Hello! Désolée pour l'attente, j'ai été un peu occupée cette semaine :) voici un nouveau chapitre, j'espère qu'il vous plaira! Bonne lecture! - Summer Prevent
CHAPITRE 8 :
Une semaine auparavant, à Hong Kong…
Wanda :
Je marchais dans les rues bondées, tête basse par peur que quelqu'un me reconnaisse. Après tout, je faisais l'objet d'un mandat d'arrêt international depuis que Steve nous avait aidés, moi et les autres, à sortir de prison de manière pas du tout légale. Et si je ne me sentais déjà pas très à mon aise dans mon propre pays… Enfin bref, disons qu'il s'agissait pour moi d'un petit miracle que j'aie réussi à effectuer un voyage en avion de la Sokovie jusqu'à Hong Kong sans me faire repérer. Je n'allais tout de même pas tout faire capoter maintenant.
Je baissai les yeux vers mon téléphone portable, qui était ouvert sur la fonction GPS. Ce dernier m'indiquait très utilement que j'étais arrivée à destination, alors que je me trouvais à l'instant-même au beau milieu d'un passage clouté avec des gens qui déferlaient tout autour de moi sans me prêter la moindre attention.
Enfin, j'aurais pu demander mon chemin à quelqu'un, bien sûr. Mais j'avais trop peur que ce quelqu'un me reconnaisse, même s'il se pouvait qu'il n'en fasse rien. Je ne voulais prendre aucun risque, aussi me résignai-je à me débrouiller seule, dans cette grande agglomération qui m'était totalement inconnue. Mais après tout, je n'étais sans doute pas très loin de l'adresse qu'elle m'avait donnée, si le GPS me laissait plantée là. Je n'avais qu'à fouiller un peu et le problème serait réglé.
J'étais un peu anxieuse à l'idée de la revoir. Même si depuis deux ans, nous communiquions assez souvent par textos ou conversations vidéo… ce ne serait pas la même chose de l'avoir en face. Et je m'attendais à ce qu'elle soit surprise de ma visite. Quant à lui annoncer sa raison… je ne savais absolument pas comment j'allais me sortir de cette situation.
Dans tous les cas, il était plus qu'évident que je n'aurais pas pu la lui révéler par texto, ni même en l'appelant. Non, c'était une situation qui devait être tirée au clair… en face à face. Même si cela m'inquiétait un peu.
Ah, pensai-je, victorieuse, alors que je laissais errer mon regard sur les numéros qui se trouvaient au-dessus des portes qui longeaient le mur face à face. 161. J'étais donc du côté des nombres impairs. Ça commençait bien.
Je longeai donc le mur, le regard fixé sur les numéros de porte, jusqu'à pousser un soupir de soulagement lorsque je reconnus l'adresse notée sur une plaque dorée au-dessus de l'une d'entre elles : 153.
Et comme j'étais persuadée de me trouver dans la bonne rue, je m'approchai lentement de la porte.
Il s'agissait, me semblait-il, d'une porte tout à fait ordinaire, ornant un bâtiment, si possible, plus ordinaire encore. J'aurais pu me tromper, mais un pressentiment me disait que ce n'était pas le cas, et je continuai à m'avancer jusqu'à ce que j'eus gravi les marches du perron, et me trouve le nez à quelques centimètres à peine du panneau de bois.
Alors que je brandissais le poing pour frapper à la porte (je n'avais pas même regardé s'il y avait une sonnette), je clignai des yeux l'espace d'un instant pour me rendre compte avec la plus grande des stupeurs qu'il n'y avait plus la moindre porte devant moi. Non, pas comme si quelqu'un l'avait ouverte à l'improviste alors que je cillais, mais plutôt comme s'il n'y avait jamais eu de porte à cet endroit-là. Ni de mur. Ni de rue, d'ailleurs… étant donné que je me trouvais visiblement au beau milieu d'un hall d'entrée.
