Cité impériale, 4E155
Cela faisait presque un an que Victarion était retourné chez lui en Cyrodiil. Il ne se doutait pas qu'en partant pour Elsweyr, il allait revenir avec un fils. Le petit khajiit avait maintenant un an. Les parents de Victarion furent surpris au début, mais bien vite, ils se réjouirent d'être grands-parents. Ils gardaient Octavius pendant que son père faisait ses tours de garde et s'entrainait.
Les parents de Victarion vivaient dans un manoir d'une des plus belles parties de la cité. Le manoir Accius était vaste et confortable, on y ressentait toujours une sensation de bien-être et de sécurité. Des armes et des trophées décoraient les cheminées et de splendides tapisseries paraient les murs de pierre.
Le père de Victarion était un impérial qui avait aussi servi dans la légion. Il avait en plus mené une vie d'aventurier et amassé de nombreuses richesses à travers le temps. Un jour malheureusement, une horrible créature l'avait privé d'une de ses jambes, le forçant à prendre sa retraite plus tôt que prévu.
La mère de Victarion quant à elle était une Nordique. Elle avait rencontré son mari lors d'une visite à la cité impériale il y a de nombreuses années. Elle était la fille d'un marchand et c'est grâce à ce voyage d'affaire avec son père qu'elle s'était mariée et n'avait plus quitté la cité impériale.
Ce soir-là, Victarion revint chez ses parents. Son père, Stendis, profitait de la cheminée en fumant et en lisant un livre. Sa jambe en moins ne lui laissait pas beaucoup de mobilité même si elle avait été remplacée par une prothèse de bois et qu'il s'aidait d'une canne. Ses cheveux et sa barbe argentés indiquaient bien son âge, de même que ses rides.
- Salut fiston ! Tu viens voir comment se débrouille ta mère avec Octavius ?
- Oui. Ça va ?
- Comme un charme ! Ta mère a toujours été talentueuse avec les gamins. Tu sais, tu devrais, te trouver une femme.
- Je sais, Anora a été affectée à Lenclume et j'ignore si elle va revenir.
Karlia, la mère de Victarion, entra dans la pièce avec le petit Octavius dans les bras. Comme son époux, ses cheveux étaient blancs et les rides soulignaient ses traits. Son imposante carrure faisait toujours rire son fils. Une femme si grande et costaude, même pour une Nordique, mariée à son père, lui-même plus petit que la moyenne. Heureuse de s'occuper de son petit fils, elle souriait de toutes ses dents. Elle en avait rêvé depuis longtemps. De plus, s'occuper d'un enfant lui donnait beaucoup de joie, elle qui n'avait eu qu'un seul fils.
- Victarion ! Viens t'assoir avec nous mon bébé.
- Maman ! J'ai trente ans !
- Et alors ? Tu es toujours mon petit Victarion. Tu as faim ?
- Non, je venais juste voir Octavius.
En se réveillant, le petit se tourna vers son père avant de sourire avec ses petites dents.
- Ton fils se comporte comme un charme. Il ne pleure presque pas, dit la vieille femme en prenant place dans un fauteuil à côté de Stendis. Elle tendit Octavius à Victarion qui le prit et le serra contre lui avant de s'assoir à son tour.
- J'ai une bonne nouvelle à vous annoncer.
- Quoi ? Tu as enfin fini d'avoir peur des monstres cachés sous ton lit ? plaisanta son père en ricanant et en reprenant une bouffée de fumée.
- Non, j'ai été promu à la cohorte d'élite.
- Vraiment ?
- Oui, je servirai aux cotés des meilleurs soldats de l'Empire.
Quelques jours plus tard,Victarion surveillait comme à son habitude les rues de la cité. Maintenant qu'il avait été promu dans la cohorte d'élite, il avait plus de privilèges et de temps pour lui. Mais aujourd'hui, aucun congé ne lui était permis. Il remarqua une caravane de marchant Khajiit passer près de lui et se souvint d'Elsweyr, de ses sables chauds, de son soleil de plomb, et honnêtement ça ne lui manquait pas.
La mère d'Octavius lui revint aussi en mémoire. Simplement penser à ce qu'il avait vu ce jour là lui donnait la nausée. Son cœur battait plus vite, animé par une colère et une sensation de révulsion pour cet acte barbare. Un visage familier le tira soudainement de ses pensées. Abhuki se tenait devant lui en souriant, avec sa fille Tsalani dans les bras et son fils, Kier, derrière elle. Il sursauta, incapable de croire qu'ils étaient bien là.
- Bonjour Victarion, ça fait longtemps.
- Abhuki !? Mais comment… ?
Elle sourit encore plus, visiblement heureuse d'être là.
- J'ai quitté mon ancien travail, pour venir ici à la recherche d'une meilleure vie.
- Alors sois la bienvenue, toi et tes enfants, dit-il avec joie.
Ils prirent quelques minutes pour discuter. Ça faisait presque un an qu'ils ne s'étaient pas vus et il avait du temps à rattraper. Elle était une des seules amies que Victarion avait hors de la légion, alors il était heureux de la retrouver.
