Swan essayait de retourner la situation pour qu'elle décide d'elle-même de rester auprès de lui, sachant la manœuvre risquée, prêt à la perdre.

Alice était un peu décontenancée de finalement devoir définir le chemin qu'elle souhaitait. Elle prit le temps de la réflexion.

- J'ai rendez-vous demain avec un rédac 'chef de l'AFP. Je vais voir comment ça va se passer d'ici la fin de semaine. Je reviendrai vendredi soir.

Swan fit bonne figure malgré la déception de la voir partir. La volonté d'Alice primait sur leur avenir commun mais il en coutait à Swan de la voir s'éloigner et à Alice de faire un saut dans l'inconnu.

- Où logeras-tu ?

- Ta mère m'aide à m'organiser.

Swan voyait une fin de non-recevoir sèche et définitive de l'aider.

- D'accord, on se voit vendredi soir. Que dirais tu d'aller dîner enfin. Les émotions m'ont creusé.

- Allons y.

Elle se leva et Swan lui proposa galamment son bras pour la conduire à la salle de restaurant.

Bien qu'heureux d'être ensemble, le climat était tendu.

Le dîner se déroula plus légèrement. Alice expliqua ses attentes, sa lassitude à voir Jourdeuil la méprisait. Leur relation ne fut pas abordée.

Il conduisit Alice à sa chambre. Sur le pas de la porte, il la prit dans ses bras pour l'embrasser langoureusement. Mais Alice lui posa son index sur les lèvres.

- Pas ce soir Swan…. Bonne nuit.

Il en coutait à Alice de ne pas succomber au charme et aux caresses de Swan mais il fallait mettre de la distance et gardait la maîtrise du temps selon l'expression d'Alexina.

- Alice, … susurra désespérément Swan.

- Pas ce soir Swan, répéta Alice…. Elle passa rapidement la porte pour ne pas fondre devant Swan.

Déconfit, il se retrouva seul dans le couloir. Réagissant enfin, il alla réserver une chambre pour pouvoir parler le lendemain à Alice et la convaincre de rester.

Après une nuit blanche, Swan alla retrouver Alice mais il trouva la porte grande ouverte et …la chambre vide. Il se dirigea à la réception. Alice avait commandé un taxi et était parti une demi- heure plutôt.

Pas un mot, rien. Swan était dévasté et la pilule passait mal.

Il retourna penaud à Lille. Inutile d'aller à la gare, Alice ne voulait pas le voir ce matin Il retourna au commissariat pour reprendre son service.

Il prit Marlène dans ses bras heureux de la retrouver mais son esprit n'était pas avec lui.

Marlène n'osa pas le questionner consciente que la situation n'était pas au beau fixe entre Alice et Swan.

Les jours qui suivirent passèrent très lentement, Swan reprenant ses marques mais sans entrain. Il attendait le retour d'Alice avec impatience. Pas de nouvelles venant d'elle. Il avait testé Marlène mais qui ne disait rien. Sa mère le renvoya dans ses buts également mais sans en rajouter plus que nécessaire le voyant dans une infinie détresse.

Alice avait également trainé son spleen pendant son séjour à Paris. L'AFP l'avait fait travailler sur des sujets mineurs pour la voir à l'œuvre. Ses qualités professionnelles avaient été remarquées et sa vie professionnelle était en train de s'accomplir. C'était énorme et pourtant ça n'était pas assez…

Sur le chemin du retour, elle pensait à son avenir ? Où, comment, avec Swan ?

Elle n'était pas très fière d'être partie, d'avoir fui de l'hôtel mais les adieux dans une gare ne faisaient de bien à personne. Elle appréhendait de le revoir.

Quand le train arriva en gare de Lille, son cœur battait tellement fort qu'elle imaginait que ses voisins de wagon l'entendaient également. Elle imaginait voir Swan sur le quai, son ventre faisait des papillons.

En descendant du train, elle espérait Swan au pied du train. Pas de Swan….

Ben oui, réfléchissait-elle comment pourrait il tomber pile sur elle à la descente du train. Elle avança sur le quai pour se diriger vers la sortie quand elle le vit au loin.

Il regardait au loin la cherchant visiblement, il semblait inquiet. Soudain, il capta le regard d'Alice et son visage se transforma. Il se redressa immédiatement pour la suivre et accrocher le visage d'Alice. Les yeux ne mentent pas. Ceux de Swan aimantaient indubitablement Alice vers lui. Alice elle-même éprouva une vague de bonheur à le voir et à se retrouver.