« …Euh ! bredouillai-je, le souffle coupé.
-Moi de même, me répondit soudain un homme que je n'avais pas vu un instant plus tôt, et qui me fit bondir au plafond. Oh, mille excuses, je ne voulais pas vous effrayer. Vous êtes Wanda, n'est-ce pas ? ».
Alors que je m'apprêtais à saisir les pans de mon manteau pour les serrer autour de moi dans un geste défensif, je me rendis compte avec surprise que mon manteau n'était plus sur mes épaules, mais accroché au porte-manteaux qui se trouvait légèrement sur ma droite.
« Que… bredouillai-je à nouveau.
-Mais je vous en prie, c'est normal, me répondit l'homme avec un sourire aimable. C'est ainsi que nous accueillons les invités. Un thé ? ».
Je pensais refuser poliment, au moment où je constatai que j'étais déjà assise devant une table basse de bois sombre, et que l'homme versait effectivement du thé dans une tasse posée sur une soucoupe qui se trouvait juste devant moi.
A cet instant, je n'avais plus qu'une seule question en tête : chez qui diable avais-je bien pu atterrir ?!
Et, comme si la question que je me posais se lisait sur mon visage, l'homme s'installa face à moi et, avant de se mettre à siroter son thé, me répondit tout naturellement :
« Emy sera là dans un instant, je l'ai prévenue de votre arrivée ».
Au moins quelque-chose de rassurant.
…
« Attendez, bredouillai-je, en lançant un regard méfiant à l'homme. Vous ne pouvez pas l'avoir prévenue de mon arrivée…
-Si, je l'ai fait, me confirma l'homme avec ce même sourire poli qu'il arborait depuis le début.
-Mais vous ne m'avez pas quittée une seconde depuis l'instant où j'ai… passé le seuil de cette fichue baraque !
-Vraiment ? Vous croyez ? », me répondit l'homme, l'air sincèrement surpris à son tour.
Alors que je m'apprêtais à argumenter, en repassant par étape ce qui s'était produit depuis mon entrée dans la maison, je sentis soudain deux mains m'agripper les épaules par derrière, et je dus retenir un réflexe de survie qui aurait sans doute été malheureux en comprenant que la personne qui venait de faire ça n'avait certainement pas des intentions hostiles.
« Hello ! me lança joyeusement Emy, avant de passer ses bras autour de mes épaules et de me serrer contre elle dans une étreinte qui aurait certainement pu me briser des côtes. Je suis trop contente de te voir ! Préviens moi, la prochaine fois que tu veux me rendre visite, je connais un moyen de transport beaucoup moins contraignant que l'avion ».
Emy. Finalement, je ne m'étais pas trompée d'endroit, ce qui était plutôt rassurant… enfin, sans doute.
L'homme, qui était resté à mes côtés depuis le début (j'en étais persuadée, bon sang !), m'adressa un dernier sourire et un bref signe de tête, avant de se lever et de s'évaporer tout bonnement et simplement, comme s'il n'avait jamais vraiment été là. Et, comme pour confirmer cette théorie loufoque, Emy s'installa confortablement dans le fauteuil qu'il avait occupé trois secondes plus tôt.
« Alors, qu'est-ce que tu racontes de beau ? me demanda mon amie avant de se pencher en avant par-dessus la table pour me regarder dans les yeux, affichant un entrain et une curiosité que je lui connaissais bien.
-… Y'avait un homme juste là, fut la seule chose que je fus capable de dire à cet instant-là.
-… Oui, ça je sais », me répondit mon amie comme s'il s'agissait de l'évidence même.
Comme je la regardais fixement, sans doute avec de grands yeux écarquillés, Emy sembla frappée d'une illumination et m'adressa un sourire désolé.
« Pardon, j'avais oublié que c'était ta première fois dans un sanctuaire, personnellement j'ai tellement pris l'habitude que ça ne me paraît même plus bizarre. Oui, c'était Stephen, mon… enfin je suppose que je peux dire qu'il est mon ami, même si techniquement le terme mentor serait plus approprié. Il passe souvent à l'improviste, au moins une fois par jour en fait, même s'il réside à New York en réalité.
