Dernière partie
Alice se leva et porta de légers coups de fourchette sur son verre pour annoncer son discours. Autour d'une table formée d'intimes, sa famille, on célébrait le baptême d'Emilie et Thomas.
-S'il vous plait, juste quelques instants de votre attention pour vous dire quelques mots ? je vais faire court….
Un murmure de rires ironiques monta de toute la tablée.
- Ca va je sais, je ne sais pas faire court mais vous savez, c'est pas facile de se faire de la place pour parler et puis à chaque fois, je …
- Alice ! Abrège lui lança Marlène.
- Oui merci Marlène. Je voudrai tous vous remercier de votre présence ce soir pour venir participer à l'entrée dans la vie d'Emilie et Thomas. Leur présence dans ce monde n'apparaît pas comme une évidence quand on sait le chemin que leurs parents ont pris pour se rencontrer et s'apprécier….
- Et donc, …. Demanda Marlène.
- Et donc, je voulais ici et maintenant vous remercier de votre présence dans leur vie. Nous avons tous ensemble une famille assez originale et décalée. Nous ne sommes pas du même sang mais nous nous sommes tous choisis et ce sont les meilleures bases que l'on peut offrir à ces bambins. Je ne sais pas ce que serait leur avenir mais je sais qu'ils seront aimés et protégés par chacun de vous. A tous et à chacun, je vous aime infiniment.
Tout le monde était remué et ému par les mots d'Alice. Autour de la table, chacun des participants avait une place dans la vie d'Alice et l'avait aidé et accompagné pour devenir une femme accomplie et aimée. Parce qu'elle donnait tant, tout le monde se sacrifierait pour elle.
A commencer par Marlène, le miroir d'Alice. Marlène derrière le superficiel de sa beauté était forte, fine mouche et une sœur de cœur. Elle l'avait protégée et accompagné dans ses tourments professionnels. Alice était heureuse de voir Marlène épanouie auprès de Tim GLISSANT, un homme sérieux et profond.
Tricard et Carmouille étaient aussi membre de droit de cette assemblée. Le nouveau boulot d'Alice lui avait permis de s'éloigner des faits divers et du commissariat limitant ainsi les occasions de finir en garde à vue.
Une tendresse particulière liait Alice à Alexina. Elles avaient fait la paix, chacun à leur manière avec le passé et avec l'homme qui les unissait. Jamais il ne le reconnaitrait mais Swan était plus apaisé bien que parfois le naturel revienne au galop faisant remonter à la surface son caractère macho et goujat.
Le macho s'était mué. Il resterait toujours un être réservé et distant mais pour ses proches, il s'était transformé en un homme plus serein.
II avait fallu du temps pour que Swan s'accepte soi-même et dépasse la culpabilité et les révélations de son passé qu'il n'avait plus à cacher. Swan et Alice avaient pris le temps avant de s'engager. Alice ne voulait pas perdre sa liberté et Swan respectait cela sans être enchanté de la situation. L'idée du mariage, du moins de l'engagement, était présent entre eux mais jamais l'idée n'avait été exprimée à haute voix.
Jusqu'à l'anniversaire d'Alice, ses 30 ans. Pendant leur dîner en tête en tête, ils commencèrent à discuter. Alice ne voulait rien devoir à un homme, Swan ou un autre, mais la société faisait de la femme un être soumis. L'antithèse de ce qu'était Alice.
-Mais c'est ça qui t'inquiète ? Tu me vois moi t'empêcher de faire quelque chose ? lui répondit il de façon sarcastique.
- Mais ca nous apporterait quoi de plus le mariage ? demanda Alice. Elle avait toujours dû faire front seule face au monde et elle ne voulait pas s'embourgeoiser selon ses termes.
- Ca ne change rien entre nous qu'il y est mariage ou pas, répondit Alice.
- Pas tout à fait.
- Pourquoi tu dis ça ?
- Alice, il y a des réalités qu'il faudra un jour regarder. Si il m'arrivait quelque chose, je ne pourrai rien te laisser bien que j'ai fait un testament en ce sens…
- Quoi tu as fait un testament pour moi ! Mais t'as pas le droit sans m'en parler.
-Calme toi, s'il te plait. D'accord ?
Alice reprit son calme et laissa parler Swan.
- Alice, on est bien ensemble comme on vit en ce moment et je n'ai pas besoin du mariage pour m'engager auprès de toi mais il y a deux choses qu'il faut envisager.
- Je t'écoute, Alice bouillonnait de voir ses idées de liberté remises en question
- Tout d'abord et comme je te l'ai dit, si il m'arrive quelque chose, tu seras démunie. Je ne suis pas à l'abri d'une enquête qui tourne mal et je veux que tu sois à l'abri en cas de malheur. J'ai donc fait un testament pour préparer ce genre de chose. Alexina est au courant et est d'accord avec moi. Elle a aussi de son côté organisé ses volontés pour te protéger. Elle t'aime comme une fille, tu le sais.
Alice était très émue de savoir que Swan ainsi que sa mère s'inquiétaient pour elle.
- Malgré cela, ce n'est pas une façon de protéger tes intérêts. En nous mariant, tu seras protégée pour l'avenir et ca me rassurerait. Tu veux bien y réfléchir.
Alice était muette.
- Et puis j'avoue qu'être ton mari, ça me plairait. Je suis fière de toi et de tout ce que tu fais. Ca ne serait qu'une façon de plus de montrer combien je t'aime.
- Ben merde alors, susurra Alice…
- Il y a des choses qui ne changeront pas, se moqua Swan.
-Et l'autre chose ?
- Quelle autre chose ?
