Disclaimer : Les personnages de Final Fantasy 7 appartiennent à leurs concepteurs, je ne fais que les emprunter le temps d'une fiction.


Liens ambigus

Seconde partie

2) La photo qui change tout

Vincent s'essuya le front et posa un regard mitigé sur les restes du robot qu'il venait d'affronter. Les entraînements devenaient de plus en plus durs. S'il n'avait pas été certain que ses employeurs n'avaient aucun intérêt à cela, il se serait demandé si on ne cherchait pas à l'éliminer.

Cette fois, s'il n'avait pas été aussi rapide à analyser et se déplacer, il aurait bien pu y rester. Maintenant qu'il était officiellement un turk les entraînements ne se faisaient plus avec des armes factices, mais avec de vraies munitions.

Un formateur avait été très clair sur les raisons : Ceux que vous aurez à affronter n'auront pas de balles à blanc.

Un propos que d'aucuns trouvaient sans doute révoltant, mais qui avait le mérite d'être clair, la Shinra n'était pas là pour plaisanter. Elle payait bien, mais elle voulait également le meilleur.

Alors qu'il était plongé dans ses pensées, encore essoufflé par le combat qu'il venait de mener, il entendit la porte s'ouvrir dans son dos et se retourna vivement.

Que l'entraînement soit terminé ne le dispensait pas de rester sur ses gardes et il le savait. Plus d'une recrue avait commis l'erreur de se relâcher trop tôt et avait payé cher cette mauvaise décision.

Avant même que celui qui entrait ait pu comprendre, Vincent braquait déjà son arme vers lui. L'arrivant fixa le canon, qui touchait presque son front, et déglutit avec effort.

- Du calme, je ne suis pas armé... protesta t'il. Je ne suis qu'un laborantin venu chercher les restes des robots détruits...

Vincent baissa lentement son arme, restant silencieux et sombre.

Il tourna les talons et s'en alla, sans un seul mot à l'intention de celui qu'il venait d'effrayer.

Il préférait que les gens aient peur de lui, cela évitait bien des tracas.

Il avait déjà donné son amitié un jour, il ne tenait pas à revivre quelque chose de ce genre. Il ne savait que trop comment cela finissait.

Il regagna ses quartiers et attendit l'heure du repas. Là aussi il le prenait seul, assis à l'écart des autres personnes fréquentant le réfectoire. Il ne se montrait pas ouvertement hostile, cela n'était pas nécessaire, ses yeux rouges suffisaient à décourager les plus hardis.

Il ne cherchait pas à suivre les conversations, il n'était pas curieux. Il ne tenait pas à savoir ce qu'ils pouvaient bien se dire de toute façon.

Une fois son repas terminé il regagna sa chambre, qu'il ne quitta pas jusqu'au lendemain.

oOo

Cassian entendit l'alarme de la porte d'entrée, qu'il avait installée après que des personnes indélicates aient tenté de venir mettre leurs nez dans ses affaires, ce qu'il n'appréciait guère. Pas qu'il ait des biens de valeurs dans son hangar, juste qu'il n'aimait pas que l'on estime que ce qui lui appartenait pouvait très bien appartenir à d'autres.

Reposant le circuit électronique qu'il soudait sur l'établi, il se dirigea vers la porte, le fer à souder encore en main. Ce n'était pas à proprement parler une arme, mais cela suffisait à dissuader certains visiteurs mal intentionnés.

Il activa la petite caméra discrète qu'il avait pris le temps d'installer et se détendit en reconnaissant son ami. Il lui ouvrit la porte et le laissa entrer.

L'arrivant lorgna en direction du fer à souder.

- Tu te balades armé à présent ? Questionna t'il, d'un ton mi amusé, mi inquiet.

Cassian haussa les épaules.

- Cela fait fuir certains nuisibles. Répondit il.

- J'espère que tu ne me comptes pas parmi cette catégorie. Sourit son ami.

- C'est à voir... répondit Cassian d'un ton volontairement songeur.

L'autre le regarda avec indignation et se laissa tomber dans un siège tout proche, croisant les bras sur la poitrine, vivante image de l'indignation.

- Rappelle moi pourquoi nous sommes amis déjà ! Lança t'il d'un ton irrité.

Cassian ne put s'empêcher de rire. Il savait aussi bien que l'autre que tout cela n'était que simulé. Leur amitié était assez forte pour survivre à des plaisanteries de ce genre.

- Parce que je suis un réparateur de génie ? Sourit il.

Son ami secoua la tête et soupira à fende l'âme.

- Nous aurions bien besoin d'un réparateur tel que toi en ce moment. Dit il d'un ton sinistre.

- Vraiment ? S'étonna Cassian qui ne lui avait jamais vu une telle expression.

- Oui, une nouvelle recrue des turks est très douée, trop douée même, elle nous démolit nos robots d'entraînement à une telle vitesse que nous peinons à les remettre en état pour la séance suivante... je passe mon temps à ramasser ce qu'il détruit pour le conduire à l'atelier.

Cassian ne put dissimuler son amusement devant cette information. Il avait redouté une mauvaise nouvelle, vu l'air de son ami il s'était attendu à ce que ce dernier lui annonce qu'il était renvoyé ou qu'il avait reçu un blâme.

- Heureux de voir que mon malheur t'amuse. Commenta son ami d'un ton pincé.

Cassian s'efforça de réprimer son hilarité.

- Désolé, c'est juste que je croyais que tu allais m'annoncer quelque chose de pire... dit il.

Celui à qui il parlait fronça les sourcils.

- Je ne vois pas ce qui pourrait être pire! grogna t'il. Ce type est une vraie plaie pour le service technique, et asocial en plus.

- Asocial ? Releva Cassian.