-Et il a disparu ! ajoutai-je, alors que j'étais à peine en train d'assimiler que cet homme faisait un aller-retour New York / Hong Kong au moins une fois par jour, ce qui me paraissait impossible.
-Oui, il fait tout le temps ça, en plus il adore frimer quand il rencontre de nouvelles têtes, me répondit Emy du ton le plus naturel du monde. Mais ne t'en fais pas, il n'est pas parti bien loin. Wong non plus d'ailleurs.
-Qui ça ? m'enquis-je.
-Moi », répondit une troisième voix.
Je fis un bond, et me rattrapai de justesse aux accoudoirs de mon fauteuil, avant de lancer un regard stupéfait en direction d'un homme qui avait la main tendue vers une étagère, à l'autre bout de la salle, et qui sembla soudain se repentir.
« Pardon, j'étais juste venu chercher un livre, nous fit-il remarquer. Je n'écoutais absolument pas votre conversation.
-D'ailleurs, tu vas… l'encouragea à poursuivre Emy.
-D'ailleurs je vais vous laisser de ce pas, et je vous souhaite une excellente journée ! ».
Et le dénommé Wong disparut comme l'avait fait Stephen quelques minutes plus tôt.
Je clignai plusieurs fois des yeux, plus réellement certaine de ce que je voyais. Je finis néanmoins par me reprendre, tout en me faisant la réflexion qu'il n'y avait bien qu'Emy pour ne pas avoir viré chèvre dans cet environnement. D'ailleurs, désormais curieuse et de plus en plus mal à l'aise à l'idée d'évoquer ce qui m'avait amenée ici, je m'enquis auprès d'elle :
« Et toi aussi, tu sais faire des trucs comme ça ?
-Wong a beaucoup plus d'expérience que moi, rétorqua modestement Emy. Et Stephen beaucoup plus de talent. Mais… attends… ».
Emy tendit soudain ses bras devant elle, comme si elle cherchait à atteindre un objet invisible, et je reculai instinctivement en me calant au fond de mon fauteuil, attendant que quelque-chose me saute au visage ou je ne savais pas trop quoi exactement.
Au bout d'un instant, deux cercles verts lumineux sortirent des mains ouvertes d'Emy, clignotèrent là quelques secondes, avant de disparaître.
Mon amie haussa les épaules et ramena ses bras contre elle.
« C'est un début, non ? me demanda-t-elle.
-Oui, euh… bredouillai-je, flairant la question piège, mais elle m'adressa un clin d'œil, avant de s'étirer et de me lancer à son tour un regard curieux.
-Tu sais, je m'attendais vraiment pas à te voir ! Il s'est pas passé quelque-chose de grave, j'espère ? ».
L'expression de mon visage sembla alarmer Emy, qui ne perdit pas un instant avant de se pencher par-dessus la table qui nous séparait et de me regarder dans les yeux.
« Il s'est pas passé quelque-chose de grave ? répéta-t-elle, comme si elle me suppliait de lui répondre ce qu'elle attendait. Wanda… personne n'est…
-Oh, non, lui répondis-je, rassurée de pouvoir dire la vérité et la rassurer dans le même temps. Non, personne n'est… enfin tout le monde va bien, aussi bien que possible. Pour l'instant. Mais...
-Mais tu n'aurais pas parcouru tous ces kilomètres juste pour le plaisir de m'apporter des nouvelles de vive voix, surtout depuis que Tony a… ».
Emy se tut soudain, et je vis passer dans son regard toute la rancune qu'elle gardait envers son père d'avoir fait de moi et des autres des fugitifs. Lors de la guerre civile qui avait décimé les Avengers, je n'avais pas osé faire appel à elle, car cela aurait impliqué de révéler aux autres que je savais où elle était, et j'aurais trahi la parole que je lui avais donnée.
