Alexina avait organisé la manœuvre avec la complicité de Marlène pour réunir Swan et Alice. Elle n'était pas très sûre des chances de succès mais il fallait agir pour le bonheur de son fils. Il méritait cela.
Swan était arrivé juste après Alice à l'hôtel. Il l'avait vue s'éloigner le long de la plage avec sa mère et discuter.
Il s'était attablé à la terrasse de l'hôtel isolé dans un coin, en fumant cigarette sur cigarette pour attendre le retour des deux femmes.
Il savait en son for intérieur qu'il n'avait pas été juste avec Alice. Il n'arrivait même plus à se justifier de son attitude. Il avait mis Alice dans une situation impossible en lui avouant ses sentiments, en lui envoyant cette lettre et les mots qu'il avait tant besoin de lui dire. Inconsciemment il savait qu'elle allait se mettre en piste, surtout en lui envoyant Gilbert.
En psychologie de base, on appelle ça un acte manqué analysa Laurence. Il avait tout fait pour qu'elle le rejoigne et il l'avait mis dans une situation totalement improbable et il aurait voulu qu'elle reste à Lille en l'attendant comme une potiche …
- Mais quel con, je suis !
Il en arriva à cette conclusion au moment où il vit Alice et sa mère se rapprochaient de la terrasse.
Il éteignit sa cigarette et se leva lentement de sa chaise pour les rejoindre. Elles l'aperçurent et Alice commença à se tendre.
Alexina se rapprocha de l'oreille d'Alice :
- Allez Alice, vous avez les clés en main.
Elle l'embrassa sur la joue puis s'éloigna en direction de l'hôtel. Elle jeta un regard à son fils avec un sourire.
Alice et Laurence se rejoignirent.
- Bonjour Av. Alice. Ça va ?
Alice le regarda froidement, la colère monta progressivement
- Parce que ça t'intéresse aujourd'hui ?
- Ecoute, comprends-moi la situation était difficile et sous le coup des émotions, j'étais encore sur l'évasion de Bayer…
- Tu m'as humiliée et tu m'as prise pour une conne Laurence. Je suis pas ton souffre-douleur.
- Tu comprends…
- Arrête Swan, arrête de croire que tu portes le monde et que rien ne compte. Tu as soufflé le chaud et le froid, tu m'envoies Gilbert pour qu'il m'explique. Tu croyais qu'il allait se passer quoi ?
- Je viens de m'en rendre compte, tu as raison mais je peux t'expliquer, je n'étais pas sûr de revenir de cette histoire et j'ai voulu te dire ce que je ressentais.
- Mais ça marche pas comme ça Laurence, je suis pas ton clébard…Tu penses qu'à toi, toujours, tout le temps. Mets-toi à ma place pour une fois !
Swan savait qu'il n'allait pas s'en sortir facilement mais pas à ce point-là.
- Alice, j'ai compris tout ça, j'ai compris la chance de t'avoir à mes côtés. Cette histoire m'a servi de leçon et je voudrais que tu me donnes ma chance.
- C'est trop tard Swan, je pars.
- Tu pars ?
- J'ai démissionné de la Voix du Nord, je pars à l'agence France Presse à Paris.
Swan voyait ses certitudes de réconciliation s'envolaient.
- Mais pourquoi tu pars ?
- Mais Laurence, tu le fais exprès ou quoi ? Comment imaginer rester à Lille quand il n'y a pas d'avenir ici.
- Pas d'avenir mais et nous ?
- Mais quel « nous » ? Je ne suis pas une partition Laurence, tu ne me mènes plus à la baguette. Je te dois beaucoup c'est vrai, j'ai des sentiments pour toi mais je ne peux pas continuer à rester ta serpillère.
- Je ne t'ai jamais prise pour une serpillère, c'était un jeu…
- Je ne joue plus Swan, plus avec ce qu'il s'est passé. Il n'y a pas d'avenir. On ne change pas les rayures du zèbre Laurence…Salut…
Elle s'éloigna de lui et prit la direction de la réception pour prendre un taxi.
Swan était abasourdi. Il savait qu'il allait prendre l'engueulade de sa vie mais Alice n'avait pas de colère à lui donner. Elle avait posé les mots. Simplement. Définitivement.
Il réagit au bout de quelques secondes. Il la rattrapa.
- Alice s'il te plait, pardonne-moi !
- Ce n'est plus suffisant
- Je t'aime !
- Et après ? Ça ne construit pas une vie !
- Alice, j'ai besoin de toi ! J'ai déconné, je suis un égoïste, mais sans toi je ne suis plus rien. Je te l'ai écrit tu as donné un sens à ma vie mais j'ai peur !
Alice le regarda
- Moi aussi j'ai peur, tu crois que ça été simple pour moi. Depuis le début, il faut faire face, pas de parents, un boulot pas facile et un connard de flic qui me jette à la moindre occasion. Et l'homme que j'aime qui ne croit pas en moi.
- Bien sur que je crois en toi !
- Ah pour les choses du quotidien bien sûr, pour un coup d'une nuit, une certaine confiance entre nous mais pas au point d'imaginer que je pourrai mourir pour toi !
- Arrête ne dis pas ça, je ne le supporterai pas !
- Mais Swan, il faut faire face il faut que tu acceptes que des gens soient là pour toi, je suis prête à me donner à toi mais tu as peur de souffrir. Sauf que tu souffres quand même. Notre nuit ensemble aurait pu être l'unique mais j'étais tellement heureuse de ce moment de me donner à toi. Ça n'aura exister qu'une fois mais ça aura été un moment que je chérirai toute ma vie. Adieu Laurence.