Arrivé à un mètre l'un de l'autre, bousculés par la foule qui quittait le quai, ils se trouvaient l'un et l'autre incapable de parler. Swan n'osait parler et Alice ne trouvait pas les mots.

Au bout d'un long moment, Alice entama la conversation.

- C'est bon de te voir… les mots étaient d'une banalité affligeante ce qui le fit rire tous les deux et enfin briser la glace et le malaise.

- Si tu savais comme tu m'as manqué. Il mourrait d'envie de l'embrasser mais refusait les démonstrations d'affection en public. Mais il balaya ses principes pour la prendre dans ses bras. Ils se serrèrent l'un contre l'autre pendant un long moment.

Swan se libéra légèrement d'Alice pour la regarder intensément demandant implicitement la permission. Le sourire d'Alice attira Swan pour un long et tendre baiser qui scella leurs retrouvailles.

Souriant bêtement, ils n'arrivaient pas à se détacher l'un de l'autre. C'est le silence du quai qui leur fit comprendre qu'ils étaient les derniers être présents.

- Je te dépose chez toi ? On va dîner ensuite ?

- Allons dîner, je dois te parler, répondit elle calmement.

Le cœur de Swan loupa une nouvelle fois la cadence. Les mots d'Alice et d'Alexina l'avaient marqué. Il savait qu'il pouvait perdre Alice et qu'il en serait le seul responsable. Cette conversation ne lui disait pas grand-chose.

En prenant le chemin de la voiture, Alice mit sa main dans celle de Swan, consciente du malaise qu'elle créé mais elle voulait le rassurer. En vain.

Swan la conduit au restaurant du Hilton dans un silence lourd. Il avait réservé une table avec l'espoir qu'Alice serait d'accord. Jusqu'ici tout allait bien…Jusqu'ici….

Swan prit les devants, n'y tenant plus.

- Alors ce séjour à Paris ?

- C'était super ! J'ai rencontré le rédac'chef de l'AFP. Il avait lu beaucoup de mes derniers articles et il était intéressé par mon travail sur les faits divers. Il m'a fait travailler sur deux trois sujets qu'il avait et ca a vraiment collé entre nous.

Elle voyait que Swan malgré sa bonne volonté n'arrivait plus à garder sa contenance. Au fur et à mesure des explications d'Alice, il sentait qu'elle allait prochainement travailler à l'AFP et s'éloigner de lui.

- En effet, c'est super… dit il la bouche sèche.

- Oui et il m'a donné des moyens que je n'avais jamais eu avec Jourdeuil, ils ont du matériel de fou, ca donne envie de bosser pour eux.

Swan se liquéfiait et n'arrivait plus du tout à se tenir. Avec difficulté, il lui posa la question qui lui brûlait les lèvres.

- Et tu pars quand ?

Alice voyait le malaise infernal dans lequel se trouvait Swan. Un vrai supplice.

- Je pars à la fin du mois..

Swan ne tenait plus.

- Oh mon dieu, Alice tu sais, il faut que je te dise, j'ai compris que j'avais été un goujat que je ne t'avais pas respecté, que je n'avais pas été à la hauteur, je suis désolée, mais j'ai besoin de toi.. ;

- Swan, je pars en fin de mois de la Voix du Nord

- Oui, tu viens de me le dire, mais tu sais, je pense qu'il faut qu'on parle, qu'on a un avenir,…

- Swan, Reprit calmement Alice

- Alice, je suis qu'une merde, mais j'ai appris …

- Swan, je peux parler,

- Alice, il faut me laisser ma chance, je …

- SWAN !

- Euh, oui

- JE peux parler ?

- Bien sûr !

- Swan, je pars en fin de mois pour la Voix du Nord et je vais intégrer l'AFP.

- Oui tu viens de me dire, tu sais, il faut qu'on en parle. J'ai réfléchi, je vais voir si je peux revenir sur Paris et trouver un poste dans un commissariat ou ailleurs …

- Tu risques de ne plus avoir les mêmes responsabilités, non ?

- Oui sans doute mais ca dépend de toi, si tu veux de moi, si tu crois qu'on peut s'entendre et parce que tu sais,… je ne veux pas te perdre, je t'aime...

Aice le regarda pensive...