Elle m'en avait voulu, lorsque je le lui avais dit. Elle m'avait dit que j'aurais dû la prévenir. Qu'elle serait revenue, même si cela signifiait devoir faire face aux autres, devoir faire face à Tony. Elle l'aurait fait pour nous aider, même si elle aurait dû pour cela devenir elle-même une fugitive. Evidemment qu'elle l'aurait fait.
« En effet, lui répondis-je finalement d'une petite voix. Tu as raison, je ne serais pas venue en personne si… si ça n'avait pas été important.
-Important dans quel sens ? T'as besoin de moi ? ».
Je lançai un regard à Emy. Ca lui manquait. Le terrain, les missions, sauver le monde et tout ça. Elle avait beau faire comme si de rien n'était, elle regrettait ses actions passées, et la seule raison qui l'empêchait désormais de retourner auprès des siens était la peur, la peur qu'ils ne lui pardonnent pas son abandon.
Et le souvenir de Leyna.
« Ce n'est pas tant moi qui vais avoir besoin de toi, que… ».
Je ne pus me résoudre à achever ma phrase. Je me souvins du jour où Steve était venu m'annoncer que mon frère était vivant. Il avait su, à cet instant, que les mots ne suffiraient pas à me convaincre. Il avait su qu'il me faudrait plus que cela, et que même avec une preuve flagrante sous les yeux je refuserais encore d'y croire.
Je savais qu'Emy refuserait d'y croire. Et que j'allais réveiller en elle les vieilles blessures qu'elle avait pris tant de soin à panser depuis deux ans.
« Le dossier ».
Je sursautai, et regardai tout autour de moi, persuadée que j'allais trouver Stephen penché par-dessus mon épaule, alors qu'Emy et moi étions en réalité toujours seules dans la pièce. Pourtant, c'était bien sa voix à lui que je venais tout juste d'entendre dans le creux de mon oreille. Je ne l'avais pas imaginée.
« Tu ferais mieux de lui donner le dossier, et de la laisser se faire sa propre opinion. Les mots ne suffiront pas à lui faire comprendre. Il faut qu'elle voie ».
Bien qu'incertaine, je me penchai vers mon sac à bandoulière, qui gisait à mes pieds, et l'instant d'après j'en sortis un dossier soigneusement rangé dans une chemise noire, avant de tendre le tout à Emy, qui le prit en sourcillant, avant de le poser sur ses genoux et de l'ouvrir.
Les minutes qui suivirent me parurent être les plus longues de toute mon existence, plus longues encore que les secondes horribles qui avaient précédé la mort de mon frère.
En réalité, j'avais presque envie qu'elle me dise que tout ceci était faux. Qu'il y avait une faille quelque-part, qu'elle déprouve qu'il y avait quelque-chose dans ce dossier qui avait échappé aux yeux des autres. Que mon frère et sa sœur ne pouvaient pas être en vie, et responsables des crimes qui leur étaient reprochés.
Le regard qu'Emy leva vers moi dix minutes plus tard, alors qu'elle avait passé et repassé le dossier au crible dans le silence le plus absolu au moins trois fois, exprimait le même doute sans doute que le mien. Et je compris que si les informations qu'elle détenait avaient réussi à la faire douter de la mort de sa sœur, alors que cette dernière était morte dans ses bras… cela signifiait que Maria Hill, et les autres, n'avaient pas pu se tromper.
« Les sépultures, me demanda-t-elle d'une voix plate.
-Vides, confirmai-je. Ils en sont certains.
-Donc quelqu'un aura pris les corps. HYDRA, je présume ?
-Il est fort possible que ces crimes soient reliés à HYDRA, en effet, même si on ne sait toujours pas exactement ce qu'ils veulent.
