partage autant qu'il le pouvait, il aurait souhaité rester là, à tout jamais, sans que cela ne cesse. Pourtant, ils devraient tous deux revenir à la réalité et affronter leurs démons. Ils devraient, à un moment donné, parler de cet incident. Mais pas maintenant. Pour l'heure, le sorcier souhaitait profiter de l'instant présent.
Soudainement, une puissante décharge électrique remonta le long des bras de Magnus, poussant les deux hommes à desserrer leur étreinte. Tout le haut de son corps était parcouru de fourmillements insupportables et ses membres étaient subitement devenus lourds et incontrôlables. Magnus serra les dents un moment, tentant de cacher la douleur à Alec, il ne voulait pas que le chasseur se renferme de nouveau.
« Qu'est-ce que c'était ?! Magnus, ça va ? » S'enquit Alec.
« Je survivrai, t'en fais pas. C'était le poison. J'ai l'impression qu'il n'était pas vraiment d'accord pour que ma magie pose ses bagages dans tes cellules. » Le sorcier avait prononcé ces quelques mots avec un large sourire, dans l'espoir de rassurer le chasseur d'ombre, mais ce dernier n'était pas dupe.
« Je vois bien que ça va pas ! Magnus, ça aurait pu te tuer ! »
« Ne sois pas idiot. M'assommer, tout au plus, mais tu penses vraiment qu'on traverse 800 ans d'âge sans récolter quelques égratignures au passage ? »
« Arrête un peu de jouer au brave, tu n'es plus immortel désormais, tu dois faire attention t'es plus vulnérable qu'avant ! »
Le visage de Magnus s'assombrit soudainement, le retour de bâton ne s'était pas fait attendre et il avait était finalement plus dur qu'il ne l'aurait souhaité. Savoir qu'il était mortel était toujours dur à digérer pour Magnus, mais entendre ces mots de la bouche de la personne même qui lui avait donné cette condition, était encore plus douloureux. Alec dut s'en rendre compte, car son regard criait au pardon. Magnus se radoucit, le jeune homme s'était inquiétait pour lui et il ne pouvait pas lui en vouloir pour ça.
« Magnus, je t'ai déjà tant fait souffrir, j'ai juste pas envie que tu risques ta vie pour moi. Je ne le mérite pas. »
« Alec, si je suis venu ici, c'est pour t'aider. J'ai pas l'intention de te laisser mourir, j'en ai pas fini avec toi. Ici, je peux rien pour toi, mais j'ai tout ce qu'il faut dans mon ancien appartement, alors je t'attendrai à la première heure, demain matin. »
« Je sais qu'Izzy t'a persuadé de venir. Mais je sais que mon heure est venue. On a tout essayé. Ce poison m'infeste et je meurs à petit feu. La douleur physique, la perte de son corps, voir les gens autour de soi s'acharner. C'est pas ce que je veux. Je veux pouvoir partir dignement, au combat. Finalement, je trouve que c'est un juste châtiment, après ce que je t'ai fait. C'est bien plus que je ne mérite. »
« Alec… » Magnus sentait toute la résignation dont faisait preuve le chasseur. Quelque part, il comprenait où il voulait en venir, pour autant, le sorcier n'était pas prêt à lui dire au revoir. Il savait qu'il lui restait suffisamment de magie pour le sauver. Tout du moins, il l'espérait. Il ne pouvait imaginer autre dénouement.
« Je peux pas te laisser dire ça ! Il n'y a pas de maux que ma magie ne sait résoudre, tu le sais bien ! Alors, je t'attendrai. »
« Je ne viendrai pas. »
« Et bien, si tu changes d'idée, tu sais où me trouver. »
Magnus esquissa un geste vers Alec, comme pour lui enserrer une ultime fois la main et se ravisa au dernier moment, comme s'il s'avouait vaincu, avant de tourner les talons, disparaissant derrière la porte, sans un dernier regard vers le chasseur.
