"Cela fait quelques jours que nous sommes revenus à Insomnia avec Gladiolus. Rien n'a changé.

J'avance dans l'axe principal, il pleut et j'entends des dizaines de déclencheurs d'appareil photo lorsque je passe à côté du mémorial à ton effigie, je vois des touristes affublé de leur sourire béat, encore...

Je suis là, à me dire que heureusement qu'il y a ton nom gravé dessus parce que je ne pense pas qu'ils sachent qui tu es vraiment. En fait, t'es juste présenté comme "le grand sauveur" aux yeux de tous. Comme une sorte d'entité qui a fait son job. Ouais, une sorte de héro de jeux vidéo. Ils ont oubliés que t'étais un être humain. Un être humain comme eux, né pour mourir. Un sacrifice. Je soupire face à cette hypocrisie et enfile mon casque pour me couper de ce monde que je déteste.

J'ai besoin de marcher, partir loin d'ici, fuir tout simplement. J'enchaîne les enseignes commerciales qui porte encore les traces des ravages de la guerre, je vois des dizaines d'affiches électorales parsemer les murs avec des gens que je connais pas... Je sais même pas d'où ils sortent, ce qu'ils font, bref... La politique, c'est pas mon domaine. Ce que je peux déduire, c'est qu'ils ont juste des têtes de guignols qui veulent te succéder et j'ai cette putain d'impression d'être le seul à trouver ça immoral.

Je passe devant la salle d'arcade où on se rendait souvent, très souvent et même et trop souvent selon Ignis. Je m'arrête quelques instants et ferment les yeux. Je revois brièvement nos parties de jeux interminables. Tu gagnais tout le temps et pour être honnête, je le faisais parfois exprès. C'était juste pour te voir sourire, t'entendre rire et te voir heureux quelques instants. Même si, à la fin tu ne souriais plus autant, sans doute à cause de l'échéance de ton mariage. Étais-ce dû à la pression? La peur? La contrainte? Ou tout ça en même temps? Nous n'en avions jamais véritablement parlé. Pourtant, j'aurais aimé savoir comment tu appréhendais cet événement... mais, cela aurait sans doute paru déplacé de ma part.

Il y avait principalement une question qui me brûlait les lèvres, est-ce que tu l'aimais?

Je crevais d'envie de savoir! Pas, parce que tu aurais passé le restant de ta vie avec elle. Ça, même si je t'aurais dis ce que j'avais sur le coeur, je n'aurais jamais pu rivaliser avec le sang royal et j'étais même prêt à l'accepter. Non, c'était l'idée de passer au second plan qui me déplaisait... Ne plus le centre de ton attention. J'imagine que c'est une forme de jalousie. Je culpabilise de penser comme ça mais c'était plus fort que moi, j'avais peur de te perdre. Je ne suis pas en train de dire que je détestais Lunafreya et que tu m'aurais volontairement abandonné mais même si t'étais Roi, tu n'aurais pas pu échapper au protocole. C'était inévitable.

Et puis, peu importe ce que tu aurais répondu puisque tu n'étais pas libre de décider.

Putain... La liberté, quand j'y pense, c'est la seule chose qui te manquait pour vivre sainement, j'aurais tant aimé être celui qui puisse te l'apporter. Seulement, j'en étais incapable... Tout comme j'ai été incapable de te dire clairement à quel point tu comptais pour moi finalement. J'ai préféré faire l'autruche et amuser la galerie parce que c'était plus facile. Je faisais le con et toi tu riais... C'était aussi simple que ça et au moins, pour un instant tu oubliais ton devoir. De toute façon, autant se le dire, je savais tirer mais j'étais un piètre gardien.

Pourquoi est-ce que je n'ai jamais eu les moyens de faire les choses correctement?

Pfff... ça revient à me demander qu'est-ce que je fous encore ici... Je ne sais pas... Je ne sais plus.

La salle d'arcade va être remplacé par un magasin lambda. Super... Encore une preuve que tout se barre en couille dans cette ville.