-Faire éclater le monde pour le refaçonner à leur manière, comme les autres fois, rétorqua Emy. Et ils ont réussi à mettre la main sur deux des armes les plus destructrices qu'ils aient jamais créées. Et à en faire des machines à tuer. Ils… ».
La voix d'Emy se brisa soudain, et elle porta un poing contre ses lèvres, sans doute pour contenir un sanglot, ou pour se retenir de hurler. Elle ferma les yeux, étroitement, et se mit à se balancer doucement d'avant en arrière.
Finalement, une minute plus tard, elle rouvrit les yeux, et poursuivit comme si de rien n'était :
« Ils vont le payer. Ils ne savent pas ce dont je suis capable quand on s'en prend à ceux que j'aime. Une seule personne le sait, et elle n'est pas là actuellement pour en témoigner, mais s'il le pouvait… Crois-moi, ils prendraient déjà leurs jambes à leur cou.
-Tu vas nous aider ? lui demandai-je.
-Tu en doutais ? me répondit mon amie en fronçant les sourcils.
-Non », lui répondis-je le plus honnêtement du monde.
Un nouveau silence s'installa entre nous, qui dura, et dura encore. Silence durant lequel je tentai d'assimiler la vérité qui me pendait au nez depuis le début : que mon frère était bel et bien en vie. La seule personne qui pouvait mettre fin aux doutes que j'avais encore venait de le faire sans une once d'hésitation. Cette personne qui était désormais face à moi et tentait de se préparer psychologiquement au fait que, sans doute très prochainement, sa sœur se tiendrait de nouveau face à elle.
« Tony m'a proposé de rester à la tour, le temps que…
-Il a fait ça ? s'étonna Emy.
-Oui, lui répondis-je. Et je pensais que… enfin, tu sais…
-Tu lui as dit que tu venais me chercher ? me demanda Emy en haussant les sourcils.
-Bien sûr que non, rétorquai-je. Mais… il serait peut-être temps… que tu rentres chez toi, non ? Qu'est-ce que tu en penses ? ».
Emy détourna le regard. Elle porta l'index à son menton, et adopta une attitude pensive, l'espace de quelques secondes seulement, cependant.
« Non, fut sa réponse. Pour l'instant tout le monde doit se concentrer sur Leyna. Et sur personne d'autre. Je ne veux pas débarquer au milieu de tout ça et les déconcentrer. Il faut qu'on récupère Leyna. Les retrouvailles familiales attendront.
-Tu dis vraiment ça pour Leyna, ou parce-que tu as peur de te confronter à eux ?
-Je dis ça pour Leyna », me répondit catégoriquement Emy.
Un peu des deux, disait son cœur.
Je hochai lentement la tête. Je la comprenais. Après tout… elle avait disparu pendant deux années. J'avais toujours fait attention à ne pas la juger à haute voix, mais elle n'avait pas besoin de ça pour savoir ce que j'en pensais, elle était un peu extralucide. Elle savait que je ne comprenais pas pourquoi elle ne s'était pas manifestée plus tôt, pourquoi elle n'était jamais allée demander pardon à ses parents alors qu'ils lui manquaient atrocement, et de plus en plus chaque jour. Pourquoi elle avait décidé de les abandonner… de s'enfuir au moment où ils avaient eu le plus besoin d'elle.
J'ai été lâche, Wanda.
Je levai lentement la tête, et ce n'est que lorsque je croisai son regard, rivé sur moi, que je compris que je ne venais pas d'imaginer sa voix.
J'ai été lâche, et je le regrette, il n'y a pas un jour, pas une nuit, où je ne le regrette pas. J'ai agi comme une égoïste alors qu'ils m'ont tout donné, qu'ils ont tout fait pour moi… tu crois sincèrement qu'il aurait suffi que je rentre à la maison, la bouche en cœur, et que je leur demande pardon pour ce que j'ai fait ? Tu crois que je me serais sentie mieux après ça ?
