Laurence écouta sans répondre, la regarda dans les yeux alors qu'elle résumait ses moments de détresse.

- On vous a tous aider, Marlène, Tim et moi. Vous entendez des voix, bon, c'est bizarre mais je sais que vous êtes perturbé et j'encaisse votre mauvaise humeur, c'est un jeu entre nous mais je vous ai fait quoi bordel ? en rage devant la volonté de Laurence à l'éloigner d'elle.

Laurence écoutait Alice en regardant le bout de ses chaussures, conscient d'être un beau salaud, égoïste, muré dans son silence, incapable de répondre. Leur relation lui était chère mais il ne savait pas exprimer ses sentiments, le calvaire des timides.

- Mais pourquoi vous voulez pas me parler, vous confier ? lui répéta-t-elle.

Un long silence suivit où Alice et Swan se firent face. La colère d'Alice montait. Elle n'y tint plus, posa son verre de porto à peine entamé et prit ses affaires pour s'éloigner de ce goujat incapable d'accepter son amitié.

- Salut, Laurence et bonjour à Marlène Dietrich !

- Avril, ne t'en va pas, excuse-moi, il la retint par le bras étonné comme Alice de ce tutoiement soudain.

- Quoi Laurence, encore une vacherie ?

Elle vit Laurence s'approcher, les yeux embués d'une tristesse infinie. Au-delà du deuil de Maillol.

- J'ai peur…

- Mais peur de quoi enfin…

- C'est facile de partir, de ne rien dire ça évite de souffrir …

Avril le laissa parler même si elle ne comprenait pas trop où il voulait en venir.

- Je ne veux plus perdre quelqu'un, je ne veux plus m'attacher à quelqu'un et puis le voir disparaître… je ne veux pas dire ce que j'ai au fond du cœur, j'aurai peur de perdre quelque chose et …j'ai besoin

- Besoin de quoi…

- J'ai besoin de toi

Alice fut scotchée par cette révélation.

- En guise de ring de boxe ? toujours en colère mais perplexe sur le comportement de Laurence

Laurence n'était plus le grand et bel homme charmeur au tempérament inflexible et prétentieux. Il était un homme seul.

- Avril, tu m'emmerdes la plupart du temps mais tu es celle qui me fait avancer. Tu me tapes sur les nerfs parce que tu es plus maligne que moi, tu sais débrouiller les enquêtes mieux que la majorité des flics que je connaisse. Tu me fais peur à te mettre dans des situations de dingue et je ne supporterai pas de te perdre, confessa-t-il.

- Mais tu ne me perdras pas, passant aussi au tutoiement. Regarde-moi, regarde-moi en l'agrippant pas le revers de la veste.

Laurence accrocha son regard, avec un air bougon, les mains dans les poches attendant l'orage « Avril ».

-Swan, je tiens à toi, tu ne le comprends pas encore ? Ton histoire avec MAILLOL ça m'a tué.

- Quoi ? Mais je croyais que tu ne pouvais pas me piffrer que tu te faisais un plaisir de me voir dans la mouise.

- Swan, je t'interdis de croire que ce qui t'arrive ne m'a jamais touché. Cite-moi une fois où je t'ai laissé dans la merde sans faire quelque chose. Tu rejettes les gens et tu m'en fais le rapproche, ça ne va pas, et maintenant tu as besoin de moi mais Swan…

Swan releva la tête pour se concentrer sur le visage d'Alice, son regard qui à ce moment là aurait pu tuer le premier venu. Mais il vit aussi que l'inquiétude flambait dans ses yeux.

- Swan, dit Alice, en s'approchant de lui. Elle était largement plus petite que lui mais à ce moment elle le dominait de sa détermination et de sa volonté. Tu crois qu'on se tournerait autour depuis 6 ans si je n'avais pas besoin de toi. Tu me casses les pieds aussi, tu m'humilies régulièrement et ça m'énerve infiniment mais chaque fois que j'étais au plus bas tu étais là. Grâce à toi, je fous la trouille à Jourdeuil chaque fois que je le menace de démissionner, je rends les autres machos de journalistes fous de rage des scoops que je décroche grâce à toi.

- Swan tu as donné du sens à ma soif de réussir, tu m'as donné les clés de mon métier, tu m'as obligé à réfléchir. Jamais je ne l'aurais accepté de qui que ce soit. On fait une équipe d'enfer, on se fait une confiance aveugle, on se soutient dans les moments difficiles.

Elle s'approcha encore plus de lui et s'éleva sur la pointe des pieds pour toucher sa joue d'un baiser. Cela réveilla Laurence qui eut un mouvement de surprise avant de voir l'intention d'Alice. Swan la prit dans ses bras pour sentir la chaleur de son corps contre lui et se réchauffait de sa présence et des mots qu'elle lui avait dit.

Doucement, Swan baissa son visage sur Alice et prit doucement ses lèvres avant d'approfondir leur baiser et d'embraser leur sens.

S'écartant l'un de l'autre en se regardant intensément ils étaient heureux de s'être découverts.

- Merci Alice de m'avoir secoué, je n'ai pas les idées claires ces derniers temps lui prenant la main

- Je suis né pour t'exaspérer lui répondit Alice, touchée de cette marque d'attention.

Un silence complice s'installa, se dévorant des yeux n'attendant qu'un geste de l'autre pour se rapprocher.

Cependant la raison de Laurence le freina.

- Alice, ce soir, tu me donnes une raison de revenir. Cette convocation m'avait complètement démoralisé et j'avais l'impression que les mauvaises nouvelles ne faisaient que se succéder. Je ne voyais pas de sens dans cette mission…

- Franchement ça ne me branche pas trop de te voir partir à Berlin. Tu peux pas te faire pistonner pour éviter d'y aller ? Alice sentait que son séjour à Berlin ne consisterait pas seulement à garder Spandau.

- Alice, je sais que tu meurs d'envie d'en savoir plus mais je ne peux pas t'en parler. Ça pourrait te mettre en danger. Je ne pars pas longtemps mais je dois y aller pour respecter la parole donnée. Ne te fâche pas mais pendant le temps de mon absence, je ne te donnerai pas de nouvelles, mais tu seras avec moi et tu seras la raison pour laquelle je reviendrai.

Alice se leva et vint s'installer sur les genoux de Swan dans une pause sensuelle qui ne laissait pas de doute sur ces intentions et ce qu'elle voulait. Tout en s'installant elle retirait la cravate et déboutonnait la chemise de son homme en parcourant son visage d'un léger soupir qui le rendait fou.

- Avril, on ne peut pas… tu mérites toute mon attention et pas seulement une nuit comme un marin dans un rade. Swan était peu convaincu tellement déconcentré par les attentions qu'Alice lui prodiguait.

- Tais-toi, je veux que tu comprennes vraiment que tu as une très bonne raison de revenir.

- Au diable, soupira Swan en se levant et prenant Alice dans ses bras en l'emmenant dans la chambre.

Les heures qui suivirent consistèrent à enterrer la hache de guerre et mieux se connaître et faire monter leur désir réciproque.

L'amour les laissait heureux. Alice se retourna pour s'installa face à face avec Swan.

-Swan, avant que tu partes, je voudrais te laisser quelque chose de moi.

Swan sourit de façon ironique. « Je trouve que les moments qu'on vient de partager m'ont laissé quelque chose de toi ».