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- Non, bien sûr que non mais il fallait des certitudes. Swan a commencé à se poser des questions sur Maritza. Il s'est rendu compte qu'elle passait des messages aux allemands. Pris sur le fait, elle lui a tout expliqué. Elle s'est effondrée. Swan était dévasté aussi : il avait livré des innocents à l'ennemi, sa future femme s'était servie de lui.

- Que s'est-il passé ?

- Il a été convenu d'organiser une fausse opération pour la faire fuiter et remonter la piste des traitres en France qui faisait pression sur Maritza.

- Maritza a coopéré ?

- Elle était face à un dilemme de fou : espérer sauver son mari ou être éliminé par la Résistance

- Swan n'aurait pas laissé faire ça ?

- Je crois qu'à ce moment de sa vie, la confiance dans l'humain en a pris un coup et on voit le résultat maintenant… Enfin, toujours est-il que leur relation était morte. La Résistance s'est donc servie de Maritza comme appât pour éliminer une partie du réseau. Une fois cette mission réalisée, le sort de Maritza fut scellé. Elle ne pouvait plus rester dans les alentours du réseau. A cette époque, on ne fait plus le tri, il était prévu de l'éliminer. Mais Swan ne voulait pas laisser faire ça. Il a été décidé de l'envoyer en Allemagne pour être débriefé par la Résistance locale. Swan, Gilbert et une autre femme ont mis le plan en action.

- Mais ils l'envoyaient à la mort !

- Alice, quel aurait été le bon choix pour Swan ?

- Et après ?

- Après je ne sais pas. A cette époque Swan et moi étions loin l'un de l'autre dans tous les sens du terme. On s'est revu un jour qu'il était de passage à Paris et j'ai vu un fantôme : la culpabilité le rongeait, la trahison le mettait en rage. Il ne savait plus où était le sens de sa vie. Tous ses principes avaient été balayés. Sa confiance envers les autres en a pris un coup. De ce jour, imaginer compter sur quelqu'un d'autre c'était inimaginable. Il est devenu dur, froid, aigri.

A la libération, Gilbert lui a proposé d'intégrer l'armée. Ensuite, il est entré dans la police et il a fait sa carrière telle que vous la connaissez.

Alice était complètement ébahie par l'histoire que venait de lui raconter Alexina. Tout cella faisait désormais écho avec le comportement de Laurence dans son travail et dans ses relations aux autres. Ne surtout pas s'attacher et se perdre.

Au loin, elle entendait la voix d'Alexina qui reprenait.

- Et puis, il vous a rencontré vous et Marlène

- Oh vous savez, il ne nous a pas ménagé au début.

- Ben c'est sur qu'il partait de loin et vous dans le genre éléphant dans un magasin de porcelaine ya pas mieux.

Alice était abasourdie et complètement décontenancée par tout cela. Elle avait pris comme du plomb sur la tête à écouter Alexina. Une Alexina qui ne ménageait jamais son fils sans doute pour chasser son côté sombre mais qui connaissait les souffrances traversées.

Elle comprenait l'attitude de Laurence mais elle ne voyait pas trop le moyen de recoller les morceaux. Elle n'avait qu'encore plus d'amour à lui donner pour lui prouver qu'il avait avec Alice une âme sœur, une femme à ses côtés.

- Alexina, il faut recoller les morceaux, j'ai besoin de lui dire parler de lui expliquer mon point de vue mais on ne va nulle part. On fait comment ?

- Seul Swan a la réponse…

- Et donc ?

- Quelles sont les armes d'une femme, Alice ?

Plus tôt, quand Laurence vit le visage de sa mère dans l'encadrement de la porte, il sut qu'il était foutu…

- Maman ?

- Swan, tu es un imbécile !

- Mais, pour… mais, quoi !

- Je suis au courant de ton attitude avec Alice !

- Mais comment tu sais ? et puis qu'est ce que tu sais d'abord ?