Ils se seraient sentis mieux, pensai-je en réponse, si fort que cette simple phrase sembla la heurter de plein fouet, et pour la première fois elle lut dans mon regard à quel point… à quel point je lui en voulais pour ce qu'elle avait fait subir aux autres. Pas seulement à Tony et à Pepper, mais à tous les autres, Natasha, Clint, Sam… Elle avait choisi de disparaître sans prendre en compte les conséquences, simplement parce qu'elle ne se sentait pas capable d'assumer ce qui s'était passé, alors qu'elle n'y était pour rien. Elle s'était laissée ronger par la culpabilité, et plutôt que de faire face à ses démons toute seule, elle avait fait souffrir tant de gens qui ne méritaient pas ça.
« Alors tu vas faire quoi ? lui demandai-je finalement pour changer de sujet.
-Ne t'inquiète pas, je serai là le moment venu, mais il n'en saura rien.
-Il ? répétai-je en fronçant les sourcils.
-Ils, rectifia Emy. Ils n'en sauront rien.
-Mais quelques personnes seront au courant… n'est-ce pas ? », compris-je.
Je croisai le regard déterminé d'Emy, et je n'eus besoin de rien d'autre pour comprendre ce qu'elle préparait.
« Oh, répondis-je en haussant les sourcils.
-Oui, je sais, mais… c'est la seule option. Ils sont les deux seuls à qui je fais assez confiance pour ça, se justifia Emy.
-Et tu crois réellement qu'ils vont accepter que tu reviennes comme ça dans leur vie, Emy ? demandai-je en soupirant. Je sais que tu m'as beaucoup parlé d'eux, et si j'ai bien compris la relation que vous avez eue, ils étaient plus que des meilleurs amis pour Leyna et toi…
-Ils sont comme des frères pour moi, confirma Emy.
-Okay, et ils n'ont pas eu de nouvelles de toi depuis plus de deux ans, est-ce que tu as pris ça en compte ? », demandai-je à mon amie.
Elle cilla, mais reprit aussitôt :
« Ils seront d'accord.
-Oh, vraiment ? demandai-je, incertaine.
-Ils le feront, Wanda. Mais…
-Pas pour toi, compris-je instantanément. Tu penses qu'ils le feront pour Leyna.
-S'ils n'ont pas envie de m'aider, je les comprendrais parfaitement. Mais ils voudront aider Leyna, ça c'est une certitude, ils feront tout pour elle, tout ce qui est en leur pouvoir, même si ça signifie mettre de côté tout ce qu'ils ont à me reprocher et la rancœur qu'ils peuvent garder envers moi. Évidemment, le moment venu, il y aura une discussion, je n'en doute pas, comme avec tous les autres, mais… ils sauront quelle est la priorité. La priorité, c'est Leyna. Et Pietro, bien sûr. Ils sauront faire la part des choses, et je ne suis pas certaine que Tony, de son côté, en soit capable ».
Évidemment qu'il n'en serait pas capable ! Elle était sa fille !
Emy m'adressa un sourire en coin, un sourire triste.
« Tu as tout compris, je crois, me fit-elle remarquer.
-Par pitié, Emy, la suppliai-je. Tu es mon amie, je ne veux pas que tu fasses quelque-chose… une nouvelle chose que tu pourrais regretter par la suite.
-Ne t'en fais pas, me répondit Emy en posant une main sur mon avant-bras. Cette fois, je veux faire les choses bien. Je ferai les choses bien, Wanda. Il me faut juste… il nous faut juste un peu de temps. Et procéder étape par étape pour que tout se passe au mieux, justement. Tu comprends ? ».
J'avais envie de la croire, de penser que la seule raison qui la poussait à ne pas retourner immédiatement auprès de sa famille était que cela pourrait compromettre le sauvetage de Leyna et Pietro.
Et même si je savais qu'il s'agissait d'un mensonge… je pris le parti de faire comme s'il s'agissait de la stricte vérité. Du moins pour l'instant.
Elle avait raison, au fond.
Chaque chose en son temps.
