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Alice, émue par la décision de Swan de rétrograder dans sa carrière pour la suivre. Elle était convaincue de ses sentiments après les échanges sur la plage. Mais le fait de le voir tout abandonner pour elle l'émouvait. Des larmes coulaient sur ses joues.
- Quoi, j'ai dit une bêtise ? tu veux pas de moi, tu veux rester à distance ? Oh Alice ….
- Swan, je n'imaginais pas que tu étais prêt à tout quitter pour moi
- Alice, on ne trouve pas deux fois une femme comme toi dans sa vie, on partage les mêmes choses et tu mérites de faire carrière. J'ai encore des relations donc je pourrais rebondir. Alice, tu veux bien de moi ?
Alice reprit sa respiration après les mots si doux et l'engagement de Swan auprès d'elle. Elle se recomposa et finit ses révélations.
- J'ai refusé d'aller à Paris. Ils ont tellement aimé mon travail qu'ils m'ont proposé un poste à leur agence de Lille. Ils veulent développer des reportages télévisés en région et ils m'ont proposé le poste. Ils cherchent des jeunes journalistes vifs et débrouillards et …
- Tu restes ici ? vraiment ? tu es sûr ? tu peux tout choisir, tu sais, j'ai compris que ton travail participait à ton bonheur et que c'était en toi, qu'on ne pouvait t'amputer de cela.
Swan était heureux de la réussite d'Alice, elle était fière d'avoir su prouver sa valeur professionnelle. Il n'avait jamais douté de ses capacités sans jamais l'exprimer. Jusqu'à présent
- Je suis tellement fier de toi, tu le mérites ce boulot ! Il se leva pour serrer Alice dans ses bras. En se rasseyant, il souriait béatement sans s'arrêter.
- Ca me touche que tu aies imaginé partir pour que je puisse travailler,
- Ma mère dit toujours que le train ne passe pas deux fois et qu'il faut saisir sa chance quand elle se présente. J'ai la chance qu'elle passe une troisième fois entre nous et j'ai cru trop longtemps qu'il ne fallait pas s'attacher mais j'ai eu tort. Je tiens à toi comme tu n'imagines pas et je ne te l'ai pas montré, au contraire, je t'ai blessée et je ne veux plus de ça. Je te promets d'être à tes côtés, de te soutenir, de t'aider. Ne m'en veux pas si parfois je te déçois mais je ferai tout pour ton bonheur.
- Swan, j'ai envie de rentrer. Chez toi. A la maison.
Swan se leva aussitôt pour partir et aider Alice à se lever également. Il paya l'addition et rentrèrent chez Swan pour se redécouvrir et s'aimer.
Une fois la porte fermée, Alice se jeta sur Swan pour l'embrasser avec passion, elle retira la veste et la cravate tout en approfondissant leur baiser. Swan se débattait avec le blouson et le chemisier d'Alice. Avec fougue et bonheur, ils se dirigèrent vers la chambre.
Tout en l'embrassant, Swan peinait à débarrasser Alice de son pantalon.
- Alice c'est chiant, mets une robe la prochaine fois !
- Eh, ca se mérite de m'avoir, faut que tu sois inventif !
- Je vais trouver !
Swan souleva Alice et la coucha sur le lit, pour aisément la déshabiller.
Allongé sur Alice, il s'arrêta pour la regarder et lui caresser tendrement la joue, son autre main la serra près de lui de peur qu'elle ne s'échappe.
- Ici et maintenant et pour toujours, je promets de t'aimer et de protéger. Je suis fier de toi, de ton courage, je t'aime.
- Je n'imaginais que tu pouvais tout quitter pour moi, c'est énorme. Tu dois me faire confiance, accepter que je sois là pour toi, t'aider à faire face au passé, à faire face à l'adversité que nous traverserons. Je t'aime.
Ils reprirent leurs baiser et la nuit fut faite de plaisir et de volupté. Ils s'abandonnèrent l'un à l'autre dans une confiance éprouvée par le passé mais renforcée par leur engagement à l'autre.
Ils traversèrent la nuit dans la redécouverte de l'autre, déchainant leur passion, se mettant à nu littéralement.
Au petit matin, elle ouvrit les yeux face au visage de Swan qui la fixait avec intensité. Ce regard qu'il tenait dans ses moments de concentration et qui le rendait irrésistible. Il s'approcha pour l'embrasser et redécouvrir cette femme devant laquelle il était à genoux.
- Swan, tu veux bien me parler d'elle.
Après avoir fait l'amour et poursuivit leurs ébats sous la douche, ils se retrouvaient au milieu de la matinée à partager un petit-déjeuner, la nuit et le désir les avaient affamés. Et Alice voulait comprendre.
Swan savait qu'il fallait parler du pan de son histoire qui avait failli lui faire perdre Alice.
Swan fixa les yeux sur Alice, conscient de devoir raconter le passé pour aller de l'avant
- Tu l'as aimé ? demanda t-elle.
- Ma mère t'a raconté l'histoire, si j'ai bien compris…
- Je veux l'entendre de toi, comprendre, Swan….
Il prit une profonde inspiration pour replonger dans une histoire triste et bouleversante.
- Je n'ai jamais été aussi heureux qu'à cette époque, elle me faisait rire, elle se moquait souvent de moi. La vie avait été dure et pourtant elle était heureuse de tout. Elle avait vécu l'enfer, la disparition de son mari, l'ostracisation dans son pays mais elle rayonnait et j'ai craqué pour elle. 6 mois après notre rencontre, je lui ai avoué mes sentiments mais elle ne voulait pas d'une histoire. Le deuil était toujours en elle. Mais avec de la patience, on s'est fréquenté et petit à petit on s'est installé ensemble….
