Le soleil brulant du sud de la province faisait suer les légionnaires comme des porcs sous leurs armures alors qu'ils avançaient vers les frontières. Les arbres offraient un magnifique jeu d'ombres sur le sol là où Octavius passa. Il était à la fois nerveux et fier de défendre l'Empire face aux Elfes. Il resserra les sangles de son sac qui était véritablement un lourd fardeau par cette température.

Ruvo, qui marchait juste à coté de lui, serrait les dents. Ils allaient le faire, ils allaient tuer. Presque tout le monde dans la cohorte avaient déjà passé un bandit au fil de l'épée, excepté eux et Titus. Le sang n'avait jamais souillé leurs mains et maintenant ils allaient les plonger dans un océan rouge.

Quelques heures auparavant, l'armée avait appris la chute de Leyawiin aux mains du Domaine. Désormais, l'extrême sud de la province était occupée et de nombreux soldats impériaux avaient perdu la vie lors de cette bataille. Certains dans la colonne en marche pour Bravil avaient perdu un ami ou un membre de leur famille dans les affrontements. Dans leur cœur bouillait la rage d'en finir avec les elfes.

Octavius pensa aux familles restées dans la ville récemment prise : que leur était-il arrivé? Étaient-ils morts ? Il imagina une grande pille de cadavres, d'hommes, de femmes et d'enfants, mais il chassa ces images de son esprit, se disant que même les elfes ne commettaient des actes d'une telle barbarie. Les frères orcs le ramenèrent à la réalité en le rattrapant chacun d'un côté.

- Et Octavius, as-tu hâte de leur apprendre le respect à ces petits idiots prétentieux ?

- Ouais, on va les saigner comme des porcs !

Découragé par le trop-plein d'assurance des frères, il soupira.

- Les gars, attendez qu'on soit sur un champ de bataille avant de parler de victoire.

Les deux orcs rigolaient en reprenant leur place dans les rangs.

Les armures des hommes de la cohorte d'élite consistaient en un lourd plastron d'acier impérial et du casque décoré d'une crête métallique. Ils avaient reçu cet équipement très couteux pour augmenter leur valeur au combat et pour protéger leur vie des lames. Malheureusement, tout le monde ne se vit pas accorder cette chance. Beaucoup des légionnaires ne portaient qu'une armure de cuire.

Victarion fit signe à la cohorte de s'arrêter, au plus grand plaisir des hommes lessivés par leur longue route. Devant eux s'érigeait la ville de Bravil, plus ou moins prête à faire face aux elfes. À peine les hommes avaient-ils passé la porte, que des effluves fétides les agressèrent. La rivière qui traversait la cité était utilisée comme égout public depuis des siècles. Octavius admira les murs, hauts et solides, et le fleuve qui protégeait un des flancs de la ville.

Ruvo prit place à même le sol en laissant tomber son sac.

- Quelle puanteur ! Qui sont les idiots qui se sont levés un matin et qui ont dit « Tiens, aujourd'hui je vais balancer toutes mes saletés dans la rivière et ce pour toujours » ?

- Je sais pas, mais si l'Empire avait encore ses coffres pleins il devrait faire construire un vrai égout ici, répondit Garon en buvant une gorgée d'eau.

- La pause est finie, une centurie part en reconnaissance au sud pour surveiller l'avancée des elfes ! cria Victarion pour que tout le monde l'entende.

- Mais pourquoi nous ? se plaignit Titus.

- Car nous sommes l'élite, petit, et il faut montrer aux autres que nous avons la situation bien en main. Lâchez vos sacs, ne prenez que votre épée et votre bouclier. Cohorte, en marche !

Les hommes obéirent d'un même mouvement. Une centurie, soit cent hommes, pouvait être vue par beaucoup comme une simple patrouille, mais Victarion ne voulait pas prendre de risques. Octavius suivit son père sans poser la moindre question. Il ne réfléchit même pas à ce qui pouvait bien l'attendre au bord de ce fleuve.

Durant la marche maintenant légère, Octavius ne se laissa porter par aucun rêve. Les elfes pouvaient se cacher n'importe où et ils étaient silencieux comme des assassins prêts à fondre sur eux. Il reniflait l'aire pour détecter la moindre odeur et ses oreilles se promenaient de droite à gauche sur son crâne. Avec son casque en moins, il était beaucoup plus vulnérable, mais ses oreilles et ses yeux repéraient chaque son et chaque mouvement. Il finit par sentir une légère odeur, de fourrure mal lavée, exactement comme celle d'un soldat khajiit. Son cœur ne fit qu'un bond, ils étaient tombés dans une embuscade et la panique monta en lui, suivie de l'adrénaline habituelle.

Il gonfla ses poumons pour signaler la présence d'ennemis, quand un des légionnaires à ses côtés reçut une flèche droit dans la gorge. Il s'effondra sur le sol, gémissant pitoyablement. La cohorte n'attendit même pas de l'ordre de Victarion pour adopter une position défensive, formant un épais mur de boucliers losanges. Quelques flèches se plantèrent à leur tour dans les boucliers de bois renforcés d'acier, n'impressionnant nullement les hommes qui les brandissaient. Victarion leva la tête et observa leurs attaquants : une vingtaine d'elfes et un khajiit presque invisible qui leur tiraient dessus depuis les hautes herbes. C'étaient de jeunes soldats accompagnés d'un ou deux vétérans, recrutés à la vas vite pour gonfler les rangs Thalmor.

