La suite... bonne lecture
Elle vit Laurence entrait dans l'avion et accompagnait Bayer près des siens. Gilbert était derrière lui. Laurence étreignit longuement Gilbert. Celui-ci lui fit un signe vers Alice. Elle vit le visage de Laurence s'assombrir en voyant Alice.
- Mais qu'est-ce que tu fais là ?
- Je m'inquiétais pour toi…
- Mais bon sang qu'est ce que tu ne comprends pas quand je t'explique que c'est dangereux, jamais tu ne me feras confiance, tu m'emmerdes Alice. Ça va finir comme la dernière fois…
Alice était complètement décontenancée par l'attitude Laurence. Elle aurait imaginé qu'il soit heureux de la voir. Comment ça, mal finir comme la dernière fois ?
- Attends écoute moi, je m'excuse. On va discuter.
- Mais t'es bête ou tu le fais exprès : j'ai une couverture à assurer. Je suis pas là pour faire le beau. Je ne dois pas abandonner Léna. Elle a pris des risques pour moi et en connaissance de cause.
- Swan…
- Tais-toi, rentre faire la journaliste à ragot c'est plus à ta portée.
- Mais…
Elle le vit tourner les talons juste après avoir été remercié par le ministre de l'opération réussie. Elle était médusée par la réaction de Laurence, qu'elle jugeait disproportionnée.
Gilbert la regarda.
- Installez vous Alice, on va partir.
Elle s'installa dans un fauteuil, elle voyait la famille Bayer en joie de s'être retrouvée et libre de partir vers un pays qu'ils espéraient accueillant et vers une nouvelle vie.
L'avion décolla sans qu'Alice ne se rende compte de ce qu'il se passait. Elle trouvait l'attitude Laurence excessive et surtout le fait qu'il reste en Allemagne ne faisait que renforcer son inquiétude.
Gilbert vint s'assoir près d'elle.
- Ça va Alice ?
Elle le regarda surprise de le voir installer à ses côtés.
- Gilbert, je n'imaginais pas…
- Ben oui je m'en doute que vous n'imaginiez pas mais le mal est fait.
- Quoi le mal ?
- Laurence a dû expliquer qui vous étiez, on vous a fait passer pour une source mais c'est franchement limite et le ministre n'a pas apprécié d'être le cheval de Troie de la famille Bayer pour l'exfiltration. Laurence doit rendre des comptes.
- Pourquoi pas vous ?
- Moi je suis le correspondant de Laurence, le responsable de l'opération c'est lui. Et ça a failli foirer.
- Mais pourquoi il n'est pas parti ?
- Il est toujours le représentant français à Spandau, il ne peut pas partir comme un voleur. On doit assurer une présence sereine de la France dans la zone. Il a prétendu des ennuis de santé pour disposer de quelques jours pour passer à l'est sous couverture. Donc il doit revenir à Spandau et on va organiser sa fin de mission dans quelques temps. En outre, on lui avait attribué un agent féminin pour donner l'image familiale du militairel. Il faut aussi protéger Léna. Il ne faut qu'on revive la dernière fois…
- Je ne savais pas tout ça…et c'est quoi la dernière fois ?
- Alice, taisez vous !
- J'ai voulu bien faire, je me suis inquiétée pour lui…
- Et vous ne lui avez pas fait confiance
- Mais non, c'est que je voulais l'aider comme il m'aide quand on fait nos coups ensemble.
- Sauf que l'enjeu ici est considérable, on a forcé Laurence à venir ici.
- Forcé…
- Ça fait 15 ans que Laurence a raccroché, vous croyez pas qu'on ne lui a pas proposé ce genre de trucs avant ?
- Mais là ?
- On lui a expliqué que ce serait dommage s'il arrivait des ennuis à son entourage…
- Mais vous êtes des salauds !
- On n'est pas des poètes c'est sûr mais nous n'avions pas le choix.
- Et vous avez participé à ça ?
- Alice, arrêtez d'être naïve, c'est le monde de 1960 qui se joue. Laurence savait qu'il nous devait une dernière opération, on a accéléré sa décision c'est tout.