- Tu cherches un emploi ? Mes parents possèdent un manoir dans la cité, et vu leur âge, ils auraient bien besoin d'aide. Tu aurais un logement et de la nourriture pour toi et tes enfants et en plus tu pourras revoir Octavius.
- Ce serait merveilleux ! J'accepte !
4E 165
Octavius courait dans les rues. Comme d'habitude, il avait échappé à la surveillance de sa mère avec son grand frère. Ils zigzaguaient entre les passants, cherchant à se frayer un chemin pour finalement atteindre le parc du quartier de l'arène ou ils pouvaient entendre les combats de gladiateurs. D'autres jeunes enfants venaient se regrouper là pour jouer ou discuter. L'arrivée des deux khajiits se remarqua à peine, eux qui étaient des habitués du coin, mais un des enfant s'approcha tout de même d'eux.
- Salut le chat, ça va ?
- Ouais le lézard, et toi ?
Ruvo était un jeune argonien et le meilleur ami d'Octavius. Il vivait dans le district du front de mer avec sa mère et passait beaucoup de temps soit dans les égouts à la recherche d'objets de valeur ou à trainer en ville. Il avait vite appris l'indépendance, lui qui ne pouvait pas compter sur sa mère accro au skooma.
Une bande rivale de gamins arriva bientôt. En voyant les deux jeunes khajiit et l'argonien, ils en profitèrent.
- Tiens, c'est les deux fils de pute et le gamin de droguée ! cria un des jeunes troubleurs.
Octavius devint rouge de colère. Il serra les poings, imité par Kier et Ruvo. Ils ne disaient jamais non à un combat et Octavius était impatient de leur faire regretter d'avoir insulté sa mère. Avant qu'ils puissent s'élancer, deux mains les attrapèrent par le collet.
- Qu'est-ce que vous faites ici vous ? s'énerva Victarion. Ce n'est pas un endroit pour les enfants ! Et vous, là, je vous conseille de vous barrer, sinon vos mères vont savoir que vous étiez ici et croyez-moi vous aurez la baffe du siècle !
Les jeunes se dispersèrent et Victarion resta avec les trois enfants.
- Vous deux, vous devriez être dans le district de la maison ou des alentours, pas dans un sale trou qui empeste le sang et la mort ! Gronda-t-il pendant qu'Octavius et Kier baissaient les yeux devant lui.
- Et toi, ta mère doit être morte d'inquiétude, dit-il à Ruvo
- Aucun risque, à cette heure elle est encore défoncée…
Victarion regretta ses paroles. Il compatissait pour ce pauvre gamin à l'enfance peu convenable. S'il avait pu, il aurait pris soin de lui aussi, mais il avait déjà trois enfants et il ne voulait pas en imposer plus à sa mère ou à Abhuki.
- Rentre chez toi petit, je vais m'occuper de ces deux déserteurs.
Ruvo tourna les talons sans poser de question. Il ne retournait pas vraiment chez lui et Victarion le savait, mais que pouvait-il faire ? Il retourna à la maison, accompagné des deux khajiits. Il ne dit rien au début du trajet, mais les gamins s'attendaient à être sermonnés ce qui, à leur surprise, ne se produisit aucunement. Même arrivés au manoir, Victarion mentit en disant qu'ils étaient au jardin elfique. Il leur fit signe de le suivre jusqu'au salon.
- Comme ça vous alliez vous battre ? Vous pouvez me répondre, votre mère n'en saura rien.
- Oui… dit Kier, déçu de ne pas avoir pu refaire le portrait de celui qui avait évoqué l'ancienne profession de sa mère.
- D'accord…
Victarion dégaina alors sa lame, ce qui surprit les deux jeunes garçons. Ce qui les étonna le plus fut qu'il la leur tendit.
- Votre mère s'y oppose, mais je crois que vous devriez apprendre à vous battre, que ce soit avec vos poings ou avec un glaive.
Octavius et Kier étaient tous à coup excités, ils allaient apprendre à se battre comme des légionnaires. Ils sautillaient sur place, posant mille et une questions à leur père.
- Quand on commence ?
- On aura une épée à nous ?
- Et un bouclier?
- Tu pourras nous apprendre à…
- Du calme, du calme ! Un bon guerrier doit garder son sang-froid en toute situation, voila votre première leçon, ce qui veut dire que vous commencez maintenant.
Durant les heures qui suivirent, Victarion enseigna quelques petites choses aux garçons, par exemple comment bien tenir son épée et son bouclier ou comment entretenir sa lame. Rien d'encore bien martial, mais l'action viendrait bien assez vite. Abhuki l'apprendrait un jour ou l'autre et Victarion aurait trouvé une bonne excuse à ce moment-là.
Sa relation avec Abhuki ressemblait à celle d'un couple. Maintenant que la petite amie de Victarion était partie pour Lenclume pour ne jamais revenir, Abhuki avait pris sa place. Il n'existait rien d'amoureux entre eux, et encore moins d'affaire de chambre à coucher, seulement une relation de respect et d'amitié qui les unissait dans leur devoir de parents envers leur enfant.
