- Bonjour Mlle Avril, que puis-je pour vous ? Interrogea Gilbert, sachant parfaitement ce qu'elle allait lui demander.

- Monsieur Gilbert, je suis inquiète pour Laurence. Je sens bien qu'il traverse de grandes difficultés et qu'il a besoin de mon aide et…

- Alice, coupa Gilbert, ce que fait Laurence ne vous regarde pas. Je comprends votre inquiétude mais il faut que vous soyez patiente il va bientôt revenir je vous le promets. Je repars justement tout à l'heure pour finaliser l'opération.

- Laissez-moi venir avec vous Gilbert, je ne vous gênerai pas je vous le promets

- Alice, je connais votre caractère de fouine et Swan m'avait prévenu…Je ne veux pas vous mettre en danger, Berlin Ouest est sous contrôle des alliés mais c'est une fosse aux serpents surtout depuis la construction du mur. Faites-moi confiance Alice

- Mais…

- Non Alice, Gilbert paya leur café et revint vers Alice. Ça suffit. Il revient bientôt.

Elle vit partir Gilbert, extrêmement déçue, mais pas surprise par l'attitude de Gilbert mais elle n'allait pas de laisser faire.

Elle attendit qu'il s'éloigne et emboîta le pas de Gilbert pour le suivre … jusqu'à Laurence.

Elle le fila jusqu'à la gare où il embarqua dans un train pour Bruxelles. Elle prit à la hâte un billet de troisième classe pour continuer la piste qui la mènerait jusqu'à Laurence.

Elle crevait de faim et se dirigea au wagon bar pour grignoter un truc vite fait sur le pouce. En train de se rassasier elle se sentit observée.

- Avril, mais c'est pas possible d'être aussi butée. Je ne comprends pas comment Laurence arrive à vous supporter. Gilbert était fou furieux d'avoir à se coltiner la journaliste.

- Allez Gilbert vous allez voir je vais pouvoir vous aider.

- Mais vous ne voyez pas que l'on est dans une affaire qui vous dépasse, ce n'est pas un crime dans votre trou, c'est la troisième guerre mondiale que l'on veut éviter. Et vous risquez d'être déçue.

- Je ne vais pas descendre du train quand même

- Non le plus simple c'est de vous avoir à l'œil. Une dernière chose : quand nous arriverons à destination, ne vous fiez pas aux apparences, d'accord ?

- Ça veut dire quoi ?

- Ça veut dire, dépasser le premier degré pour changer.

Gilbert bougonna un moment avant de réorganiser sa mission en fonction d'Alice

- -Avril, pour les gens que l'on va croiser vous êtes ma secrétaire, compris.

- Pourquoi faut-il toujours faire la potiche ?

- Pour notre sécurité à tous, faites moi confiance. On nous attend à l'arrivée, faites-moi confiance. Et comme vous ne parlez pas allemand, sauf erreur je vous interdis d'ouvrir la bouche.

En correspondance à Bruxelles, ils prirent un train pour Berlin. Le voyage dura la journée entière. Ils arrivèrent en fin de soirée où on les attendait.

Descendant du train, Gilbert alla à la rencontre d'une magnifique femme brune dont les traits rappelaient le visage de Maillol.

Gilbert partit à sa rencontre, Alice à deux pas derrière lui.

Ils se saluèrent et entamèrent une conversation en allemand. La conversation semblait courtoise mais Alice ne pigeait que dalle.

Alice interrogea d'une regard Gilbert.

- Alice, je vous présente Mme SALVANT, l'épouse du Colonel Philippe SALVANT, représentant français des alliés à la prison de Spandau. Son mari devait nous accueillir mais il est retenu en mission.

- Enchantée Mademoiselle, je m'appelle Léna. Je ne savais pas que vous serez accompagné, je vous propose de nous rendre à votre hôtel, Gilbert voir si nous pouvons réserver une chambre pour votre collaboratrice.

La conversation dans la voiture fut des plus limitée. Alice dans ses pensées, ne voyant pas les échanges entre Gilbert et l'épouse du « Colonel ».

- Philippe avait prévu un programme pour votre venue Gilbert, il serait furieux si nous ne le maintenions pas, n'est-ce pas proposa Léna.

- Mais bien sûr, comment va Philippe

- Il a quelques soucis de santé ce qui est gênant vu les circonstances mais il devrait revenir prochainement.

La conversation ne laissait guère de doute sur la situation périlleuse que vivait Laurence. Mais Alice avait bien compris qu'il était hors de question de moufter sous peine de créer des ennuis à tout le monde et accessoirement un incident diplomatique.

Arrivés à l'hôtel, ils s'installèrent rapidement. Ils rejoignirent rapidement Léna dans le lobby de l'hôtel pour partir enfin discuter librement.

Léna les emmena dans un Piano Bar où la musique couvrait aisément les conversations. Léna put donner des informations.

- Bayer a accepté la proposition. Il doit simplement clore un dossier.

- Oui, c'est normal de mettre ses affaires en ordre. Philippe est-il content de son affectation ?

- Très heureux, il est un peu contrarié des ennuis de santé de son père mais les nouvelles sont bonnes malgré tout. Sa sœur Marlène lui donne régulièrement des nouvelles. Il voudrait avoir une permission rapidement pour aller les voir.

Alice suivait toutes ce dialogue dans un épais brouillard. Elle pressentait néanmoins, que pour une fois, Laurence n'était pas maître de son destin

Léna finit son verre puis leur souhaita une bonne soirée

Alice regarda Gilbert pour qu'il éclaire la situation.

- Gilbert …

- Non Alice, pas ici, partons, je vais vous expliquer

Ils partirent à pied tout en fréquentant les rues animées de la ville en soirée.

- C'est ce que je craignais : Notre ami est parti à Moscou récupérer la famille de Bayer et il a des difficultés pour revenir sur Berlin. Des dires de Léna, je pense qu'ils devraient passer le check point demain.

- Il va bien ? s'inquiéta Alice, ça veut dire quoi les soucis de santé ?

- Ça veut dire que les papiers nécessaires pour faire passer la femme et les enfants de Bayer ne sont pas arrivés.

- Mais comment ils vont rentrer demain ?

- Philippe a l'habitude de ses contrariétés, il va s'adapter.

- Mais s'il n'y arrive pas,

- Il doit se débrouiller seul, personne ne peut l'aider de ce côté de la frontière.

Alice prenait conscience du bourbier dans lequel Swan avait été mis. L'inquiétude et l'effroi montait progressivement en elle.

Gilbert voyait l'expression d'Alice changeait, il essaya de la calmer.

- Alice reposez-vous, demain la journée va être longue. On se rend au check point à 8h.