Son ami hocha vigoureusement la tête.

- Ce n'est rien de le dire ! Il mange toujours tout seul, ne parle aux gens que s'il y est obligé, on ne le voit qu'à l'heure des repas ou de l'entraînement, et puis, son physique...

Cette fois l'intérêt de Cassian était pleinement éveillé.

- Il est donc si laid en plus d'être un ours ? Questionna t'il.

- Laid ? Non... heureusement, ce sont ses yeux...

Cassian sentit son cœur manquer plusieurs battements.

- Je peux en savoir plus ? Questionna t'il.

- Je peux te montrer une photo de lui si tu veux. Répondit son ami.

- Je veux bien. Répondit vivement Cassian.

Trop vivement sans doute, son ami le regarda avec un peu de surprise, puis son expression changea.

- Est-ce que par hasard tu le connaîtrais ?

- Je ne peux pas te le dire sans avoir vu cette photo, mais j'ai connu quelqu'un comme lui lorsque j'étais enfant... nous étions amis.

- Alors ce ne doit pas être lui, ce type n'a sans doute jamais eu un seul ami. Commenta son ami. Je n'ai pas la photo sur moi, mais je te les ferai parvenir dès que possible.

Cassian le remercia machinalement, parla avec lui quelques minutes puis le pria de le laisser, prétextant qu'il avait du travail. Son ami ne chercha pas à discuter, il le connaissait assez pour savoir que cela ne servait à rien.

Une fois seul Cassian se remit au travail, mais le cœur n'y était pas vraiment. Il était trop préoccupé par cette histoire de personne asociale, il avait hâte de recevoir la photo, d'être enfin fixé.

Enfin, une sonnerie l'avertit que le message qu'il attendait était enfin arrivé sur son portable.

Cassian prit le téléphone et ferma les yeux quelques secondes, le cœur battant à tout rompre. Il essayait de se préparer à la déception. Il n'y avait aucune chance pour que l'individu dont lui parlait son ami soit Vincent. Celui avec qui il avait grandi était chaleureux et tout disposé à se faire des amis. Il n'aurait jamais agi comme celui qu'on venait de lui décrire.

Il activa l'appareil sans relever les paupières, retardant le plus possible le moment où rouvrirait les yeux.

Il s'y décida finalement et le fit lentement, son regard se posa sur le visage sérieux d'un jeune homme de son âge, aux cheveux noirs et aux yeux rouges. Un jeune homme qui ne souriait pas, dont l'expression triste et réservée lui fit mal.

Dix ans s'étaient écoulés, mais il n'eut aucun mal à reconnaître son ami d'enfance. Le téléphone manqua échapper à ses doigts tremblants.

Il le reposa sur le meuble où il le laissait lorsqu'il travaillait et s'adossa à son plan de travail.

Dix ans...

Dix ans qu'il attendait de poser à nouveau les yeux sur le visage de Vincent...

Il s'était si souvent imaginé leurs retrouvailles, il avait tellement pensé à ce qu'il pourrait lui dire.

Il savait qu'il commencerait par lui présenter ses excuses, lui demander de bien vouloir lui pardonner. Il espérait que Vincent serait assez gentil pour lui accorder cela.

Il sentit ses yeux se remplir de larmes.

Larmes de soulagement et de tristesse mêlés, il revoyait enfin Vincent, mais celui dont il se souvenait semblait avoir beaucoup changé.

Le jeune garçon qu'il avait en mémoire était devenu un adulte magnifique, mais si triste...

Ce n'était qu'un mauvais cliché, et pourtant, Cassian avait eu le cœur serré à le contempler.

Cette tristesse, pourquoi ? Était il responsable ? Avait il donc blessé Vincent au point que ce dernier en porte encore les traces dix ans plus tard...

Il espérait que non, mais en même temps, il avait le sentiment que cela était le cas.

Brusquement il se figea.

Son ami lui avait dit que Vincent était un turk...

Il sentit un long frisson le parcourir.

Un turk, autant dire un homme à la solde de la Shinra. Ce n'était vraiment pas une bonne nouvelle.

Si comme l'avait dit son ami, Vincent ne sortait de ses quartiers que pour manger et s'entraîner, il y avait peu de chances pour qu'ils se croisent en ville.

Il pourrait tabler sur le hasard, continuer à espérer qu'ils se rencontrent au coin d'une rue, ou faire en sorte que leurs retrouvailles aient lieu.

Mais comment faire ? Comment parvenir à rencontrer son ami d'enfance ? On entrait pas dans les locaux de la Shinra comme dans un moulin.

Il posa un regard mitigé sur son téléphone portable.

Il y avait pourtant un moyen...

Quelque chose qu'il s'était juré de ne jamais faire...

Il se détourna avec humeur.

C'était un prix bien lourd à payer tout de même !

Il ferait mieux d'attendre et d'espérer, Vincent ne resterait pas éternellement reclus dans un bâtiment de la Shinra, il faudrait bien qu'il sorte.

Mais... comment savoir lorsqu'il allait sortir ? Il ne pouvait pas se planter devant une entrée et attendre. Outre le fait que cela ne serait probablement pas toléré, il risquait d'attirer l'attention sur lui, et donc d'avoir des ennuis.

Non, il devait trouver un autre moyen.

Il caressa l'idée de demander à son ami de lui organiser un rendez-vous, mais cela l'obligerait à lui dire quels liens l'unissaient à Vincent, ce qu'il n'avait pas l'intention de faire pour le moment. Il n'avait aucune envie de mélanger le passé et le présent, à moins d'y être obligé.

Il n'y avait pas beaucoup d'options qu'il pouvait exploiter.

Poussant un profond soupir, il reprit son téléphone et composa le numéro de son ami.

A suivre