- Archers, en place ! ordonna Victarion.

Derrière la cohorte, certains légionnaires rangèrent glaives et boucliers pour se saisir de leurs arcs. Ils encochèrent tous une flèche et se mirent en position pour tirer par-dessus le mur de boucliers. Ruvo était l'un d'eux. Leur première volée prit la vie de quelques elfes malchanceux. Les autres se dispersèrent plus efficacement autour de la cohorte afin d'offrir un cible plus difficile aux archers. Pour éviter l'encerclement, Victarion ordonna à ses mages de bataille de couvrirent de flammes chaque flanc de leur position. Ils s'exécutèrent sur le champ et leur magie se déchaina sur les soldats elfes. La plupart firent demi-tour devant le brasier mais certain furent touchés. Leurs cris de souffrance résonnèrent dans les bois alors qu'ils couraient pour trouver de l'aide. L'un d'eux, la chair rongée par le feu, s'écroula tout près d'Octavius.

Octavius était paralysé par la peur. Que devait-il faire? Il observait, impuissant, l'elfe brulé derrière son bouclier jusqu'à se qu'un légionnaire crie :

- Nom des dieux, tuez-moi cet elfe !

- Non, laisse le bruler ! répliqua un autre.

Octavius paniqua, son cœur battait si vite qu'il aurait pu sortir de sa poitrine et une violente nausée l'empoigna. Il vomit presque à plusieurs reprises. Finalement, les cris de l'elfe devinrent insoutenables, il brisa la formation et lui planta son glaive dans la poitrine, le tuant en quelques secondes. Il le regarda dans les yeux alors que son âme le quittait, avec dans ses derniers instants de vie, une lueur de gratitude. C'était le premier homme à mourir de la lame d'Octavius, son premier meurtre. Les cris de l'elfe résonneraient encore et encore dans son esprit pour le reste de sa vie.

Les quelques survivants du Domaine paniquèrent devant les flammes qui dévoraient le feuillage et leurs alliés. Ils fuirent aussi vite qu'ils purent en direction de leur force principale. La bataille pour Bravil et le contrôle du fleuve était sur le point de commencer.

Victarion et ses hommes battirent en retraite pour rejoindre au plus vite la garnison et les avertir que les elfes se trouvaient plus près que prévu. Malheureusement ils ignoraient leurs nombres et ne disposaient que très peu de temps pour organiser les défenses. Ils savaient pour sûr que bon nombre de Khajiits étaient enrôlé comme milice volontaire avec quelques groupes de soldats du désert professionnels, mais les forces elfes étaient un véritable mystère. C'était avec horreur qu'ils allaient bientôt le découvrir.

Tout juste en passant les portes, le général Maximus s'approcha de Victarion et réclama son rapport au plus vite. En guise de réponse Victarion pris la tête de l'archer Khajiit fraichement tranchée et la jeta dans la cour. Tout le monde eut la terrible preuve que l'armée Thalmor était tout près alors que leurs défenses laissaient particulièrement à désiré.

Le général resta de marbre un instant, fixant la tête de félin ensanglantée qui gisait au sol. Finalement, il soupira et retourna vers le château. Durant tout le trajet il donna des ordres divers et variés sur la fortification de la ville et les préparations pour la bataille. Il n'avait que quelques heures au minimum et une journée tout au plus avant que la grande armée dorée des elfes ne leur tombe dessus. Maintenant, il devait avertir le compte du cataclysme qui allait s'abattre sur sa demeure.

Octavius aida aux préparatifs. Avec Garon, il taillait des pics pour ralentir l'avancée des elfes vers les murs. Les autres préparaient des munitions ou mettaient en place des barricades aussi solides que possible. Ils ignoraient si les elfes avaient avec eux beaucoup de cavaliers, mais les chevaux étaient le cadet de leurs soucis. Le pire qui les attendait étaient les terribles archers elfes, qui avec une précision presque chirurgicale tuaient sans merci les hommes qui osaient leur faire face.

Quelque heures plus tard, toute la bande était regroupée sur les murs, scrutant les bois à la recherche du moindre mouvement suspect.

- Hé Octavius, t'as une minute ? Demanda Ruvo.

- Bien sûr vieux frère, qu'est-ce que tu veux ?

- Je voulais juste te dire merci d'avoir été un aussi bon pote. Quand ma mère est morte tu étais là comme toute ta famille pour m'accueillir et me sortir de la rue. Si on meurt aujourd'hui, on mourra en frère.

- Ouais mon vieux, mais aujourd'hui, nous ne mourrons pas en frères, nous vivrons en frères.

Badama lui tapa sur l'épaule sans même le regarder.

- Les gars, votre belle discussion fraternelle est très jolie et vous êtes a deux doits de me faire chialer, mais je crois que nous sommes quelque peu en infériorité numérique présentement.

Devant eux, à l'orée des bois, s'avançait la gigantesque armée des elfes. Leurs pas faisaient trembler le sol et leurs bannières battaient au vent. Au bout de leur lance ils paradaient des casques impériaux et l'étendard de Leyawiin, déchiré en ensanglanté, menait la marche. Bien vite, un océan doré engloutit le terrain. La bataille pour Bravil venait de commencer.