- Tu m'avais dit qu'il y avait deux raisons…
- Ah oui, la deuxième chose, c'est à toi de voir et je ne veux pas te presser la dessus et..
- Swan accouche, j'en peux plus !
- On n'est pas obligé de se marier pour ça mais …. Voila… je voudrai que tu réfléchisses, je respecterai toujours ton choix….je voudrai…
La peur de Swan a lâché sa demande inquiétait follement Alice.
- Voila Alice, j'aimerai qu'on réfléchisse à l'idée d'avoir des enfants.
Swan regarda Alice avec angoisse, connaissant son besoin de liberté…
- Oh ! Des enfants… ah…. Oui
- Tu ne veux pas ?
- C'est pas ça mais est ce que je serai à la hauteur ? Si je fais mal, si je les blesse…
- Alice, tu feras une mère sensas'. Je te connais : tu seras une lionne , tu les protégeras et tu sauras les guider dans la vie. L'enfance que tu as vécu ça ne devrait jamais exister et nos enfants seront aimés et désirés. Je te demande juste d'y réfléchir et on en discute, d'accord ?
Alice resta sur cette idée pendant longtemps sans vouloir répondre favorablement à Swan.
Jusqu'à ce que le drame arrive.
Alice rentrait un soir du travail tardivement lorsqu'elle se fit renverser par une voiture.
Swan n'était pas sur Lille et Marlène fut prévenue par les policiers appelés sur l'accident. On laissa un message à Swan mais le temps de revenir, il appela sa mère pour qu'elle aille voir Alice et la soutenir. Cependant, il lui refusait l'accès puisqu'elle n'avait pas de lien de famille. Alexina était en pleurs de ne pouvoir se rendre au chevet d'Alice.
Swan arriva dans la soirée de l'accident mais il ne put pas la voir non plus. Etant inconsciente, elle ne pouvait répondre à un interrogatoire de police et il fut refoulé à l'entrée.
Au bout de longues minutes et après s'être particulièrement défoulé sur l'infirmière de garde puis le médecin et parce qu'il était le commissaire, il put la voir quelques heures plus tard. Ces heures lui parurent interminables et il vécut l'enfer.
Alice, bouleversée par les événements pris conscience de son lien indéfectible avec Swan. Le mariage devenait une évidence. Avec son accident, elle risquait en plus de ne pas pouvoir avoir d'enfant. L'idée de lui enlever un bonheur avant d'avoir imaginer le vivre la bouleversait infiniment.
Après quelques semaines de réflexion pendant sa convalescence, elle fut convaincu du mariage, pour manifester son amour à Swan et parce qu'elle en avait envie aussi. Cependant, par fierté, il était hors de questions pour elle de ne pas s'avancer sur ses jambes pour son mariage.
Swan se moquait littéralement de se marier à genou, assis ou debout mais Alice en avait fait une question de principes.
Touchée gravement aux jambes, Alice subit plusieurs opérations avant de pouvoir se rétablir après plusieurs mois.
Au bout d'un tunnel de près de 6 mois, Alice et Swan s'engagèrent devant Dieu et les hommes entourés de leurs amis chers, leur famille de dingo selon Alice.
Comme souvent lorsque l'on se décide à quelque chose, cela échappe à toute raison. Alice fut déterminée à avoir des enfants et combler les attentes de Swan, devenues les siennes. La nature s'y opposa pendant de longs mois qui mirent la résistance du couple à rude épreuve.
Swan accueillit la nouvelle de la naissance à venir lors d'un soir de Noël, Alice lui offrant le plus beau cadeau qu'elle pouvait lui faire.
La surprise n'en fut que plus grande au moment de la naissance. Comme le voulait les règles dans les années 60, Swan ne put être aux côtés d'Alice au moment de l'accouchement. Ce n'est que lorsque la sage-femme lui annonça une surprise qu'il découvrit l'existence de deux bébés, les enfants d'Alice, ses enfants, leurs enfants, un garçon et une fille.
L'existence de ces petits êtres les bouleversa mais l'inconscience de l'inconnu les fit avancer ensemble dans la joie et parfois la difficulté mais toujours ensemble.
Le baptême consacra la réalité de leur famille de dingo. Alice avait autour d'elle, des amis soudés et profondément attachés les uns aux autres.
- Santé et longue vie à Emilie et Thomas, sourit Alice en regardant chacun des convives. Le sourire d'Alexina était un soleil pour elle. Le regard de Swan, sa lumière dans l'existence. Elle se pencha pour l'embrasser tendrement.
Il accueillit ce baiser avec sa timidité habituelle, toujours gêné par les effusions en public mais hypnotisé par sa femme, ce cadeau de la vie.
Il en profita pour se lever à son tour.
- A mon tour de …
¬ Swan si tu pouvais faire court, …
- Oui maman, promis sourit Swan, jouant de sa relation avec sa mère elle aussi apaisée.
- Mes amis, je m'associe aux paroles d'Alice pour vous remercier de faire autour d'Emilie et Thomas une famille qui les guidera dans la vie. Je voudrai aussi témoigner devant de toute ma fierté et de ma joie de voir Alice debout après les épreuves qu'elle a traversées, je suis fier d'être son mari et de l'accompagner dans la réalisation de ses rêves. Elle est ce qui m'est arrivé de mieux dans la vie, je ne serai jamais à la hauteur de sa force et de sa détermination. Elle est un exemple pour moi. Alice, mon amour, je t'aime.
Alice et Swan se serrèrent dans les bras l'un de l'autre, émus devant leurs amis.
La vie prenait un nouveau chemin. IL y aurait des virages, des ravins, des montées et des descentes mais ce serait leur route côte à côte.
FIN