J'avance, les rues se transforment en ruelles au rythme des musiques qui défilent dans mes oreilles. C'est le CD que tu m'as offert. Je n'écoute plus que ça et m'efforce de m'accrocher à chaque bribes de souvenirs. J'ai tellement peur d'oublier nos moments. Tu sais, au départ, ça commence par d'infimes détails mais au fur et mesure ces détails deviennent des éléments pour finalement en effacer l'intégralité.

C'est pas juste... Pourquoi est-ce que je me souviens parfaitement de chaque détail de mon passage cauchemardesque à Gralea, où j'ai été obligé d'écouter ce fils de pute me torturer, attaché comme un chien face à ces maudits barreaux, alors que mes souvenirs avec toi s'effacent peu à peu chaque jour? Serais-ce encore une facétie sadique des Dieux qui - tu le sais mieux que moi - joue avec nos biens les plus précieux pour nous rappeler que nous sommes tous vouer à disparaître ?

Je divague? Ouais sans doute... c'est toujours comme ça de toute façon et t'es plus là pour me dire de la fermer avec mes théorie à la con.

Je m'assieds quelques instants face au grillage de l'école primaire que nous avons côtoyé. Je n'ai jamais aimé cet endroit qui m'a valu pas mal de railleries et d'insultes parce que j'étais différent et je ne faisais pas partie des Élites de la ville et parce que j'étais "le gros" pour les plus sympas. Toi, tu n'as jamais eu à connaître ça. Tu étais le fils du Roi, beau et riche. Celui que tout le monde voulait dans son cercle d'amis.

Il est vrai que je me suis demandé ce qui t'avais poussé à fréquenter une école alors que tu possédais les moyens de poursuivre une scolarité à la Cour avec les meilleurs profs du pays. Surtout que tu n'étais pas intéressé par tout ces "fils de" qui te collais au train. Tu restais souvent seul. J'ai finis par comprendre en t'observant dans l'ombre que tout ce que tu voulais c'était fuir la citadelle durant quelques heures mais surtout être considéré comme un être normal. Malheureusement, ce fut un échec... Ce fut même l'effet inverse. A ce moment là, je n'avais pas encore réalisé le poids qui reposait sur tes épaules mais j'étais comme toi... je voulais juste devenir ton ami et oublier ma vie de merde pendant les quelques heures où je serais avec toi.

Pourquoi toi? A vrai dire, au delà de mon envie initiale, une lettre de Lunafreya m'a convaincu de tenter le coup. J'avais juste envie de me battre pour ça, cesser d'être ce garçon grassouillet, mal dans sa peau qui a failli te casser le dos la première fois que nous nous sommes rencontrés. Je ne voulais plus être bouffé par cette saloperie de solitude impossible à combler et cette peur du rejet, même s'il m'aura fallu plusieurs années pour me forger une carapace et oser t'affronter.

Tu sais, j'ai passé mon enfance dans le rejet... Au delà de mon aspect physique et mes conditions modestes si on ne reprend que le contexte de l'école, il y avait autre chose qui faisait encore plus mal: mes "parents". Ils ont finis par se désintéresser totalement de moi. Ils me disaient toujours qu'ils étaient trop occupés avec leur travail mais je sais que c'était une excuse pour ne pas reconnaître qu'ils ne supportaient pas le fait que quelque chose sonnait faux chez moi, au point que cela finisse par entacher nos relations et commence à agir comme un répulsif.