Gilbert se tut quelques instants
- Alice, la vie de Laurence n'a pas été simple, ce métier lui a fait perdre des amis, sa fiancée.
- Sa fiancée ? Mais je savais pas !
- J'en a trop dit, il vous racontera lui-même. Vous êtes loin de tout ça. Laissez-lui le temps de revenir à vous, il se sera calmé et vous pourrez en parler tranquillement. Reposez vous avant qu'on arrive à Paris.
Gilbert lui serra rapidement la main pour lui faire comprendre qu'il comprenait son tourment et rejoignit le Ministre pour parler de la mission.
Laurence ne décolérait pas d'avoir vu Alice dans l'avion. S'il avait eu conscience de sa présence, il lui aurait été impossible d'accomplir sa mission.
En son for intérieur, il s'en voulait à lui-même d'avoir déclaré ses sentiments à Alice. Si elle avait atterri à Berlin c'est que sa lettre l'avait inquiété. Une nouvelle fois la preuve qu'il ne fallait pas s'engager et se dévoiler. La solitude c'est la sécurité…
Il était un peu en colère aussi contre Gilbert qui s'était fait embobiner comme un débutant en laissant Alice le suivre.
Mais le principal objet de ses pensées était Alice. Elle n'avait pas conscience des choses et elle avait cru pouvoir se mêler de ses affaires sans impunité. Il était très partagé de tous ces éléments. Effaré de l'audace d'Alice, étonné de son amour pour lui. Comme Maritza …
Les quelques jours pendant lesquels il devait rester en Allemagne allaient lui permettre de savoir quelle tournure il voulait donner à sa relation avec Alice. Alice bousculait trop son organisation, ses certitudes, il fallait faire cesser cette histoire qui le rendait faible et dépendant.
Il retourna dans son appartement près de la prison retrouver sa pseudo-épouse et pour faire le point de leurs missions et organiser leur départ.
En arrivant, Léna le serra dans ses bras, heureuse de le voir sain et sauf. Ils se connaissaient depuis les années de Résistance et se portaient une confiance réciproque et une grande amitié fraternelle.
Laurence s'assit lourdement dans un fauteuil, la fatigue et le stress se faisant sentir en contrecoup des dernières heures. Il se débarrassa aussitôt de ses faux papiers soviétiques en les brûlant dans la cheminée pour ne laisser aucune trace.
- Ca va ? Lui demanda Léna
- Oui très bien, je suis content de te revoir
- Dis à l'avenir tu éviteras de mêler tes conquêtes à nos missions. On n'avait pas que ça à gérer…
- Oui, excuse moi elle a entourloupé Gilbert qui n'a pas su s'en débarrasser assez tôt. Je vais régler le problème
- Ah toujours le même, quand on commence à s'attacher à toi, tu fuis le monde comme la peste. Bon d'accord, elle n'a pas été très finaude à venir ici mais ça en dit long sur le béguin qu'elle te porte.
- Tu parles ! une fouineuse, journaliste, incapable de se rendre compte de la merde dans laquelle elle aurait pu nous mettre. Je vais lui expliquer le fond de ma pensée et l'envoyer rédiger les chroniques nécrologiques en Lozère.
- Ben oui comme cela une nouvelle fois tu pourras rester le grand et solitaire Laurence imperméable à l'affection des autres. Dis-moi tu veux faire d'autres missions pour Gilbert ?
- Non c'est terminé j'ai payé ma dette à la patrie, j'arrête tout.
- Alors pourquoi éloigner ta copine fouineuse ?
- Ne parle pas d'elle comme ça !
- Je parle d'elle comme je veux s'énerva Léna. Elle a failli nous griller et nous envoyer dans les bureaux de la Stasi cette dinde. Maritza elle, c'est différent…
- Maritza avait un objectif que j'ai compris trop tard… et puis doucement, ça a merdé mais je suis responsable de son comportement
- Tu fais donc bien de te débarrasser d'une décérébrée comme elle !