Elle fit quelque pas et Laurence la rattrapa.
- Alice, attends, laisse-moi une chance de changer, aide-moi s'il te plait.
Swan n'arrivait pas à croire que l'histoire se terminait avant d'avoir commencé.
- Swan, je veux plus que ça.
Laurence leva les yeux, incrédule.
- Je veux ta confiance et que tu me respectes.
- Mais, je …
- En fait, tu ne me connais pas et je ne te connais pas…
Swan jeta un regard interrogatif à Alice…
- On ne se connait pas Laurence… j'ignorais l'histoire de Maritza. Taire cette histoire et cette blessure ne t'aideront pas à avancer. Il faut faire le deuil, et une nuit ensemble ne suffit pas pour construire une histoire.
Swan n'avait pas d'arguments à avancer. Il avait envie de lui répliquer qu'elle non plus ne se dévoilait jamais enchaînant les histoires d'une nuit pensant trouver le bonheur. Mais instinctivement il valait mieux aborder le sujet plus tard. Et surtout il fallait regagner le cœur d'Alice et cicatriser le mal qu'il lui avait fait.
La nuit commençait à tomber doucement, rafraichissant l'atmosphère. Alice frissonna.
- Tu as raison. Rentrons et commençons par un diner, je vais t'expliquer.
Alice allait se rafraichir dans la chambre où elle avait retrouvé Alexina. Sa valise était posée à côté de son lit. Elle en profita de se changer pour se rendre au restaurant. Elle en profita pour se parer d'un léger maquillage.
Elle avait suivi les conseils d'Alexina et choisit à raison de mettre Laurence devant le fait accompli de son départ pour le secouer et le pousser à s'exprimer. Les choses tournaient bien mais il ne fallait pas baisser la garde devant cet homme qu'elle aimait infiniment, malgré tout…
- Sois forte, ma vieille, impose-toi et résiste à la tentation !
Elle respira un grand coup et sortit de la chambre pour rejoindre Laurence qui l'attendait au bar.
En la voyant le rejoindre, apprêtée pour le diner, il la trouva à tomber. En voyant le sourire de Laurence, Alice ne put s'empêcher de rougir et de lui adresser un sourire. Elle reprit malgré tout un air sérieux pour poursuivre le redressement de Laurence.
- Tu es magnifique, tu sais.
- Les flatteries, ça marche pas, on a à parler !
- Certes mais je peux quand même te dire que tu es ravissante, non ou il faut je me taise.
- Au contraire parle-moi, Laurence.
Ils échangèrent un regard plein de non dits, Alice prête à sauter à la gorge de Laurence.
- Je crois comprendre que finalement tu en sais beaucoup sur mon passé…
- Oui mais pas grâce à toi !
- Oui ma mère ne sait pas se taire.
- Arrête Swan, ce soir je ne suis pas d'humeur pour les répartis aigres sur ta mère. Sans elle, je serai déjà loi !
- Oui je sais mais le naturel est tenace
- Oui ça évite de parler de toi, n'est-ce pas ?
- Décidément tu ne me passes rien !
- Non mon cher, c'est le purgatoire pour toi.
Un garçon s'approcha pour prendre leur commande. Alice n'attendit pas que Swan commande pour elle son Porto. Swan comprit le message avant de commander un whisky et de réserver une table.
Le garçon s'éloigna et Swan réengagea la conversation.
- Que veux-tu Alice ?
- On ne se connaît pas, je ne te connais pas. Enfin non, je connais les grandes lignes, je pensais connaître ta personnalité mais des pans importants de ta vie me sont inconnus. Tu en sais plus sur moi que l'inverse.
- Alice, je ne suis pas comme toi, j'ai du mal à parler du passé surtout quand rien de bon n'est à raconter et…
- Tu l'as aimé murmura Alice, prise de peur à l'idée de la réponse, tu l'as aimée Maritza ?
Swan resta interdit. L'évocation de Maritza n'avait jamais été simple. Il devait à Alice la vérité de ses sentiments.
- Ecoute Alice, je te propose quelque chose. Je ne veux pas en parler, pas ce soir. Je te promets qu'un jour je te raconterai l'histoire mais ce soir, ce qui compte c'est le présent, c'est nous.
- Tu t'échappes encore…
- Alice, je t'ai fait une promesse, je la respecterai, je te le jure mais pas maintenant d'accord ? Je veux recoller les morceaux, je veux qu'on parle.
Alice comprit qu'il ne fallait pas insister. Connaissant l'histoire désormais, elle imaginait ses tourments.
- Soit, parlons… Pour l'instant je n'ai pas changé d'idée. Mon avenir n'est pas ici, j'aime être journaliste et ici j'ai fait le tour, je ne veux pas dépendre de notre relation. Je veux partir à Paris, c'est l'avenir pour moi.
Swan accusa le coup. Il allait falloir la jouer fine, pas question de mépriser son ego. De plus, il connaissait la force de travail d'Alice.
- Mais Alice, tu t'es fait toute seule. Tu as une détermination inouïe, même sans notre relation tu serais arrivée à devenir une journaliste. Tu vaux mieux que les faits divers.
Alice s'étonnait de l'apparente abnégation de Laurence. Elle s'attendait à ce qu'il respecte son travail mais aussi qui la retienne à Lille.
- Juste une chose Alice, Paris c'est fini pour moi, je ne peux y retourner, je suis grillé.