Ils ne savaient pas d'où j'étais et n'ont jamais pu l'accepter. Ils n'ont pas eu besoin de me le dire, j'ai toujours su que j'étais du Niflheim. Comment je l'ai su? Par intuition... J'ai toujours eu cette petite voix qui me le rappelait sans arrêt. Je ne savais pas comment, ni pourquoi je suis arrivé à Insomnia mais je vivais ici et je me suis toujours identifié comme un enfant du Lucis même avec cette marque indélébile sur le bras... Un code barre quelconque gravé dans ma peau qui déterminait mon numéro série en tant que sujet d'expérience. 0006-204 NH-01987. Quel beau nom n'est-ce pas? Ça sonne comme les références d'un objet dans un magasin. Un objet qui ne mérite aucune considération et facilement remplaçable. C'est un peu le cas mais j'étais un produit défectueux comme m'a dit mon géniteur, ce Verstael Besithia, scientifique attitré de l'empereur impérial quand on s'est rencontré. Un véritable génie du mal qui a mené des expériences sur des enfants -des clones de moi- qui ne sont autres que ces boites de métal contre lesquels ont s'est battus. Le pire, c'est qu'il était persuadé de pouvoir devenir immortel. Il faisait la paire avec Ardyn... mais ça tu le sais déjà.

A ce moment là, j'aurais aimé qu'on me formate pour oublier et que tout redevienne comme avant. Je n'étais qu'une copie. La vérité était trop dure à supporter. J'ai commencé à me sentir coupable de toutes les atrocités que l'Empire avait commit et savoir que j'aurais dû devenir l'une de ces créatures me rendait malade. J'étais complètement paumé, frustré et dégoûté... J'aurais même voulu disparaître. Je faisais partie du camp adverse, j'étais ton ennemi et j'avais cette marque pour me le rappeler sans arrêt. De plus, je venais de vivre un enfer là bas dehors, seul à marcher durant des jours au milieu du blizzard après être tombé du train... Enfin, que tu m'aies contraint à éviter ton épée. J'ai cru que tu me détestais et ça me rendait fou... Il m'a fallu le temps pour comprendre que tout ça n'était qu'une ruse de ce connard qui nous a eu tout les deux.

Quand tu es venu me sauver à Zegnautus et que tu m'as confié t'être inquiété pour moi, j'ai cru que j'aurais pu encore te tromper quelques temps parce que j'étais trop heureux de te retrouver et tu venais de m'avouer d'une certaine manière que je comptais vraiment pour toi. Je voulais en profiter encore un peu avant de risquer de perdre toute ta considération mais Ardyn avait déjà tout prévu en verrouillant la seule porte qui pouvait te mener à détruire le champ de force qui t'empêchait d'utiliser la magie. Une porte que je pouvais ouvrir avec mon tatouage et qui révélerait par la même occasion qui je suis. Je crevais de peur, j'avais la nausée et surtout envie d'hurler, de tout casser. Je n'étais pas prêt. Le pire fut le moment ou j'ai ouvert la porte... Quand j'ai vu du coin de l'oeil vos regards chargés d'incompréhension... Un vrai supplice jusqu'à ce que tu me dises ton "on s'en fout. Peu importe d'où tu viens et où t'es né" suivit d'Ignis qui m'a également touché en me faisant part de sa confiance entière envers moi. Je me rappelle parfaitement de tes paroles.

"Pourtant, les origines des gens, tu t'en est jamais soucié, toi"

[...]

"La preuve, depuis qu'on se connait, tu m'as jamais traité en Prince, je me trompe?"

Tu te rappelle comme je suis resté stoïque? Gladio a même dû me bousculer pour que je réagisse. J'aurais dû exploser de joie mais à la place, je me suis sentis extrêmement con. Je venais de réaliser que j'ai passé la plupart de mon temps à craindre que tu découvre mon secret. Je t'ai même menti à plusieurs reprises alors que tu te fichais éperdument de mes origines et cela a toujours été le cas. J'ai douté et fait preuve de lâcheté mais malgré ça, rien n'avait changé... tu t'es contenté de m'adressé un léger sourire avant de te diriger à l'intérieur de la salle. Tu n'imagines le soulagement que procure la libération d'un tel poids... pour la première fois de ma vie, je me sentais complet et accepté, grâce à toi.