- Mais ça suffit Léna, qu'est ce qui te prend, Alice est impulsive mais futée, intelligente et …
- Et ?
- Et elle me casse les pieds mais je n'ai jamais eu aussi confiance en quelqu'un qu'elle, un peu comme toi. Elle me pousse à lui montrer que je suis meilleur qu'elle , mais elle est sait aussi prendre soin des autres en s'oubliant et …
- Et ?
- Et sans elle, je ne me serai pas sortie de belles emmerdes et elle me fait rire aussi.
- Dis…
- Oui ?
Léna le regarda se débattra sur la marche à suivre. Elle savait que sous le cuir, il y avait un Laurence sensible et prêt à aimer. Elle adoucit son regard et d'un ton fraternel lui répondit.
- Je crois que la Lozère c'est pas mérité, non ?
- Oui tu as raison mais il faut qu'elle comprenne qu'elle doit me faire confiance.
- Si tu la traites comme un paillasson des années 30, tu vas pas avancer très loin.
- Ok, ca va, j'ai compris. Occupons-nous de réfléchir à notre départ. Je ne veux pas moisir ici, ça craint.
Afin d'éviter d'attirer la méfiance des alliés, ils prirent malgré tout un temps infini pour partir.
Contraint de quitter ses fonctions en raison d'une promotion, le colonel et Madame SALVANT quittèrent Berlin deux mois après leur arrivée quatre semaines après l'exfiltration des Bayer.
Ils poussèrent un grand soupir de soulagement en arrivant à la gare de l'Est à Paris accueilli par Gilbert.
Un débriefing était prévu pour les deux agents qui allaient prendre chacun un nouveau départ. Laurence confirma sa démission des services secrets qui fut acceptée. Le commissaire Laurence allait retourner dans son commissariat à Lille comme si de rien n'était.
Il salua Léna et Gilbert puis prit la route pour Lille.
Comme si on lui avait greffé des yeux neufs, tout ce qu'il voyait le réjouissait et il vivait avec plaisir son retour à Lille.
En arrivant chez lui, il poussa un soupir de soulagement. Il prit une douche et choisit son costume préféré. Etant arrivé dans la journée, il ne s'attendait pas à trouver Alice à l'appartement mais il sentait qu'elle avait été présente : son parfum flottait dans l'air et il avait vu des papiers trainer sur la table basse.
- Jamais elle n'apprendra à ranger ses affaires en s'approchant pour mettre de l'ordre. Une enveloppe avec son prénom attira son regard. Il s'assit pour la lire.
Swan, mon amour, je ne sais pas si tu liras ces mots mais j'ai besoin de te les écrire.
Je sais que je n'aurai pas dû me rendre à Berlin, j'ai compris, trop tard, que ma présence et l'idée que j'avais dépasser complètement la réalité de la situation. Je n'ignorais pas le danger que tu affrontais mais pas à ce point là. Je suis fière de ce que tu as accompli, cela te ressemble, ressemble à l'homme que je connais et que j'admire et que j'aime.
Mais je ne t'ai pas reconnu dans l'avion, je n'imaginais pas que tu allais m'humilier à ce point et je ne le mérite pas.
Je t'aime infiniment mais je ne suis pas faite pour vivre ce visage de toi. Je démissionne de la Voix du Nord car j'ai trouvé un travail à l'Agence France Presse à Paris.
Tu seras à jamais avec moi ; Alice.
Le médaillon de sa mère glissa de l'enveloppe. Laurence était complétement abasourdi par cette nouvelle. Il sait qu'il avait trop réagi, que la colère était démesurée mais il avait eu peur qu'il lui arrive malheur par sa faute sans qu'il ait pu l'aider ou la protéger. Il fallait absolument la retenir. Il y avait peut-être moyen de la rattraper.
Il fut arrêté dans ses réflexions par la sonnerie de l'entrée.
Un sourire aux lèvres dans l'espoir de voir Alice, il courut ouvrir la porte et se trouva face avec une personne inattendue.
- Il faut qu'on parle….
Le sourire de Swan s'effaça…
A suivre, merci de vos retours!