Swan avait le regard perdu dans ses souvenirs. Une pointe de jalousie perçait dans le cœur d'Alice même si la Raison lui faisait comprendre qu'elle n'appartenait pas à l'histoire.
- Je voulais qu'on se marie mais elle ne le souhaitait pas. L'époque lui faisait peur. Moi je voulais la protéger, fonder une famille…. Sauf que j'ai été mobilisé et je suis parti. C'est pendant ce temps là qu'elle a appris que son mari était interné dans un camp en Allemagne. Ils ont fait chanter Maritza : la survie de son mari contre des informations sur ce qu'il se passait en France dans les réseaux. Quand l'armistice a été déclaré, je suis revenu à Strasbourg. J'ai bien senti qu'elle était sur la réserve mais j'ai mis ça sur le compte de la guerre et de la politique de Pétain. Elle se sentait menacée et elle est devenue distante. Moi j'ai pris part au réseau de Gilbert. Mon malheur fut de lui dire ce que je faisais, j'étais fier de ça tu comprends. Je voulais lui montrer que je voulais aider les plus faibles et que la France pouvait sauver des gens.
Swan fit une pause, prit par les ombres du passé, et reprit son récit.
- C'est Gilbert qui commença à se douter de certaines choses. Il m'a soupçonné de le doubler et puis j'ai fait le rapprochement avec ce que je disais à la maison. Pour en avoir le cœur net, on a fait fuiter diverses informations à certaines personnes. J'étais tellement sûr que ça ne pouvait venir de moi que j'ai fait le test sans appréhension auprès de Maritza.
Tu n'imagines pas ce que j'ai pu ressentir en me rendant compte qu'elle m'avait doublé. J'étais anéanti, en colère, honteux d'être responsable de la mort de personnes que je croyais sauver. Quel arrogant j'ai été !
Il a fallu décider rapidement de ce que nous allions faire de Maritza. Il fallait cacher notre découverte et je n'arrivais pas à faire semblant avec elle. Pour qu'elle ne se doute de rien, nous avons organisé un faux pique-nique avec Gilbert et Léna pour lui faire croire à une sortie entre amis. On l'a piégé ainsi. Elle a reconnu nous avoir trahis, elle nous a expliqué ses motifs. Son mari était prisonnier et sa survie tenait aux informations qu'elle donnait.
J'étais tellement effondré de m'être fait avoir que j'ai laissé Gilbert et Léna géraient son avenir.
- Ils l'ont fait partir en Suisse, c'est ça ? demanda Alice en rappel avec les mots d'Alexina.
Swan était mutique, le regard dans la tasse de café qu'il n'avait pas touchée. Le silence se prolongeait
- C'est bien ça Swan ? lui redemanda Alice, inquiète de son attitude, en prenant sa main.
- Pas vraiment, répondit sourdement Swan, retirant sa main, refusant le contact, la regardant fixement.
Alice prit peur de ce regard.
Swan se tendit.
- Arrête Alice, pas de leçon s'il te plait, tu ne sais pas ce que ça fait de découvrir l'inacceptable, la trahison, le mensonge. L'époque était difficile tu sais. Je ne suis fier de rien dans cette histoire mais je me suis interdit de ne plus jamais m'attacher à quelqu'un de peur du mensonge et de la déception.
Alice regarda Swan comme si elle découvrait sa personnalité et ses fêlures. Elle avait eu l'occasion de le voir prêt à tuer pour la protéger ou venger Marlène lorsqu'ils poursuivaient son « meurtrier ». Elle avait eu peur de cette facette de lui, comme à cet instant.
- J'ai tenu longtemps le monde et les gens à l'écart. Ça a marché plutôt bien, je me faisais plaisir sans avoir à m'investir. Jusqu'au jour où je suis tombé sur Marlène et sur toi. Vous m'avez bouleversé par votre générosité inconditionnelle. Je ne savais pas quoi faire de cette gentillesse, tu le sais.
Alice prit la main de Swan, consciente que le chemin n'avait pas été simple. Il fallait désormais construire l'avenir.
-Alice, je ne m'échapperai jamais de mon passé. Il faudra que tu acceptes cette part de moi. Je vois que je te déçois et je ne pourrai jamais refaire l'histoire.
Ils se fixèrent un instant, intensément, avant que Swan baisse les yeux, la culpabilité le rongeant. Alice se leva pour se rapprocher doucement de lui. Elle l'obligea à lui faire une place sur ses genoux. Elle s'assit et prit le visage de l'homme dans ses mains.
Lentement le visage de Swan se liquéfia et les larmes coulèrent, libérant Swan d'émotions atroces qu'il portait en lui comme un fardeau depuis trop d'années. Il prit Alice dans ses bras et se laissa aller des années de mal être dans ses bras.
Au bout de longues minutes, il leva la tête pour soutenir le regard d'Alice.
- J'ai tellement de honte Alice, je …..
- Ca va aller Swan, on va y arriver. Arrête de te punir. Il faut te pardonner à toi….
Le trop-plein d'émotions les laissa épuiser avec la seule envie de rester ensemble. La tension les avait transi et incapable de bouger ou d'avancer.
Le temps devrait cicatriser les plaies du passé. Cela prendrait du temps, l'apprentissage de leur caractère volcanique respectif créerait d'autres tensions. Cependant, leur relation pouvait désormais se bâtir...
Dernière partie bientôt
