-C'est décidé, je viens.
Sa voix tremblait un peu mais on pouvait y déceler de l'assurance.
Il hocha la tête sans rien dire.
-Est ce que j'ai le temps d'écrire à ma famille avant ?
-Je suis désolé Wendy, mais il faut que tu sois au courant. Quand tu partiras, ta famille t'oubliera comme si tu n'avais jamais existée. Leurs souvenirs de toi s'effaceront. Toi, par contre tu peux choisir, il suffit de me le dire.
-Comment est ce possible ?
-Wendy, les garçons perdus se sont retrouvés au pays imaginaire parce qu'ils étaient seuls. Moi, je vivais avec mon père que je détestais alors j'ai demandé à m'enfuir de cet endroit, c'est là que Peter Pan a entendu ma demande, il est venu me chercher. Il a fait de moi le premier garçon perdu. Il m'a laissé choisir entre oublier ou non ce que j'avais vécu avant. J'ai préféré me souvenir.
Une nuit j'ai voulu voir ce que mon père était devenu, je suis parti sans que Peter ne le sache. Quand je suis arrivé chez moi, mon père était toujours là en train de dormir. Il y avait un objet au sol, je l'ai attrapé. J'ai reconnu grâce au cadre que c'était la seule photo où nous étions tout les trois; ma mère, mon père et moi petit. Mais quand je l'ai regardé c'est comme si j'avais été effacé du papier. Comme si je n'avais jamais été sur la photo. J'ai alors compris que lorsque je suis parti c'est comme si je n'étais jamais né dans ce monde. Ça a été un moment difficile pour moi. Même si je ne l'aimais pas, je ne voulais pas qu'il m'oublie ! J'en est voulu à Peter pour ça. Puis quelques temps après je me suis dit que c'était pour le mieux, mon père n'aurait pas à souffrir même un tant soit peu de ma disparition.
j'avais été égoïste, j'étais lâchement partie. Normalement vous auriez dû oublier vos parents lorsque vous êtes arrivés au pays imaginaire, parce que vous n'avez pas eu le choix contrairement à moi …
Wendy écoutait son histoire avec compassion, le laissant débiter ce qu'il avait à cœur. Il n'avait dû en parler à personne d'autre qu'elle auparavant mais lorsqu'il lui révéla la dernière phrase elle ne pu s'empêcher de s'énerver :
-Tu veux dire que Peter le savait et qu'il ne m'a rien dit ! Il ne m'a jamais prévenue qu'une fois partis on les aurait oubliés ! Par quel miracle est ce qu'on s'en est souvenu ?
-L'amour Wendy, vous deviez tellement aimer vos parents que la magie n'a eu d'emprise sur vous et n'a pas pu effacer vos souvenirs sur le coup. Je ne sais pas si tu as remarqué mais vous commenciez à oublier au bout d'un moment passé sur l'île.
Ainsi Peter lui avait caché la vérité ! Comment avait-il pu ? Elle lui faisait confiance !
Au moins lorsqu'elle partira, elle ne ferait de peine à personne cette fois ci. Mais suspicieuse elle demanda :
-Pourquoi est ce que cette fois ci ne serait pas différente ? Pourquoi est-ce qu'ils m'oubliraient maintenant ?
-Parce que tu le souhaites. Si tu les aimes vraiment tu les fera oublier pour ne pas qu'ils souffrent.
Wendy pleurait ne sachant que faire.
-Je ne suis pas comme toi, Félix, je les aimes de tout mon cœur. Je suis sûre que malgré tout ils ne voudraient jamais m'oublier, même s'ils devaient souffrir.
Résolue, elle essaya de sécher ses larmes même si elle savait que ce serait en vain parce que celles-ci ne faisaient que couler et se leva doucement. Elle s'approcha de son bureau où elle attrapa de quoi écrire :
À ma très chère famille,
Papa, maman, John et Michael,
Je vous aime de tout mon cœur.
Je pars quelque part ou vous ne pourrez jamais me retrouver alors n'essayez pas de me chercher. Je vais partir vers un autre monde.
Ne soyez pas triste, soyez heureux des moments que nous avons passés ensemble.
Ne vous inquiétez pas pour moi.
Peut être qu'un jour je vous retrouverai…
J'espère que vous ne m'oublierez pas et que vous continuerez à m'aimer.
Votre Wendy qui vous embrasse
Elle savait que ce n'était pas grand chose mais elle n'aurait pas pu dire plus… Elle sursauta quand elle sentie une main sur son épaule :
-Tu es prête Wendy ? questionna Félix avec une voix douce et compréhensive
Elle se contenta d'acquiescer d'un mouvement de tête. Elle attrapa une cape chaude et l'enfila.
-Tu peux te mettre dans mon dos et t'accrocher à mes épaules.
Elle passa ses mains sous les bras de Félix et les replia sur ses épaules, ses avant bras et étaient collés contre son torse chaud.
Elle était très gênée tout comme lui mais ils ne dirent rien.
Elle appuya sa tête contre son dos, alors que des larmes silencieuses continuaient de couler.
Avec lenteur il s'éleva du sol pour lui laisser le temps de s'habituer et souffla pour lui même :
-Désolé Wendy et maintenant cap jusqu'au pays imaginaire.
Ils s'echappèrent dans la nuit noire, volant dans les cieux sous une lune bienveillante.
Le vent soufflait dans leurs cheveux.
Cette atmosphère réconforta Wendy qui se laissa aller.
Très vite ils aperçurent le pays imaginaire plongé dans l'obscurité.
Félix se dirigea vers la forêt et ils rejoignirent le campement endormi. Lorsqu'il posa un pied à terre, Wendy le lâcha mais vacilla un peu alors il l'attrapa en passant un bras sous ses épaules. Elle était à moitié endormie.
Il la conduisit vers une petite cabane à l'écart et songea : de toute façon Peter ne l'utilise pas alors autant en profiter.
Il l'aida à s'allonger sur le lit. Aussitôt elle s'endormit chamboulée par ce qu'elle venait de traverser.
-Bonne nuit Wendy bird, fait de beaux rêves.
Alors qu'il s'éloignait sa conscience lui souffla qu'il ferait mieux de faire attention car il ne faudrait pas qu'il s'attache trop à elle.