Swan essayait vainement de ne pas perdre la face vis-à-vis de sa mère. Peine perdue, comme toujours ….

- Marlène m'a appelé en catastrophe. Elle pensait que je savais où tu étais. Comme si moi ta mère, je savais où tu étais ! Enfin bref, … Elle était aux cent coups car Alice lui avait dit qu'elle démissionnait de la Voix du Nord et qu'elle partait pour Paris. Alice était complètement dévastée parce que ton attitude et que tu l'avais humiliée en public alors qu'elle essayait de t'aider. C'est vrai ?

- Oui mais….

- Pas de mais… quelle mouche t'a pris de malmener cette jeune femme qui ne veut que ton bien ?

- Elle n'a pas su garder sa place, elle s'est mise en danger et elle a failli en mourir et je ne pouvais rien faire. Elle est bête et inconsciente. ;;

Soudain Alexina gifla violemment son fils

- Mais tu te prends pour qui pour traiter Alice de cette façon ! Tu n'es qu'un idiot et un égoïste. Les épreuves ne t'ont pas ouvert les yeux ? Tu es le responsable de cette situation. A vouloir faire des secrets, mettre des barrières autour de toi, tu agis comme un imbécile !

- Je ne supporterai plus de me faire berner par quelqu'un et…

- Te faire berner par Alice ? mais arrête un peu ton baratin. Ce n'est plus la même histoire, ce n'est plus la même époque. Arrête de jouer les martyrs. La vie ne t'a pas fait de cadeau mais tu ne mérites pas Alice. Tu ne peux pas la défendre d'être ce qu'elle est. C'est ce que tu aimes en elle avoue le ?

- Je ne l'aime pas dit il en regardant droit devant lui

- Swan, tu mens. Tu ne supportes pas l'idée de faire confiance à quelqu'un. Mais Alice c'est différent….

Brusquement le vernis craqua. Laurence regarda sa mère comme un enfant perdu.

- Et j'aurai dû faire quoi ?

- Mais bon sang ! lui parler, ne pas la prendre pour une imbécile…Elle vaut mieux que ça et tu ne la mérites pas.

- Mais si je lui fais mal, si je lui fais prendre des risques

- Encore une fois tu n'es pas honnête, tu veux tellement te protéger que tu la rends responsable de ton immaturité. La vie a été dure, je le sais, je t'ai blessée, Maritza t'a trompée mais rien n'était simple pour elle à l'époque, non ?

Un long silence se fit entre eux. Ils se regardèrent et Swan baissa les yeux. Il voyait la déception dans les yeux de sa mère et il en avait honte.

- Tu sais bien qu'Alice n'est pas de ce bois. On n'est plus en guerre, tu connais son histoire. Je t'ai observé avec elle, vous êtes fait pareil tous les deux. Mais contrairement à toi, elle a su se battre et avoir foi dans la vie. Elle sait se battre, toi tu te défends ? tu prends les autres pour tes ennemis. Et c'est pareil avec Marlène ! accepte qu'on puisse t'aider, arrête tes conneries !

- Maman ?

Alexina écarquilla les yeux. Elle n'avait pas l'habitude de l'entendre s'adresser à elle avec une voix ravagée par la tristesse.

- Oui ?

- Je ne sais plus où j'en suis, admit-il. J'ai tout gâché…

Elle vit dans ses yeux une telle détresse qu'elle maudit la vie qu'elle lui avait donné.

- Je te demande pardon Swan.

- Pardon ? Pourquoi ?

- J'aurai de l'être là pour toi et t'aider mais je t'ai laissé tomber.

Ils se serrèrent longuement. Les actes étaient plus efficaces que les mots pour que la mère et le fils expriment tous leurs sentiments.

- Et maintenant on fait quoi ? demandé Swan.

- Tu as assez fait de dégâts pour aujourd'hui, je m'occupe d'Alice.