En ce qui concerne mes parents adoptifs, je n'arrive à leur en vouloir, quelqu'un m'a déposé au pas de leur porte alors que je n'étais qu'un bébé, c'est pas comme s'ils avaient vraiment voulus de moi. Puis, nos rapports ont finis par devenir inexistants. Au point qu'à l'âge de 10 ans, seul un chèque de plusieurs milliers de gils tombait chaque mois dans la boîte au lettre. Je repasse justement devant. Elle trône face au reste de la maison en ruine. Je l'ouvre par réflexe, il n'y a rien, rien du tout. Je souris mais je dois reconnaître que cela reste assez douloureux de se dire qu'un simple chèque peut-être l'unique moyen de communication entre des parents et un enfant. On ne s'habitue pas à l'éloignement surtout de la part de ses propres parents. Je pense que tu connais ce sentiment... tu l'as vécu avec ton père même si ce n'était pas volontaire de sa part. C'est pour ça qu'il t'arrivait si souvent de le provoquer n'est-ce pas? C'était ta façon de lui rappeler que tu existais quand il était trop occupé à combattre l'Empire plutôt que te privilégier. Même si tu ne le montrais que rarement, je sais que tu souffrais de l'influence de son statut qui écrasait votre relation.

J'arrive maintenant aux portes menant à l'extérieur de la ville et je constate que le crépuscule tombe déjà. Auparavant, il aurait été impensable de m'aventurer au delà des remparts à l'approche de la nuit mais là, je m'en fiche clairement... après tout, que pourrait-il m'arriver maintenant que tu as éradiqué toute forme de menace démoniaque ? Bon, Ignis n'est pas de cet avis et j'ai toujours droit à une leçon de morale de sa part à mon retour [c'est toujours une vraie une mère poule...] mais ça ne m'empêche pas de m'éloigner chaque jour pour me rendre "là bas"... en espérant que chaque jour me rapproche un peu plus de toi ou que tu réapparaisse de nul part comme dans les films. Mais là nous sommes dans la réalité, je suis adossé contre le mur qui renferme ta dépouille. J'éteins la musique et retire mon casque pour me mettre à l'aise. Il n'y a que les flammes du feu improvisé que j'ai allumé, le froid, le silence... et la lettre que je t'ai écrite qui demeure toujours là où je l'ai posée. Je soupire.

Tu sais c'est quoi le pire? Hormis le fait de retrouver cette lettre placée parfaitement à l'endroit où je l'ai posée prouvant ainsi une fois de plus que le miracle n'existe pas et que je suis complètement stupide. Le pire, c'est le silence qui de manière insidieuse, me rappelle clairement que je suis seul et c'est insupportable. Je ne parle pas seulement de la solitude en tant que telle. Il y a le vide aussi. Cette sensation affreuse de ne plus rien ressentir à l'intérieur que la souffrance au point de vouloir en finir. Je n'ai plus la force de me battre, je voudrais juste que cela s'arrête... Après tout il n'y a plus rien qui me retiens ici? Enfin si, Ignis et Gladio qui compte sur moi mais même s'ils essaient de m'aider du mieux qu'ils le peuvent, je sais au fond de moi que je ne serais jamais en mesure de pouvoir remonter la pente... ils ont plus de volonté que moi et je me sens principalement comme un poids pour eux. Je n'arrête pas de me dire qu'ils s'en sortiront bien mieux sans moi...

...

Je n'ai plus le courage d'espérer que tout ira mieux demain.

Je n'ai plus l'envie ni la patience de me reconstruire et marcher la tête haute comme que tu nous l'as suggéré parce que plus rien à d'intérêt pour moi.

Je n'ai plus ma place ici.

Je me sens vide au bord du gouffre prêt à sauter sans me retourner.

Il reste juste à savoir quand ? Maintenant? Dans 2 heures? Demain? Dans 3 semaines?

Non, je tiendrais jamais jusque là...

A moins que tu ne m'épargne l'attente et que tu viennes me chercher à coup de "Viens, on bouge" là tout de suite? Je souris en y pensant. Non, tu ne ferais pas ça mais tu trouverais certainement les mots pour me secouer comme tu l'as toujours fait.

Le truc, c'est que tu ne viendras pas... et que... je ne sais plus comment faire pour me persuader de continuer à vivre... alors que dois-je faire?"